‹ Traité de diagnostic et de séméiologieChapitre 76 sur 101 · Tome h · texte numérisé non relu

Tome h

498 EXPLORATION DE l'utÉRUS ET DU VAGIN.

femmes qui rendent de loin en loin une quantité assez considérable de ces matières épaisses.

2864. Tous les vingt-sept ou vingt-huit jours, sur la majorité des femmes , plus souvent , ou moins fréquemment sur quelques autres, s'établit une hémométrorrhagie normale, qui dure d'un à sept ou huit jours. C'est la menstruation, et le sang qui s'écoule varie en rougeur, en aspect, en épaisseur, en quantité, etc. , suivant une infinité de circonstances. Nous reviendrons bientôt sur cet important sujet.

2365. Dans l'état normal , les liquides sécrétés par le vagin et l'utérus, peuvent présenter une foule de modifications. Sous le rapport de fleur quantité, il arrive que les mucosités augmentent dans des proportions considérables , et telles que cette évacuation affaiblisse beaucoup les personnes qui l'éprouvent. Relativement à leur coloration, elles sont souvent troubles, blanchâtres, d'apparence caséuse, crémeuses, jaunâtres, jauneverdâtre, sanguinolentes, sanglantes, roussâtres, brunâtres , noirâtres , etc. Quant à leur densité , elle varie depuis celle de l'eau jusqu'à la consistance de caillots indurés ou de lymphe plastique coagulée en fausses membranes. Parfois on observe que ces productions , plus solides et variables en grosseur, sont contenues dans des liquides plus ou moins voisins du degré de fluidité de l'eau. Relativement à leur odeur, il en est d'inodores , d'une odeur fade , souvent analogue à celle du sang , et d'autres fois leur fétidité est extrême, ammoniacale, stercorale, etc.

2366. Ces variations extrêmes dans les propriétés physiques des liquides formés par les organes génitaux de la femme sont k coup sur fréquem-

ment en rapport avec des altérations organiques soit du vagin, soit de l'utérus ; mais on est loin de pouvoir spécifier dans tous les cas à quelle espèce de lésion de ces parties correspond exactement tel caractère des écoulemens observés. On n'a souvent sur ce sujet que des données approximatives.

2367. Les mucosités très visqueuses, très filantes , difficilement séparables 5 viennent ordinairement de l'utérus , comme on peut souvent s'en assurer par l'inspection à l'aide du spéculum. — Les liquides, moins consistans, plus dysgrégés, d'apparence crémeuse ou puriforme , prennent le plus habituellement leur source dans le vagin. — Très souvent, les mucosités troubles, opaques, sont en rapport avec un état de rougeur plus ou moins prononcé des parties qui les forment, et il arrive quelquefois aussi que la sensibité des parties est aussi exagérée; en un mot, qu'il y ait là des phénomènes phlegmasiques. — Presque toujours, les mucosités puriformes ( muco-pus de quelques auteurs ) proviennent de parties véritablement enflammées. — Lorsque l'aspect purulent est très prononcé, il est presque constant que le vagin soit rouge, et si le liquide est très glutineux, qu'il y ait une vive coloration de l'orifice du col utérin, ou des granulations rouges à la surface Je celui-ci, et en même temps co-existencedes symptômes fonctionnels de vaginite ou de métrite. — Les propriélés physiques que la simple vue peut constater, ne permettent point de distinguer les écoulemens contagieux de ceux qui ne le sont pas. — ^ D'ordinairè , les liquides les plus voisins des caractères du pus, sont aussi ceux qui communiquent le plus souvent la maladie dont ils sont le symptôme. —

Toutefois , on voit des écoulemens légèrement troubles donner lieu à la transmission de la maladie d^un individu à un autre.

2368, Hors Fépoque de Thémo - métrorrhagie normale ( menstruation ) du sang contenu par strie dans les mucosités puriformes, dénote souvent que des vaisseaux sont intéressés et que parfois existent des ulcérations ou des déchirures. — Le sang, rendu pur et abondamment vient presque toujours de l'utérus. — Lorsqu'il contient des caillots plus ou moins solides, le sang a séjourné dans l'utérus ou le vagin. — Si ces caillots sont noirs et consistans ou fibrineux, ils ont long-temps resté dans la cavité de ces parties. — Tout caillot rendu par l'utérus , dans le cas où il est raisonnable de supposer l'existence d'une grossesse récente, doit être examiné attentivement pour chercher aconstater si un embryon ne se trouverait pas dans quelqu'un d'entre eux. Celui-ci est reconnaissable dès les premières semaines de la conception, ( Voy. le Traité de Tokologie de M. Velpeau, pour les caractères de l'embryon et de l'œuf). —Quand il y a sur une jeune femme, et même sur une femme non mariée une perte abondante, et surtout lorsque aucun coup n'a été porté, qu'aucune chute n'a été faite, etc., il faut songer à une fausse couche possible.— On ne doit y croire , quel que soit l'état du col ou du corps utérin, qu'autant qu'on irouve le produit de la conception ou que les circonstances commémoratives ou bien des aveux rendent le fait évident. — Des écoulemens de sang abondans par la vulve , vers l'âge de 4^ si 45 ans , sur les femmes , annoncent que l'âge de retour approche. — Quand une femme, qui n'est plus réglée, voit apparaître un écoulement sanguin et

des caillots par ruléi*tis , il faut craindre qu'elle ne soit atteinte de carcinomes utérins ou d'autres lésions organiques de la matrice. — Des pertes fréquentes sur des femmes encore réglées, sont souvent en rapport avec des lésions très sérieuses de l'utérus, etc.

2369. Lorsque lès liquides sortis du col de Tutérus ou du vagin sont roussâtres, troubles, sanguipolens , il faut craindre des ulcérations de la matrice. — Lorsqu'ils sont fétides, c'est une preuve qu'ils ont séjourné dans les parties où ils ont été formés et qu'ils y ont été en contact avec l'air. — Si cette fétidité est très grande , le plus souvent c'est que la matrice présente des anfractuosités remarquables; c'est que les liquides y stagnent, que l'utérus ne se resserre pas sur eux ; que parconséquent l'air pénètre dans ces anfractuosités , ^et que de là résulte une putréfaction

plus ou moins complète du fluide accumulé

Ce n'est pas parce qu'un cancer existe que les liquides répandent une odeur détestable ( des cancers extérieurs , tenus proprement, n'en donnent qu'autant que le pus séjourne dans ces cavités), mais c'est bien à cause de l'altération que ces substances animales éprouvent dans un lieu chaud et humide, par suite du contact de l'air atmosphérique. On fait souvent dissiper de telles odeurs par des injections répétées. — Une odeur ammoniacale et unie à la fétidité, indique souvent le mélange de l'urine avec les liquides utérins , et parfois une perforation delà vessie. — Line odeur stercorale ^de ces mêmes liquides est souvent l'indice d'une perforation du rectum. — Il arrive parfois , dans des cas pareils, que l'on reconnaît des fécès et de l'urine dans les parties génitales de la femme»

602 EXPLORATION DE l'otÉrUS ET DU VAGIN.

— Des écoulemens extrêmement abondans par la vulve, sur les cancérées, surtout lorsqu'ils sont fétides , précèdent souvent une mort prochaine, etc»

2370. L'examen des taches que les liquides sortis du vagin peuvent produire sur le linge, mérite beaucoup moins d'attention que celui plus direct des fluides vaginaux eux-mêmes. Il ne peut avoir de l'importance que s'il n'est pas possible d'explorer directement ceux-ci. — C'est plutôt la partie des vêtemens, qui correspond au siège, sur laquelle se voient ces taches, que celles qui touchent en avant aux parties génitales. — Du reste , les indications diagnostiques que donnent les maculatures dues aux fluides desséchés, sont du même genre que celles qui dérivent de l'examen des liquides eux-mêmes ou des taches explorées à la suite des écoulemens de l'homme.

2371. L'examen microscopique des liquides vagino-utérins, a fourni toutrécemment, à M. Donné, des renseignemens du plus haut intérêt pour le diagnostic (1).

2372. <c Le liquide muqueux fourni par le vagin, soumis à l'inspection microscopique , paraît, dans l'état normal , entièrement composé , non pas de globules muqueux comme beaucoup d'autres produits des muqueuses, mais de petits corps ovalaires, quatre à cinq fois plus gros que ceux-ci; ils ont de quatre à cinq centièmes de millimètre dans leur grand diamètre ; ils présentent l'aspect de pellicules , de petites écailles détachées de la membrane vaginale; peut-être ne sont-ils, en effets que les débris de la désorganisation normale et quotidienne de l'épithélium, comme le dit M. Ras-

(i) Recherches microscopiques sur la nature du mucus. Paris, 1887.

Page 1