‹ Traité de diagnostic et de sémiologieChapitre 10 sur 295 · DES QUALITÉS DE L'OBSEIWATEUR · texte numérisé non relu

DES QUALITÉS DE L'OBSEIWATEUR

Pour que l'observateur puisse apprécier convenablement un état morbide, il faut qu'il possède un assez grand nombre de qualités sans lesquelles il courrait le risque de n'agir qu'au hasard, et de ne remuer que des hypothèses.

Intervention des sens. — Le médecin doit être pourvu de sens d'une fidélité parfaite, car la vue, l'ouïe, l'odorat, le goût et le toucher sont appelés, soit isolément, soit simultanément, à lui prêter assistance à chaque instant dans la recherche des symptômes.

C'est par les yeux qu'il étudie la physionomie, l'habitude extérieure du malade, qu'il se rend compte des lésions de la surface tégumentaire, des désordres du ressort de la chirurgie, etc. ; c'est par l'oreille qu'il perçoit toutes les modifications apportées dans l'exercice des fonctions respiratoires et circulatoires; c'est par l'appareil de l'olfaction qu'il apprécie les odeurs particulières qu'exhalent les produits des sécrétions altérées; c'est parla gustation qu'il juge des saveui*s d'un produit pathologique ou médicamenteux; c'est enfin par le toucher qu'il explore la résistance et la dureté des organes.

11 est aisé de pressentir ce qu'il advient lorsque ces sens sont lésés et que leur action demeure infidèle: le cerveau recevant des sensations fausses, l'observateur, égaré dans ses recherches, porte un diagnostic erroné, prescrit une intempestive médication, et le malade reste ainsi livré aux caprices da sort.

Ci OBSEUVATION DES MALADES.

De iapprécialion du mcdccifi et du tact wédiraL — Un e.s|)ril droit, perspicace et lédéchi, n'est pas moins nécessaire pour régulariser raction même des sens, pour estimer à sa juste valeur chacun des éléments qu'oflVe la maladie, en tirer des inductions, en l'aire découler de loi:i(|ues conséquences et arriver de celte manière à construire tout un édilicc avec des matériaux qui gisaient épars.

C'est peut-être ici le lieu de dire un mot de ce qu'on entend par le tact médicaly cette faculté d'inspiration si rare, ce don (juasi divinatoire <}ue s'octroient certains praticiens un peu trop surs d'eux-mêmes et de leur presque infaillibilité, cette grande habileté enfin dans le diagnostic, qui consiste à saisir d'un coup d'o'il les indications ollerles par un malade. Lorscju'on voit un grand nombre de médecins être dépourvus de cette justesse d'appréciation que l'on nomme le tact médical, on est en droit de se demander si ce n'est réellenjent pas là une faculté s{)éciale, ou si l'étude et l'expérience ne font pas tous les frais de cette mystérieuse faculté. Dieu qu'il présente d'assez sérieuses difficultés, ce problème n'est cependant pas insoluble, pour peu que l'on se donne la peine de songer à la dilTérence et à l'inégalité qui ressortent de la répartition de TinteHigence chez des individus placés dans des conditions égales d'ailleurs. Déjà l'intelligence d'un homme dont l'esprit n'a nullement été culliv<î n'est point semblable et diffère en quelque chose de l'intelligence de cet autre homme (pii est également déshérité dtjs bienfaits de l'éducation, qui a respiré dans le même milieu, (jui a vécu de la même vie. A plus forte raison, cette nuance doitelle être sensible chez les médecins, (jui, pouravuir [)uisé leur instruction aux mêmes sources, n'en ont pas moins undegrédissemblable de ca[)acité. J/etude et Texpéiience semblent, il est vrai, déguiser c<'lle dis[)r()[)(U'tion, mais elle subsistt^ réellenient, et, (juand on rencontre sur son chemin un praticien doué du tact médical, c'est qu'aux précieuses ([ualités d'un esprit richement doté il sait joindre des connaissances approfondies, et qu'à une hardiesse n'allant pas jus([u'à la témérité il allie les sages conseils de la prudence; c'est, si Ton veut, une sorte d'inspiration qui consiste ;i évaluer mentalement les caractères les plus expressifs d'une maladie, et (jue l'on ne rencontre (|ue chez ceux que la nature a favorisés de ses dons.

11 faut (|u'un médecin arrive auprès du lit d'un malade sans prévention, sans crainte et sans préoccupation. Sans j)révenlion, car rien n'est plus funeste, en général, à une personne qui désire porter un jugement droit et sain que d'être entourée d'avis préalables en sens op{)osé, ou même dans un seul sens. Malgré l'habitude d'une grande inq)arlialilé, il y a toujours une oreille (|ui ne se ferme qu'à demi a la voix de la préviMilion; cela peut être pour le diagnostic une source d teneurs, il faut l'éviter. Sans crainte, car l'honune qui hésite et (jui a peur n'est plus maître de lui-même, et l'esprit intimidé n'a jamais su se traduire ([ue par des actes empreints d'une vacillante irrésolution. Sans préoccupation, car celui dont lame est agitée, dont rmlelligence est préoccupée, ne jouit pas de toute la plénitude de ses facultés. Le médecin en est souvent un frappant exemple dans sa pr(q>re

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