DES QUALITÉS DE L'OBSERYATEUR
famille. Lorsqu'il veille au chevet d'une personne sincèrement aimée, Tin*quiétude paralyse ses moyens et lui fait tout porter à l'exagération ; la toux, est rindice certain de tubercules, une oppression légère accuse des Tausses membranes dans les voies de Tair, etc. Un père, bon observateur pour le& enfants d'autrui, se trouble en fixant le berceau de son fils, car il s'imagine souvent découvrir, dans les symptômes d'une très bénigne alTection, les caractères d'une maladie qui n'épargne jamais ses victimes. Les préoccupations de famille, les entreprises d'aiïaires hasardeuses, les spéculations industrielles et commerciales, sont autant de circonstances qui, en entravant la liberté d'esprit du médecin, lui enlèvent de sa spontanéité et de son attention. Il convient donc, en général, qu'il reste le plus possible étranger à ces sortes d'émotions. — Faut*il ajouter encore que la patience est une Teriu de la profession, qu'une trop féconde imagination est un écueil, et que la probité scientifique est une des plus solides bases de l'observation? Elle est heureusement l'apanage de la plus grande partie du corps médical, et, si l'on rencontre çà et là quelques imposteurs qui trafiquent honteuse-* ment de leur art, c'est que, parmi les fruits d'un bel arbre, il en est toujours quelques-uns qui se gâtent; c'est que, dans une grande et nombreusefamille, il est bien rare de ne pas trouver, chez l'un de ses membres, un malheureux dont la conduite fait la honte de ses parents.
Des seiences accessoires nécessaires au médecin. — Après avoir réuni tout cet ensemble de conditions que l'on peut appeler innées, l'observateur doit encore en posséder ou plutôt en acquérir d'autres. C'est ainsi qu'il est de toute nécessité que la connaissance de l'anatomie normale et pathologique, de l'histologie, de la physique et de la chimie, enfin de la physio^ logie, lui soit familière, afin qu'après avoir étudié la structure intime dui corps humain, le mécanisme des appareils divers, le jeu des fonctions et la relation des organes entre eux, il puisse apprécier les troubles qu'ap*porte avec elle la maladie, quand l'équilibre qui maintient l'état de santé vient à être rompu.
Des comnaissances théoriques chez le médecin. — L'enseignement théorique de la pathologie est d'une importance au moins égale dans les cas les plus ordinaires; c'est en effet cette branche de la science qui expose l'histoire complète de chaque affection, et celle des sciences anatomo^ physiologiques; qui indique tous les caractères qu'elle peut offrir, tous les accidents qui peuvent la venir compliquer, et qui met en garde contre certaines apparences de similitude qui seraient susceptibles de la faire confondre avec une maladie d'une espèce voisine. De là aux applications pratiques et à la clinique il n'y a qu'un pas.
Des exercices cliniques. — Tout ce qui ne sert pas à la clinique est inutile, et il faut se défendre des éludes de laboratoire qui n'ont pas d'applica- Uon au lit du malade. Le vrai laboratoire du médecin, c'est la salle d'un hôpital, là où, par l'observation des malades, il recherche ce qu'il y a de particulier dans chaque cas individuel, en découvrant les exceptions aux règles formulées par la pathologie théorique. On comprend en effet tout ce
s OBSERVATION DES MALADES.
que l'habitude de voir des malades peut présenter d'avantages et de ressources, et combien doivent être utiles les conseils d'un médecin qui a employé une partie dv, sa vie au\ éludes clini(|ues. Outre les dillicuités inhérentes au diairnostic de chaque élat morbide, il faut encore être prémuni contre une foule de ruses, de fourberies et de mensonires, inventés à plaisir ou imaginés pour les besoins d'un intérêt privé, et qui naissent à eluif^ue instant sous les pas du praticien pendaul le cours d(^ sa carrière. Ce sont principalement les jeunes médecins (|ui se trouvent ainsi pris: leur inexpérience ne les tient pas en iranK* ('ontre la simulation, et leur hésitation ordinaire en présence du malade lîl des familles sert d'appât à ces gens qui ne respectent rien. Dans une (M)médie ainsi improvisée, il faut que le médecin soit assez pénétrant pour savoir démêler le faux du vrai, lejuste de l'injuste, et pour éviter de jouer le rôle d*un sot; on pourrait rire à ses dépens, et sa réputation en soulTrirait beaucoup, car il n'est point d'arme cjui tue plus vite que le ridicule. A [)ropos de l'examen des malades, nous reviendrons du reste sur les alTeclions simulées.
Imiwtianre dr Vanatomie patholofjiqur. — Ce tableau des qualités qui doivent distinguer l'observateur serait incomplet, s'il n'clait encore ici (juestion du bénéfice réel qui n-sulte pour lui d'études anatomo-pathologiques consciencieus<Mnenl faites. Ouaud on songe à la muUituded'erreurs (jue les ouvertures cadavériques ont fait rectifier, aux notions j)récisi'sdont elles ont gratifié la science, soit sur le siège exact et bien défini d'un grand nombre de maladies, soit sur la nature el l'importance des lésions ubservt^es, on ne saurait disconvenir (jue celle branche des connaissances médicales n'ait largement conlribiK» au perfeclionnenicnt d<' l'art. L'analoniie palhcdogique rend incontestablement de grands services, el il est permis d'espérer, jusfju'à un certain point, (|u'avee le temps, plusieurs parties de son étude qui ne sont [)ns encore éclairées par une vive lumière finiiont par recevoir ce qui leur man(|ue de certitude sous l'influence de nouvelles recherches.
Sous ce rapport, rinlervention de l'histologie et du microscope a permis de mieux préciser la nature des produits pathologi(jues, d'en faire connaître l'origine ou les métamorphoses, el d'éviter une foule d'erreurs faciles à conmiettre lors(ju'on n'a recours qu'aux yeux du corps. C'est à l'emploi du microscope qu'on doit la connaissance d'un grand nombre d'altérations des iicjuides de nutrition ou de sécrétion par (\vs corpuscules étrangers ou des microbes, dont on ne soupçonnait pas l'existence, celle des cléments constitulils des tumeurs, et, chose non moins im{)ortante aussi, celle des tissus normaux qui forment la charpente des organes.