‹ Traité de diagnostic et de sémiologieChapitre 143 sur 295 · SIGNES FOURNIS PAR LA CYANOSE CARDIAQUE · texte numérisé non relu

SIGNES FOURNIS PAR LA CYANOSE CARDIAQUE

La percussion de la région précordiale, chez les individus cyanoses, décèle ordinairement une matité plus étendue, occasionnée par Taugmentalion quelquefois considérable du volume du cœur et par le degré de ses cavités. On y découvre souvent avec la main ce frémissement spécial connu sous le nom de frémissement cataire. A l'auscultation, on perçoit d'ordinaire des bruits de souffle variés, suivant le siège de l'altération des ori6ces, un bruissement sourd et profond et une impulsion plus ou moins forte, en rapport avec le degré de Thypertrophie cardiaque. Presque tous les malades se plaignent de palpitations et accusent une sensibilité exagérée au froid. Ce dernier symptôme, indiqué par Caillot, s'observe surtout lorsque la circulation est gravement entravée, que la stase du sang est considérable et que les fonctions sont plongées dans un état voisin de l'engourdissement. On constate toujours avec celte disposition un abaissement réel de la température, qui est toujours un peu au-dessous de la moyenne et dont le chiffre varie de 35 à 35 5/10. Le pouls est habituellement très fréquent, petit, inégal, intermittent, l'appétit reste assez bon, mais le travail de la digestion est parfois laborieui, et il a pour effet d'augmenter la dyspnée et de provoquer le retour des paroxysmes. Enfin, on rencontre souvent de la céphalalgie et de l'insomnie. Quant aux hémorrhagies, qui sont si communes chez les personnes affectées de cyanose avec perforation des cloisons du cœur ou altération des valvules, elles sont plus ou moins fréquentes selon le degré de la stase du sang veineux, et elles ont ordinairement lieu par le nez, par la bouche, sur les gencives et par les poumons.

L'époque de l'apparition de la cyanose cardiaque est extrêmement variable : on la verra survenir tantôt dès les premiers jours qui suivent la naissance, tantôt dans la deuxième semaine, dans le premier mois, et ainsi de suite jusqu'à la 57* année, où J. Frank rapporte qu'elle s'est manifestée pour la première fois chez un de ses malades.

La marche de cette variété de cyanose, dans la grande majorité des cas rapportés par Louis, a offert les plus grandes analogies avec celle de Tané- ▼rysme du cœur et de la plupart des affections de cet organe. Sa durée est variable, et parfois les malades peuvent poursuivre encore assez loin leur carrière. C'est ainsi que plusieurs d'entre eux ont vécu jusqu'à vingt-neuf, quarante et quarante-sept ans, et même jusqu*à un âge très avancé, comme Ta remarqué Natalis Guillot, à l'hospice de Bicètre. J'ai rapporté (1) l'observation d'une petite fille de cinq mois qui me fut adressée par M. Verneuil. Chez cette malade, la cyanose et les accès de suffocation étaient parfaitement caractérisés, et il y avait en outre de la matité à la région du cœur, un frémissement vibratoire intense, et un bruit de souffle à la pointe, courant et suivant le premier bruit du cœur. A force de soins, et à l'aide d'un régime végétal et lacté, l'enfant a vécu jusqu'à six ans, restant un peu cyanosée, avec de rares accès de suffocation, et conservant un souffle pré-

(!) BoQcbat, Traité pratique des maladies des nouveau-nés, 7* édit. Paris, 1878.

cordial assez prononce. Elle est morte d'une lièvre typhoïde. Cepend^inl. lors(iue la cyanose esl caractérisée par de graves troubles fonctionne'i>, ceux-ci en général s'aggravent de plus en plus, et, après quelques mois o;i quelques années d'une vie languissante et pénible, les malades succombent, les uns dans un paroxysme de dyspnée, les autres dans une hemorrhagie, dans une syncope, ou bien ils s'œdématient et s'éteignent lentement. Quelquefois, mais ce cas est rare, la cyanose se termine par le retour à la santé après une hémoptysie ; nous ne savons juscju'à quel point dt semblables guerisons peuvent être authenticjues, car, nous le répétons, la maladie marche à peu près toujours vers une terminaison fatale.

Il est impossible de confondre la cyanose cardiacjue avec la coloration bleuâtre uniforme ardoisée produite par l'administration à l'inlérieur d^ préparations de nitrate d'argent. Ilien n'est plus aisé, dans ces cas, que d»' s'assurer (jue celte teinte anomale n'est point due à la stase du sang dans les caj)illaires. D'ailleurs on chercherait vainement les accidents que nou> avons énumérés du côté des organes respiratoires et circulatoires.

Ce (|ue j'ai dit de la durée et de la terminaison de la cyanose cardiaipie me dispense d'entrer dans le longs détails à propos du pronu^tic, qui esl toujours très grave. Sauf de rares exceptions, ce symptôme e^l toujours l'indice d'une maladie organicjue mortelle dans un espace de lemj» variable.

D'après Franck, les causes susceptibles de produire la cyanose sont : l'hérédité, le rhumatisme, la dentition, les cris, les spasmes, les convulsions, les efVorts de la cixjUehuhe, le croup avec thrombose cardiaque, le^ suites de la variole, des catarrhes, le refioidissement de la peau, la su}pression des règles, les coups portés sur la poitrine, les chutes, les courses ra})ides, les émotions morales, etc. Ces dilïé rentes causes n'agissent que par les obstacles a|)portés par elles à la circulation du sang à travers le poumon, en produisant le rétrécissement de l'artère pulmonaire ou d»? l'oritice aurieulo-ventrieulaire droit, les altérations vasculuires du ca-ur gauche, les maladies de l'aorte, etc.

Il suflit de bien ct)nnaître les causes de la c\anose cardiaque pour entrevoir le peu d'ellicacilé des remèdes employés pour combattre cesMuptùme.

.\u moment de la naissance chez un nouveau-né atteint de cvanov

dépendant de la connnunioalion des cavités du cœur et du mélange du sang veineux a\ec le sang artériel, la maladie ne |)eut guérir qu'avec le tem|)s, par suite des etVorls de la nature et si l'oblitération des ouvertures fécales vient a selîectuer. En eonsecjuence, il n'y a pas lieu de lui opfK»ser aucun traitement actif. H convient seulement de régler le régime des enfants, de ne leur donner à telei* c|ue toutes les deux heures, de ne pas les tenir dans un V\cn trop eeliaulle, de ne pas les agiter fortement, et, s'ils vivent, de ne pas exeiter leur joie j)ar des mo\ens bruscjues et fatigants. Leur ventre doit ri'>ter libre au ino\en tle légers purgatifs admiin'slres à des intervalles peu éloignés. Si la cyanose est déterminée par l'un des vices

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