‹ Traité de diagnostic et de sémiologieChapitre 151 sur 295 · SIGNES FOURNIS PAU LES M0DIFIG4TI0NS DE LA PAROLE · texte numérisé non relu

SIGNES FOURNIS PAU LES M0DIFIG4TI0NS DE LA PAROLE

aura eu ce bon eiïet qu'elle aura éclaire! un peu la question du siège anatomique de la parole en le plaçant à la troisième circonvolution de Vhémisphère cérébral gauche de Vinsula;]e dis un peu, car il y a des observations de Charcot, Velpeau, Fernet et Parrot qui prouvent le contraire. Dans ces cas, on a vu la destruction de tout Thémisphère gauche sans que la parole soit anéantie. — Pour ma part, j*ai vu un cas d*héniichorée droite avec aphasie, suite immédiate d'une impression morale vive» dans lequel il n'y avait certainement pas de lésion cérébrale.

Vaphasie esi la suppression de la faculté d'articuler les mots. Le malade connaît le mot qu'il veut dire et le sens qu'on lui donne, mais il ne peut le prononcer ou il en prononce un autre. C'est l'aphasie complète. Si le malade peut prononcer quelques phrases et ne se troinpe que sur quelques mots qu'il lui est impossible de trouver, l'aphasie est incomplète. Dans certains cas, les sujets qui ne peuvent faire une phrase intelligible conservent la faculté de prononcer quelques mots, toujours les mêmes, et auxquels ils donnent toutes les significations possibles, en s'aidant de la mimique. — Ceux-là ne peuvent lire, écrire ou répéter les mots dits en leur présence et ilss*attristent énormément de leur état. — D'autres, ayaht perdu la mémoire des mots, peuvent écrire leur pensée, comprennent ce qu'ils lisent, mais ne peuvent rien prononcer. Ce sont les vrais aphasiques, ils ont toute leur raison, observent ce qui se passe eten gardent lamémoire. L*aphasie est parfois passagère, liée à Tépilepsie, à l'hystérie ou à l'hypocondrie et à l'aliénation mentale. — Elle s'observe dans les congestions qui précèdent le ramollissement des lobes antérieurs du cerveau, dans les chutes sur la tête et blessures du crâne, suivies d'une congestion ou d'une compression du cerveau. Alors, si la lésion est profonde au lieu d*ètre transitoire, elle peut être permanente.

L'aphasie permanente résulte : d*unehémorrhagie,d'un ramollissement, d*une tumeur, d'un corps étranger du cerveau dans les lobes frontaux, surtout à gauche, à la troisième circonvolution frontale, d'une oblitération de l'artère cérébrale moyenne ordinairement liée à une maladie du cœur; de la glycosurie, de l'albuminurie, de la syphilis, et de la fièvre typhoïde ou du typhus.

A côté de l'aphasie, il faut placer Vembarras de la parole qui existe dans certains cas de surexcitation morale, chez quelques vieillards, mais c>st principalement au début de la paralysie progressive des aliénés, que l'embarras de la prononciation a de l'importance, car c'est l'un des signes palhognomoniques de la maladie.

Si la perte de la voix entraîne toujours avec elle la perte de la parole, la perte de la parole n'implique pas fatalement celle de la voix, et le mutisme^ qui est l'impossibilité d'articuler des sons, en est une preuve évidente, car les sourds-muets poussent des cris aigus et inarticulés. Toutefois il y a un mutisme qui n'est pas dû à l'impossibilité d'articuler les sons, mais bien à la volonté de ne pas le faire. — C'est le cas de quelques maniaques et des mélancoliques.

ik) THOUBLFS DK i/APPARKIL RFSPIRATOIRE.

Ouaiit au bt'ijaiicmcnt, ce vice du lan,:irage (jui loire à répéter el a susneiulre la prononcialion d'une oudi* plusieurs syllabes, il ne dépend [»a> toujours d'uue mauvaise conlDruialiou de la lauirue, d'uu elal de Jaili.^'^s». ou d'une anesthésie des nuiM'les (|ui servent a rarticululioii des mots: ii est dû, dans (luelijues cas, à une alTeelion cérébrale, à une lievro grave ou à un elal nerveux, et spasniodicjue.

AiniCLE II

Sir.NKS I0( RNIS AT llIAGNoST[C f'AIi LK CIU

Le cri, celle nianireslaliou naturelle de la souiïrauce. se produit l<.ujours au nionienl de l'expiration: il dure autant qu'elle, cesse peu laiil l'inspiration «pii la suit, t4 repaiail avt'C une nouvelle expiration. i'Mn ({uelques enfants, rins[)iration est elle-inèine bru\anle, c'est ce que Billard a (jualilit' du nom dr reiirise. l.r cri est ordinairement plus lort que la re[)rise. Au niomeiit des eiis, un ph?*no!nene mènerai, caratierise par la luri^escence de la face, la lAdtjralion dr cflt»: partie et de toute la surface .lu corps. pvU' uut^ c<»ii::e>ti(»n ::f'neral«\ smilde indiquer la présence d'an obstacle au retour du sani: dans le cœur. Les veines du cou et des mains sont huiles i:onnees, et. clic/ les enfants malades, qui oui un érylbèntcou une lluxion inllaiumaloire d'uiu' paitie de la peau, l'auréole de la vacciih\ par extMiiple, ces parties juciinent ;i riii>tanl une coloration bien plus vi\e. La coni:e>tion ccrcluale c>t si Toile cbcz iiuehjues enlants, au moment dos cris. qu'd> toinb«Mit alTai>scs et m' pâment pendant (juelques secondes. Cet elal tloil élre iappr«Mlié d»- ra'^f)li\\ie.

Lrscri> pruvcnl è'ic altt'rr> dans leur lorme, dans leur timbre et dans leur durée. Le> modilic.itious ndalivcs à la forme des cris sont leur état de faibles>e et leur caractère pcnible ou t toulle.

La faiblesse des cris se roncuiilre surtout cbez les jeunes enfants qui \ieiment au nu»inle à p-iiie viables, dans un demi-état d'asphyxie, et chtz les i niants qui, un peu pKis à-ies, >ont affaiblis par une maladie chronique

et SvUlt pii^S lie >U<.C<«n'l>el\

Le i ri ^l^'^I!^ se lej.e i.îîe î liîui: «:!«. mei.t dans les an'ection> du larviix, tellrs tjue le iiv'ii;^ ^.u b> ina..i.i.is dr> iifrf> récurrents, et dans les maladies de> o:-.;îa> i» ^eiiaU ;ies, el i n j .,!li.:ii;er chez les enfants, dans la p::euîi:v :::e i.., . e.i:.,. It : .-ee. A;:. m ;::: ei.lani qui d«.nl CiUilinuellemenl el qji lie l', :i.;>> .1 .^.'.le : v r.>^'; ;;:i i.. .i.ji e>l aiiecle de menin:;ile. Aloi"s ciuhiue exi'.ivi; v'îi e^t /. «»:..; .\«:.i'' ùi.i.e > «.te de cri etou lié ; c'est un îv'it ^: îK^-^i :i.e;.. j>..;,i ; v-u ;;.. kii. T. »::.:n; ;i t >l eXvosivement rare de le i\ î.v v':.:;e. i:an> !e ^t ;;.> ..,;;.;.<.> r....... ::i >. sa ]»UMnoe doit être prise en

l.r> ,i ;v;..;.v :.s *;... ; .«.:-..: >.;. ! ;.:.. ..e aa .i\ s«j:iI assez imporlaiites; ,.:;i>i le ci ..".«.; il l..> ::, \ ...:.: .. - ...: - \.i,leN assez éloignes, a de ra'pjviU' |Mi \;.iuno . , U- : .: . . ; : .;: i.:. «..;..j r.ouiDie de médecins, aux

aiïections cérébrales aiguës. On lui a donné le nom de cri hydrencépha^ lique. Cela est vrai. Malheureusement, ce signe manque trop souvent pour qu'on puisse lui accorder une valeur sémiologique absolue, et, de plus, il se rencontre également dans le cours d'autres maladies. Ainsi, d'après Âutivy, Billard, Valleix (1), ce cri aigu se rencontre dans l'œdème des nouveau-nés. Or, en supposant que les modifications présentées par ces cris soient très évidentes, et par cela même caractéristiques d'un état morbide particulier, il est à peu près impossible de les indiquer d'une manière plus précise.

Il n'y a guère qu'une maladie dans laquelle le cri présente des modifications importantes, c'est le croup. Le cri s'éteint comme la voix, l'expiration est rauque, et il y a quelquefois une inspiration bruyante que les auteurs ont comparée au chant d'un jeune coq. A la dernière période de cette maladie, la reprise disparaît; il ne reste plus que l'expiration rauque et considérablement affaiblie; on peut dire que la voix est éteinte.

La durée des cris des enfants n'indique pas autre chose qu*une douleur très vive, sans aucun rapport avec l'affection de tel ou tel organe. Billard croit qu'on observe le cri prolongé dans les maladies du ventre, les coliques, l'iléus, la péritonite, etc. ; mais ces faits n'ont pas été établis d'une manière bien précise , on ne peut se prononcer définitivement sur leur importance.

Chez l'adulte le cri est une manifestation de la douleur au moment d'une opération, lors de la fin des accouchements, dans quelques névralgies très douloureuses. — Il s'observe souvent au début d'une attaque d'épilepsie et alors il a un caractère spécial, il est unique et le malade tombe en convulsions. C'est le cri épileptique»

L'aphonie est l'abolition plus ou moins complète de la voix.

Les auteurs anciens ne nous ont transmis, relativement à l'aphonie, que des notions incomplètes. Sous ce titre, ils comprenaient toutes les altérations et les extinctions de la voix, qu'elles fussent dues ou non à des lésions spéciales du larynx, ou bien à des accidents cérébraux, au delirium t remens, à un état de grossesse, à l'hystérie ou à la folie.

Des classifications de ce phénomène ont été tentées par quelques noso- ^raphes, et Sauvages, par exemple, a distingué l'aphonie mélancolique, l*aphonie par antipathie, l'aphonie des ivrognes, l'aphonie catarrhale anévrysmatique, l'aphonie traumatique, hystérique, paralytique et pulmonique, tandis que J. Frank a établi qu'il y avait des aphonie^» symptomatique, primitive, traumatique, inflammatoire, catarrhale et arthritique,

(1) Yallcix, Clinique des maladies des enfants nouveau^nés. Paris, 1830, p. 027.

li'l TIîOUDLES PK L'aPPAKEIL RESPIRATOIRE.

pislriijnc, spasinodiciuo, nuHastatique, coiisensuolle. C'est de nos jour> stMileintMit (|ir<)Ji a pu (lissiptM' la confusion établie dans rapprérialion de (T plu'uonicne, par une élude plus éclairée de ses causes et de son Iraileinent.

\.'(fj)/touie est le symptôme d'un ^rand nombre d'affections différentes nerveuses ou orijaniciues ; de là une aphonie JiPrreuse et une aphoicf sfiwplonKftiqnr,

5; 1'^ — .%|ibonlc nerveanc.

I/aj)hoiiie est (|ue]quefois une maladie essentielle dont la lésion est inconmie. (l'est une névrose offrant tous les caractères bruscjues, bizarns (4 éiiiiiinatiques di\s névroses. Klle di'bute d'une manière graduelle ini subit(\ et les malade> ne sont alors avertis de leur état qu'au moment uu ils veulent parltr: sa durcc offre des irréirulariles semblables, et tel qui s'endort apbone se reveille (luelquelois avec la l'acuité de parler.

Ousf.uvathkn. — Tn loloiiel tie cavalerie, qui s'était acquis dans les guerre^ dr» rKinpiu' une ^l'aiid»* i*«'pii!;tti(Mi «le brasoiirc, était doué d'uu timbre de voix a liiurable poui- \v ceniinauileuH'ut. l'endanl toute sa carrière militaire, il présent i ce pluMioméiic tr«''s ciirieux, (|u'il dt-vcuait subitement a[di(Uie aiis>ilôt qu'un coup il-cauou ou que le IumiiI liune 1res vive luï-illaile venait trapper son oreille, et il lu* riH'ouvrait j^éiu'r.jlement M»n or^Mue cpie deux ou trois heures après la ce^salivin (•oiii|tlèli* liu leu. Jamais il ne (piitla >a place de bataille, ni ne remit de\a-.l TeuntMiji la direeiiou de smi ré^-'iment ; >eulement, il conservait trè> prè^ de lui un jeuui' (<l!icit*i- aiuj'iel il transmeltail >es ordres à voix basse ( 1 .

(hi a Souvent eonloïKlii l'aphonie et le mutisme; c'est une méprise ipi'il tant éviter, car, daiiN le niutisine. il y a inipo>>ib:lit«' abs(due de former des stMis articule^, tan l:< ijne, dans laphoiiie, b'S sons nian(|Uenl ou sont (Miornieineiil allaiblis.

l/apli(»iiie neiven^«\ que nous avons appelée '•s<e/^n'e//e, e^l aussi rare eh'V riiounne qii\dle est fréquente chez la léinme. Elle re>ulte de la fra\eur el de^. grandes iin})res>ions nioiah^s ; de rb\sterieou elleesllres fréquente, et alvMs elle ilisparail subiteinenl comme elle e.^t venue; de raflaiblissemenl p!\uluit par le chidcra: de rinllucnce men>truelle à chaque éptxjue de u'^ies : île ceilainis maladies du poumon el du canir ne comprimant pas le neil laiMuc in!cii- ur; de raction ilu lioid sur le cou, etc.

l'.clle varit le daj»:ionie c^l du reNte san> i:ravit''. Le diai:uoslic ne saurait elle i'nil»aiia»anl, aloi> îiicnie que des si::nes d'une lé|:ére irritation du laivnx en ini'i v»>ei..:< n; pvur une laiyn^ite. car ces pbrMiomèiies sont de lies coiiiU» liuitc el .:.>|Mî a;>-e..t au tur el a uiesuH' que l'aphonie fait lies pu»^r<>. ce qiiî t^î ;•: -h i^riih nt ;e lonliaire de ce qui arrive (lan> la lav\n.;!le. l.l |mi;s. i v'nnni i.î liMnni- llie Ter: eui , lorsqu'on sait que l'aptiunie

nerveuse, dont le début est généralement si brusque, ne s'accompagne ni de dyspnée, ni de toux, ni d'expectoration ?

Les principales affections dans lesquelles on observe Taphonie sont la laryngite aiguë simple, où la voix devient d'abord rauque, et finit, au bout d'un certain temps, par s'éteindre presque complètement, et la laryngite chronique simple, typhoïde et syphilitique, où la voix, couverte et dure i roreîUe, finit par devenir basse et râlante, quand l'intensité du mal augmente.

On entend dans la gorge une espèce de sifflement qui se mélo à tous les sons, et le sujet affecté est obligé, pour se faire entendre, de faire des efforts extrêmement sensibles. Les sons aigus sont ceux qui sont le plus profondément altérés, et souvent môme ils sont presque entièrement perdus.

Dans la période extrême du croup, la voix subit de très importantes modifications : de sourde et d'enrouée qu'elle était avant que le larynx se fût recouvert de pseudo-membranes, elle devient basse, étouffée, pénible et naourante. L'aphonie a été également notée dans les accès de faux croup ou angine striduleuse ; mais ici il y a erreur : la voix de l'enfant est enrouée, déchirée, mais elle conserve presque toujours un certain degré de force. On constate encore l'aphonie chez des sujets affectés de delirium tremens, chez les aliénés atteints de paralysie générale progressive au dernier degré, chez les maniaques, après un violent accès de fureur dans lequel le larynx a subi d'excessives fatigues, à la suite d'un empoisonnement par la jusquiame, ou consécutivement à une forte commotion du cerveau. Ce dernier fait n'avait point échappé au merveilleux coup d'œil d'observation du médecin de Cos, ainsi que le prouve l'aphorisme suivant : < Dans la commotion du cerveau par une cause quelconque, nécessairementon perd la parole (1). > Portai (:2J et Tanquerel des Planches (3) ont vu survenir l'aphonie sous l'influence de l'intoxication saturnine ; on doit évidemment, dans c« cas, rapporter la maladie à la paralysie des muscles intrinsèques du larynx.

Sans insister sur tout ce qui a été dit par les auteurs, et entre autres par Fréd. Hoffmann, sur l'aphonie causée par la suppression, l'approche des menstrues et les couches, parla présence de vers dans le canal intestinal, par les maladies des organes génitaux, il faut surtout mentionner, comme produisant l'extinction de la voix, d'abord les plaies trachéales ou laryngées, et il est facile de comprendre comment l'air, ne passant plus par la glotte en

(1) Hippocrate, Aphorisme», tect. vu, aph. 58 {Œuvrer, édit. LiUré. Paris, 18ii» t. IV, p. 5'JÔ).

{i\ PorUU Cours d'anatomie médicale. Paris, 1804, vol. IV, p. 36L (3) Tanquerel des Planches, Traité des maladies de plomb, t. 11.

iii TROUBLKS \)K I/aPP.VUKIL HESPIRATOIRH.

suflisaiile (juantilé, s'o[)[)()se à hi vibration dos cordes vocales, puis In jh •seiiee d'un ^oîlre ou d'une tumeur iianirlionnaire, auévrysniale ou aii'i^ dans le voisinai:e du nerf récurrent. Au reste, dans tous les cas d'apli-tnif, les nerfs récurrents sont iniluencés d'une certaine manière; raiiulomitMl la physiolof;ie enseignent qu'ils doivent être malades, mais leur lésion. m1 y en a une, est tout à fait insaisissable. On ne peut conjecturer (|u'iiiuchose, cVsl qu'il se passe dans l'aphonie, pour les nerfs récurrents, nu phénomène analogue à celui qui a lieu dans le nerf facial chez l*^s suj- 1^ affectés de paralysie de la face.

Outre l'altération nerveuse, il v a défaut ou excès de tension des conl'S vocales, absence de vibration d(* ces cordes et souvent parésie des niusrits du larynx qui président iiux mouvements de Touverlure jrlottiquo.

Lorsijue l'aphonie persiste et passe à Tétai chroni(|ue, elle lient le phi^ souvent à un |)oIype et à une ou plusieurs ulcérations sy|)hililiques ninrveuses ou tuberculeuses des cordes vocales. Toutes les fois qu'en dthuîN de la diathèsc farcincuse ou syphiliticpie on rencontre une aphonie datatil de quelques mois ou de plusieurs S(Mnaines, il laul craindre l'invaMon d'une luberculisation puhnonaire prochaine.

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