‹ Traité de diagnostic et de sémiologieChapitre 164 sur 295 · SIGNES FOURNIS PAR LE RHYTHME DE LA RESPIRATION · texte numérisé non relu

SIGNES FOURNIS PAR LE RHYTHME DE LA RESPIRATION

Les modifications dans le rhythme de la respiration sont très importantes pour le diagnostic, et elles sont extrêmement variées dans la forme qu'elles présentent.

Si la durée de l'inspiration parait à peu de chose près être la même quQ celle de l'expiration à l'état normal, il est loin d'en être de même dans un grand nombre de maladies du poumon, et la durée d'un des mouvements semble l'emporter de beaucoup sur l'autre. La respiration est alors dite irrigulière. Le plus souvent, l'inspiration est plus longue, et semble être plus difficile que l'expiration. Il en est ainsi dans certaines bronchites capillaires, où l'air ne pouvant traverser aisément la couche liquide visqueuse qui remplit les ramifications bronchiques, un effort considérable et longtemps prolongé est nécessaire pour le faire arriver jusque dans les cellules pulmonaires; dans l'angine lai^ngée œdémateuse, où les bords de 1 ouverture supérieure du larynx, gonQés par l'accumulation de sérosité, se^rapprochent l'un de l'autre pendant l'inspiration, à la manière d'une soupape, un eflbrt puissant est encore nécessaire, et, l'air ne passant que lentement, le mouvement est forcément prolongé.

Expiration prolongée. — Dans des circonstances plus rares, c'est l'inspiration qui est courte et l'expiration qui parait beaucoup plus longue, d'où Yexpiration prolongée indiquée par Foumet. — Elle s'observe dans l'asthme où le défaut d'élasticité des bronches explique la lenteur de l'expulsion de l'air qui les remplit; dans la congestion pulmonaire chronique et tu début de la tuberculisation pulmonaire. Ici, c'est surtout l'auscultation qui fait reconnaître cette durée plus grande du mouvement expiratoire, et qui n'a pas toute l'importance diagnostique qu'on lui a un instant accordée.

Les irrégularités de la respiration sont très variées, et il serait assez embarrassant de donner un nom spécial à chacune des formes particulières qui en résultent. On a désigné sous le nom àUntermittente celle dans laquelle chaque respiration est séparée de la suivante par un intervalle équivalent à peu près à la durée d'une respiration complète ; sous le nom de saccadée^ entrecoupée^ ou empêchée^ celle dans laquelle l'inspiration et l'expiration se font, non d'une manière continue, mais par plusieurs mouvements successifs ; dans cette dernière, l'inspiration seule ou l'expiratioa

47<S TIIOUDLKS DE i/APPAHKIL IlESPIRATOIUE.

seule peut être saccadée, Fautre luouvemenl reslanl normal, ou bien ledeux mouvemenls peuvent élre entrecoupés.

Chacun de ces phénomènes, sans être palhognomonique, se rappori. cependant assez ordinairement à un état particulier du poumon; peut n'en citer que ([uelques exemples :

Ainsi : V inspiration saccadée se rencontre plus souvent dans la pleun^. ou la pleurodynie, états où une vive douleur s'oppose à la dilatation normale et régulière de la cage thoracique.

Vexpiration en plusieurs temps et Vexpiratiou prolougre sembleil se rattacher à la première période de la phthisie pulmonaire, époque de U maladie à laquelle les cellules pulmonaires paraissent se dilater et no vcvenir sur elles-mêmes qu'avec une certaine difficulté.

La respiration empêclwe accompagne la péritonite aigué, etc. Il y a enfin la respiration irrégulière, incomplète, inégale, et parfois suspirieuse, caractérisée par une série d'inspirations, petites, courtes, fréquentes, abdominales, de temps à autre interrompues par une in^|)iration large, profonde, costale et suspirieuse, ou par un ralentissement de> mouvements respiratoires. C'est le signe de la méningite et des maladie^ du cerveau prochainement mortelles, ou de l'urémie à forme cérébrale. Depuis (juelques années on fait honneur à CheyneStokes d'avoir découvert ce genre de respiration. — Il avait été signalé longtemps avant lui, et c'était ce qu'on appelait en France la respiration inégale interrailtento. Mais un de nos érudits des choses qui s'écrivent à l'étranger, ignomnl d*ce qui se fait dans son pays, a cru se distinguer en nous important la respiration de Cheyne Stokes, et les moutons ont dit comme le berger.

Il y a enfin la respiration purement (liaphragmatique que Ton ob>erv<" dans les épanchements pleurétiques considérables; dans Thydrothorax de> maladies du cœur avec anasarque, dans l'emphysème pulmonaire, dans la bronchite capillaire, et surtout dans la période d'asphyxie du croup lorsque le larynx est bouché et qu'il y a ce qu'on appelle le tirage.

Je mentionnerai encore dans les modifications du rhythme une perturbation particulière de la respiration (juc nous croyons avoir été le premier, sinon à observer, du moins à décrire. C'est celle h laquelle j'ai donné le nom de respiration expiratrire, ou respiration interrertie, cl que l'on rencontre dans la pneumonie des enfants à la mamelle, surtout dans les cas très graves et qui doivent se terminer d'une manière funeste.

La respiration intervertie commence par un mouvement actif et brusque d'inspiration gémissante et saccadée, suivi d'une inspiration rapide» Chaque expiration est accompagnée du resserrement latéral de la base du thorax, de l'énorme saillie du ventre et de la dépression sous-claviculaire et sternale (1).

(\) Boii(hii!> TraUf pralKjne dna maladies des uouvcnu-nes et des enfants a latruimeP^. 7- édit., 1878.

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J ai dit plus haut que chez rhomme à Tétat normal, la respiration était plutôt diaphragmaUque, tandis que, chez la femme, elle était plutôt costale, et que cette circonstance devait être prise en considération, parce qu'elle était susceptible de fournir des renseifçnements précieux dans des cas donnés.

En effet, chez l'homme, lorsqu*il existe une affection de l'appareil respiratoire accompagnée de dyspnée, et qui exige un supplément d'énergie dans les organes chargés d'opérer Tampliation de la poitrine, le diaphragme et les muscles abdominaux ayant donné tout ce qu'ils pouvaient fournir, ce sont les muscles de la poitrine qui donnent ce supplément d'action; la renpiratiou cosiah chez l'homme indique donc, sans /oumir du reste aucune donnée sur la nature de la maladie, un état pathologique en vertu duquel les puissances auxiliaires ont dû être mises en demeure de venir en aide à l'insuffisance de celles qui agissent normalement, état pathologique siégeant dans l'appareil pulmonaire et habituellement grave.

La même chose se passera^ en sens directement inverse, chez la femme, lorsque la respiration, de costale qu'elle est à l'état normal, deviendra diaphragmatiqne ; la respiration ordinaire, se trouvant insuffisante, sera la puissance auxiliaire à laquelle l'organisme aura recours pour augmenter la capacité thoracique et le développement du poumon.

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