DISPARITION DE LA SOIF
Vad^psie est un phénomène très grave, de mauvais augure. On l'observe surtout dans la forme ataxique de la fièvre typhoïde, et en général dans un aaseï grand nombre de maladies aiguës qui se compliquent de délire.
Dans toute maladie, quand la soif cesse subitement, les autres symptômes continuant d'être à leur période d'état aigu, c'est un signe du plus fâcheux augure. Quand, au contraire, on observe le retour de la soif à s<Hi état ordinaire, les autres symptômes s'étanl d'ailleurs amendés, la convalescence est prochaine.
Tik) TUOl'BLKS DE l'aPPAREIL DIGESTIF.
iivDuopiior.iK, ou PEi:i\ des boissons
Dans (HM'tains cas, le senlimenl de la soif ne peut élre satisfait. maL^ré le désir des malades, car dès (|u'ils seiileiil le liquide sur les lèvres ils soûl pris de spasmes ou de convulsions. C'est Vliydrophobie. Ailleurs, il y a seulement répulsion pour les boissons, dé^j^oùt des liquides, mais pas de convulsions.
L'hydrophobie est rubiqne ou non rabique. La première est due au développement de la rage par absorption du virus rabique, et des iiiicrobts qu'il renferme, à la suite de la morsure des chiens enrairés ou d'autn-s animaux atteints de raire.
L'autre est parfois un résultat de perturbation cérébrale, n"a rit-n de virulent, et s'observe chez des hystériques ou des hypochondriaques. Eli»* ressemble alors à l'Indrophobie rabi(|ue par les spasmes qui raccompaiinent.
Le plus souvent ce n'est (ju'un simplt» déiroùl des boissons. — '^n l'observe dans la stomatite et dans les aiiizines, et elle résulte de la douleur dedé::lutition : — dans les lièvres fzraves,dans (|uelques empoisonnemeiit> parla belladone, le datura, la jusquiame ou l'arsenic.
CllAPlTRK V
SUiM-S roLllMS AU DIAGNOSTIC PAR LA SALIVE
La science moderne, en s'occupant des propriétés physiques et de la composition chimique de la [)lupart des licjuides de réconomie, dans l'elal de saule comme dans l'état de maladie, a rendu un grand service à la scmiotii|ue. Elle y a trouve un grand nombre d'altérations de quantité et de qualité dont la présence conslilue autant de signes importants pour le diagnostic et la prognose.
.Mais il y a [dus, dans l'état physiologique M. Armand Gautier y a découvert UHi^ sub^la!^ce toxique qui n'est ni un virus ni un ferment, mais un vcrilal)le rcnin comparable aux venins des serpents. Il paraîtrait même que, dans la colère, la >alive augmente rapidement de toxicité, et Ton a cité des cas de mort aprt'S la morsure d'hommes furieux. — Le fait a etc démontre comme il suit par M. A. Gautier. — On prend ^0 grammes de salive humaine normale évaporés au bain-marie, ce qui donne après trois heures un resitiu de 1'^ centigrammes. — On les met dans un peu d'eau tiède qui en dissout 10 cenli;:rammes. — Ces 10 cenlii:ramme5 injectes sous la peau d'im oiseau, le mettent en stupeur et le tuent généralement. — l»oiic, connue le d.l .M. A. Gautier, « le venin des serpents
SIGNES FOURNIS AU DIAGNOSTIC PAR LA SALIVE. 5il
ne parait différer de notre salive que par l'intensilé de ses effets et non par sa nature intime >.
On ajoute aussi qne cette salive remplie de microbes n'agit que par les microbes qu'elle renferme, — et Pasteur a fait différentes expériences à ce sujet, qui prouvent que les microbes de la gorge d'un cadavre, cultivés et injectés à des lapins, déterminent rapidement la mort de l'animal.
Cela étant donné comme point de départ, je vais indiquer la sémiologie de la salive.
Aujourd'hui on connaît beaucoup mieux qu'autrefois les modifications de quantité et de qualité de la salive dans l'état pathologique.
La salive peut être altérée dans sa quantité, dans ses propriétés physiques et dans ses propriétés chimiques. Je ne parle ici que de la salive en général, ou plutôt de la salive mixte ou buccale^ car, jusqu'ici, on ne possède encore aucun document positif sur les altérations pathologiques des salives parotidienne, sous-maxillaire et sublinguale (1).
La salive peut être instantanément augmentée de quantité, à l'occasion d'une émotion morale vive, ou d'une irritation buccale, de l'ingestion d'un médicament ou d'un poison, d'une névrose ou de l'action sympathique d'un organe éloigné. C'est la salivation, la sialorrhée, ou le ptyalisme.
Le flux salivaire est un phénomène d'irritation des angines, de la stomatite, simple ou mercurielle, de la dentition des petits enfants, un phénomène cérébral de l'idiotisme, du crétinisme, de la manie aigué, de rhystérie, de l'hypochondrie, du nervosisme, un phénomène sympathique dans la grossesse et quelques maladies de l'estomac, la variole, etc.
Certaines substances portées dans la bouche ou môme dans l'estomac, quelquefois seulement confiées à l'absorption cutanée, produisent un flux salivaire considérable : ainsi le jaborandi et la pilocarpine; la racine de pyrèthre ; le tabac ; l'acide acétique ; le piment ; le bétel, et principalement le mercure. Dans ce dernier cas, la salivation constitue l'un des phénomènes de l'une des formes de l'intoxication mercurielle.
Nous avons dit qu'une émotion morale pouvait amener aussitôt une surexcitation dans la sécrétion salivaire, l'altérer dans sa composition et y produire ce venin dont a parlé M. Armand Gautier; il est beaucoup plus commun de voir, au contraire, dans ces cas, la bouche devenir sèche. On rencontre également ce phénomène dans certains états nerveux.
La salive est diminuée de quantité dans le diabète, dans la polyurie, dans la polydipsie, dans les sueurs abondantes, dans les diarrhées excessives, etc. Elle n'est diminuée que d'un seul côté dans les oreillons, et dans les parotides, par suite de l'obstruction du canal de Sténon ; alors le côté de la bouche correspondant est très sec.
Pendant l'agonie, la sécrétion salivaire est presque abolie ; elle est alors
(I) On sait que Claude Bernard distingue ces quatre espèces de salives, fort diflerentes les une» des autres dans rétat physiologique {Levons de physiologie expérimentale appliquée à la tnédeeine. Paris, 1856, L H, p. 44 et suiv.) .
542 TRoi:r;LKS di: l'appareil digestif.
très visqueuse, et elle retient les lèvres collées l'une contre l'autre, aw moins vers les commissures.
Plus la salive est abondante, moins sa densité est considérable, A lchiiïre qui Texprime dans Telat normal, 1,005 à 1,008, tombe à iÀ^yl
ou 1,004.
Ouant à l'alcalinité ou à Tacidilé de la salive mixte, il ne faut pas en tenir compte, car, normalement sécrétée alcaline, la salive devient Iff? rapidement acide dans la bouche, par son mélange avec le mucus, et cela dans rétat de santé aussi bien que dans l'état pathologique. Ainsi on a remarqué qu'elle devient immédiatement acide quand elle n'a pas cuuK' depuis loniitemps, comme lorsque l'on est à jeun, ou lorsque Ton a pari*beaucoup. Suivant Claude Bernard, et son opinion paraît la plus probablt^. cette acidité résulterait de ralleralion des matières organiques qui, plaçâtsur la muqueuse buccale, éprouveraient, sous l'influence du contact dtl'air, une fermentation acide, lactique ou autre, favorisée par la pre^enc'* <raliments sur la langue et entre les dents.
Dans les caries dentaires, dans les diverses espèces de stomatites, *:{ surtout dans la stomatite mercurielle, dans le scorbut, dans quelque> anilines, et particulièrement dans l'angine pseudo-membraneuse, dan< l'embarras gastrique, la salive a une odeur très fétide.
De même que la densité, la consistance de la salive est en raison invers* de son abondance.
La salive n'est guère altérée dans sa coloration que par le pus ou par K sang. Ces liquides s'y reconnaissent aisément à l'œil ou au microscope.
Dans certaines maladies, la salive est altérée dans sa composition chimique. Elle peut renfermer de l'acide urique en quantité assez notable. C'est ce que l'on voit dans V uricémie qui accompagne ladialhèse goutteuse ancienne. D'après M. Boucheron ( l » la présence de l'acide urique dans là salive fournirait la preuve directe de l'accumulation de cette substance dan? le sang, la preuve directe de l'intoxication par Tacide urique, et la pi-euvt indirecte que les alTections dont souflVe le malade sont sous la dépendance* de cet agent toxique. La disparition des accidents concordant avec la disparition de l'acide urique apporte une nouvelle preuve à l'appui.
En elïet, on trouve dans la salive de l'acide urique en abondanctdans les principales variétés d'uricémie, quelles qu'en soient lescau&es.
l' Dans l'uricémie par arrêt de la fonction urinaire ou rétention de là majeure partie des liquides et des matériaux de Turine, chez des sujets nevropathiques ou autres; ^' dans l'uricémie par alimentation trop riche en azote; 3' dans l'uricémie des sujets ayant été atteints de goutte aigut-, franche, articulaire ; 4' dans l'uricémie des sujets atteints de goutte chronique articulaire ; 5' dans l'uricémie avec accidents morbides du côté du foie, de l'estomac et des intestins; 0=" dans Turicémie avec lésions diverses de la peau; T' dans l'uricémie avec lésions oculaires (décollements de Iï
(1) Boucheron, Comptes rendus de rAcudémie des sciences, séance da ±i août 1881.
rétine, choroîdttes et corps flottants du corps vitré, iritis, kératite,- névrite optique, conjonctivites, blépharites); 8"* dans l*iiricémie avec lésions de l'oreille et surdité ; 9"* dans l'uricémie avec détermination morbide du côté des reins, des bassinets, de la vessie et de la prostate; 10* dans l'uricémie avec détermination morbide sur l'appareil cardio-yasculaire ; 11* dans ruricémie avec accidents encéphalo et névropaihiques.
Procédé opératoire. — C'est avec la réaction de la murexide que Ton obtient les meilleurs résultats pour la recherche qualitative de l'acide urique dans la salive. Cette réaction n'exige qu'une faible quantité de liquide ; elle est rapide et caractéristique.
Pour réussir, on doit prendre les précautions suivantes : Avec 1 ou i grammes de salive déposés sur une capsule de porcelaine plate, une soucoupe par exemple, on chauffe légèrement au-dessus d'une lampe à alcool, de manière à amener la dessiccation du liquide sans déterminer d'ébullition et sans laisser jaunir le dépôt. Aussitôt la dessiccation produite, passer très légèrement sur le dépôt sali vaire une baguette de verre humeqtée d'acide azotique, puis immédiatement une autre baguette humectée d'ammoniaque en solution : l'exposition aux vapeurs d'ammoniaque suffit quelquefois quand la quantité d'acide urique esl faible.
Trop d'acide azotique ou trop d'ammoniaque nuisent à la réaction. Si la salive renferme de l'acide urique, on voit se produire la coloration pourpre caractéristique, souvent avec une intensité de coloration presque égale à celle que donne l'urine diurne traitée de la même manière.
La comparaison entre la réaction de la murexide et les procédés cliniques de recherche de l'acide urique (précipitation de l'acide urique par les acides forts, cristallisation sur un fil, etc.) nous a montré que la présence de la mucine, qui entraine déjà la réaction de la murexide dans une certaine mesure, s'oppose dans de bien plus fortes proportions à la précipitation de l'acide urique de ses solutions. C'est en se basant sur la non-précipitation de l'acide urique qu'on a pu nier la présence de l'acide urique dans certains liquides, et en même temps nier la nature uricémique des affections qui les ont produites. Tous les uricémiques n'éliminent pas leur excès d'acide urique par la salive ; mais, chez les sujets qui l'éliminent par leur salive, oa trouve dans cette élimination des indications de la plus haute impor* tance.
Voici, sur la salive, le résumé d'expériences comparatives faites par L'héritier (1) :
PhlflffBlâSiM.
état SalintloD Chloroto. Maladie Moyenne de
pll>-iiolorifiie. merMiieltai da Bright. six aaalyMik
Eau 98,65 97,09 99,00* 90,59 96,00
Mati^ Mvaaiqua. .. 1,36 2,00 0,07 1,36 3,09
MaUère iaorganique. 0,09 0,11 0,83 0,05 0,11
(1) B«eq«flrel et Rodier, *fraiU de Mnàe pdMogiqiu. Parii, 1863. — Vo^ Ql Bobia» Leçon» emr lu humeurs^ 2* éditioa. Paris, 1874.
5ii TnOIDLES DF. l'aPPAUEIL DIGESTIF.
Ainsi, dans la salivation naturelle, diminution de l'eau et des stU, v\ auirmentation de la matière organique.
Dans la chlorose, augmentation de l'eau et diminution de la matière oiiim*(jue et des sels.
Dans la maladie de Rriglit la salive reste à peu près à l'état normal ; iiidis dans la irlvcosurie on v trouve du sucre de iïlvcose.
Dans les plilegmasies, les modifications sont très sensibles : il y a diminution de l'eau, augmentation très grande des matières organiques et léi^vr-auirmentation des matières salines.
Dans quelques cas enfin on trouve dans la salive des substances étraîsgères introduites dans le sang. Ainsi Pouchet y a trouvé du plomb, aI(H> que les sujets avaient quitté l'usage du plomb depuis trois mois. — }hh l'altération la plus curieuse est celle de l'excès d'acide urique qu'on [uai constater dans ï uricémie. — Quant à la présence dans la salive nonnai' du venin découvert par A. Gautier, des ptowa'ines de Selmi, des niicrulMS de Pasteur, ce sont des phénomènes pliysiologiques plus que des altérations pathologiques de la salive, et je n'ai ])as à y insister en ce moment. D'ailleurs, c'est un sujet entièrement nouveau, sur lequel on sait eucon^ peu de chose et qu'on ne connaîtra bien que plus lard, après de nouvelK> recherches (1 ).