‹ Traité de diagnostic et de sémiologieChapitre 254 sur 295 · XII. — SUCRE DB GLYGOSE DANS LES URINES · texte numérisé non relu

XII. — SUCRE DB GLYGOSE DANS LES URINES

Le sucre de glycose ou sucre de diabète, d*après Claude Bernard (1), qu*on observe quelquefois dans les urines, est toujours Tindice d'un état morbide. Il n'y en a pas dans Tétat habituel. C'est le signe d'un certain nombre de maladies assez diiïérentes, et, comme l'albuminurie, la glycosurie n'est qu'un symptôme dont la cause est souvent dinicile à déterminer.

C'est quelquefois un trouble fonctionnel passager qui disparaît très rapidement, et ailleurs c'est une altération permanente et définitive de la sécrétion urinaire. Quelle est la nature de ce trouble? Il est difficile de le dire, malgré les recherches publiées récemment sur la fonction glycogénique du foie par Cl. Bernard. Répéter avec Cullen que c'est un vice des puissances assimilatrices ou de celles qui convertissent les matières alimentaires en vrais fluides animaux, c'est en réalité ne faire qu'une hypothèse. Un instant on crut, avec Bouchardat (2), que le diabète résultait de la formation dans l'économie d'un principe particulier ayant sur l'amidon une action semblable n la diastase, et changeant en sucre les matières féculentes du tube digestif, d'où elles passaient dans la circulation, et de là dans l'urine. Il n'y avait rien à opposer à cette théorie, puisque le fait sur lc(|ùel elle s'appuie est et demeure incontestable. Malheureusement ce fait n'est pas spécial aun malheureux diabétiques ; il est général, et les choses se passent ainsi chez tout le monde. Partout, chez l'homme sain comme chez les diabétiques, la fécule est transformée en sucre à la partie supérieure de l'intestin, et le diabétique n'ofle rien de particulier sous ce rapport.

Mialhe, profitant de ce que pouvait avoir de défectueux la théorie qui précède, pour placer la sienne, émit cette opinion, que du sucre se formait dans les voies digestives de tous les sujet nourris de matières féculentes, mais que, porté dans le sang par l'absorption, il le traversait sans s'y détruire, à cause d*uiie altération spéciale caractérisée par la perte d'alcalinité, l'état neutre ou acide, et qu'il arrivait ainsi dans les urines pour être rejeté au dehors. Ici c'eht une altération du sang, l'état neutre ou acide comparatif de ce liquide, qui est la cause du diabète, tandis que plus haut c'est un vice de nutrition intestinal et la formation accidentelle du sucre dans les voies digestives. Cette dernière théorie de Mialhe n a pas résisté au contrôle

(1) Claude Bernard, Leçons sur le diabète et la glycogenèse animale. Paris, 1877.

(2) Bouchardat, Du diabète sucré {Mém deVAcad. de méd., Paris, 1852, t. XVI, p. 69).

Gi8 LKSIONS L'E LAPI'AREIL HUNAIKK ET ALTERATION L»ES IRINES.

de l'e\|)L'rit'nre. On ii a pas vu que ce sang des diabétiques fùl jamais acidt^. ol il parait (jueson alcalinité n'est pas sensiblement amoindrie.

lîesle entin la théorie (|U on peut déduire des expériences de Claude Dernard (il, expériences vues et revues de tout le monde savant, acceplrt-> sans Contestation possible, et dont nous avons suivi ledevebippemeiil avre le plus vil intérêt ci), ihi sait en eiïel qu'il suftit de piquer la moelle allonjt^^ d'un animal près de Toriizine des pneumogastriques pour déterminer l'aufimentalion de la sécrétion normale du sucre dans le foie, le passade de ce suere en abondance dans le sani^ et dans les poumons, ou il ne peut se détruire, en rai>on de sa quantité. Ce (jui n'est pas détruit est élimine par les reins, coule avec les urines, et en (juelques minutes un animal e>t diabeliijue. Un reproduira ce faii autant de fois qu'on voudra tenter l'expérience.

(Jue re^ulte-t-il de ces expériences ajjpliqueesà la patholoirie du diabète huiràain? >ous liiilluence des causes occasionnelles ou déterminantes diiei'les delà maladie, du sucre se forme en plus irrande abondance dans le foie, el, ;ij«>ute a c»lui qui est ab>oi be dans les voies dii:estives, il passe dans le >ani:, dans les poumons, ou une partie seulement se consume dans l'acte re>piratoire, et le surplus passe dans les urines par l'inlernR*dia;re de la secieliun rénale.

Le diabète >erail donc un tioubb' de la fonction saccharilique du foie, si l'on >'en tenait au (««le pusitif de l'expérience, sans cherchera remonter un peu plus haut. Mai>. au de'a de cette altération fonctionnelle, il y vn a d'autres (ju"(»n pourrait encore prendie comme point dedeparl d'une the^^rie sur la nature du diabète. Ne sav(»ns-nous pas. en elTel, que le sucre du fi^ie doit se iletruire dans le piiumon >ous l'inlluence de la respiration, et ne puuirail-ou prelt^nJie. comme l'ont t'ait lleMioso et Dechambre, <|ue le troubli- loncti*>niiel m.>rb:(ie ou senile des poumons peut engendrer primitive uieiil lediabett\ de Sorte ijue le diatwle serait en quelques circonstances une alTci lion d''> oi.anes ie>j» ratoire>? C'est la encore un nouveau p<"»inl de VU'- Je Cri .iir[»iii>able >ujet. qui fascinc et séduit Tobservateur par louu > K > la. «. s ^o,l^ It >v| li.•lie^ il Se j-reSentc a SOU attentitiu.

Noiis n"a^oîi^ }.as ae'i'\e : car. en defiois de ces troubles fonctionnels, p!vi< t s d.iîi> Tr-l- îiia- par 1» > un>. tlan> !e san::, dans le foie, dans les pounioiis oa dans 1. s irii spar l»s autres, il \ en a un que nous avons reserNe jus»]ii'a jTt'M lit » t iju les rc-'il, l«-s c 'inmande et les domine tous, cVsl l'altt ral;o!i <:u s\>t. ii;c n.ivtux. tji eiTet. piquez à l'endroit convenu la nivelle allcn^ee J. liii ;i!;ii.a! : il devitiil diabétique, un peu ou bi*aucoup, p\>sa«'r reinenl ou a jiMi i >. Miivanl le «iegre de la blessure: faites une c.'iiiin«lion vtMebiae. il .n '•>l tjuelqiiefv.is de même si vous avez frappé ra>!.. ti. «.\.înuie cele i:nj'î>^-s;i>ii iriui bide ne vient pas direclemenl pr les p:u;::iio«a>t! i l'.i- s a«ir >.i:- i r .-toiuac, le io:e, :es poumons ou les reins,

'•' ' t' "; ^ : - ^ •.'■ : -. .^ f' ::-:-'!' i',^-;.'' 'lil.^uff a la meJfcmf, Pan*. IvVv ;. 1

yt Ci IWinari. /' » x. .^ :i.:':-f o: .: jy^f<< cnimiif. Pan*, I8T7.

SIGNKS TIRÉS DES MODinCATIONS DB COMPOSITION DE L*DIIINE. 649

comme on l^avait cru jusqu'ici, mais par action réflexe et au moyen de la moelle épinière, comme Ta démontré Cl. Bernard, il en résulte qu'après avoir rendu artificiellement diabétique un animal, on peut à l'instant même suprimer le diabète par une seconde opération, non moins ingénieuse et non moins hardie que la première.

L'animal est diabétique par la piqûre de la moelle allongée près de l'origine des pneumogastriques ; il va cesser de l'être à notre volonté par la section de la moelle épinière à la tin de la région dorsale. Cela ne manque jamais, et Cl. Bernard nous a plusieurs fois rendu le témoin de cette expérience.

Le rôle du système nerveux dans la production du diabète est donc une chose capitale immense, et contre laquelle on disputerait en vain. L'impression morbilique expérimentale ou indirecte doit passer par ce système pour opérer la perturbation fonctionnelle des glandes et des organes dont il dirige les opérations. En conséquence, et malgré d'excellentes raisons pour se perdre dans les détails, nous arrivons à ne plus considérer le diabète comme une maladie des reins, ce qu'on a soutenu jadis, ni comme une affection du foie, ni comme une maladie des poumons, mais comme une aflection organique ou dynamique du système nerveux localisée dans un point circonscrit de la moelle.

La glycosurie est donc le symptôme d'une aiïection passagère ou permanente du sysième nerveux, qui active la fonction glycogénique du foie, suspend la destruction du sucre dans l'acte respiratoire , et permet son accumulation dans le sang, où les reins le prennent pour l'éliminer avec l'urine.

Comment constate-t-on la glycosurie?

Les moyens de constater la présence du sucre dans l'urine sont nom-^ breux et n'ont pas tous la même importance. Outre les caractères physiques tirés delà couleur ordinairement pAle des urines, de leur saveur sucrée ou nulle, de leur fermentation spontanée ou provoquée par la levure, il y a d'autres moyens de diagnostic fournis par V augmentation de leur den^ xité et par leur analyse optique ou chimiqtie.

Le premier de tous est relatif à la conslation de la densité des urines.

Varéomètre oitlinaire, dans les urines sucrées, marque 1,030, 1,040 ou 1 ,060, au lieu de 1 ,018, chiiïre de la densité ordinaire, et le petit pèse-urine^ instrument portatif que chaque médecin devrait avoir, marque 3, 3, 4 ou 5 degrés, au lieu de i 1/2, chiiïre des urines normales. Ces expériences suffisent pour révéler la présence du sucre. Il n'y a pas de maladie autre que le diabète qui élève ainsi le chiiïre de la densité des urines.

11 y a plus : d'après Bouchardat on peut^ à l'aide de la densité constatée avec l'aréomètre, arriver à savoir quelle est la dose de sucre rendue en vingt-quatre heures.

Voici comment il faut s'y prendre : Constater avec l'aréomètre l'augmentation de densité, qui sera 20, 30, 38, 40 ou 42 ;

Doubler le chiiïre de la densité, et multiplier par le nombre de litres

ri5l> T.[':SI(1^•^ DR LVvl'PAItEii. DIIENAIIIE KT ALTÉriATin.N DES llll>t*.

SIGNES TIRÉS DES MODIFICATIONS DE COMPOSITION DE l'UHINE. 651

d'urine rendue en vingt -quatre heures et déduire 50 grammes de matières fixes que par l'urine l'homme rend tous les jours.

Exemple : Une urine pèse 1038, c'est-à-dire 38 plus que l'eau. — I^e double est 76 x 5 litres d'urine rendue en vingt-quatre heures = 380 — 50 de matières fixes = 330 grammes de sucre.

Vanalyse opliqtie se fait au moyen de l'appareil polarimètre de Biot, ou du saccharimèlre de Soleil, ou du diabétomètre de Robiquet (fig. 158, 159 et 160) ; mais ce sont là des moyens savants qui exigent le concours d'appareils dispendieux que l'on ne trouve que dans nos grands centres scientifiques.

Quand on emploie le diabélomètrej voici la manière de s'en servir.

Détermination du zéro correspondant à l'égalité de teinte bleu violacé donnée par la lame bi-quartz. ^ Fixer l'instrument sur la botte SS'« mettre en place le tube central F, et viser la flamme d'une lampe bien allumée. Saisissant alors lextrémilé aa\ l'observateur enfoncera ou attirera a lui, suivant la nature de sa vue, le tube mobile contenant la loupe À jusqu'à ce qu'il aperçoive bien nettement une image circulaire partagée en deux parties égales par une raie noire verticale, et ayant entre ses deux moitiés une égalité de teinte parfaite tirant sur le bleu violacé. En ce moment, le zéro du cercle gradué doit se trouver en regard du point de repère D. Pour peu qu'on fasse passer le zéro en deçà ou au delà, l'égalité de teinte sera rompue. Aussi les physiciens ont-ils donné à la teinte bleu violacé, correspondant au zéro, le nom de teinte sensible. Si par une secousse trop forte l'analyseur était déplacé de sa position normale, l'égalité de teinte serait encore troublée, mais on pourrait très facilement remédier à cet accident; il suflirait pour cela de desserrer la vis L et de faire très légèrement osciller à droite ou à gauche la bonnette aa' jusqu'à ce que l'égalité de teinte se reproduise. A ce moment, on serre de nouveau la vis L, et l'instrument se trouve réglé.

Il est très essentiel d'habituer l'œil à saisir l'égalité de teinte correspondant au zéro de l'instrument, ainsi que la moindre différence qui pourrait se produire entre les deux moitiés du disque coloré.

Préparation de la liqueur àanalyser. — L'instrument étant réglé au zéro et l'œil de l'observateur parfaitement exercé à saisir la teinte sensible, bleu violacé, il ne reste plus qu'à préparer la liqueur à observer. Pour cela on mesure dans l'éprouvette graduée 25 centimètres cubes d'urine diabétique, 1 centimètre cube d'extrait de Saturne et 1 centimètre cube d'ammoniaque liquide. On complète exactement avec de l'eau un volume de 50 centimètres cubes; on mêle les liqueui*s avec la baguette de verre, et après quelques minutes de repos on filtre dans l'éprouvette non graduée. Les premières portions de liquide qui passent sont ordinairement un peu troubles, on les reverse sur leliltre jusqu'à ce qu'on obtienne une limpidité parfaite.

Remplissage du tube central. — On dévisse une des deux bonnettes du tube central F, dans lequel on verse, en petit filet, la liqueur filtrée et déco-

f»rr2 LÉSIONS DR L\\PPAnKIL iniXAIRE FT ALTKHATION DF? UIUNFS.

loréo, jusqu'à ce qu'elle dépasse léicèremenl l'orilice. A ce momenU « n l'ail iilisser le petit plau de glaee sur l'extrémité découverte du luhe et T-'i visse la honnetle. A cause du diaphrairme placé au centre, il est rare <|u'nn puisse ainsi complètenient remplir le tube central. Il fautalors le retourn^-r doucement, dévisser la seconde bonnette, et opérer à cette deuxième ext**»niité comme on l'a fait à la première. On vérifie très facilement qut.]»tube est exactement pUin lors(|u'en le plaçant entre Tœil et la lumière <•!! dislinixue une colcume liquide parfaitement transparente et semblant <rM^ diliée d'un seul bloc. Au contraire, pour peu qu il reste de Tair, la vis tni n'est pas nette, la liqueur paraît toute trouble et agitée; souvent mé'i.e les rayons lumineux ne peuvent plus passer, et il y a obscurité complète.

/)osv/7»' du .^urre (liabéli'iu*\ — On installe le tube au centre de riiiîilrument et l'on fixe de nouveau la flamme de la lampe. Si l'urine àessaver ne contient j)as de sucre, l'eiralité de teinte donnée par la plaque de quarlz à double rotation i;^ \) n'est nullement troublée. Si, au contraire, il y a ou sucre diabétique, les deux moitiés de la plaque bi-quartz sont coloieesd»^ teintes tout à fait diiïerentes dont la nature et l'intensité varieront sunant la ricbesse saccharine de la liqueur analssée.Ouellequesoil celteop[x>silion de couleurs, on la fora disparaître en tournant le disque gradué (dans Tordra* numérique de ses divisions par rapport au point de repère Ih jusqu'à ctqu'on ait très exactement rétabli une égalité de teinte parfaite. On reirardera alors (]uel est le degré (|ui se trouvera en face du point de rep»*re IK Supposons (jue ce soit lo ^\^ degré, cela signifiera que l'urine essayée contient par litre -21 grammes de sucre diabétique.

Ain>i : cJui'iu*' lU'gi r du c^'rclr dit i^ic corresiiond ù un tjramm*' desu^r^^ *h' di'ih' (r n ir Hti'' d' urittt\

Ou p. ut opérer à la lufnière naturelle en visant le ciel, surtout b»rsqu*î est légèrement luiageux, mais alors il laut enlever la petite bonnette munie du verre vert 1.

Il laul. après eha]ue op -ration, nettoyer parfaitement le tube central et les eprjuvi'll' s av.e de leau a'iruise»' d'acide aceti(|ue ou de vinai:rre. r->uîe> les p ee'\<, ftaiit parrailenient nettoyées et essuyées, pourront servir à des optr.ili.iiis ulleneuros sans qu'on ait à craindre le moindre trouble dans le> liqueurs.

.l//'/v'N fft >/' n< /-' <ou^ti'''r /'•.s//e/e dm^ le< Mr///e.<. — L'analyse p.ir r»' ht'ls r'iun' i', > se fait ties rapidement, en faisant bouillir une p»?litf^ quanlil(' d'urine »!an< un tube à exp^-rieDoes, avec une quantité double ou triple de Int^ it- /• /<'.?/<< • rf /*• cuirre i liqueur de Barresxvilh, ce qui iionne un preei[>ile jaune d'oxNde de enivre et si Ton opère avec une liqueur ttrt e (ians 1 eprouvttle ::raduee de Mohr le dépôt indi(]ue la quantité de gl\>ose. — 'Ml peut aussi plus simplement, faire bouillir l'urine aNec ."» C'fit' jr.ii,,m:< ''• j.nt j^<'' c-i>i^tipi*\ qu'on trouve en toute localité, et qui donne aux ui ines diaheiiquts une coloration brun-acajou caracleristiijue. -- Oaelque^ persoiniis se eoi. tentent de faire bouillir l'urine dai^s

Page 1