‹ Traité de diagnostic et de sémiologieChapitre 26 sur 295 · DE L AUSCULTATION EN GÉNÉRAL · texte numérisé non relu

DE L AUSCULTATION EN GÉNÉRAL

deux, vingt-trois, etc., jusqu'à trente; — puis on fait parler des lèvres et sans bruit pour apprécier le retentissement de cette prononciation aphone.

Chez les enfants qui s'agitent, qui crient, qui n'écoutent aucune reconimajidation, l'auscultation est plus difficile, et elle donne en outre des résultats beaucoup moins satisfaisants.

L'auscultation du cœur et de ses bruits exige des précautions particulières. Au lieu de solliciter les mouvements respiratoires, il faut les modérer ou les suspendre. On écoute alors au niveau du mamelon, au-dessus à la base du cœur, au-dessous vers la pointe^ à gauche du côté de l'aisselle et à droite vers le sternum pour apprécier les nuances qui s'observent dans les bruits anormaux sur ces différents points de la région précordiale. L oreille saisit alors mieux les phénomènes qui se passent dans l'organe centndde la circulation. Mieux vaut ici se servir du stéthoscope. Les règles que j'ai posées relativement aux diiïérentes positions à prendre par le médecin dans l'exploration de lappareii pulmonaire sont presque en tous points applicables à l'examen du cœur. Du reste, l'auscultation de cet organe sera un peu plus loin, à l'occasion des signes fournis par l'appareil de la circulation, l'objet d'une élude approfondie et détaillée.

Dans l'auscultation de la partie antérieure du thorax (poumons ou cœur), on doit recommander au malade d'incliner la tète du côté opposé à celui qu'on explore. Quand l'auscultation est immédiate, cette précaution devient uuecondition sine qud non; mais, dans l'auscultation médiate, où il n'y a pas absolue nécessité, cette mesure a l'avantage d'éloigner de soi l'haleine.

Murmure vésiculaire normal, — L'oreille appliquée sur le poumon luimême entend, pendant l'inspiration et l'expiration, un murmure léger, mais bien distinct, qui indique la pénétration de l'air dans le tissu pulmonaire et son expulsion. Ce murmure, auquel on a donné les noms de bruit ou murmure vésiculairey ressemble assez bien, pour nous servir de la comparaison de Laennec, auquel il faut toujours revenir, même aujourd'hui, quand il s'agit d'auscultation, à celui d'un soufflet dont la soupape ne ferait aucun bruit, ou encore à celui que fait entendre l'homme qui, pendant un sommeil profond, mais paisible, fait de temps en temps une irrande inspiration.

Doux et moelleux à l'oreille, assez fort et assez prolongé pendant l'inspiration, il est plus faible et plus court pendant l'expiration ; mais pendant chacun de ces deux temps, il est continu et non saccadé. Cette diiïérence de durée du bruit vésiculaire normal pendant les deux mouvements respiratoires est tellement marquée, qu'en cherchant à l'évaluer mathématiquement, on est arrivé à celte proportion approximative : l'inspiration est à l'expiration dans le rapport de 3 à 1. On voit que ce rapport est tout à tût opposé à celui que nous avons indiqué en étudiant le rythme apparent de la respiration, le mouvement expiratoire paraissant alors deux fois au moins plus prolongé que l'inspiration.

Le murmure vésiculaire^ ou bruit respiratoire normal, se fait entendre dans toute l'étendue de la poitrine avec les mêmes caractères. Il n'y a

B. — DUCNOSTIC. !>

<)6 MOYKNS PÏIYSIOl'ES d'EXIM.ORATIOiN.

d'autres dilTéreiieos que celles de rinleiisité. Il est d'autant plus fort el d'autant plus facile à enlrndrc qu'on Técoule dans une région où le poumon est i)lus voisin de l'oreille, (^toùil y a une «épaisseur moins grande des parois Ihorariques, par exemple dans les parties antérieure et supérieuie, lalérale-a\illaire et postérieure-inférieure. Le ereux de l'aisselle et l'espace compris entre la clavicule et le bord supérieur du trapèze sont les points où il a le plus de force. Chez les sujets très maigres, il est un peu rude, surtout dans la région correspondant à la racine des grosses bronches. Cette rudesse lui a fait donner le nom de t^espiration bronchique normale.

On a souvent remarqué (|ue le bruit respiratoire normal était plus fort au sommet du poumon droit que dans le même point du côté gauche. C'est surtout pendant l'expiration (lue cette inégalité du murmure vésiculaire des deux sommets se fait remanjuer, suivant Louis. Ouant à la cause de celte dilïérence, on ne sait à quoi l'attribuer ; Gerhard (de Philadelphie) a cru pouvoir l'expliquer par les dimensions plus grandes d(» la bronche droite. Je n'oserais pas dire que cette explication est mauvaise; mais il me semble cependant, comme à d'autres observateurs, que cette disposition plus grande de la bronche droite est trop peu marquée pour avoir une induence évidente.

L'intensité du -bruit respiratoire est beaucoup plus grande chez les enfants que chez les adult(^s, ce (jui s'explic|ue par la fréquence de la respiration chez les premiers, le murmure vésiculaire étant d'autant plus fort que les inspirations se font avec plus de rapidité. Si, par une circonstance quelconque, la respiration s'accélère chez l'adulte, sans qu'il y ait cependant lésion des organes respiratoires, le bruit reprendra chez lui le caractère qu'il présentait chez l'enfant, d'où le nom de respiraliouptiérile qxx' on lui a conservé. On l'observe souvent dans un poumon sain lorsqu'il s'y établit une respiration supplémentaire, l'autre ne fonctionnant plus ou ne fonctionnant (|ue d'une manière insuffisante. Kniin, et sans disposition particulière appréciable, il est des sujets (|ui, jusque dans l'extrême vieillesse conservent une respiration puérile. Ce sont, fait remarquer Laennec, presque toujours des femmes ou des hommes d'une constitution nerveuse.

Sans vouloir entrer ici dans des détails qui sont plutôt du domaine de la physiologie, je dirai cependant quelques mots de la théorie {|ue l'on a donnée du bruit respiratoire normal.

L'opinion la plus répandue et la plus généralement admise encore aujourd'hui est celle de Laennec, qui attribuait le murmure de la respiralion au passage de l'air dans l'arbre aérien et aux vibrations c|u'il détermine dans ses diverses parties. Au contraire, d'après Beau, ce qu'on croit être le murmure vésiculaire u'est autre chose que le retentissement, dans la colonne d'air inspiré et expiré, du bruit guttural résultant du refoulement de cette colonne d'air contre le voile du palais ou des parties voisines (1). Cette théorie, que l'auteur a essayé de soutenir au moyen d'expériences nombreuses et d'observations multipliées, ne paraît pas avoir pré-

(I) Beau, Traité expérwicutal et clinique rl'nuacuUatiou. Paris, 185G, p. 3 et suiv.

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