DU DIAGNOSTIC OE LA MORT PAR L'ABAISSEMENT OE LA TEMPÉRATURE DU CORPS
Aucune circonstance, antre que la mort, ne produit chez l'homme un ainissement de la température à-|-22 degrés, ni l'algidité du frisson des fièvres intermittentes les plus graves, ni l'algidité du choléra, ni la congélation. C'est ce dont on peut s'assurer par l'abaissement de température mesuré avec le thermomètre mis dans l'aisselle^ ou mis dans le rectum ; — dans le rectum et dans l'aisselle à la fois ; — dans l'aisselle et dans la bouche; — dans une aisselle découverte, l'autre restant abritée sous des couvertures, en tenant toujours un compte exact de la température ambiante.
Je diviserai mes observations en cinq tableaux, comprenant plusieurs séries catégorisées d'après l'âge ou le temps de la mort:
i** série. — Température du lapin après la mort;
2* série. — Température cadavérique de l'homme mesurée dans raisselle;
3* série. — Température cadavérique comparée de Faisselle et du rectum;
4* série. — Température comparée de Vaisselle et de la bouche ;
5* série. — Températures cadavériques progressivement et régulièrement déeraissantes d'après Cépoque de la mort.
J*ai examiné la température du même individu à différentes reprises, d abord peu après la mort et ensuite le soir, le lendemain et les jours suivants, pour suivre la décroissance de la chaleur. J'aurais bien voulu le faire aussi en catégorisant les observations avec certitude d'après la nature des maladies, mais cela ne m'a pas été possible dans tous les cas. Je n'ai à ce sujet que des observations isolées dont je parlerai tout à l'heure et qui sont sans importance pour la question.
l'' Tableau, consacré à la thermométrie cadavérique du lapin.
Chez les lapins> les résultats sont les mêmes que chez l'homme, car j'ai lait dix expériences, dont voici un exemple : Avec une température ambiante de -f- 3 degrés, l'animal qui avait -|- 40 degrés avant la mort fut sacrifié ; abandonné à l'air libre, il n'avait plus que -f- 12 degrés après sept heures. Au bout de douze heures il n'avait plus que 8 degrés, et, dixhuit heures après, c'était encore une température de-f-^ degrés. La pièce ayant été chauffée à une température de-|- 14 degrés, le lapin se réchauffa un peu, et vingt-quatre heures après la mort il offrit -{- i0%3. Enfin, au bout de trente-six heures par une température de + 13 degrés, il présenta + 9«,5.
Voici maintenant le résumé des tableaux que j'ai dressés, et comprenant onze cents observations thermométriques de la mort chez l'homme :
1252 SIGNES FOrilMS PAR l'iIABITUDE DU COUPS.
± Tahleai', co)iS(tcré à la thrrmomûtrie vadaièvlqiir dans ruisselle fP riiOiHmc. Il comprciul cinq séries.
l" snie. — Tcniprralure de l'aisselle entre zno et dix heures a|)^^^la mort. — 1:20 observai ion s.
Moyenne «les «''poijucs «le la mort -i heures t dixi»Mncs.
tles Icmpéralurcs de l'air ambiant + tJ ,i
de la température axillaire -f -'^ >^
2' sirir. — Température de laisselle entre dix et vingt heures. — ô'm. bservations.
Moveinic des épo«pies de la mort lô heures.
— des températures de l'air ambiant -|- 4'/J
— des températures axillaircs + \^\'
3' srrie» — Température de l'aisselle entre vingt et trente heurta.— 71 observations.
Moyenne des épofjues de la njort :!5 heures 8 dixièmes.
— des températures de l'air anduanl -}- 7t'\',i
— des tenjjiératures de l'aisselle -\- 1 1"',8
4* série, — Température de l'aisselle entre trente et quarante heures.— ôj observations.
Moyenne des époques de la mort 3-i heures 7 dixièmes.
— de> tempéiatures de l'air ambiant -+- ^*^^'^
— des températures de l'aisselle -|- 10 ,-
'f série. — Température de Taissclle entre quarante et cinqwmU heures. — 10 observations.
Moyeime des é{>0(|ues de la mort 44 heures 3 dixièmes.
de.N températur«'S de Tair ambiant -(- l'',9
(1<-N Icnipéralures de l'aies lie -|- 7^,3
De TfO à (»<) heures Tas d'observations.
De ('.() â 70
De 70 a 80 - -
De 80 à 00 Une observation.
Époque de l.i mort 80 heures.
lenqu-ralere exléi iinire — f) degrés.
— de ^ai^sell<' 0 —
\V Taiu.kai*, comprenant les tenijfératures eowparées de l'aisselle et du reetnin. — // eoniprend (juatre séries.
!'• se rie. — Tem|)éralui'e comparée de l'aisselle et du rectum entre ZffO et dix hemes après la niorl. — iO observations.
iMoyeiine des époques de la mort 1 heure 6 dixièmes.
<le^ tenqiéralureïi de T.tir -\- 10",'»
des ten)pér.«lnres du rectum -f- 33"",-
— des température^ île rai>M'lle -\- tl X)
2* série. — Température comparée de Taisselle et du rectum entre dix e( riiijft heures après la mort. — 21 observations.
Moyenne des époques de la mort 15 heures 2 dixièmes.
— des températures de l'air + 10*,2
— des températures du rectum + 21*,3
— des températures de Taissello + 21*,0
2r série. — Température comparée de l'aisselle et du rectum entre vingt el trente heures après la mort. — 29 observations.
Moyenne des époques de la mort 25 heures 3 dixièmes.
— des températures de Tair + 10^,4
— des températures du rectum + 1r>,7
— des températures de Taisselle + 16*,4
i* série. — Température comparée de l'aisselle et du rectum entre trente el quarante heures après la mort. — 14 observations.
Moyenne des époques de la mort 35 heures 2 dixièmes.
— des températures de Tair + S"*,?
— des températures du rectum -f 13*,2
— des températures de Taisselle -f 13^,4
V Tableau, renfermant la température comparée de l'aisselle et de la kuche. — // renferme cinq séries.
\'* série. — Température comparée de Taisselle et de la bouche entre zéro et dix heures après la mort. — 291 observations.
Moyenne des époques de la mort 4 heures 5 dixièmes.
— des températures de Tair -f 15%5
— des températures de l'aisselle -f- 31%!
— des températures de la bouche + 27*,5
^ Série. — Température comparée de Taisselle et de la bouche entre dix el ringt heures après la mort. — 114 observations.
Moyenne des époques de la mort 15 heures 5 dixièmes.
— des températures de l'air + 13**,3
— des températures de l'aisselle + 2u*,7
— des températures de la bouche -f 20*,8
3* série. — Température comparée de l'aisselle et de la bouche entre ringt et trjnte heures après la mort. — 166 observations.
Moyenne des époques de la mort 25 heures 1 dixième.
— des températures de Tair -f- 15*,4
— des températures de l'aisselle -f 20*,2
— des températures de la bouche -f 18%1
i* série. — Température comparée de l'aisselle et de la bouche entre trente et quarante heures. — 98 observations.
^.'li SIGNES FOUnMS l'An L'HABITUDE DU CORPS.
Jlovcnnc ilcs qioqiiM ,1c U mon 3+ U<-ixTes I dixiimc
— (Irs [cm]ii'Taliirfs de l'air 4- li-,
— dos tempcraturei de raifiSfllit + 17°, H
— det lenpjrataret de U bODcbe ■+■ IG ,i
'>' série. — Tciiipéi-aliiie coni|iaréo de l'aîsselle el de la bouche cniK iluaraitU' el cinquante heures. — i obseï valions.
— des (.■iiiiicnilurr's de la Louclii' + 1 l",H
-V T.viir.K.M', i-cufeniuiHt la lempéiatiiir progreisin-iiu-nt ilècroi^^'inU tlii mrw imliriilti ii •liffririUx tifii-s ilf In mort. — \'l olisi'rriitions.
Ile lableaii a pour «ibjel d'élahlii' i|iic sur un cor|is humain privtj dt- la vie, Il l'i'ilc tl(! l'abaissement de la teinpéralure carnctérislt<|ue de la iiinrl, il y il dans le mode de i-erroiclissonicnt <'ndav<'Tii|ue quelijue chose di- iinii moins si^nilJL'atir reJalivenicnt à la cessalioii ilc la vie. Ainsi, en suiv:inl la lemin'ralure ricjiuis la iireniière heure de la inorl jusi|u'au lendemain, mi vtiit i|ue, à une lenipéralure exlérieure de-f-ïi ii-(- i5 dejués, la terii|wrature du corps baisse pivsque réi;iilièreinenl de 0,S ii I de.uré par lieui''.— Exemples:
Kil it Jii'iire« la Imipùmliirc a
l^i'S résnitals ordinaires, quand on commence l'observation peu après la mort, ne sont plus aussi nets (]uand on prend la première lenipératuredii à (luin/e heures après la cessation de la vie, lorsque la température sVsi déjà très notahlenieiit abaissée. Alors, eu viii^l-qualre heui'cs, rabaissement n'est plus de I deirré par heure, il nesl que 0',5 à U",S. — Exemples:
l'ral, pour bien apprécier le deeroisseinenl de la chaleur du corps. il)[)aivr celle (]ui existe ilailï les deux premières heures du dect'S
avec celle qui existe au bout de vingt-quatre ou de trente-six heures. Si Ion attend au contraire seize ou dix-huit heures pour faire la première observation, alors que la température est déjà très abaissée, et qu'ensuite on fasse la seconde au bout de quarante-huit heures, il est évident que la température ne peut descendre indéfiniment et en proportion du temps écoulé depuis la cessation définitive des fonctions.
Qu'on examine donc bien ces observations, et l'on verra que l'on peut mesurer le décroissement de la température, après la mort, d'après des chiffres qui sont presque des lois.
Ces lois sont les suivantes :
En kiveTy dans les vingt-quatre heures qui suivent la mort, la température axillaire baisse de 0',8 à 1 degré oti 1%1 par heure.
Dans les vingt-quatre heures qui suivent la douzième heure de la mort, la température axillaire baisse de 0**,3 à 0%5 par heure.
A une température extérieure plus élevée, les résultats ne sont pas les mêmes, et en été le refroidissement du corps est moins rapide et moins considérable. — Il n'est guère que de 0^,3 à 0^,5 par heure si Fou commence l'observation aussitôt après le décès.
Comme il n'y a pas de circonstance connue qui produise de pareils phénomènes, on doit en conclure que l'abaissement progressif de la température axillaire chez un sujet qui paraît endormi et qui n'a aucun mouvement est un signe certain de la mort.
En effet, parmi les maladies algides il n'est guère que le sclérème et le choléra qui abaissent la température d'une façon considérable. Or, dans ces deux maladies, le corps n'est pas immobile et le sujet ne semble pas endormi, donc le signe tiré de l'abaissement progressif de la température offre une grande certitude. De plus, comme je l'ai déjà dit, dans ces deux maladies, la température ne tombe jamais au-dessous de -f- ii degrés pour le sclérème et de -f- 33 pour le choléra. Donc, toutes les fois que la température axillaire sera au-dessous de -f- 22 degrés, la mort est certaine et le thermomètre ou le nécromètre sont des instruments à la portée de tous qui peuvent la faire reconnaître d'une façon très précise.
(>n voit qu'en hiver ^ et par heure, la température baisse de 0%8 à 1 degré dans les premières vingt-quatre heures qui suivent la mort, tandis qu'en fté cet abaissement n'est dans le même espace de temps que de 0*,3 à 0^,5.
Dans les pays chauds, là où la température extérieure est de -j- 40 degrés, il est probable que cet abaissement n'existe pas et qu'en vertu de la loi d'équilibre de température des corps inanimés, un cadavre doit conserver une température axillaire bien supérieure à celle que nous observons dans notre climat
6' Tablxau, comprenant la température comparée des deux aisselles, Cune restée à découvert et Vautre enveloppée de laine, — 27 observations.
Moyenne de la température du cadavre en sortant de la salle. + 33*,4 Moyenne de la température ambiante -f 1S«,4
^bi> SIGNES FOURNIS PAU l/lIABITUDE DU CORPS.
Moyomic des époques de la mort 13 heures 2 10
Moyen»»' des températures de l'air -j- I8\l
Moyenne des temp«''ratures de Taisselle couverte -f 20%i
Moyenne des températures de Taisselle d«'couverte -\- t'r,0
Comme on le voit par ce classemenl des nombreuses tempéralures axil- Jaires reeueilJies après la mort, la chaJeur reste très élevée entre zéro et dix heures, où elle dépasse (luehjuerois celle des derniers instants delà vie. Elle oscille entre + 10 et -j- 10 degrés, et la moyenne est de-j-.V,!) pour la température ambiante, tandis qu'elle est de -|-28%5 pour la température de Taisselle.
mie diminue entre dix et vingt heures, oscillant entre -j-^ et + -2li<l'grés. Klle donne pour moyenne de température -|-'^%- <^l pour rais>e!le -f- "10 degrés.
Dans le troisième lahleau relatif aux décès, avant de vini't à livnle heures, elle tombe de plus en plus, varie entre -f-»^ et-j- -I dei:iv>, elle donne en moyenne une température de l'aisselle -f- l-*^,i avec une température extérieure -j- »'>%-•
Kniin, dans le (|uatrième tableau où se trouvent les décès ayant plus de (|uarante-huit heures, quelques-uns ayant trois et quatre jours, elle lomhe entre 0 degré et -f- 15 degivs à la température extérieure de -f- 3 à -f 8 tlegrés ; mais si la température de Tair est au-dessous de zéro, celle de \ii\>selle peut t()ml)er à Z'Mo. C'est le chillVe le plus bas que j'ai observé tl;nis les froids du mois de décembre 18G7.
Au contraire, quand la mort est ancienne de trois à quatre jours au moins et que le cadavre reste exposé à un air libre de température varial)le, connue dans les am|)hithéàtres de dissection de la Faculté ou des hôpitaux, sa chaleur tombe dt* I à A degré^s au-dessous de la tempi'rature extérieure. Souvent avec une tem|)erature de -f- 13 degrés, dans la salle de dissection, j'ai trouvé-^ ',1 el -j- 10 degrés. Oans ces cas mêmes, le rectum avait au d(\^i-e ou 1 driiiv et demi de moins que l'aisselle, fait non constant déjà ob^rrye dans les observations de drci'S moins anciens vus à Thopital.
iMllereutes circon>taiu'es contiibuent eiu'ore à ralentir le refroidissiment ; iralu>rd le //c/^/e fh' ni il<i ln\ ear la chaleur tombe moins vile dan^ U^s maladies aiguës rapide.^ lel.e> (jiie la pneumonie franche, que dan les cachexies, el, d'aurts (MMila. dan> les asphyxies par le charbon que dans la >ubniersi«»n par l'eau. \ itimeiii eusuile lobcsitr qui tient h' corp plus eliauil (jue la maigreur ; la (7^/'' ///' de la saison ou de la chand)ro mortuaire qui maiiilient la clialtur et Tcm^nc même de quelques degrés si Ton place un cadavre dans un endi>»il très chaud: — et enfin Vôldt de digi''<tfOU rrcrnic. Mais pour arriver à (juel.iue i hose de précis sur ce point, il faudrait biwucoup d'cdïservalions lliornhMik'lrii|ues de même nature afin de comparer les résultats, et je n'en ai pu avoir (ju'un très petit nombre.
Pans les salles île dissection et dan^ les amphilheàlres d'hôpital où j'ai fait mes recluM'ches, ce siuil tles documents impossibles à recueillir, si Vou lient à n mettre une iH-eci>ion dii^ne de la science.
Pour le moment, ne voulant parler que de mes recherches thermomé* triques, on voit: 1^ que la température du corps s'élève un peu au moment de la mort ou après, pour s'abaisser ensuite d'une façon constante
y I. TABLEAU DE LA DÉCROISSANCE DE LA TEMPÉRATURE D'APRÈS LE TEMPS