SCIENCE
2° Celle du socialisme qui n^est qu'une aspiration. I. — LA THÈSE DU SOCIALISME « SCIENCE »
Elle présente au cours de l'histoire des formes multiples, depuis celle de PLaton, dans sa république idéal-e, jusqu'à celle des ateliers communistes du siècle dernier, en passant par les élucubrations des Béghards du Moyen- Age.
Actuellement, il n'y a qu'un socialisme qui compte comme science, c'est celui dont les théoriciens furent Karl Marx et Engels et qui inspire la plupart des grandes organisations socialistes. Considéré, du point de vue de LA propriété, ce socialisme peut se résumer dans la thèse suivante :
La société moderne, dont une des hases est le respect de la propriété, se transformera fatalement sous la pression des lois économiques, dont la science à établi Im nécessité, en une société collectiviste, c'est-à-dire en une société dans laquelle à la propriété privée sera substituée, d'une manière plus ou moins complète, la propriété sociale.
Les témoins ne manquent pas qui prouvent que telle est bien la thèse socialiste de la propriété. « Celui-là seul est socialiste intégral, dit le socialiste Ferri, qui réclame la transformation de la propriété individuelle en la propriété collective » (i). — « Les systèmes socialistes seront caractérisés par le fait qu'ils n'admettent qu'un minimum de propriété privée » (2). — a Quand il ne se réduit pas à un
(1) Beciîaux, l'Ecole indivMualiste, p. 69.
{2) V. Pareto, Les systèmes socialistes, l. I, p. 110.
simple sentiment de philanthropie, le socialisme est une doctrine qui se propose d'établir l'égalité des conditions par une refonte plus ou moins complète de la propriété )) (i). — (( Est socialiste quiconque veut, comme but, diminuer l'inéfralité sociale et comme moyen assurer à chaque membre de la société une part de la richesse totale en. associant les hommes et en socialisant les choses » (2).
Cette propriété sociale, les uns parmi les théorici-ens du socialisme, l'entendent en fonction de l'Etat les autres en fonction de syndicats indépendants de l'Etat. De là deux formes de la thèse : la forme étatiste et la forme syndicaliste : d'après la première, la société est à réformer, d'après la seconde, elle est à révolutionner. Aussi, les partisans de Tune s'appellent réformistes, ceux de l'autre révolutionnaires.
Le programme de ces derniers est ainsi esquissé par Sorel : a Vis-à-vis de l'Etat, l'action du prolétariat est double : il doit entrer en lutte dans les rapports actuels de l'organisation politique pour obtenir une législation favorable à son développement, il doit user de l'influence qu'il acquiert soit dans l'opinion, soit dans les pouvoirs, pour détruire les rapports actuels de l'organisation politique, arracher à l'Etat et à la commune, une à une, toutes leurs attributions, pour enrichir les organismes prolétariens en voie de formation, c'est-à-dire les syndicats. Le prolétariat doit travailler à s'émanciper dès maintenant de toute direction qui n'est pas interne, c'est par le mouvement et l'action qu'il doit acquérir la capacité juridique et politique. La première règle de sa conduite doit être de rester exclusivement ouvrier, c'est-à-dire d'exclure les intellectuels dont la direction aurait pour effet de restaurer les hiérarchies et de diviser le corps des travailleurs. Le rôle
(1) GuiPAUD, Im Propriété en Grèce, 1. IV, c. 1.
(2) A. AuLARu, Les origines du socialisme français, dans Revue de Paris, 15 août 1899.
des intellectuels est un rôle auxiliaire ; ils peuvent servir comme employés des syndicats, ils n'ont aucune qualité pour diriger, aujourd'hui que le prolétariat a commencé à prendre conscience de sa réalité et à constituer son organisation propre.
Le développement du prolétariat comporte une puissante discipline morale exercée sur ses membres : il peut l'exercer par ses syndicats qui sont appelés à faire disparaître toutes les formes de groupements légués par la bourgeoisie. Pour résumer toute ma pensée dans une formule, je dirai que tout l'avenir du socialisme réside dans le développement autonome des syndicats ouvriers (i).
Quelle que soit la forme que revête la thèse socialiste, elle est, en somme, caractérisée par la prétention d'expliquer ce qui, d'après elle, est fatal, à savoir la substitution dans l'évolution humaine, de la vie communautaire à la vie individualisée et de la propriété collective à la propriété privée.
Il s'agit de savoir :