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Nous avons le droit de Y attendre

Voici pourquoi.

Dans le monde matériel seul réel, ri existe indépendamment de la volonté humaine et la dominant, un enchaînement de faits, qui s'engendrent mutuellement en sorte que de la forme de production propre au régime asiatique est sortie nécessairement la forme de propriété propre au régime ancien, de laquelle est sortie la forme de propriété féodale, de laquelle est née la forme moderne, qui est celle du capitalisme bourgeois (1).

fl) « Les conceptions théoriques des communisles ne reposent nullement sur des idées, sur des principes Inventés ou découverts par tris et tels réformateurs du monde. Elles ne sont que l'expression générale des conditions de fait données avec une lutte de classe existante, avec un mouvement historique, qui se passe sous nos yeux. L'abolition des conditions existantes de propriété, n'est pas un care/Ctèrc spécial du communisme. Les conditions de la propriété ont, en permanence, et toutes, été

Or de cette forme ne peut pas ne pas sortir la forme oollectiviste.

La preuve en est fournie par une application à V économie politique de la thèse hégélienne sur le processus de la dialectique (1).

Pour que ce processus ne soit pas arbitraire, Hegel pense qu'il n'y a que le principe de contradiction qui puisse motiver le passage d'une catégorie (au sens Kantien) à l'autre, c'est-à-dire que le motif de passer d'une catégorie à l'autre doit être tiré de la contradiction même qu'on rencontre dans la première si l'on essaye de s'y tenir. Mais dans le passage d'une catégorie inférieure à une autre supérieure, la nouvelle catégorie n'est pas la simple juxtaposition quantitative de la thèse et de sa négation (antithèse) — encore moins un extrait, puisque loin d'être contenue, c'est elle qui contient. La synthèse est 'Originale par rapport à ses éléments, ou plutôt thèse et antithèse en sont les éléments intégrants, mais les « moments idéaux » ; et la synthèse n'est pas à proprement parler une idée complexe, mais une idée simple.

soumises au bouleversement, à la métamorphose. Ainsi la Révolution française a aboli la propriété féodale au profit de la propriété bourgeoise. Ce qui caractérise le communisme, ce n'est pas qu'il abolisse une propriété, c'est qu'il abolisse la propriété bourgeoise. Mais la propriété privée bourgeoise des temps modernes est l'expressfion^ dernière et o/ccomplie d'un état de choses, où la production et l'appropriation des produits sont conditionnés par une lutte de classe, par une exploitation de l'homme par l'homme, En ce sens, les communistes ont le droit, en effet, de résumer leur théorie dans cette formule : abolition de la propriété privée. » Marx et Engels, Manifeste Communiste, p. 43 (Bibliothèque socialiste, n. 8.)

(1) Sur Hegel, voir Ueberweg, Grundriss der Geschichte der Philosophie des neunzehnlen lahrhunderts, herausgegeben von Heinze (Berlin 1902), — IV p. 49 seq. — el pour avoir une initiation à sa pensée : Hegel, Choix de texte, par P. Archambault. G. Callé : Les grands Philosophes irauçais et étrangers, Paris ; et aus^i Noël : La logique de Hegel.

La synthèse préexiste à la perception de la contradiction, et c'est même sa présence qui, quoique non remarquée, secrètement, nous permettait de poser l'a thèse et l'antithèse, promouvant tout ce travail.

Ainsi, la dialectique n'est pas à proprement parler une déduction. Elle n'est ni une synthèse, ni une analyse proprement dite, on pourrait dire que c'est une analyse qui se déguise -en synthèse, ou un procédé analyticosynthétique, en un mot une construction.

Une première unité obtenue, on procède à son égard de la même façon, jusqu'à ce qu'on arrive à la dernière catégorie, alors le cercle est clos. Mettre en doute qu'on puisse arriver à la dernière et trouver arbitraire le terme assigné par Hegel, serait croire que la dialectique est un vain formalisme d'opposition et de combinaison, indépendant de la nature des termes qu'il oppose et combine, comme si on avait affaire à une matière indifférente, soumise à une procédure logique et uniforme. A ce compte, en effet, on ne s'arrêterait jamais, on pourrait toujours nier une synthèse et trouver un mot, faute d'idée, pour exprimer la synthèse de cette synthèse et de sa négation, et ainsi de suite.

La dialectique par laquelle on passe d'une catégorie à une autre, a, d'après Hegel, son fondement dans la nature même. Dès lors, il faut bien qu'elle ait un terme, car le contraire reviendrait à dire que les catégories sont en nombre infini ou indéfini, ce qui reviendrait à dénier à la raison non seulement l'unité par excellence que lui attribue ïidéalisme absolu, mais même l'unité toute extérieure du nombre déterminé : ce qui est une thèse absurde.

L'histoire économique du monde serait, si nous en croyons Marx, cette dialectique en acte. Métier, manufacture, propriété collective des instruments de production : thèse, antithèse, synthèse d'une évolution fatale,

comme le sont, à un point de vue analogue, la féodalité, la bourgeoisie et \<e prolétariat, ou encore l'Etat fondé sur la nationalité, puis sur la domination d'une classe, enfin sur la libre administration des biens économiques de tous.

Nous avons donc le droit d'attendre la transformation de la propriété privée en propriété collective, qu'un premier regard sur l'histoire nous autorisait à prévoir. Car, tandis que le matérialisme historique nous a montré à la base de toute vie sociale, le facteur économique, l'évolutionisme nous permet de constater que par un mouvement fatal de ce facteur économique, la société tend au collectivisme. Reste à savoir si l'histoire d'aujourd'hui continuant celle d'hier, nous autorise non seulement à prévoir et à attendre mais encore à annoncer cette transformation.

Marx répond que oui.

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