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CE QUE SUPPOSE LA SOLUTION DU PROBLÈME

Elle suppose une idée au moins sommaire de ce que l'on entend, dans le monde moderne, par capital argent et par associations de capitaux.

1° Le Capital argent = la monnaie-

Par ce mot de monnaie (i), on désigne ce que l'on verse sous formes d'espèces, billets, shillings, livres, dans les transactions quotidiennes et aussi le prêt de Vargent, la monnaie prêtée.

C'est en ce sens que le mot est employé quand on parle d'un marché monétaire ou d'un prix de l'argent.

Ainsi... les mots prix et marché lorsqu'ils sont appliqués à l'arfirenf et à la monnaie, sont employés dans un sens différent de celui qu'ils ont, quand ils sont appliqués à toute autre marchandise ordinaire. Le prix d'un chapeau, c'est le souverain que vous payez pour en devenir le propriétaire, le prix de l'argent c'est le souverain ou les souverains que vous promettez de payer à une certaine échéance pour l'emprunt ou l'usage temporaire de ce souverain.

Le marché de la laine ou du blé est l'endroit où vous pouvez acheter ces articles aux marchands ou négociants assemblées, le marché monétaire l'endroit où vous pouvez emprunter de l'argent.

(1) Hartley Withers : Qu'est-ce que la Monnaie ? Giard 1920), p. 3-6.

Ainsi il est évident que l'expression qui a servi de pierre d'achoppement à de si nombreuses générations d'étudiants jeunes et vieux, — à savoir que la monnaie est une marchandise qui peut être achetée et vendue comme n'importe quelle autre marchandiseï — est une phrase qui n'est pas vraie.

La monnaie est certainement une marchandise, mais elle ne peut pas être achetée et vendue comme n'importe quelle autre marchandise, car cela impliquerait qu'elle est échangée contre elle-même, puisque l'achat et la monnaie ne sont autre chose que l'échange de marchandises contre de la monnaie, ce qui les distingue du troc, lequel se définit comme l'échange d'une marchandise contre une marchandise.

La monnaie peut être empruntée ou prêtée, et ceci est une transaction aussi raisonnable que compréhensible, qui ne causerait jamais le moindre embarras à l'esprit de l'écolier même le plus étranger aux mathématiques.

Il est parfaitement clair pour le jeune Jones, qu'il pourrait lui être avantageux aux jours de misère d'une fin de mois, de recevoir cinq shillings en espèces sonnantes et trébuchantes et de s'engager en échange à payer sept shillings et six pence après les jours de fête, quand les preuves métalliques de l'affection familLaile gonflent toutes les poches.

Cette transaction en tenant compte des variations locales et psychologiques, est un bon spécimen des affaires faites chaque jour à Lombard Street, et sur les autres marchés monétaires du monde.

Ainsi le marché monétaire est l'endroit où de l'argent comptant s'échange contre une promesse d'argent payable à une certaine échéance. Et comme l'emprunteur qui a besoin d'argent comptant est évidemment obligé d'inciter le prêteur à le lui fournir, il se trouvera toujours que la somme promise à l'emprunteur à échéance est supérieure à celle que lui remet immédialement le prêteur.

La différence entre les deux chiffres est le taux de l'in-

lérêt, que l'on définit souvent par l'expression inexacte et peu claire de u prix de l'argent. »

... Il y a trois principales transactions monétaires à noter:

i) Celles qui consistent à échanger de la monnaie contre toute espèce de marchandise ou de services : opérations ordinaires d'achat ou de vente ;

2) Celles qui consistent à échanger une somme d'argent comptant contre la promesse d'une somme à une certaine échéance : celles-ci comprennent toutes les variétés d'emprunt aussi bien l'escompte d'un effet à soixante jours de dat-e, que l'émission d'un emprunt de guerre par le gouvernement britannique ;

3) Celles qui consistent à échanger de la monnaie versée en un certain lieu contre de la monnaie versée en un autre. Ce sont les opérations de change ; l'achat d'un mandatposte nous en a fourni un exemple élémentaire, elles constituent la catégorie d'opérations monétaires de beaucoup la plus compliquée. Elles comprennent des transactions telles que celles qui consistent à convertir des souverains anglais en taels d'argent à Shanghaï ou en billots de papier inconvertibles émis par une République de l'Amérique du Sud.

On observera que dans chacune de ces trois catégories, il y a un facteur constant qui est la monnaie hic et nunc, ou argent comptant.

Dans l'achat et la vente ordinaires, l'argent comptant est échangé contre des marchandises ou des services.

C'est le cas par exemple, quand nous achetons une paire de gants dans un magasin ou quand nous expédions en rechignant un chèque pour payer la note d'un dentiste ou les honoraires d'un avocat.

Dans les opérations d'emprunt, l'argent comptant est échangé contre un titre de forme quelconque, c'est-à-dire contre une promesse de paiement.

Dans les opérations de change, l'argent comptant est

échangé contre des traites qui représentent le droit de se faire verser de la monnaie dans un autre lieu (i).

2° Les associations de capitaux = la plupart des sociétés par actions.

Ce qui caractérise cette forme de société, c'est que le capital nécessaire à l'entreprise est divisé en fractions de minime valeur, généralement de 5oo francs en France, de 35 francs (une livre) en Angleterre, qui s'appellent des actions, autrement dit des parts de propriété dans la société. Sur quoi Gide fait observer (2) : Légalement, l'action n'est pas une part de co-propriété dans le capital social, car le capital social n'est pas à l'état de propriété indivise entre tous les associés : il appartient à la personne juridique qui est la société elle-même et qui ne se confond avec celle d'aucun des associés. Mais ce n'est là qu'une fiction juridique imaginée pour faciliter l'administration de la société ; en réalité le capital social est bien une propriété collective.

Ainsi une société au capital de bg millions émettra 100.000 actions du type français ou 2 millions d'actions du type anglais. Et chacun en prendra ce qu'il voudra^ selon sa fortune ou selon le degré de confiance qu'il accorde à l'entreprise, une seule s'il lui plaît. Tl va de soi qu'il n'aura à toucher sur les bénéfices de l'entreprise qu'une part proportionnelle au nombre de ses actions : cette part s'appelle le dividende.

Mais ce qui séduit surtout l'actionnaire c'est que sa responsabilité et ses risques sont limités aussi au montant des actions qu'il a souscrites, différence essentielle avec les autres sociétés.

Cette dilution des risques à dose infinitésimale a rendu possibles les entreprises les plus aventureuses. Jamais les chemins de fer n'auraient été construits, jamais l'isthme de Suez n'eût été percé, ni demain le tunnel sous la Man-

(1) Hartley WiTFfERs, op. cît., chap. I, Préliminaire, p. 7. (E) Gide, Cours d'Economie Politique, t. I, p. 2ÀZ seq.

che (?) si la société par actions n'avait été inventée, car aucun capitaliste ne pourrait fournir les centaines de millions nécessaires pour de telles entreprises, tandis que ces risques divisés à l'infini n'effraient plus même les petites bourses, et par le fait un immense écroulement comme celui de l'entreprise de Panama, i.3og millions souscrits presque uniquement par de petits capitalistes, n'a ruiné que peu de gens.

Ces sociétés ont d'ailleurs pour attirer les capitalistes grands et petits, d'autres moyens de participation que l'action ordinaire.

Aux capitalistes prudents qui cherchent surtout la sécurité du placement et la régularité du revenu, elles offrent des obligations, qui diffèrent de V action (leur valeur étant généralement la même que celle de l'action 5oo francs) en ce qu'elles donnent droit à un revenu fixe qu'on appelle intérêt, lequel est toujours payé, que l'année soit bonne ou mauvaise.

L'obligataire est donc un vrai créancier, qui ne court de risques, qu'au cas où la société deviendrait insolvabl-e et même en ce cas il serait payé avant l'actionnaire —

La société par actions est généralement anonyme, ce qui veut dire qu'elle n'est pas une association de personnes, comme les associations de travail ou les coopératives, mais

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