‹ Traité de droit naturel (volume 2)Chapitre 43 sur 107 · LE PRÊT A INTÉRÊT · texte numérisé non relu

LE PRÊT A INTÉRÊT

Sommaire. — Importance du problème au point de vue moral. — 7. Ce que suppose la solution du problème : la monnaie et les transactions monétaires. — II. Ce que paraît être cette solution : controverses récemtes et directives traditionnelles; idée que l'Eglise s'est faite du prêt à intérêt; application qu'aujourd'hui elle en propose.

Importance du Problème

De toutes les questions que nous avons rencontrées jusqu'à présent dans cette étude des applications du Droit naturel, aucune n'est à la fois plus grave et plus difficile que celle que nous abordons. Car impossible d'en rechercher la solution sans se heurter à des faits économiques, financiers, sociaux et politiques, dont la complexité commande une prudente réserve.

La question s'impose cependant à l'attention de tout homme qui pense. Des techniciens nous en avertissent. Témoins ces lignes, écrites à propos de la Semaine de la Monnaie, tenue à Paris du 6 au 11 juin 1922, et qui par ce qu'elles laissent entendre de la situation mondiale au point de vue monétaire, ressemblent à une invite à chercher dans les principes de la morale les fondements de l'ordre humain.

C'est de propos délibéré, écrit l'auteur de l'Avant- Propos des Comptes rendus de la Semaine (i), que l'on a donné une image des désordres monétaires plutôt politique et morale, si l'on peut dire, que proprement technique. Il paraissait nécessaire de bien marquer l'importance con-

(1) La Politique financière et monétaire de la France, rapports, travaux et rompies rendus, vœux et rôsolulions de la Semaine de la Monnaie, 6-11 juin 1922 (Alcan, Paris).

sidérable du problème monétaire, et des solutions qu'il peut recevoir. Lorsque cette solution est mauvaise, elle indique à sa source un mal profond, et dans ses suites, elle entraîne tout Vordre économique et social.

L'emploi d'une telle méthode d'exposition a d'autre part l'avantage de déterminer en même temps qu'il ne peut y avoir de remède purement technique au désordre où nous vivons aujourd'hui. De quelque manière qu'on envisage une amélioration de la situation présente, on ne peut se dissimuler que nous subissons des temps, oii les devises nationales sont devenues des traites sur l'avenir, où leur vie est journellement influencée par les conditions politiques d'un Etat, où leur décadence ou leur renaissance dépendent beaucoup plus de la vigueur du gouvernement et de l'énergie des nationaux, que de l'habileté des techniciens. La restauration de la monnaie, le retour vers un régime où cette monnaie reprendra les caractères qu'elle a perdues, où convertible à nouveau en or, elle retrouvera son indépendance et sa fixité, ne se feront pas sans de grandes difficultés. Il serait absurde de se le dissimuler. Et à raison de ces difficultés mêmes, c'est dans de telles conjonctures qu'on doit surtout craindre les théories ingénieuses, les procédés faciles et généralement impuissants ou nuisibles. Pour en faire justice, qu'on n'oublie pas qu'il n'y a aucune raison valable qui puisse être donnée en faveur de l'altération de la monnaie par l'inflation. Qu'on n'oublie pas qu'elle n'a à son origine, que le goût du moindre effort, une paresse générale qui est la marque d'une décadence. C'est dans la marche inverse, dans le goût de l'effort qu'est le salut.

Les ruines que la guerre a accumulées, la diminution extraordinaire des richesses qu'elle a entraînées, n'ont pas encore suffisamment frappé les esprits, à cause principalement des politiques monétaires qui ont été suivies par un nombre considérable d'Etats ; ces débauches de billets, ce gonilcment des prix, cet accroissement numéraire des forlunes qui s'en sont suivis, ont dissimulé pendant long-

temps aux yeux des peuples la situation véritable. Ignorants de la réalité austère, ils ont vécu dans l'illusion ; aveugles sur leur dénuennent, ils l'ont accru par un gaspillage général dont certaines trésoreries publiques donnent le lamentable spectacle.

Celles des nations, ceux des individus, qui comprendront le plus tôt les vérités simples qui ont été rapportées dans le cours de cet exposé, seront les bons ouvriers de la reconstitution des richesses et avec eux, ceux qui non seulement les comprendront, mais les suivront, et auront le courage de les suivre. Aucune habileté financière ne prévaudra contre l'impossibilité oii est un Etal ou un peuple qui n'a point l'énergie de se sauver lui-même. Que Vopinion publique ne soit pas avertie suffisamment de Vimportance du problème monétaire, qu'elle considère trop qu'il appartient aux techniciens de la résoudre, c'est là une tendance dangereuse, en ce qu'elle favorise la croyance trop naturelle à des conceptions brillantes, trop savantes et trop mystérieuses.

Le sentiment qui a guidé ceux qui ont résolu d'exposer au grand jour les difficultés monétaires, conclut l'auteur, est de susciter devant la gravité du mal clairement exprimé, l'union des volontés et des intelligences (i).

C'est précisément pour contribuer à cette union des intelligences dans la vérité, que nous n'hésitons pas, malgré sa difficulté, d'aborder cette question de l'argent, du point de vue des Principes du Droit naturel. Car (( l'art d'unir les intelligences présuppose nécessairement une vérité qui les unisse ; or la vérité capable de fléchir les volontés c'est le droit. (2) » Voilà pourquoi il ne saurait y avoir, en dehors du Droit, de véritable ordre humain.

vlV Op. nt., p. XXV Rfiq.

(2) Taparelli, Traité de Droit naturel, n. i05i

Mais pour que la complexité de la question ne nuise point à la clarté de la solution, distinguons ce que celle-ci suppose et ce qu'elle est. Aux techniciens de la finance de nous en dire les présupposés, aux philosophes, à ceux notamment qui tiennent compte des enseignements de l'Eglise, gardienne et interprète des principes de la morale publique comme de la morale privée, de nous en exposer le contenu.

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