CHAPITRE CINQUIÈME LA VIK INTKRNATIONALE
Observations préliminaires : Faits internationaux et Droit naturel.
Si l'homme ne peut vivre sans entrer en relations avec ses semblables, à moins de cas exceptionnels et tout à fait passagers, une nation peut rester dans l'isolement. On conçoit que telle peuplade de l'Afrique ou de l'Amérique du Sud ait pu demeurer longtemps sans contact avec d'autres groupes. Dans l'ensemble de l'histoire de l'humanité, de pareil faits sont cependant exceptionnels. Dès la plus haute antiquité, les nations — ce mot de nation est pris ici dans le sens ethnique le plus large — ont eu entre elles des relations, à moins qu'on dis€, avec plus d'exactitude peut-être, qu'elles sont elles-mêmes le résultat de ces relations.
A mesure que la civilisation progresse, les relations se multiplient (1). Et les nations tendent à vivre dans un état d'interdépendance : c'est ice que manifestent les faits suivants :
V les faits du commerce international ;
2"" les faits du service international, tels que l'Union postale universelle, la société des wagons-lits, etc. ; les services aériens et maritimes, etc. ;
(1) Léon Poinsard : Le Droit international au xix» siècle : ses progrès et ses tendances. {Sciences sociales, 1907, p. 4). — Henry BoNFiLS ; Manuel de Droit international public. (Rousseau, 1914, p. 35. Aperçu du développement historique des relations internationales.
3° l€S faits des congrès scientifiques internationaux ;
4:" les faits des associations économiques ou professionnelles internationales ;
5" les faits de la haute finance internationale ;
6** les faits des conventions et traités internationaux ; ces derniers faits, conséquences des précédents, caractérisent le Droit positif du xix° siècle.
L'intensité devenue si grande des rapports internationaux a provoqué la conclusion entre Etats, d'un nombre immense de traités, de conventions, d'arrangements, de déclarations, d'accords, ayant pour but de faciliter et de régulariser les relations mutuelles de leurs nationaux. La plupart des actes de ce genre sont établis entre deux gouvernements seulement et restreignent ainsi leurs effets à deux peuples. D'autres au contraire groupent un nombre de pays plus ou moins considérable et les constituent, dans un but déterminé, à l'état d'union. Parfois ces unions sont très caractérisées et très serrées.
7° les faits des conférences internationales ; S*' les faits de présence et d'action des agents internationaux.
Bien que les calculs hasardeux et les ambitions territoriales n'aient pas disparu de la politique, et y produisent encore des préoccupations, des intrigues, des troubles, et même des catastrophes, il n'en est pas moins certain, que les intérêts particuliers ont envahi les chancelleries et pris une place très large dans leurs travaux. Les négociations politiques sont devenues des affaires d'exception, les mille questions soulevées par le jeu des besoins privés, forment le courant, permanent et principal, des devoirs de la profession. Le diplomate qui les néglige par légèreté ou par ignorance sert mal son pays. Cela ne veut pas dire, que le rôle de la diplomatie a diminué, au contraire, il a grandi en importance et aussi en difficulté, en même temps que les affaires augmentaient en nombre et en complexité. L'agent ne peut plus être seulement un homme du monde,
p}us ou moins bien armé de finesse, de pénétration, d'expérience des hommes. Il lui faut, en outre, une préparation théorique et pratique, qui manque encore assez souvent... Aussi on voit se développer de jour en jour une idée juste : celle de la spécialisation des agents...
De ces faits et autres semblables, le retentissement est considérable sur les relations, qu'ont entre elles les nations et sur leur mentalité, leurs habitudes, les formes extérieures de leur existence, leurs mœurs, leurs idées.
Les résultats obtenus par ces ententes internationales sont plus considérables encore, tant du point de vue économique que social et politique.
Or le développement de ces faits répond aux exigences ou aux convenances du Droit naturel.
Il révèle en effet un aspect de la nature de l'homme et une phase de l'évolution historique de l'humanité, évolution qui des familles a constitué les petites cités, des petites cités les patries provinciales, des provinces les nations, des nations les grands états modernes, et qui, de ces états tend maintenant à faire des associés d'une plus large fédération.
Il révèle aussi l'existence d'une société naturelle entre les nations. Car les nations sont des sociétés particulières ; elles font partie de la société humaine, et elles ont par conséquent, les unes vis-à-vis des autres, des droits et des devoirs antérieurs à tout contact, mais qui trouvent leur application, quand ces nations entrent en contact.
Pour nous rendre compte de cette vie internationale, il convient d'en étudier les lois, l'organisation juridique, et l'esprit.
De là les trois parties de cette étude :