Effet formel de l'obligation : le Devoir
De tout ce qui précède, il ressort que le Devoir naît de la nécessité d'un moyen par rapport à la fin dernière, au Souverain Bien. Il résulte spontanément de l'obligation qui lie la volonté à ce moyen et à cette fin, par l'intermédiaire delà raison. Et il a ses racines dans la nature même delà volonté, qui ne peut, sans se désavouer, renoncer à vouloir la fin et les moyens.
S'identifiant donc avec l'obligation, dont il est l'effet formel, le Devoir apparaît à qui s'efforce d'analyser sa notion :
A. — Non pas comme une simple résultante de causes EXTÉRIEURES à l'hommc.
Car ce n'est pas d'abord par suite d'un commandement que la chose doit être voulue, quand la raison me la montre obligatoire : C'est d'abord parce que ne pas la vouloir c'est renoncer soi-même à être.
D'où il ne faut certes pas conclure que la tendance morale, la volonté comme nature est la source de l'obligation et le constitutif du devoir, mais seulement qu'elle est ce par quoi ce devoir a prise sur l'homme, et devient non seulement le devoir en soi, mais son devoir. Donc, ajouterons-nous,
B. — Le devoir est quelque chose d'iNXRiNsÈQUE à l'homme, ou si l'on veut d'immanent à sa conscience :
a) Il n'est pas en l'homme :
a) Une simple intuition de l'ordre^ Car l'ordre en lui-même ne s'impose pas : Il est un
plan idéal, un schéma de l'esprit, il n'est pas une obligation.
é) // n'est pas davantage le simple bilan vital de V action...
Car cette hypothèse est exclue par tout ce qui a été dit plus haut de l'obligation.
b) Il ne peut être qu'une loi sortie de VExpérience et ' élaborée par la raison spéculative, prolongement naturel du sens commun.
Si la volonté a conscience de devoir faire une action, c'est qu'elle s'y sent portée par sa tendance naturelle, et si cette tendance naturelle a cette action pour objet, c'est que la raison l'a montrée exigée par la hiérarchie naturelle, qu'elle reconnaît entre les moyens et la fin, et de cette hiérarchie naturelle, la raison cherchant la cause, la trouve dans Celui qui, ayant fait tous les êtres, les a disposés tous selon l'ordre de sa sagesse.
Et ainsi du devoir, dont Kant se demandait qu'elle était la racine digne d'une si noble tige, nous disons qu'il est fondé, en définitive, sur Dieu.
Ces assertions ne sont à proprement parler que des conclusions.
Elles demandent à être complétées.
Il est en effet manifeste pour la raison que ce Dieu, fondement de l'ordre moral, étant un Être parfaitement saint et ayant créé tout ce qui est, y compris l'honmae, se trouve être par sa volonté, la cause première et de ces tendances et de ces appels vers la réalisation de l'ordre, qui reflète et imite la perfection de l'Essence divine. A l'origine du devoir se révèle donc non seulement Dieu créateur, mais encore Dieu législateur.
Il faut donc achever l'analyse de l'obligation par l'étude
<le la LOI DIVINE,
C'est ce que nous allons faire, après avoir cependant -examiné au préalable I'Agent moral, qui, en se conformant à sa fin dernière, ne réalise pas seulement ce qu'il doit être et faire, mais crée à son tour un ordre de choses générateur de devoirs, étant, dans sa personnalité humaine, devenu, de par Dieu, sujet du droit.