La portée de son obligation
Elle est aussi étendue que la connaissance que les hommes ont de la loi.
Or pour déterminer cette connaissance, il faut distinguer les divers objets de la loi, dont nous avons parlé plus haut :
a) S'agit-il des premiers principes de la loi naturelle, et m.ême régulièrement de leurs conclusions prochaines, il n'est pas possible à l'homme, ayant l'usrîge de la raison, d'en avoir une invincible ignorance.
Sans doute un homme peut, en se livrant aux sophismes et aux passions, obscurcir en lui la notion pratique de ces principes; mais cet obscurcissement vient, non de la nature, mais de la volonté.
Assertion que confirme l'ethnologie comparée (2).
D'où il faut conclure, contre le traditionalisme, que la Révélation n'était point absolument nécessaire pour acquérir la connaissance de ces principes, et être soumis à l'obligation qu'ils manifestent.
(1) FoNSEGRiVES : PhUosophie Morale, t. II, y. 422.
(2) W. ScHMiDT : Die Stellung der Pygmaeiw'ulker in iter EntwicklungS' chichte der Menschen. (Siuttgard. — Verlag von strecker, 1910).
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b) S'agit-il des principes secondaires et des conclusions éloignées de la loi naturelle, deux constatations s'imposent :
1. — Il semble que généralement parlant, ils peuvent être connus jusqu'à un certain point, ils ont été déduits des premiers principes par les sages, à l'aide du raisonnement, mais ils ne peuvent être connus du vulgaire que par voie d'autorité (1).
Prenez l'enfant aux genoux de sa mère, suivez-le à travers les vicissitudes de sa première existence jusqu'au moment de son entrée sur la scène du monde; quel est le principe qui préside à son éducation morale pendant toute la durée de cette époque de la vie? C'est, on ne saurait le méconnaître, l'autorité. Au début de la vie, toute parole, toute action pour lui estpour ainsi dire une leçon. Des leçons de la famille l'enfant passe aux enseignements de ses premiers instituteurs. A ceux-ci en succèdent d'autres. Et le moment où le jeune homme pense conquérir son indépendance n'est pas celui qui le voit échapper au joug de l'autorité de ses maîtres. Une autre autorité, presque toujours moins salutaire, mais non moins puissante, l'attend pour l'asservir au sein même de la société. Cette autorité est l'opinion, c'est le milieu social qui l'enveloppe. Il ne se doute pas, il est vrai, de l'influence qu'il subit, pas plus que de celle de l'air qu'il respire, mais cette influence n'est pas moins réelle. Ainsi donc fausse ou vraie, fatale ou salutaire, l'autorité forme la raison morale de l'immense majorité des hommes en ce qui concerne les conclusions éloignées 9e la loi naturelle. L'Évêque d'Hippone a donc raison de dire : « Deux guides s'offrent pour diriger l'instruction de l'homme : l'autorité et la raison. L'autorité est pour le commun la voie la plus sïmpîe; la laison est
^1) S. Thomas, I, II, q, 100, a. 1.
celle qui est réservée aux sages. La nécessité de l'autorité humaine est donc incontestable (1).
2. — Étant donné la dégradation, qui caractérise l'état du Genre humain, depuis la faute originelle, l'Humanité ne peut moralement parvenir à une connaissance de la loi naturelle, qui soit suffisante pour rendre à Dieu ce qui lui est dû et pour assurer à la société l'ordre dont elle a besoin. D'où il faut conclure que la révélation était moralement nécessaire, ainsi que la promulgation d'une loi divine positive.
C'est d'elle qu'il nous faut donc parler, pour poursuivre logiquement notre étude sur la Loi.