DE LA CONSCIENCE
67. Nous avons dit que notre raison percevait la loi uaturelie et la proposait à la volonté comme une direction nécessaire. Elle fait plus ; elle compare nos actes à cette règle comme aussi à toutes les autres qui découlent de ce principe, et alors elle porte un jugement sur la conformité ou la nonconformité de nos actes aux lois. C'est ce qui s'appelle la conscience. Celle-ci est donc le jugement pratique d'un homme sur la conformité aux lois ou la non-confoi^inité de Vacte qu'il va poser ou qu'il vient d'accomplir. Ou bien, c'est le jugement sur la licéité de cet acte. De là, deux consciences : la conscience antérieure , et la conscience postérieure : antecedens, consequens. Nous ne nous occuperons que de la première ou plutôt de la raison d'un homme en tant qu'elle porte à l'avance le jugement dont il s'agit. Considérée dans cet acte, en effet, la raison est très souvent appelée conscience.
68. La conscience est le moyen par lequel la loi naturelle et toutes les autres à la suite de celle-ci, régissent nos actes, ou nous imposent réellement des obligations. La raison, quand elle perçoit seulement la loi essentielle et ses corollaires, ne fait naître à nos yeux que des devoirs spéculatifs ou théoriques ; mais lorsqu'agissant comme conscience, eile
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applique telle loi à tel acte que nous allons poser et dit : c*est le lieu d*obseryer ce commandement ou cette défense, alors nous sommes vraiment atteints; parce que nous sommes en face d'une nécessité pratique, nous sommes obligés.
69. Je ne mettrai pas dans ce chapitre tous les développements qui peuvent se rapporter à mon sujet. Si je posais ici la question de savoir comment la conscience doit juger, ne me faudrait-il pas examiner toutes les lois naturelles ?
Je développerai seulement les trois propositions suivantes : — Quand notre conscience ne se prononce point sur un acte que nous allons poser, il n'est pas sous Tempire de la loi; — Quand notre conscience nous prescrit ou nous défend un acte, nous devons la suivre ; — Quand notre conscience nous permet l'acte positif ou négatif auquel nous sommes prêts, nous pouvons la suivre. — La première de ces propositions suppose un fait qui d'après les meilleures auteurs, saint Thomas notamment, ne se présente point. Selon eux, la conscience statue toujours plus ou moins ; quand elle n'aperçoit pas de loi prohibitive ou impérative, ce qui est notre première hypothèse, elle permet d'agir ou de garder l'abstention. En un mot, d'après ce système, notre première proposition rentre dans la troisième. Mais il n'est peut-être cependant pas impossible, que dans des hypothèses de trouble intérieur notre conscience ne se prononce point ; il y a donc avantage à distinguer les deux cas de silence et de permission.
Enfin, comme il arrive que la conscience hésite entre deux jugements opposés, nous examinerons aussi ce que devient l'acte qui est l'objet de cette perplexité.