DES DEVOIRS NATURELS DE L'HOMME ENVERS LUI-MEME
106. Dieu veut que notre volonté se détourne de ce que la raison nous commande d'éviter. Autrement, pourquoi aurait-il donné à celle-ci la faculté de parler impérativement ? Nous devons donc être soumis à notre raison , au lieu de servir nos passions. C'est le premier devoir que nous ayons envers nous-mêmes. Deux autres en découlent.
107. La faculté que nous avons de disposer de nous^ mêmes, dit Tinterprète intérieur de la loi divine, ne nous autorise pas à nous exposer aux séductions de Terreur. De là, un deuxième devoir.
Us sont donc coupables , ceux qui n*ofirent à leurs intelligences que des sophismes , de telle sorte qu'elles semblent parfois avoir perdu Tinstinct de la vérité.
108. La conservation du corps est l'objet d'une troisième obligation. Direz-vous que Tâme dégagée de son enveloppe terrestre serait plus parfaite, qu'elle tendrait plus facilement et plus sûrement à l'Infini qui est son but ? Ce raisonnement vague serait un cercle vicieux , car si elle sort de cette vie par un crime , elle s'éloigne définitivement de Dieu au lieu de s'en rapprocher. Ce serait de plus une
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erreur, car l'àme étant dans le plan de la création unie à un corps, leur séparation ne peut être, en soi, une cause de perfection. Peut-être demandera-t-on pourquoi cette différence entre les animaux que rhomme peut tuer et son corps qu*il doit respecter? Le voici. Les animaux sont faits direct.ement pour Tusage et Tagrément de Thomme : en leur enlevant la vie, celui-ci ne va donc pas contre la volonté du Créateur ; mais nous , nous sommes faits directement pour Dieu et non pour je ne sais quel être intermédiaire qui serait notre première fin. D un autre côté, la vie présente est un temps assigné par Dieu à l'homme pour mériter une éternité heureuse ou malheureuse. C'est une épreuve à laquelle le Souverain-Maitre veut nous soumettre avant la sentence. Dès lors, Dieu ne permet pas que l'homme abrège sa vie et dise au Juge suprême : arrétons-là l'éprouve, je vous somme de statuer dès maintenant. Celui qui nous a faits se réserve donc la disposition de la vie humaine. Le suicide est un crime. Je n'ignore pas que malgré les répugnances si profondes de notre nature pour un semblable attentat , certains refusent de le condamner. — Pourquoi , disent ils , imposer la vie à ceux qui sont devenus dans la société des membres inutiles ? Souvent c'est au nom du bien social auquel chacun se doit, que l'on défend le suicide ; or, ici cet argument est absolument sans valeur. — C'est vrai ; aussi est-ce un autre droit que nous avons invoqué : Celui de Dieu notre Créateur et notre Juge. Contre ce titre , l'inutilité de la vie au point de vue social ne peut évidemment rien. £t si un désespéré allègue qu'il est même à charge aux autres , ou s'il demande qu'on ait compassion de .ses souffrances en lui permettant d'y mettre un terme par la mort , je lui répéterai qu'il est fait directement pour Dieu , et que les maux dont il se plaint et qui excitent notre pitié sont des faits dans lesquels Dieu cherche sa gloire et le bien éternel de sa créature.
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Non-seulement Thomme ne peut pas se tuer; il ne lui est pas non plus permis de mutiler son corps. L'homme n'est pas le propriétaire de son être, et il n'en peut disposer ni en totalité ni en partie. Cependant, il pourrait se retrancher un membre pour en sauver un autre plus important.
109. Pareillement il nous est défendu de nous exposer ; toutefois si l'acte duquel un danger résulte pour nous , par lui-môme est licite, il reste tel quand l'effet contraire à l'ordre est balancé par un autre qui est bon et considérable, ou en d*auti*es termes , quand il y a motif suffisant.
110. L'homme doit aussi se préserver du danger soit de céder aux passions mauvaises, soit de tomber dans l'erreur ; il est tenu de veiller à la conservation de ses facultés, de son corps et de ses biens , à moins qu'il n'en dispose d'une manière approuvée par la raison. Notre esprit voit ces conséquences, quand des précautions ordinaires suffisent, parce que le Créateur nous a faits pour lui. Mais rien ne démontre que Dieu veuille ces choses par des moyens non ordinaires , particulièrement difficiles à prendre. Sa gloire ne réclame pas absolument que nous recourions à ces mesures , comme elle exige que nous n'obéissions point aux mouvements déréglés de notre nature , que notre intelligence n'adhère pas à l'erreur et que l'homme ne se détruise pas. Dès lors , la raison proclamé également que ces devoirs positifs ne sont pas absolus.
111. Entre les lois négatives et les lois affirmatives, il y a donc une différence. Les premières obligent continuellement , car, au jugement de notre raison, Dieu veut sans cesse que nous ne fassions point ce que celle-ci défend ; au contraire, il ne demande évidemment pas que nous posions tous les actes bons qui pourraient rentrer dans l'application d'une loi affirmative. Bien plus, notre raison constate que des actes régulièrement obligatoires cessent d'être
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prescrits, quand elle voit à leur accomplissement des difficultés plus qu*ordinaii*es.
Cette théorie , du reste , n*est point spéciale aux lois relatives à nos devoirs envers nous-mômes. EUe est générale.
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