CHAPITRE IlL
Les effets de la peine sont divers,
L En tant que menace, ses effets principaux sont, l'instruction et la crainte.
i ** La sanction pénale est instructive comme manifestation immédiate et impérative des lois de l'ordre moral y dans leurs rapports avec l'ordre politique.
C'est l'enseignement que le législateur adresse au peuple.
L'instruction donnée par le législateur opère de deux manières : comme enseignement moral et comme avertissement.
L'enseignement moral est souvent inutile. La loi qui défend le meurtre dit ce que tout le monde sait.
11 n'en est pas de même de celle qui punit les infractions aux lois sanitaires, l'exercice illégal de la médecine. La loi pénale révèle à beaucoup de personnes qui ne s'en doutaient guère, l'immoralité et le danger de ces actes.
L'avertissement consiste à prévenir tout homme qu'en effet tel ou tel acte immoral est, en outre, dé-
fendu par la loi positive ; qu'il faut s'en abstenir^ ne fût-ce que pour se conformer à la loi écrite.
L'enseignement s^adresse à tout le monde, même à ceux qui n'ont aucune intention de commettre des actes immoraux.
L'avertissement s'adresse plus particulièrement à ceux qui, sans être précisément des hommes moraux, veulent cependant se conformer toujours à la loi, non-seulement par crainte du châtiment, mais par moralité politique.
2* La crainte agit sur ceux qui, dépourvus même de moralité politique, conservent cependant assez de calme et de raison pour mettre en balance les plaisirs du délit et le mal de la peine.
La sanction pénale intimide par le mal direct et par le mal indirect, dont sont menacés les infracleurs de la loi.
Le mal direct est celui qui frappe l'auteur du délit.
Le mal indirect retombe sur les personnes qui lui sont chères. Le législateur ne doit jamais se le proposer comme moyen d'action. Il doit éviter toute peine dont le mal principal et saillant serait le mal indirect. Mais il ne peut pas d'ailleurs empêcher que les faits ne produisent leurs conséquences naturelles.
L'instruction et la crainte sont, l'une et l'autre, des effets préventifs.
L'effet préventif de la crainte mérite d'être analysé plus exactement encore.
II résulte d'abord du mal direct.
Mais le mal direct !ne consiste pas seulement dans
236 LIVRE m. — CHAP. III.
le degré de souffrance matérielle dont la loi menace le coupable. Il se compose de tous les effets que le jugement criminel peut avoir pour lui. Ainsi, outre la peine proprement dite, il peut avoir à souffrir un ou plusieurs des maux suivants :
Désapprobation publique;
Infamie;
Interruption ou dérangement de ses affaires, de sa carrière, de ses projets ;
Interruption de ses habitudes ;
Violence à ses goûts, à ses affections ;
Affaiblissement de sa santé, etc.
Les effets accessoires ne se vérifient pas tous dans tous les cas, ni avec la même intensité pour tous les hommes.
Les peines, proprement dites, elles-mêmes ne sont pas également préventives pour tous. Un filou anglais brave les coups de fouet. Un homme riche peut acheter le plaisir de faire une injure, si elle ne lui coûte que le payement d'une amende.
L'effet préventif du mal indirect n'est pas moins variable, selon les circonstances où se trouve placé celui qui médite un crime. Plus d'un conspirateur a reculé devant la perspective d'une famille plongée dans la misère; plus d'un projet criminel a été dissipé par les mains d'un enfant caressant le front d'un père qu'une passion malfaisante avait presque subjugué.