PRÉFACE. XXX IX
Plusieurs motifs m'y ont déterminé. Quelquefois une question particulière exige de si grands développements, qu'elle serait hors de proportion avec l'ensemble du traité et en dérangerait l'économie. Quelquefois aussi un sujet touche à tant de matières différentes, que, pour le traiter complètement , il faut le traiter à part ; cela s'applique surtout à l'appendice sur l'erreur (VIII). Enfin les recherches purement historiques sortent du plan de mon ouvrage; mais parfois une institution de l'antiquité se lie si étroitement à une institution du droit romain actuel , que je ne pouvais mettre l'une dans tout son jour sans donner à l'autre une place spéciale; j'en fais alors l'objet d'un appendice. — La délimitation des appendices ne saurait être précisée avec une exactitude rigoureuse, et peutêtre plus d'un lecteur aurait voulu voir certaines matières rejetées en appendice, et d'autres insérées dans le traité. Mais c'est encore là une question où l'on peut sans inconvénients passer quelque chose au libre arbitre de l'auteur.
Autrefois, les auteurs traitaient toutes les matières du droit suivant une méthode
uniforme j Unsi, ils avaient coutume, après avoir défini une institution, d'entrer dans toutes les subdivisions que comporte le sujet. Plusieurs auteurs modernes rejettent cette méthode comme pédantesque et inutile, et n'admettent de division que s'il s'agit d'exposer une règle particulière de droit. Je ne puis approuver exclusivement ni les uns ni les autres, et tout principe d uniformité extérieure me semble condamnable.
Les deux méthodes sont bonnes quand elles donnent l'intelligence claire et profonde du sujet, et l'auteur doit, suivant les cas, choisir celle qui répond le mieux à cette fin. Si donc le sens d'une institution présente des contrastes qui tiennent à son essence, il conviendra, après avoir défini l'institution, de faire pour chacun de ces contrastes autant de subdivisions formelles .
J'apporterai le plus grand soin à préciser rigoureusement, dans mon ouvrage, le langage authentique des sources, et cela demande une apologie, car plusieurs se persuadent qu'on exagère aujourd'hui l'importance de cet objet. Néanmoins, il a une importance véritable, car, entre la phraséologie vicieuse et la pensée erronée ou le
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faux raisonnement, il existe une réciprocité d'action dangereuse. Si l'expression vicieuse est le produit et le signe d'une pensée erronée , la pensée erronée est fixée , étendue, propagée par l'expression vicieuse.
Mais, après avoir signalé le vice de la phraséologie, et avoir détruit cette cause d'erreur, il faut bien inventer des expressions techniques nouvelles, quand le langage des sources est insuffisant. Je reconnais, au reste, que parfois le purisme a été poussé trop loin. Seulement on devra toujours éviter les termes inexacts qui se lient à des idées fausses, et dont j'ai montré le danger.
Quoique j'aie consacré un chapitre (§ 32- 5i ) à expliquer l'usage que je ferai des sources, quelques réflexions générales ne seront pas ici déplacées. On a souvent reproché aux jurisconsultes le luxe de leurs citations ; on les a raillés d'invoquer tant de textes, quand on les croirait volontiers sur parole. Cette critique serait peut-être fondée si les citations n'étaient faites qu'à l'appui de doctrines contre lesquelles ne s'élèvent ni doutes ni objections ; mais elles doivent être envisagées sous un tout autre aspect. Si l'on admet avec moi que l'étude bien di-
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rigec des anciens jurisconsultes est propre à enrichir efcà vivifier la science du juris* consulte moderne, cette étude (jue rien ne saurait remplacer offrant des difficultés particulières, peut-être accueillera-t-on favorablement des indications qui la facilitent. Or, comme mon ouvrage na pas d'autre but, la citation des textes n'est pas uniquement faite pour justifier les principes que j'expose, mais ces principes doivent servir de commentaire et de guide pour l'étude des textes mêmes, qui , dans ce choix, dans cet ordre, dans ce rapport avec le traité, saisiront la pensée davantage et deviendront plus accessibles. — Souvent il arrive que deux personnes également diligentes entreprennent une recherche avec les mêmes matériaux , et obtiennent des résultats diamétralement opposés. Cela tient surtout au choix des textes ([ne l'on prend pour point central de la recherche et auxquels on subordonne tous les autres. Ici les règles pourraient difficilement instruire; c est en étudiant les grands modèles, et en s'exerçant soi-même, que s'acquiert le tact qui me! sur la bonne voie.
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I) autres, au contraire, auraient désiré un plus grand nombre de citations d'auteurs que je n'en donne, et verront en cela leur attente trompée. Mais je me suis volontairement restreint aux citations qui rentrent, d'une manière quelconque, dans le but de mon livre; ainsi, je cite quelquefois un auteur parce qu'il renvoie lui-même à d'autres ouvrages. Je ne me suis donc pas proposé de dresser la liste complète des écrits composés sur chaque matière, sans excepter même les plus médiocres, car, dans ce dernier cas, le lecteur me saurait mauvais gré de ravoir engagé à une étude infructueuse. Si j'eusse entrepris plus jeune l'œuvre que je commence aujourd'hui , j'aurais donné plus d'extension à l'usage de la littérature du droit. Elle se compose de deux masses d'ouvrages dont le poids est difficile à soutenir, niais qui pourraient nous profiter beaucoup : l'une comprend l'exégèse, à partir des glossateurs et en continuant de préférence par l'ancienne école française; l'autre comprend la pratique , c'est- à-dire les consultations , réponses, etc., également à partir des glos* sateurs. Pour faire servir ces matériaux à l'édifice d'un traite général comme le mien,
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il faudrait lire ions ces oui rages sous le point de vue du traité, je veux dire 1rs prendre comme termes de comparaison, afin de le rectifier et de le compléter; travail qui ameliorerait beaucoup de détails, mais changerait peu de chose à l'ensemble et aux doctrines fondamentales; mais, commençant mon livre sur le déclin de la vie, il serait insensé de former un semblable projet. Celui qui croirait mon livre une œuvre durable augmenterait singulièrement sa valeur en y ajoutant ces compléments littéraires. Ce ne serait pas là une entreprise aventureuse, car on pou riait l'exécuter progressivement , choisir par exemple les auteurs d une époque, ou même quelques-uns d'entre eux , afin de les étudier dans ce but. — On regret tera peut-être de ne pas trouver, comme introduction à ce traité., une indication générale des livres les plus utiles et les plus recommandables pour l'étude du droit moderne. Mais ce besoin, dont je reconnais toute l'importance, me semblerait mieux s;i tisfait au moyen de bibliographies séparée s ; de même que les détails historiques sur l cnsemble des sources, leurs manuscrits et leurs éditions, sont mieux placés dans une histoire
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du droit que dans l'introduction d'un traité général, où leur exposition complète serait un hors-d'œuvre non motivé.
Les matériaux de ce traité, réunis successivement, ont servi pour les cours de droit romain que l'auteur fait depuis le commencement du siècle. Mais la manière dont ils sont présentés ici en fait un travail entièrement neuf dont les cours n'étaient que l'ébauche. Le professeur qui parle à ses élèves doit leur exposer une matière tout à fait neuve et étrangère pour eux ; il doit proportionner son enseignement aux connaissances et au développement intellectuel de la majorité de son auditoire. L'écrivain , au contraire, travaille pour des lecteurs initiés à la science, il les suppose au niveau de son état actuel, et tel est son point de départ pour passer en revue avec eux l'ensemble de leurs notions scientifiques, les contrôler, les rectifier et les étendre. Ces deux espèces de travaux, malgré la différence incontestable de leurs caractères, ont néanmoins des points de contact naturels et légitimes. Ainsi, quelquefois l'écrivain, par la manière de traiter un sujet, revient, sans s'en apercevoir, aux premières notions de la science, et les fait
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méthode est bonne à employer pour éclairer des idées et des principes qui onl été défigurés arbitrairement, et l'auteur aura de la facilité et du penchant à s'en servir, s'il a souvent enseigné, comme professeur, les matières dont il traite. — J'ai conçu le plan de cet ouvrage au printemps de 1 835; j'en ai entrepris l'exécution l'automne de la même année; et quand j'ai commencé l'impression, j'avais terminé les quatre chapitres du premier livre et les trois premiers du second.
Au moment de publier ce livre, je ne puis m'em pêcher de jeter un coup d'œil sur les destinées qui l'attendent. Comme toute œuvre de l'homme, il aura ses bons et ses mauvais jours. Plus d'un critique me reprochera ses défauts, mais nul ne les connaît mieux (pie moi, ne les sent plus vivement; et maintenant (pie j'en ai achevé une partie, je découvre bien des endroits où je souhaiterais plus dévie et de profondeur. La conscience de ces imperfections m ôtera-t-elle le courage de continuer cette vaste entreprise? Une réflexion doit nous rassurer contre le sentiment de notre faiblesse. Il n est pas impose à l'homme de connaître et de montrer la vé-