PRÉFACE* XXIX
entre l'ancien et le nouveau droit; niais ces obstacles ne sont pas insurmontables, et si l'usage du droit romain était réhabilité parmi nous , le plus grand mal qu'ait fait le nouveau Code se trouverait réparé, je veux dire la séparation absolue qui isole la- pratique des théories scientifiques du droit commun, et lui retire une source féconde de progrès, le commerce de pensées avec les jurisconsultes des temps antérieurs et des nations étrangères. Je sais qu'à l'époque où fut rédigé le Code prussien, la science du droit en Allemagne était tombée bien bas, et ne pouvait plus guère avoir sur la pratique une influence heureuse. C'est cet état déplorable de la science qui détermina le législateur à rompre avec elle et à renouveler, par un code national, la base de la pratique. Aujourd'hui que l'état des choses est complètement changé, si nous parvenions à renouer nos communications avec la science du droit commun, la pratique ne pourrait qu'y gagner, et les inconvénients si vivement sentis autrefois ne se représenteraient plus.
Plusieurs croiront peut-être que continuer à prendre le droit romain comme
moyen de perfectionner notre jurisprudence, c'est faire ton ;\ L'esprit du siècle et de la nation ; qu'en suivant une pareille voie, nous ne pouvons qu'imiter imparfaitement, ou tout au plus reproduire, l'œuvre des Romains , et qu'il serait plus noble de faire acte d'indépendance et de réserver tous nos efforts pour une œuvre originale. Je rendsjusticeàla générosité de ce sentiment, mais ici il s'égare. La multiplicité des matériaux que tant de siècles ont accumulés rend notre tâche bien plus pénible que celle des Romains, et place notre but plus haut. S'il nous était donné de l'atteindre, nonseulement nous aurions égalé le mérite des Romains, mais notre œuvre serait infiniment plus grande. Quand nous saurons manier les matériaux du droit avec l'habileté et la puissance que nous admirons chez les Romains, nous pourrons cesser de les prendre comme modèles et laisser à l'historien le soin de célébrer leur gloire. Jusque-là , un orgueil mal entendu ou l'intérêt de notre commodité ne doivent pas nous faire négliger un secours auquel toute l'énergie de nos efforts pourrait difficilement supplée)-. Notre position vis-à-vis de l'anti-