PRÉFACE. XXXIII
Indépendamment des résultats purement négatifs, le caractère critique de cet ouvrage se montre encore là où, pour établir une vérité positive, il ne suffit pas de nier en termes absolus l'erreur que l'on reponsse parfois, il importe avant tout de déterminer le degré de notre conviction; en effet, on peut combattre et réfuter une opinion de différentes manières. Souvent à notre conviction se joint le sentiment d'une entière certitude ; car nous voyons la cause de l'erreur, un défaut de logique, l'ignorance d'un fait, ou une méthode vicieuse. Alors nous déclarons l'opinion de notre adversaire scientifiquement inadmissible, ce qui implique un blâme absolu et formel. Mais quelquefois, après avoir mûrement examinétoutes les opinions, nous en adoptons une, sans condamner aussi décidément les autres. Réduits alors à nous contenter d une vraisemblance, cette vraisemblance admet plusieurs degrés dont l'appréciation juste et loyale intéresse autant l'exactitude que la moralité de nos travaux (i).
(i) Lebensnach rich ten ùber B. G. Niebuhr, vol. II, p. 208 : « Il faut , avant toutes choses , conserver dans l'étude de la « science une véracité inaltérable , fuir absolument ce qui pour-
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quelles on doit se mettre en garde. I);ms la i icliesse de la réalité vivante, tons les rap ports de droit formenl un seul corps organique; niais si nous voulons les étudie) ou les expliquer aux antres, nous sommes obligés de décomposer ce corps organique, et d'examiner successivement ses diverses |>;n lies. L'affinité que nous jugeons dominante détermine l'ordre à suivre dans cette décomposition; nous ne pouvons qu'indiquer plus tard les autres affinités secondaires, mais non moins réelles. Une certaine tolérance devient alors nécessaire; il faut que Fauteur puisse consulter sa direction d'esprit individuelle, et adopter l'ordre qui lui permet de faire l'exposition la plus lucide et la plus féconde en résultats.
Plusieurs veulent qu'un traité, soumis à une méthode rigoureuse, marche de conséquences en conséquences, et ne contienne rien qui ne soit expliqué par ce qui précède. Je m'expose à leur condamnation, car je pense que ce principe n'est nullement fait pour un ouvrage tel que le mien. Ce principe implique nécessairement que le lecteur ignore entièrement la matière, et l'étudié pour la première lois; aussi est-il très-bien