III. Ante Kal. Mart 28 février
Pridie Kal. Mart 29 février.
(6) Macrobius, Saturn., I, C. 13. « Romani non confecto februario, sed post vîcesimum tertium diem ejus interkalabant. » Ceci s'applique à l'ancienne année. Par rapport à l'année julienne, Macrobe dit, C. 14 : « statuit ut... unum iuterkalarent diem, eo scilicet mense ac loco quo etiam apud veteres interkalabatur, id est ante quînque ultimos februarii mensis dies, idque Bissextum censuit nominandum. » — Censorinus, C. 20, dit de l'ancienne intercalation : « In mense potissimum Februario, inter Terminalia et Regifugium, interkalatum est, » et plus loin, en parlant de la nouvelle intercalation : « ut... ubi mensis quondam, solebat , post Terminalia interkalaretur, quod nunc Bissextum vocatur. » On trouve dans Majans, 1. c, p. 106, l'indication de plusieurs textes relatifs aux Kalendœ et aux Idus iulerkalares.
(c) Le nom de Mathias et la féte de cet apotrc sont toujours
46o CHAPITRE HI.
Que le jour intercalaire des Romains soit un de ceux désignés comme dies sexliis^ c'est ce que prouve la répétition du numéro d'ordre, et ce que personne ne conteste ; seulement reste à déterminer quel est celui des deux. Les sources disent formellement que le jour intercalaire est le posterior, et non le prior (d) ; mais cette expression présente une équivoque, car on peut l'appliquer aussi bien à la succession naturelle du temps qu'à la manière particulière aux Romains de compter en remontant : dans le premier cas, le jour intercalaire serait le 2 5 février, et c'est ce que pensent plusieurs auteurs modernes (e) ; dans le second cas, le 24 février. Cette dernière interprétation, déjà confirmée par les expressions dont se sert Ulpien : posterior dies Kalendarum (note d), c'est-à-dire le jour le plus éloigné des calendes, d'après la manière de compter des Romains, est mise hors de doute par Macrobe et Censorinus ( note ô), car ils disent
le 24 février de l'année ordinaire, le 25 de l'année bissextile, tandis que plusieurs autres jours du calendrier ont changé de nom. Ainsi le 23 février, appelé autrefois Serenus , s'appelle Reinhard dans les calendriers modernes.
(d) L. 3, § 3, de minor. (IV, 4), « et posterior dies Kalendarum intercalatur. » — L. 98, § 1, de V. S. (L. 16), « sed posterior dies intercalatur, non prior. »
(e) Ainsi, par exemple, Cocceji jus controversum, IV, 4, § 1. On trouve d'autres auteurs cités dans Koch, p. 46, qui lui-même adopte la bonne opinion.
formellement que la nouvelle intercalation a été substituée à l'ancienne, qu'elle se place après les Terminalia o\x\e ^3 février, ce qui, autrefois, retranchait les cinq derniers jours du mois.
Néanmoins, la difficulté ne se trouve pas complètement résolue. En effet, tout en reconnaissant que le jour intercalaire des Romains était le il\ février, plusieurs prétendent que, d'après notre manière de désigner les jours du mois par leur quantième, le jour intercalaire est à présent le 29 février (y), et' cette opinion a quelque vraissemblance ; car, si l'on compare les calendriers imprimés d'une année ordinaire et d'une année bissextile, la différence consiste dans l'insertion du 29 février, qui semble ainsi ajouté. Cette opinion n'en doit pas moins être entièrement rejetée. La place assignée au jour intercalaire ne tient nullement à la manière dont les Romains désignaient les jours du mois; car, s'ils ont admis un double sextus^ ils auraient pu tout aussi bien admettre un double quintus ou un double Septimus. Or, si la désignation des jours du mois n'a pas eu d'influence sur la position du jour intercalaire, le changement de cette désignation ne doit pas en avoir davantage. La place du jour intercalaire est marquée par le ca-
(/) Lauterbach, XLIV, 3 , § 4 ; Voet, XLIV, 3, § 2 ; Cocceji, IV, 4, § 1 ; Schneidt, p. 17, 22. — Roch, p. 57, adopte la bonne opinion.
leiiclrier Julien, qui est encore le noire, puisque la reforme de Grégoire XIII est étrangère à cet objet. Voici un fait à l'appui de ce que j'avance. Le jour de saint Mathias, qui, dans une année ordinaire est le il\ février, tombe le dans une année bissextile ; si donc le jour intercalaire était le 2 5 février, il n'y aurait eu aucun motif pour reculer le jour de saint Mathias (/*). Si l'on considère avec combien de lenteur et d'indécision s'est établie notre manière de compter, on ne peut lui attribuer d'influence sur un changement * des règles du droit. En effet, comme l'ancienne et la nouvelle manière de désigner les jours se sont maintenues concurremment pendant plusieurs siècles (§ i8o), dans l'opinion de mes adversaires, ceux qui dataient par calendes et par ides auraient eu un autre jour intercalaire que ceux qui avaient adopté l'usage moderne : poilr les uns c'eût été le 1 4 février, pour les autres le 29. Aux premiers il faudrait encore
(/O La question de savoir si la fête de saint Mathias devait être célébrée le 24 ou le 25 février fut controversée au douzième siècle. Le pape Alexandre III décida que, ces deux jours n'en formant qu'un seul , chaque église pouvait à cet égard suivre son ancien usage , et que le choix de l'un ni de l'autre jour ne pouvait être regardé comme une erreur. Mais, dans tous les cas , le jour de la Vigilia doit précéder immédiatement celui de la fête. C. 14, X, de V. S. (V, 40). — Les doutes semblent s'être dissipés plus tard, car, dans les calendriers imprimés, le jour de saint Mathias est marqué le 25 février.
ajouter ceux qui dataient d'après le saint du calendrier. Une semblable distinction est tout à fait inapplicable, et nul ne prétendra qu'elle ait jamais existé.
Le seul argument spécieux en faveur de mes adversaires est la petite difficulté qui résulte de notre manière de compter les jours et les erreurs auxquelles elle peut donner lieu. Cette considération pourrait tout au plus déterminer le législateur à déplacer le jour intercalaire, les jurisconsultes n'ont point qualité pour cela, et encore le législateur aurait -il tort d'innover, car la fixité et l'uniformité du calendrier ont plus d'importance que la difficulté n'a d'inconvénients. Pour en triompher, il suffit d'une attention ordinaire, et si même on mettait un grand intérêt à l'écarter, on pourrait le faire aisément sans toucher au calendrier reconnu pendant plus de dix-huit siècles. Il faudrait, dans les années bissextiles, conserver au mois de février le nombre de iS jours, et désigner le jour intercalaire par son nom de bissexte , sans lui donner de quantième; de sorte que saint Mathias se trouverait toujours le 24. Cela exprimerait très-bien la réalité des ch ses, et ne porterait aucune atteinte aux parties essentielles du calendrier, qui n'ont aucun rapport avec l'usage de désigner les jours du mois par un quantième.
Je passe maintenant à l'appréciation juridique
du jour intercalaire, dont ce qui précède n'est que le préliminaire. L' intercalation n'est jamais considérée comme un espace de temps ; voici le principe dominant en cette matière, et qui existait déjà pour l'ancien calendrier. Ainsi, le mois intercalaire tout entier était regardé comme un seul instant placé à la fin du jour précédent, le 23 février ; et cela résulte d'un texte remarquable, la L. 98, § I, 2, de V. S. (L. 16) :
§ I. Cato putat , mensem intercalarem additicium esse, omnesque ejus dies pro momento temporis observât, extremoque diei mensis Februarii attribuit Quintus Mucins.
§ 1. Mensis autem intercalaris constat ex diebus viginti octo.
Le paragraphe i ne fait que confirmer ce que j'ai dit tout à l'heure et n'a pas besoin d'autre explication (^^); mais le paragraphe 1 a eu les destinées suivantes. Au lieu de la leçon du manuscrit de Florence que j'ai transcrite, la Vulgate porte, à ce qu'il parait, généralement XXIX. C'est là une prétendue correction fondée sur un motif indiqué par la glose {h). Le mensis inter ca-
(g) La glose fait ici cette remarque : « Cato et Quintus duo stulta dixerunt ; » ce qui vient ensuite n'est que confusion et erreur.
(h) Glossa in § cit., yigentinovem. Alias Februarius habet tantum XXVIII. » C'est ainsi que tous les anciens interprètes entendent le § 2, en admettant la leçon XXIX.
lavis y disait-oii, est le mois de février d'une année bissextile, puisqu'il renferme le bissexte; or, ce mois ayant 29 jours, on doit lire XXIX.
Quand, plus tard, fut découvert le manuscrit de Florence, on cliercba à justifier sa leçon en disant que, le jour intercalaire n'étant pas compté, le mois de février d'une année bissextile n'avait, juridiquement parlant, que 28 jours {i). Mais cette explication doit être rejetée, aussi bien que la correction de XXIX. Je n'examine pas si Ton a jamais appelé, sous l'empire du calendrier Julien, mensis inter calaris^ le mois de février d'une année bissextile ; je n'ai vu nulle part cette dénomination ; mais on sait que mensis interkalaris , ou interkalarius , désigne ordinairement l'ancien mois intercalaire (^). En admettant que cette expression ait eu l'une et l'autre signification (/), du moins, dans notre texte du Digeste, il s'agit de l'ancien mois intercalaire, ainsi désigné dans la phrase précédente ; car on ne croira jamais qu'à peu de lignes de distance le
(i) Ainsi, par exemple, Breuning, p. 11, 12; Schneidt, p. 17.
{k) Cf. le passage de Suétone ( note a ) et les textes cités dans Majans, p. 106.
{/) C'est ce que prétend Budaeus, notae post, in Dig., in L. 98, deV. S. « Quare scire nos oportet, mensem intercalarem dici" non modo eum qui intercalatur, sed etiam in quo intercalatur. >» Mais il n'apporte aucune preuve pour établir cette seconde signification.