‹ Traité de droit romain (volume 4)Chapitre 46 sur 46 · IV · texte numérisé non relu

IV

demment parce que le jour actuel est considéré comme le premier, et par conséquent est compris dans le calcul {d). Les textes suivants ne sont pas moins décisifs : Varro, de re rustica, lib. 2 , proœm. : « Itaque annum ita diviserunt ut nonis modo diebus urbanas res usurparent , reliquis septem ut rura colerent. » S'il n'y a que sept jours intermédiaires et que le suivant soit le neuvième, le jour qui les précède est nécessairement compté (e).

Cicero, in Verrem, II, 56 : « Quinto quoque anno Sicilia tota censetur. Erat censa praetore Peducaeo , quintus annus cum te (Verre) praetore incidisset, censa denuo est. Postero anno L. Metellus mentionem tui census fieri vetat, Peducœanum observari jubet. » — Peducaeus avait été préteur pendant un an ; après lui , Sacerdos pendant une autre année , puis Verrès pendant trois ans, et Metellus lui succède. Le dernier cens tomba la troisième année de la préture de Verrès , puisque Metellus le cassa l'année suivante. Entre ce cens et le précédent il n'y a que trois années franches , et néanmoins Cicéron ditquece retour périodique a lieu quinto quoque anîio.

Virgil. , Egl. V, 49:" Alter ab illo , » pour le premier après lui, c'est-à-dire le second en comptant celui qui le précède.

Horat., Serm. Il , 3 , 193 : « Ajax héros ab Achille secundus y » offre le même sens que le texte précédent.

Livius , VII , 1 :« dignusque habitus, queni secundum a Komulo condilorem urbis Romanae ferrent. »

Censorinus , C. 18 , rapporte que les jeux Olympiques se célèbrent quinto quoque anno redeunte -, or on sait que ces

\d) Cicero, pro Murena , e. 12. Gellius , X, 24.

(«) Ici encore Varron parle des Nundinae (note h), mais sans leur donner leur nom ordinaire^ et il développe l'idée qui fait la base de cette division de Tannée.

APPENDICE. ^Cjt)

jeux se célébraient (ous les quatre ans, r'esr«.à-dire avet* trois années franches d'intervalle.

Gellius, IX, 4 : « Item esse compertimi et credituni, Sauromatas... cibum capere semper diehus tertiis, medio ahstinere. » Ainsi donc ils jeûnaient de deux jours l'un ; et comme les jours où ils prenaient de la nourriture sont appelés terliiy on doit compter le jour qui précède celui de jeûne.

Gellius, XVII, 2 : « quum febrim quartis diebus recurrentem laudavit... haec biduo /?z^c?/ointervallata febris... »

Celsus, de medicina , III, 3 : « Et quartanae quidem simpli- €iores sunt... finitaque febre biduum integrum est : MAquarta die revertitur... Tertianarum vero duo genera sunt : alterum... unum diem praestat integrum , tertio redit... »

L.233,§ I (deV.S. (L.i6). Gajus). « PostKalendas Januarias die tertio pro salute principis vota suscipiuntur. >» Or nous savons d'ailleurs que cela avait lieu ante diem III Nonas Jan,, c'est-à-dire le 3 janvier {/); ainsi donc \e dies Kalendarum est le premier jour par où l'on commence à compter comme dans la formule ordinaire ante Kalendas(^).

L. I, quando appellandum (XLIX, i) (Ulpian.V On lit d'abord au § 9 : « biduum vel triduum appel lationis ex die sentenliœ latœ computandum erit ; » c'est-à-dire : celui qui veut appeler a pour cela tantôt deux, tantôt trois jours (cf. § IT , 12), y compris le jour-du jugement. Le § i5 prévoit ie cas d'absence : « biduum vel triduum ex quo quis scil

(/) roy . le Traité , § 1 80, /.

(g) Je ne cite pas ici les textes où l'on trouve (ertio die, mais on l'imputation (dont je parle n'est pas évidente ; telles sont les L. i Ue glande leg. ( XLIII, S); L. 9, § I , ad exhib, ( X , 4 ); L. i , § 22 , de aqna qu»t. (XLIII , 20). Je ne doute pas que dans ces textes ceUe expression ne soit synonyme de altérais diehus, mais cela n'en ressort pas directement. Dans le dernier des lestes cités , on trouve aussi altemis diehus ; mais it n'est pas tout à lait certain que celle lo«ulionse rapporte au cas désigné précédemment par tertio tjuot/ut die

APPT'lVDICE.

computaruliim est, » c'est-à-dire y compris le jour où le jugel ment lui a été connu. Ces mêmes délais sont désignés indifféremment par les expresions altera vel tertïa die (§ 6, l'i, i3).

C'est d'après la même manière de compter qu'en parlant d'un événement arrivé la semaine précédente , le jour correspondant à celui où nous sommes , nous disons : il y a huit jours; car, pour que ce jour soit le huitième, il faut compter celui où nous sommes. Les Français emploient dans le même sens l'expression huit jours ; mais il se montrent plus conséquents que nous en désignant deux semaines par ^M/V2ze jours, tandis que nous disons quatorze jours , c'est-à-dire non compris celui où nous sommes. A la vérité ces formules ne contiennent pas de nombre ordinal , mais elles reproduisent absolument la différence signalée ici dans l'emploi des nombres ordinaux.

Dans le même sens on dit que Jésus-Christ est ressuscité ( le dimanche ) le troisième jour après avoir été crucifié ( le vendredi ) , et toutes les confessions chrétiennes sans distinction de langues reproduisent cette locution.

Je vais maintenant rapporter les textes et les formules où l'on ne compte pas le premier jour, la première année, etc.

On pourrait citer d'abord cette expression empruntée au langage du calendrier, pridie, et qui semble la soustraction de primo die. Mais comme cela présenterait une contradiction évidente avec la formule si voisine de tertio die, on peut entendre par pridie priore ou pristino die {a) , ce qui indiquerait seulement l'idée d'un temps passé sans énonciation d'aucun nombre. Voici du reste des textes tout à fait décisifs :

Varro, de lingua latina , lib. VI, § ii ( ed. Mùller) : « Lus-

(f<) Telle est elfeclivemenl l'élymologie qite donne Gellius , X , 28.

A.PPKNI)1CE. 097

triiiN... lempus quinquennale... quod quinio quoqiie anno vectigalia... persolvebantur. « D'après la manière de s'exprimer dont j'ai parlé tout à l'heure ( Num. Il ) , il aurait dû dire : sexto quoque anno.

Cicero, in Pisonem, C. 5 : « quam potestatem minuere, quo minus de moribus nostris quinto quoque anno judicaretur, nemo... conatusest. » lei, comme dans le texte précédent, il est question du cens, qui se fait tous les cinq ans.

Cicero, acad. Quaest., II, 6 : « a Carneade, qui est quartus ah Arcesila : audi vit enim Egesinum , qui Evandrum audierat, Lacydis discipulum, cum Arcesilae Lacydes fuisset. » Ici Arcesilas n'est pas compté, mais Lacydes est le premier, Évandre le second , Égé^inus le troisième, Carnéade le quatrième.

Cicero, ad Atticum, VI, i : « Ei (Pompejo) tamen sic nunc solvitur, tricesimo quoque die talenta Attica XXXIII , et hoc ex tributis, nec id satis efficitur adusuram menstruum . » Ici évidemment Cicéron compare des intérêts mensuels et des payements qui se renouvellent tous les trente jours; pour ces derniers il y a entre deux échéances 29 jours francs; le jour d'échéance qui précède n'est donc pas compté, si celui qui suit est désigné comme tricesimus .

Caesar, de bello Gallico, V, Sa : « Cognoscit non decimum quemque esse relictum militem sine vulnere. » Dans ces appréciations générales, où l'on ne peut prétendre à une exactitude rigoureuse , comme l'indique déjà le mot non^ on emploie toujours des nombres ronds. Ainsi donc César veut dire que de dix soldats il y en avait à peine un sans blessures. Si donc il désigne par decimum quemque chaque soldat non blessé, il ne compte pas celui qui précède.

Columella, V, 8 : « nam quamvis«o/2 continuis annis, sed fere aliero quoque fructuiii efferat... » Comme ici altero quoque exprime la négation d'un retour périodique annuel , il désigne l'alternative de la fertilité et de la stérilité, et dès

^PPENWICE.

lors présente le même sens que tertio quoque anno dans le* exemples cités Num. H.

Statius, Theb., IV, 841 : « ab Jove primus honos; » dans le même sens que le alter ab illo de Virgile.

Celsus, demedicina, ni, i3, 21 , 23, IV, 12, où on lit quatre fois altero quoque die pour le jour que lui-même, dans le texte cité plus haut, appelait \etertius dies. Car s'il eût voulu exprimer autre chose, il eût certainement dit quotidie ; aussi nous voyons ailleurs ( 111, 21 ), « utilis quotidianus aut altera quoque die post cibum vomitus est , » et altero quoque die exprime précisément l'opposé de quotidianus.

Macrobius, Saturn., I, i3. Il nous dit que les Grecs ajoutaient à la fin de chaque période de huit ans une intercalation de huit fois 11 jours et un ï , c'est-à-dire 90 jours, pour mettre leur année de 354 jours en rapport avec l'année solaire de 365 jours et un i. Voici comment il s'exprime : ut octavo quoque anno nonaginta dies... interkalarent, ce que, dans l'autre manière de compter, il aurait dû rendre par nono quoque anno, puisqu'il y a sept années franches entre deux intercalations. Ensuite il ajoute : les Romains ont imité les Grecs, mais maladroitement, car l'année romaine n'étant pas de 354, mais de 355 jours, octavo quoque anno (pour nono quoque ) interkalantes octo affluebant dies. Plus tard les Romains corrigèrent cette erreur en mettant 24 jours après chaque période de 24 ans : tertio quoque octennio ita interkalandos dispensabant dies, ut non XC, sed LXVl in-' lerkalarent. Ici encore, d'après l'autre manière de compter, il faudrait : ^w«rto quoque octennio.

A cette seconde manière de compter se rapporte la formule allemande mentionnée plus haut : il y a 14 jon»'S» pour designer un fait arrivé deux semaines avant le jour actuel.

\PPENUICI

Cette double manière de s'exprimer, dont je viens d'énuméi*er les exemples , ressot'tira encore mieux de certains cas où> chez les Romains eux-mêmes, elle a occasionné de graves erreurs , et a ainsi appelé leur attention.

Le cas de cette espèce le plus remarquable semblerait à peine croyable si nous n'en avions pas les preuves les plus certaines. César, lors de sa réforme du calendrier , avait ordonné qu'après chaque période de quatre ans on ajouterait un jour intercalaire pour mettre en rapport l'année du calendrier de 365 jours avec l'année solaire, qu'il croyait être de 365 jours ^ (a). Dans son édit il s'exprimait en ces ternies : ut quarto quoque anno... unum interkalarentdiem (b) ; et ainsi il adoptait la seconde locution dont j'ai parlé tout à l'heure, d'après laquelle, pour désigner l'année bissextile , on ne compte pas l'année bissextile qui précède. Les pontifes chargés de mettre à exécution le calendrier légal entendirent l'édit dans le sens de la première locution , d'après laquelle quarto quoque anno établissait des périodes de trois ans ; de sorte qu'il y avait seulement deux années franches entre deux années bissextiles. Cette méprise incroyable demeura inaperçue pendant 36 ans , et il y eut ainsi dans cette période douze intercalations au lieu de neuf. Lorsqu'enfin l'erreur fut reconnue, Auguste la rectifia en ordonnant que dans les trois années bissextiles suivantes on ne ferait pas d'intercalalîon , et en même temps il fixa pour l'avenir le sens véritable dé l'intercalation julienne (c),

(rt) Voyez les détails que je donne là-dcssus dans leTrailé, ^ 179. {h) Macrob., Saturn. 1, 14. Sueton., Julius, C. 40.

(c) Macrob. Saturn. I, *i4 , explique la chose en disant que l'on avait, |)ar erreur, fait l'intercalation quarto anno incifiente , au lieu de coiifecto, et que par l'ordre d'AugiisIe elle dut à l'avenir se laire quinte quoque iricipienle annn. CI. Idrln , tl, r3i.

6oO APPENDICE.

Lors de la fondation de plusieurs colonies par les triumvirs Octave , Antoine et Lépide , l'instruction ( lex ) donnée aux Agrimensores portait : Qui conduxerit... a decumano et cardine quintum quemque ( limitem ) facito pedes XII, ceteros 1 imites subruncivos(i/). Ici le decumanus n'était point compté, de sorte qu'entre celui-ci et le limes, destiné à une plus grande largeur, il devait y avoir cinq centuriœ. Souvent les Agrimensores se trompèrent sur le sens de ce texte , et, croyant que le decumanus était compté , ils placèrent le limes plus large une centurie trop près du decumanus, Hyginus explique leur erreur en ces termes [e] : Multos limitum constitutiones in errorem deducunt... Sic et de limitibus quintariis, quintum quemque quintarium volunt, Porro autem inter quintum et quintarium interest aliquid. Quintus est, qui quinto loco numeratur: quintarius qui quinque centurias cludit. Hune volunt esse quintum , qui est sextus ( c'est-à-dire d'après la première manière de s'exprimer, où l'on compte le decumanus ). Nam et legum latoribus ( /. latores ),.. sic caverunt , ut a Decumano maximo quintus quisque spatio itineris ampliaretur. Erat sane interpretatio legis hujus ambigua, nisi eorum temporum fori^jae ( les délimitations usitées du temps de ces legum latores ) sextum quemque limitem latiorem habererit... Quum decumanus erat positus, positi sunt deinde quinque limites, quorum novissimus factus est latior : his cum decumanus accessit, sexfiunt.

Les deux cas dont je viens de parler ont cela de commun que des actes publics ont été mal entendus des personnes chargées de les mettre à exécution, parce qu'elles ont pris le nombre ordinal dans un autre sens que les auteurs de ces actes. On ne saurait donner une preuve plus évidente que les Romains prenaient effectivement les nombres ordinaux dans deux acceptions différentes.

{à) Fi'outiuus, decoloniis, dans Gsesius , p. m, i33.

{e) Hyginus, de limitibus constilucndis, dans Gsesius, p. i5S. i3y.

ÀPPEÎfDrCE.

6ôi

On a vu que cette locution équivoque s'applique nottseulement aux délais , mais à d'autres objets susceptibles de se compter. Il faut sans doute en rapporter l'origine à la nature particulière des délais. Ainsi , quand une possession commence à midi du i" janvier, et qu'il s'agit ensuite de compter 365 jours du calendrier, on peut hésiter sur la question de savoir si l'on doit commencer par le i^*" janvier dont la moitié seulement fait partie du délai. Celte circonstance aura sans doute déterminé l'incertitude que l'on rémarque dans la fixation des délais, et elle aura été étendue à la numération d'autres objets pour lesquels ce motif n'existait pas.

De ces deux manières de compter employées par les Romains , il ne faut pas croire que l'une soit la règle générale, l'autre une rare exception qu'on ooive peut-être attribuer à l'ignorance d'écrivains médiocres ^ Toutes deux, au contraire^ se trouvent chez les auteurs du premier rang , et même Cicéron , Varron et le médecin Celsus les emploient indiffé*remment. Pour ne point regarder l'emploi de ces deux locutions comme tout à fait arbitraire et sans autre règle que le caprice de chaque auteur, voici , selon toute apparence, le rapport existant entre elles. La première, celle oii l'on compte le terme servant de point de départ , semble la plus ancienne et la plus usitée dans la vie ordinaire, comme l'indique le style du calendrier, certainement plus répandu que les locutions adoptées par les auteurs. La seconde paraît plus élégante et plus exacte, ainsi que le montrent son fréquent usage dans Cicéron et son adoption dans les actes publics : cette différence nous expliquerait très-bien les méprises auxquelles ces actes ont donné lieu. Les auteurs de ces actes

voulaient employer des expression schoisies , et ceux chai'gés de les exécuter les interprétaient d'après les habitudes du langage adopté dans la vie ordinaire.

Si donc nous trouvons dans un texte d'un ancien jurisconsulte un nombre ordinal, nous sommes libres de le prendre dans l'un ou l'autre sens , selon que les circonstances rendent plus vraisemblable l'une ou l'autre interprétation. Si nous comptons le premier jour, etc., cette supposition a moins besoin d'être justifiée, car cette manière de s'exprimer paraît avoir été la plus ordinaire ; si au contraire nous découvrons un motif particulier qui ait déterminé le jurisconsulte à employer la seconde locution, quoique moins usitée, cette circonstance donne un nouveau poids à notre interprétation.

UN n» QUATRlilMM VOLtîMiP.

Law Savigny, Friedrich Karl von Rom Traité de droit romain

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