DU CORPS
Miglts relatives au malade, — Les régions que Ton ausculte doivent être à nu ; le moindre vêtement peut empêcher l'audition du bourdonnement On comprend qu'un bruit très-léger comme celui-ci soit arrêté dès qu'il rencontre un obstacle, quelque petit qu'il soit. Si le bourdonnement est net et évident à l'extrémité des doigts, même pour les personnes qui ne Tout jamais entendu, il n'en est pas de même à la surface du corps, où il faut de l'habitude pour l'entendre. Il est nécessaire que le malade soit couché horizontalement. Il est deâ régions du corps où il eÈi très-difficile d*^tendi^e le bourdonnement, à l'extrémité des doigts du pied, par exemple, et sur les parois du ventile.
Bègles relatives au médecin. *- Le médecin devra s'habituer à ausculter des deux oreilles, afin qu'il puisse écouter la partie antérieure du malade avec une oreille, et la partie postérieure avec Vautre.
L'auscultation ne peut être pratiquée ici que médiatement, à l'aide du dynamoscope. Les phénomènes acoustiques ont besoin d'être conduits dans l'intérieur de la première chambre auditive, tout près du tympan, sans cela ils ne sont pas perçus,
DE LA DTNAMOSCOPIE.
à cause de la faiblesse et de T importance relativement plus grande des bruits qui, venus de tous côtés, remplissent sans cesse le pavillon. Le dynamoscope est ici un instrument indispensable.
Dynamoscope appliqué à la surface du corps, — Il se compose d un cylindre plein en liège, long de dix à douze centimètres, dont la base est plus large que le corps, pour s'appliquer sur les parties que Ton veut ausculter, et le sonunet plus étroit pour pénétrer dans Toreille. Une enveloppe en argent ou en aluminium recouvre le tout. Cette chemise est nécessaire pour empêcher le frottement du liège contre les parois de Toreille, dont le contact peut déterminer de l'inflammation et des abcès, comme cela nous est arrivé.
A représente un dynamoscjpe de liège,
et B une 'chemise d'argent ou d'aluminium.
Dès que le dynamoscope est placé, le médecin doit retirer sa main, afin qu*il ne perçoive pas son propre bourdonnement; le placer perpendiculair^fnent sur la surface de la région» et prendre pour point d'appui cette même région et sa propre oreille. Il aura soin de ne pas trop presser; une forte pression nuirait au malade, au médecin, et empêcherait l'audition du bourdonnement.
Le silence le plus absolu doit régner autour du malade, car le moindre bruit, soit de l'intérieur, soit de l'extérieur, efface ou diminue le bourdonnement, qui, à la surface du corps, est presque toujours excessivement faible et exige Thabiletè d'une oreille exercée pour le suivre. Avec de l'exercice seulement,
DB LA DYNAMOSGOPIE. 289
on s*habituera à ne plus entendre autre chose que le bourdonnement.
Le dynamoscope de liège doit toujours être préféré pour la surface du corps. Pour se convaincre de son importance, on prend deux dynamoscopes, Tun de liège, Tautre d'acier. On place l'instrument de liège contre une muraille ou un corps ^ inerte, et on arrive facilement, en tâtonnant, à n'entendre aucune espèce de bruit : on le touche avec un des doigts de la main, le bourdonnement surgit ; on lève le doigt, le bourdonnement disparaît, et ainsi de suite chaque fois que Ton recommencera Texpèrience. Cela prouve que le bourdonnement est transmis par le doigt vivant qui touche l'instrument. Avec le dynamoscope d*acier ou de métal, on cherche, en Tappuyant contre un corps inerte, le point où le bourdonnement n*est pas entendu; mais on n'y arrive presque jamais. La pression que doit faire l'oreille pour retenir l'instrument contre le corps inerte est-elle faible, l'instrument perd l'équilibre et s'échappe de l'oreille. Est-elle forte, le bourdonnement du pavillon de l'oreille est transmis à l'ouïe, et l'on ne peut rester convaincu que le bourdonnement du doigt qui touche l'instrument vient de la main, ou du corps inerte, ou du fond de l'oreille.
Cette application du dynamoscope trouve son usage pendant la vie et après la mort; les règles particulières que nous venons de tracer peuvent servir dans les deux cas.
Phénomènes physiologiques. — Le bourdonnement est un fait constant à la surface du corps.
Il y a des régions où il est masqué par d'autres bruits plus forts. Les parties molles et épaisses ne sont pas favorables à l'audition du bourdonnement ; les parties osseuses semblent être de bons conducteurs. Ainsi le bourdonnement est moins fort à la cuisse que sur le trajet du tibia.
Le bourdonnement, qui atteint son maximum d'intensité à ' l'extrémité des mains, n'est presque jamais entendu aux doigts des pieds.
290 DE LÀ. BTÏfiJHOSCOPIE.
Le bourdonnement a le même timbre partout, et te C8c^let le distingue facilement de tout autre bruit. Cne oreille un peu exercée le reconnaîtra de suite. Il fait entendre seulement une note plus ou moins grave ; il est plus ou moins facile à entendre.
On peut quelquefois, à l'état physiologique, remarquer une différence entre le bourdonnement du côté droit et le bourdonnement du côté gauche.
Phénomènes pathologiques, — Toute action morbide, locale, exalte le bourdonnement dans la région malade ; il acquiert de suite une intensité considérable qui indique la force de l'activité de Tétat pathologique. La rapidité et l'intensité du bourdonnement existent toujours avant la formation du pus dans un abcès ou dans un phlegmon. Lorsque le produit de l'altération du sang ou des humeurs se dessine ou se fixe, la force du bourdonnement domine, car l'action vitale cesse de s'y porter et de s'exciter.
Thorax, — 11 n'est pas un médecin qui, depuis l'application de l'auscultation aux maladies de poitrine, n'ait entendu le bruit rotatoire de Laênnec.
M. Piedagnel, qui l'a étudié particulièrement, en a fak un signe d'après lequel on pourrait diagnostiquer sûrement une fluxion de poitrine , et agir, par suite , avant la détermination des symptômes qui sont propres à cette maladie.
Le bruit rotatoire n'est autre chose que le bourdonnement. Je Taî entendu souvent, car il est quelquefois si fort, qu'il masque tous les bruits pulmonaires, et je n'ai jamais pu arriver à une conclusion rigoureuse de sa définition. Je l'ai constaté au début des pneumonies et dans leur cours, au début des pleurésies et dans leur cours, dans les bronchites, et môme sans lésion appréciable quelconque. Cependant, lorsque le bougonnement est assez fort pour être remarqué aussitôt qu'on ausculte la poitrine, on doit penser qu'un travail naorbide se fait, sans pouvoir pourtant bien désigner sa nature.
Abdomen. — Toutes les fois qu'une maladie aigUê, rapide.
BB LA DYNAMOSGOPm. 394
«iégera daofi le vi^ntre» y développera de la tension, du gonflement et de la douleur, on pourra être presque certain que le bourdonnement y est devenu très-fort, très-intense et trèsrapide : ainsi dans la péritonite, dans la hernie étranglée. Appelé dernièremeût à deux heures 'du matin près d un malade que je connaissais pour être atteint de la goutte aux extrémités, avec déformation articulaire, j'ai pu reconnaître, au milieu de douleurs abdominales insupportables, une tension du ventre très-modérée et la présence d*un bourdonnement très-fort et très-rapide sur les parois du ventre. Cet homme, dont les symptômes si graves ont amené la mort en dix heures, n'avait autre chose qu'un accès de goutte abdominale.
Crâne. — Plusieurs travaux importants, publiés dans les journaux et les monographies, notamment ceux de M. H. Roger et de M. Rilliet, ont appelé l'attention sur l'étude de l'auscultation céphalique. Ces auteurs ont étudié particulièrement le bruit de souffle; Fischer est le premier qui en ait parlé et qui Tait bien observé; viennent ensuite Whiteney, en Amérique; Wirthgen et Herming, en Allemagne.
Le docteur Fischer a décrit, outre le bruit de souffle, trois bruits céphaliques : 1^ bruit céphalique de la respiration ; 2^ de la voix; 3<» de la déglutition.
Le docteur Wirthgen a décrit aussi trois bruits différents : i^' l'égophonie cérébrale; 2"" le frémissement cutané ; 3^ le bruit de roucoulement,
Ces derniers seraient des bruits pathologiques, et les premiers des bruits physiologiques. Toutefois, il faudrait y ajouter le liruit de battement artériel et veineux.
I! est trèî-facîle de se convaincre, dès qu'on a un peu d'expérience sur les bruits céphaliques, que ceux qu'a décrits le docteur Fisdier sont facilement perceptibles, et que ceux dont parle le doc^ur Wirthgen sont vagues et indéterminés. Le bruit d'égophonie ne doit être autre que le bruk de souffle ; le bruiflsemait cutané et le bruit de roucoulement ne doivent
im DE LA DTNAMOSGOPie.
être que le bruit de bourdonnement mal étudié, mal compris et mal défini.
Il y a un bruit pathologique dans la première en&nce : c'est le bruit de soufOle, et je crois, avec les auteurs qui s'en sont occupés, que ce bruit est un bruit artériel qui appartient à la pathologie.
Il n'est pas dans notre sujet de nous en occuper. Nous constatons que c'est le seul bruit céphalique morbide connu s'appuyant sur des faits.
Il y a aussi un autre bruit, inconnu jusqu'ici, morbide le plus souvent et rarement physiologique, qu'on peut entendre à tous les âges : c'est le bruit de bourdonnement.
Nous pouvons donc classer ainsi les bruits céphaliques :
1® Bruit de respiration ; 2^ Id. de la voix;
^ . v • 1 • . / ^ I^* de la déglutition ;
P y g*4^ • ^ 1^0 j^^ artériel, normal et bruit de
souffle normal; 5^ Id. de bourdonnement normal.
Bruits pathologiques :
V Bruit de souffle morbide appartenant à la première enfance;
S» Bruit de bourdonnement appartenant à tous les ftges.
Nous n'avons pas à nous occuper du bruit de souffle.
Classification du bourdonnement a la surface du corps. — Il ne présente d'altération que dans son intensité; il est ainsf plus ou moins fort, plus ou moins faible ou nul. Les maladies locales, comme le phlegmon, la péritonite, la pleurésie, les inflammations locales, en un mot, présentent le bourdonnement très-fort au moment où la souffrance est plus vive, et où le travail local est plus développé.
Nous ne croyons pas utile, pour le moment, de multiplier les
DE LA DTNAMOSGOPIE. 293
exemples de cette partrcularité de Tauscultation dynamoseopique. On peut en rencontrer tous les jours dans la pratique, et sou importance est assez grande pour que nous nous y arrêtions longtemps, et que plus tard nous en fassions une étude particulière.
Le bruit de bourdonnement pathologique se rencontre dans toutes les congestions cérébrales, dans la méningite, Tapoplexie, la migraine, en un mot, dans toutes les maladies aiguës de la tète. Il a une valeur tout à fait digne de remarque ; sa signification, là comme ailleurs, est la turgescence vitale : il peut indiquer le traitement à suivre. La nature de la maladie où il se fencontre doit Tindiquer. Je Tai rencontré au crâne, après la mort subite par apoplexie cérébrale, presque aussi fort que pendant la vie, et se prolongeant pendant une heure. Je ne suis pas d'avis qu*on le néglige comme un signe inutile.
BOUEDOIIIIEMBNT GÉPHALIQDE, SON IHIPCATANGB