‹ Traité de dynamoscopie, ou Appréciation de la nature et de la gravité desChapitre 59 sur 64 · DE LJL DTNAMOSCOFfE · texte numérisé non relu

DE LJL DTNAMOSCOFfE

Cet appareil, très-simple, consiste à faire tracer par le corps sonore lui-même les vibrations qu'il exécute. A cet effet, le diapas(Hi àynamoscopique D est muni d'un ffl métallique C collé sur sa surface, et dont la pointe appuie sur un cylindre parfaitement rond, couvert de noir de fumée et porté sur une vis sans fin ÂB. Quand le corps ne vibre pas et qu'on fait tourner le cylindre, la pointe enlève le noir et Aéatit une hélice régulière et très-fine ; q^fuod il viln^, au contna^e, l'hélice est tremblée, et chaque sifiuosiité, correspondaiitàuiie oscillation, leur noimbre est égal à celui des vibrations qui out été produites pendant le temps de TexpérieDce. Un second diapason fixe D\ déterminé à iOO vibrations par seconde, est également mupi 4'un fil métallique G' collé à sit surface, et appuys^nt sur le même cylindre. Si Ton fait vibrer ce diapason, il produit aussi des oscillations qui viennent se tracer de la même manière que nous venons d*indiquer. Ainsi, en supposant gj\ç l\çf^ lasse vibrer les deux diW(i^(;w fimwài/d, .pendant que le cylin^4c»»nie, chacun d'eux tracera sa courbe, et Ton comptera m[li|4te les sinuosités comprises entre deux génératrices du cylind^. On regarde combien de vibrations se sont exécutées avec^e diapason dynamoscopîque dans Tintervalle des 100 vibrations produites par le diapason fixe. Des expériences souvent répétées prouvent qu'il y a 72 vibrations par seconde.

Ainsi se trouve déteroiinée la valeur numérique du bourdonnement, et nous pouvons formuler cette loi que tout homme en parfaite santé produit, à l'extrémité des doigts, et des deu|L côtés séparément, 7S vibrations nerveuses par seconde, c'estàrdire <k,320 par minute.

La méthode que nous venons d'employer pour déterminer cette loi n'est parfaite que parce que nous avons voulu trouver le rapport des nombres de vibrations données par le bourdonnement et un diapason fixe.

DE LA DYNAMOSCOPIE. 347

PRONOSTIC» MARCHE, AURBS «T TBRMiIIIIAlSÛN HES MALABIES.

Le bourdonnement qui donne lieu à une auscultation particulière applicable aux maladies les plus variées, et à tous les cas qui se présentent dans la pratique, peut être ramené à des lois très- simples et très-constantes, qui peuvent servir à diriger le pronostic, la marche, la durée et la terminaison des maladies.

1* Si le bourdonnement est continu, égal, régulier à Fextrémité des doigts des deux côtés, la maladie n*est pas grave.

2* Si le bourdonnement, d'un côté, ne ressemble pas à celui de Tautre côté, et s'il est continu aux deux mains, la maladie peut devenir sérieuse.

3® Si le bourdonnement, d'un côté, est beaucoup plus grave que celui de l'autre côté, dans le cas où la maladie n*est pas une apoplexie, on est autorisé à la chercher du côté du bourdonnement le plus grave.

4^ Si le bourdonnement est absent d'un côté, et qu'il existe de l'autre, la maladie est très-grave ; nous écartons les cas de paralysie.

5® Si le bourdonnement est tremblotant des deux côtés, cela indique que l'état est sérieux.

6® Plus le bourdonnement est grave et bas des deux côtés, plus il y a de danger.

7° Le bourdonnement aigu n'offre pas de danger, alors même que les symptômes de la maladie sembleraient en faire craindre.

8^ Les intermittences du bourdonnement d'un côté ou de l'autre, ou des deux côtés à la fois, sont d'un fâcheux augure.

9^ L'absence prolongée du bourdonnement des deux côtés est presque toujours un signe de mort dans les maladies aiguës. Elle est moins alarn^ante dans les maladies chroniques.

348 DB LA DTNAMOSeOPIE.

Da MmgnmnU» de la mari réelle et de la mort

apparente.

Quels sont les cm où la mort peut ne pas être réelle pendant Veosis-

tence du bourdonnement?

Les trois observations qui nous ont servi pour établir que la présence du bourdonnement suflSt pour éloigner toute idée de mort réelle, sont un cas d'asphyxie, un cas de catalepsie, et un cas de syncope prolongée. Tous ces cas ne sont pas les seuls que Ton puisse confondre avec la mort réelle ; nous trouvons encore parmi eux :

La mort apparente par apoplexie ; id. id. par hystérie ;

id. id. par épilepsie;

id. id. par empoisonnement.

Mort apparente par syncopb. -- La syncope est depuis longtemps considérée comme caractérisée par la suspension complète des battements du cœur. Plusieurs observateurs modernes ont rejeté cette définition pour n'admettre dans la syncope qu'un état morbide caractérisé par la diminution de la force et de la fréquence des battements du cœur; nous ajouterons que cette diminution dans la force des battements du cœur peut être telle, qu'on ne les entende plus à l'auscultation. L'expérience qui prouve d'une manière péremptoire, pour ces observateurs, que le cœur ne cesse pas de battre dans la syncope est ainsi faite : un manomètre de M. Poiseuille est placé dans la carotide d'un chien ; on lui ouvre la crurale pour en tirer du sang à l'aide d'une seringue. A mesure que l'animal s'affaiblit, la hauteur de la colonne mercurielle baisse, la fréquence des oscillations et leur force diminuent. Or là hauteur de la colonne mercurielle indique la puissance du cœur, et chaque oscillation correspond au mouvement de systole ventriculaire.

i DE LA DYNÂMOSCOPIE. 349

Il résulte de là que Ton peut apprécier du regard le nombre et la force des contractions du cœur dans une minute, et qu'on arrive ainsi à trouver que Ton ne peut aller jusqu'à sus«* pendre les mouvements du cœur sans déterminer aussitôt la mort de Tanimal. Les oscillations peuvent être très-petites, mais il faut qu'elles existent pour qu'il y ait vie.

Pour MM. Rayer, Magendie, Claude Bernard et Bouchut, l'auscultation directe parait leur démontrer ce fait aussi bien que l'expérience à l'aide du manomètre de M. Poiseuille.

En effet, MM. Rayer et Magendie, après avoir raconté qu'ils ont enlevé une grande quantité de sang à un animal, et qu'ils l'ont jeté dans un état de mort apparente, disent: «Or, dans t cet état de syncope, les battements du cœur pouvaient être « parfaitement perçus à l'auscultation ; seulement il n'était pas toujours facile de distinguer les deux temps, et le tic tac « était quelquefois représenté par un simple tac très-net et « très-distinct.... » Plus' loin, ils ajoutent : t Deux minutes a après le dernier battement perçu à l'auscultation, la poitrine a ayant été ouverte, le mouvement vermiculaire des oreillettes, a' tel qu'on l'observe sur le cœur même extrait du corps d'un « animal, était à peine sensible. »

MM. Bouchut et Claude Bernard ont entrepris des expériences dans le même but. M. Bouchut dit, p. 73 de son ouvrage : « A la c< vingt troisième minute, l'animal reste entièrement immobile, a insensible à la douleur, la respiration suspendue. 11 était en a syncope, et on aurait pu, à distance, le considérer comme (( mort. La colonne mercurielle était tombée à 0® ; mais elle a s'agitait légèrement et oscillait de l"" à 2* à chaque contract tion du cœur. Il y en avait encore 20 par minute, révéléeiâ c à l'auscultation par un bruit faible et lointain qui devient de

€ plus en plus rare » M. Bouchut dit encore, p. 200 : a Dans

a quelques syncopes portées au degré le plus extrême, on a, « au contraire, pu entendre les mouvements du cœur redou-' « blés, réduits à un simple battement sourd, éloigné, mais a très-significatif. »

350 DE LA DTNAMOSCOnE.

Toutes ces expériences ne sont pas concluantes. Ne pourrions-nous pas montrer même qu'elles sont inexactes? Ces autenrs ne connaissaient pas Tauscultation dpamoscopique. PTauraient^ils pas pu attribuer aux battements du cœur ce qui appartient au bourdonnement? MM. Rayer et Magendie semblentr-ils désigner autre chose que le bourdonnement en disant: t Les deux temps du tic tac des battements du cœur étaient ff quelquefois représentés par un simple tac... » M- Bouchut me parait encore plus clair en s'exprimant de cette manière : a 11 y avait vingt oscillations par minute révélées à Tausculta- « tion par un bruit faible et lointain qui devient de plus en ^ plus rare..... » Dans certaines syncopes, on a pu entendre les mouvements du cœur dédoublés réduits à un simple battement som*d, éloigné. Évidemment ce bruit sourd et lointain, qui devient de plus en plus rare, n'est pas autre chose que le bourdonnement, que le dynamoscope fait connaître et apprécier. Nous voudrions donc que les mêmes expériences qui ont été faîtes dans le but d'entendre les battements du cœur dans la syncope fussent faites avec un dynamoscope, afin qu'on fit la part du bourdonnement aussi bien que celle des battements du cœur. Rien ne nous parait plus légitime. S'il est bien vrai qu'il existe deux sortes de bruits, bien différents quant à leur nature, à la région du cœur, et nous le prouvons avec le dynamoscope, les expérimentateurs, qui n'ont jusqu'ici tenu compte que d'un seul ordre de bruit, devront nécessairement reconnaitre que leurs expériences ne sont pas complètes.

Mais^ après avoir établi que le bourdonnemeot était un signe de vie dans la syncope, nous avons cherché à déterminer quelle était la limite dans laquelle il fixe le temps où l'on peut espérer pouvoir rappeler à la vie. Nous avons cherché ce moyen autant dans l'intonation du bourdonnement que dans la vitesse de ses vibrations ou dans l'ensemble de ses manifestations ; mais l'expérience n'a pu nous indiquer, jusqu'à présent, rien de précis. Aussi dirons-nous, d'une manière générale, que la seule présence du bourdonnement est l'indice qu'il ne faut pas

DB LA DYNAMOSGOPIE. 3^1

abandonner la personne atteinte de syncope. Je tiens pourtant à faire remarquer que Thabitude que Ton acquiert en auscultant, avec le dynamoscope, la région du cœur des agonisants, un moment après les derniers battements du cœur, peut fixer une limite de la vie d'après les caractères du bourdonnement ; mais ces expériences sont toutes personnelles et appartiennent au plus ou moins de science et d'habileté que Ton acquiert dans rétude de la dynamoscopie.

M. Parrot, dans sa thèse de concours de 1800, se montre entièrement d^aceord avec ces idées, que nous avions déjà publiées en 1858.

, Appréciation de M. Parrot: V sur la mort apparente , par syncope.

a Nous avons vu que la mort apparente était caractérisée par la disparition des signes appréciables de la vie, y compris les bruits cardiaques. En pathologie, un semblable état porte le nom d'état syncopal; il est donc permis de dire que la mort apparente est une syncope dans toute la rigueur du terme, une syncope telle que l'ont comprise Piccolh}iomini, Charles Lepois, Willis, Cullen, Bichat, ainsi que la plupart des auteurs clas- . siques de notre époque (1).

« C'est là, nous le croyons, le seul moyen de donner un caractère scientifique à une étude dont l'arbitraire et la fantaisie ont trop souvent fait les frais. Faute d'un semblable point de repère, et grâce au vague inhérent à l'idée (ïapparence^ simulacre^ image, les auteurs sont tombés dans de singulières confusions. Ce qui est la mort apparente pour celui-ci ne l'est plus pour

(1) Chomel définit ainsi la syncope : « La suspension presque complète de toutes les fonctions, avec décoloration du visage, résolution des'membrcs et suspension complète de la respiralioB et de la' circulation. » [Paiholepiê générale. Paris, 1841, p. 478.)

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celui-là ; et tel médecin déclarera îDanimé un corps dans lequel un autre trouve des indices incontestables de vie. Il en est résulté également que si Ton voulait présenter l'histoire de la mort apparente en s'en rapportant à la plupart des auteurs, sans excepter les plus modernes, il faudrait, de toute nécessité faire des tableaux de cet état variés à Tinfini; car, je ne crains pas de l'affirmer , en parcourant les innombrables observations de mort apparente consignées dans la science, on voit les descriptions changeant avec chaque narrateur. Pour nous, au contraire, la mort apparente, quant à ses manifestations perceptibles, ou plutôt par la*négation de tout indice manifeste d'existence, est une. À travers la complication des états concomitants, nous pouvons retrouver aisément le caractère essentiel et identique qui lui appartient.

« Mais s'il nous est donné de poser une limite entre la vie manifeste et la vie latente, il est, disons-le tout de suite, complètement impossible d'arriver à un semblable résultat, lorsqu'on cherche un indice qui permette de séparer la mort apparente de la mort réelle. La lutte entre l'organisme vivant et les causes de destruction s'accomplit et se juge dans une profondeur où nos investigations n'ont pas accès. Cette lutte duret-elle encore ? est-elle terminée? à quel moment est-il possible ♦de nous prononcer ?

« Nous avons envisagé la syncope comme essentiellement caractérisée par la perte du sentiment et de la myotilité et par l'arrêt momentané du cœur et des mouvements respiratoires.

a Avant de passer outre, nous devons faire remarquer que telle n'était pas l'opinion formulée par Galien, et reproduite dans ces derniers temps par un certain nombre de médecins : « Lorsqu'à l'aide du toucher il est impossible de percevoir les (( mouvements des artères, dit Galien, quelle que soit la partie u que l'on explore, cet état constitue Vasphyxie, ce qui signifie « privation de pouls. Eh bien! à vrai dire, cela n'a jamais lieu «( sur un corps vivant, et il n'est pas d'existence possible sans

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« une agitation simultanée du pouls et de toutes les artères. « S'il arrive souvent qu'on ne trouve pas le pouls, c'est que « Ton s'est contenté d'une exploration superficielle ; sur plu- (i sieurs points, la peau, les membres, de la graisse, des mus* « clés, couvrent le tronc artériel, et, par suite, masquent les < pulsations ou empêchent leur production (1). »

« M. Bouchut est, parmi les modernes, le véritable restaurateur de cette opinion galénique ; n'est-ce pas cette opinion qu'il reproduit en la précisant toutefois davantage par l'addition d'un nouveau signe physique, quand il déclare que, dans la syncope» t si les fonctions de la vie animale sont interrompues en apparence, ce serait une erreur de croire, sur la foi des anciens médecins, qu'elles sont complètement suspendues. Les battements du cœur, en particulier, restent toujours appréciables à l'auscultation, et ils ne s'jnterrompent qu'à l'instant de la mort. Ils sont plus faibles, plus rares, plus difficiles à entendre que dans l'état normal, à cause, de leur dédoublement, mais ils existent (2).

a On voit, par ce passage, que M. Bouchut, fidèle à sa doctrine sur l'incompatibilité de la vie avec l'arrêt des mouvements du cœur, nie la syncope proprement dite, la syncope profonde et complète, comme il a nié le seul état auquel il nous semble rationnel de donner le nom de mort apparente. De fait, cela devait être, et l'une de ces négations entraîne l'autre. Ayant fait commencer plus tôt que la plupart des auteurs l'état de mort apparente^ puisque, pour l'admettre, il n'attend pas le silence du cœur, il a bien fallu faire remonter encore plus loin le début de la syncope, considérée comme une suspension moins complète de la vie.

(( Ces expressions de a fonctions animales momentanément interrompues... , mais non suspendues, » font assez voir que,

(1) Galéni, 4* clais. 106. A, de PrasagUi expuUu. Veoetitif apud JunUs 1565. W Op. dt. , page 74.

IM M LA DTN AMOSCOPiE.

pour M. Bouchut, il y a une notable différence entre ce qu'il nomme syncope et ce qu'il appelle mort apparente , la première étant comme un acheminement à la seconde. Aussi, les faits qu'il cite à l'appui de sa thèse, et auxquels il accorde une si grande valeur, appartiennent-ils tous à ce degré inférieur, léger, bénin de la syncope, qui est habituellement désigné sous le nom de lipothymie. Sa tâche devient ainsi très-facile, car rien ne semble plus naturel que d*établir une sorte d'échelle stéthoscopique, depuis 1& signe de la mort déclarée certaine, jusqu'à l'état considéré comme syncopal; depuis le zéro, correspondant à l'extinction définitive de la vie, jusqu'aux bruits faibles marquant la syncope, en passant par les bruits très-faibles, caractéristiques de la mort apparente.

«Voilà, certes, une doctrine séduisante, et cependant nous ne pensons pas qu'elle puisse être admise. Déjà nous avons montré que l'importance capitale attribuée par M. Bouchut au silence des bruits cardiaques, comme signe certain de la mort, était fondée sur une sorte de pétition de principe (page 26). Nous regrettons sincèrement de nous trouver encore une fois en désaccord avec cet ingénieux auteur au sujet de la syncope. Cet état, la physiologie et la clinique nous le montrent parfaitement compatible avec la cessation temporaire des mouvements du cœur ; et ici nous entendons parler, non de cette défaillance, de cette menace d'évanouissement, de cette lyp(H thymie, pendant laquelle le cœur bat et le thorax se dilate , mais bien de la syncope profonde, au degré où elle est caractérisée par la suspension des mouvements cardiaques, et telle qu'il est assez rare de la voir survenir d'emblée. »

2° Sur la mort apparente par apoplexie,

a Le terme d'apoplexie est pris ici dans son acception la plus large, et sert à désigner tous les faits dans lesquels l'action des centres nerveux se trouve subitement annulée. C'est à cette cause que l'on attribue la niort apparente dans le cas de eom-

LA DTNAMOSGOPIS.

motion morale violente, et, dans ceax moins rares de congeso tiens brusques, d'épanchements sanguins ou séreux de Tencé* phaîe, de traumatisme ; c*est elle encore que l'on invoque pour Texplication de certains faits où, contrairement aux prévisions de la théorie, Ton ne parvient pas à découvrir les lésions propres à la mort par gêne de Thématose. — Nous n'entendons pas contester la réalité de ce qu'on appelle sidération du système nerveux; mais y a t-il, dans ce cas, comme on Ta imaginé, mort par simple épuisement de la force nerveuse? ou bien ces faits rentrent-ils dans l'une des deux classes de mort apparente que nous allons maintenant examiner? Il nous semble que cette dernière manière de voir est la plus naturelle, car, tout en reconnaissant la perturbation nerveuse comme le fait initial et dominant, nous pensons que la mort apparente n'a réellement lieu que lors de l'arrêt consécutif de l'acte respiratoire, et surtout des mouvements du cœur.

« C'est cet eiîrayement des contractions cardiaques qui constitue la syncope. Nous ^vons déjà suffisamment insisté sur >ce sujet, et nous aurons assez d'occasions d'y revenir, pour nous contenter ici d'énumérer simplement les circonstances indiquées par les auteurs, comme donnant lieu à la syncope primitive ou A'emhUe, Ce sont les plaies et les ruptures du cœur, les épanchements abondants du péricarde et des plèvres, les affections organiques du cœur, l'anémie, la brusque pénétration de l'air dans les veines, les évacuations profuses, les émotions do toute sorte, etc. Quant à l'arrêt des mouvements cardiaques, qui survient d'une manière secondaire, son étude est inséparable de celle que nous allons maintenant aborder. »

3^ Sur la mort apparenta par asphyxie,

« V asphyxie a de tout temps joué un rôle considérable dans rétiologie de la mort apparente; et pour s'en rendre compte, il suffit de penser au nombre prodigieux de circonstances qui

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peuvent la produire. D'après des idées récemment émises, dans un travail très-remarquable, il faudrait , à la privation d'air, cause restreinte d'asphyxie, joindre : le firoid, la chaleur excessive, l'ivresse, les hémorrhagies, l'empoisonnement par l'opium et ses composés, par le curare, la privation d'aliments et la foudre (1).

« Il est assez intéressant de remarquer que les anciens médecins employaient le mot asphyxiSy c'est-à-dire privation de pouls, pour désigner et l'asphyxie telle qu'on la définit généralement aujourd'hui, et la syncope proprement dite, ce der- * nier terme n'ayant été introduit dans la science qu'un peu avant Galien ; c'est du moins ce que nous dit Sennert dans le passage suivant : « AptAd Hippocratem quidem et antiquos grœcos vox o-vyKo^n usitata non fuit y ^i affectum hune XttTro^vfjLietv et Xttwo'^V'^tccv et ew^v^tea^ apellarunt : paulo enim ante Gâtent tempora hœc vox inventa , et in specie tribuitur graviori malo quamest Xn'Tro^vfjLLet et Titt'Tro-^vXict (2). »

a Peu à peu, et surtout depuis Bichat, le terme d'asphyxie a été nettement séparé de celui de syncope, et nul doute que, théoriquement, chacun de ces mots n'ait un sens très-précis. Maison est-il de même quand, de la définition des termes, on descend à l'appréciation des choses? Loin de là, les faits pathologiques viennent à chaque instant montrer quelle confusion se cache sous cette décevante netteté des idées dogmatiques; pour en donner la preuve, il nous suffira de citer une question pleine d'intérêt et qui se rattache d'ailleurs directement au sujet de ce travail : nous voulons parler de la mort apparente des nouveau-^is.

« Voici ce qu'en disent les auteurs les plus compétents :

« Suivant Gardien (3), lorsque l'enfant vient spontanément

(1) Faure. Chloroforme et asphyxie, in Jrehiv, gin, de médecine^ 5* série, t. Xn,1858,p. 143.

(3) Sennerti opéra. Lugdani, 1650, t. II, p. lit (de lypotbjmia et syncope).

(8) DkHonnaire des Seieneeg médicales, t. XXXVI.

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au monde par les pieds, et surtout lorsqu'on a été obligé de terminer Taccouchement en allant les chercher, il est trèsexposé à naître dans un état de mort apparente que les médecins désignent sous le nom d'asphyxie, mais qu'il croit devoir appeler syncope. Dans cette circonstance, en effet, le visage est pâle, le corps décoloré, les membres sont sans mouvement et dans un état de flaccidité, la respiration est nulle et le cordon sans pulsation.

(( Le fœtus est dans un état de mort apparente, disent MM. Nœgelé et Paul Dubois, lorsqu'il ne présente que de trèsfaibles signes de vie ou même lorsqu'il n'en présente pas du tout, et qu'en même temps il n'offre aucun signe évident de mort (1).

« Pour M. Cazeaux, la mort apparente est un état dans lequel, malgré Tabolition des actes de la vie animale, il reste au moins quelques-unes des fonctions de la vie organique, et nécessairement les battements du cœur (2). Ceci, qu'on veuille bien le remarquer, est la négation formelle de l'état syncopal, que d'autres admettent cependant conune réel dans un certain nombre de cas (3).

D'après M. Jacquemier (4), à de très-rares exceptions près, c'est toujours une espèce d'asphyxie consécutive à la compression du cordon ou des centres nerveux qui est la cause de la mort apparente qu'on observe au moment de la naissance.

(( Passons aux symptômes de cette mort apparente des nouveau-nés , et laissons parler M. Cazeaux. « Tantôt on voit la <( rougeur vive de la face et de la partie supérieure du corps» « la saillie et l'injection du globe oculaire, le gonflement du « visage dont la peau offre çà et là des taches bleuâtres; tantôt

. (1) Cazeaux, Traité des accouchemeni8f 8* édition. Paris, 1850, p. 535.

(2) Cazeaux, p. 636.

(3) Destei, D* la mort apparente des nouveau-nés. Thèse de Paris, 1858.

85$ nS LA DTNAMOSCOPUS.

« on est frappé par la décoloration de la peau el la flaocidité « des chairs.

« Dans le premî^ cas, la tét3 est gonflée, extrêmement « chaude, les lèvres gonflées et d'un bleu foncé, les yeux « 8or'3nt de la tête, la langue est collée au palais; souvent la « tête est allongée, dure, le visage un peu gonflé ; les b&tte- « ments du coeur, quelquefois encore assez forts et distincts, « sont d'autres fois très-obscurs et très-faibles ; le cordon om- « bilical est parfois gorgé de sang.

« Dans le second, l'enfant est d'une pâleur mortelle ; les « membres sont pendants et flasques ; sa peau est décolorée et « souvent souillée par du méconium ; les lèvres sont pâles, la (1 mâchoire inférieure est pendante; le cordon ombilical pala pite,) faiblement ou point du tout; les battements du cœur ft sont très-affaiblis. Souvent un enfant, dans cet état, remue ff encore au moment de la naissance, et'crie ; mais il retombe « aussitôt après dans l'état de mort apparente (1). »

« Eh bien, dans ces deux cas, il y a mort apparente^ c'està-dire état syncopal, comme le disait Gardien (2) ; cette mort apparenté, dans le premier cas, offre à l'observation tous les symptômes de Yasphyxie, et, dans le second, ceux de la gyncope proprement dite. Aussi, sans avoir la prétention de trancher une difficulté que n'ont pu résoudre les autorités respec* tables que nous avons citées, nous croyons pouvoir dire que la mort apparente des nouveau-nés est toujours un état syncopal, primitif dans un certain nombre de cas, et consécutif dans les autres à une asphyxie.

a Et ce double aspect, asphyxique ou syncopal, de la mort apparente, ce n'est pas seulement dans la pathologie du fœtus que nous le rencontrons : en parcourant un mémoire très-

Ci) Cazeans, p. fi85.

(2) Car nous n^avons à nous occuper Ici que des cas où Tabsence dupoula et des brgita da cœur aura été oonatatée.

BB LÉL DTNAMOSCOPIB. 861)

intéressant sur l'asphyxie par submersion, du docteur Erichsen (1), nous voyons l'auteur, dans un chapitre spécial, exposer les différences physiologiques qui existent entre la syncope et Tasphyxie ; puis, lorsqu'il les a bien indiquées, il s*empresse d'ajouter : « Mais si distincts que soient ces deux états, on ce voit les symptômes se confondre, et, par là, ils perdent une « grande partie de leur valeur ; aussi sommes-nous obligés de ce nous laisser guider dans le traitement par des règles géné- « raies plutôt que par le désir de rapporter les états que nous « observons à Fasphyxie et à la syncope. »

« Àrrétons-nous encore un moment au travail de M. Erichsen; on voit au prix de quels efforts l'auteur parvient à marquer la limite entre les deux états morbides qu'il compare.

« Dans la syncope, dit-il, l'impression première port6 sur le « système nerveux ; le cœur et l'appareil circulatoire ne sont c affectés que secondairement; les mouvements du cœur s'af- <K faiblissent beaucoup, mais ils persistent; une certaine quan- . « tité de sang,'très-petite sans doute, continue à circuler à tra- « vers les poumons, épuisant lentement l'oxygène de l'air qui a y reste et qui parait suffire pour maintenir pendant un temps a considérable la vitalité diminuée de tout le système. L'activité « fonctionnelle de l'encéphale paraît suspendue, la vie animale « éteinte, mais la vie organique persiste, quoique faiblement.

(( Dans l'asphyxie, les premiers désordres ont lieu dans les « systèmes respiratoire et circulatoire. Le cerveau et la moelle « allongée ne sont affectés que secondairement. Le sang, qui « est tombé rapidement à l'état de sang veineux, devient inc capable de fournir au cœUr un stimulus suffisant. Il stagne « tant par le fait de l'insuffisance de la propulsion cardiaque « que par l'impossibilité où il est de passer à travers les plus (( petites ramifications artérielles; de là, extinction de la vie « organique. »

rf^harfUta

. (i) Edimburg médical mid surgical journal. V«I. LXUl. 1848.

360 DB LA DTNAH08C0F1S.

« Ces définitions hybrides ne se ressentent-elles pas de l'extrême difficulté qu'a éprouvée Fauteur quand il a voulu opposer en théorie deux états que la nature nous offre si souvent réunis. C'est VùLT^v^tx des médecins grecs avec son double sens.

« L'asphyxie se compliquant très-souvent d'un état sj^copal, tout se réduit à résoudre la question suivante : A quelle période l'arrêt du coeur est-il survenu? C'est tantôt au début et alors que les effets de l'hématose incomplète sont évidents, comme cela arrive, par exemple, aux individus qui, au moment où ils tombent à l'eau, sont pris d'un état syncopal ; c'est encore ce que l'on observe dans les cas signalés par M. Devergie (1), où des individus se trouvent pris au milieu d'un éboulemeat et chez lesquels on n'observe pas l'ensemble des phénomènes communs aux asphyxiés (2).

(( 2^ Dans une autre série de faits, la syncope se produit en quelque sorte d'emblée; c'est elle qui signale la mort apparente, qui, à elle seule, la constitue. Ces faits méritent d'être réunis en un seul groupe, quelles que soient, du reste, les conditions plus ou moins éloignées qui déterminent la syncope.

(i) JHeHomutirê de médecine et de chirurgie pratique j t. HI, p. 660.

(2) La eaase de U mort, lorsque les uphyxiés ne sont pas secourus à temps , doit être, suivant nous, attribuée A une syncope qui survient A titre de complication. L*asphjile agissant seule serait moins rapidement funeste. G^est Tarrèt du cœur qui tue alors en immobilisant le aang, comme le dit si justement M. Faure ( Arch. gén, de méd,^ 6* série, tome XII, 1868 , page A41 ), el nous trou vous uue confirmation de cette idée dans les résultats obtenus par ]|. Claude Bernard qui, « en donnant artificiellement du mouvement au sang par inauBlations d'air et même d'hydrogène et d'azote » a vu se ranimer les animaux tombés en état de mort apparente.

C'est ici le lieu de rappeler également les observations de H. Ackermann {Jrch. fûrpaih, Jnat, T. XV, Hft. 6 et 6. VrUersuchungen aber den Eiiijlus der Brê- Hekunff au/ die Menge des Blutes im Gehim u. in den Lungen)^ qui signalent y anémie de la ple-mére comme l'un des caractères de la mort par strangulation, submersion, etc. Ces faits sont d'autant plus dignes d'altention que M. Âckermann a pu constater sur les animaux encore vivants l'état des vaisseaux encéphaliques, en mettant en usage le procédé de M. Donders (trépanation du crAne , lame de verre substituée A la rondelle osieuse).

DE LÀ DTNAMOSCOPIE. 361

« S"" li faut ranger dans une classe intermédiaire tous les cas dans lesquels la syncope surprend Tasphyxié, quand déjà le défaut d'hématose existe depuis un certain temps. Si, dans ces conditions, les individus succombent, on trouve, à un degré plus ou moins prononcé, les lésions de Tasphyxie, tandis que, chez ceux du premier groupe, on ne constate pas, comme le fait remarquer M. Devergie (1), cette coloration caractéristique et bien connue de la peau, cet engorgement des poumons et de tout le système veineux. La différence se comprend aisément d'après ce que nous avons dit de Tépoque à laquelle Tarrét du cœur a lieu dans les deux cas : en effet, dans l'un, il survient au début de Tasphyxie, et ce sont les lésions de la syncope qui existent seules ou à peu près seules. A.u contraire, dans le second cas, au moment où le cœur s'arrête, Tasphyxie a eu le temps de se développer, et c'est elle qui domine. Il résulte de ce qui précède que ce n'est pas par le degré de rapidité avec lequel elles s'établissent qu'il faut expliquer les asphyxies dites blanches^ et les différencier de celles dites asphyxies bleues; c'est le rapport entre l'arrêt du cœur et l'état de l'hématose qui est ici l'élément distinctif : l'asphyxie blanche est à peine une asphyxie; c'est, avant tout, une syncope. Dans la mort apparente par asphyxie, la période à laquelle s'est montrée la syncope a une importance capitale, au point de vue du rétablissement de la circulation, que celui-ci soit spontané ou qu'il soit le résultat d'un traitement approprié. »

Ainsi toutes ces morts apparentes peuvent être confondues avec la syncope. En effet, il faut bien que, dans ces états morbides arrivés au degré qui peut les faire confondre avec la mort réelle, il faut bien que les battements du cœur diminuent tellement de force et de fréquence qu'ils ne soient plus entendus à l'auscultation. Et nous venons de voir que c'est là précisément ce qui caractérise la syncope. Donc l'apoplexie,

(1) Artide dtë du DicUônnake de médecine, t. UI, p. 650.

huj

lAt PS LA DTNAM08C0PIB.

l'asphyxie, la catalepsie, rbysiérie, les empoisonnements, ne peuvent être confondus avec la mort apparente que lorsqu'ils seront arrivés au point de produire les phénomènes de la syncope ; et nous savons comment la dynamoscopie sait distinguer, dans la syncope, la mort réelle de la mort apparente.

Donc» la persistance du bourdonnement dans les morts apparentes est l'indice que la vie ne peut pas être éteinte ; et le médecin qui serait appelé dans un cas de mort apparente doit faire tous ses efforts pour ramener à la vie la personne chez laquelle le bourdonnement serait entendu.

Cette manière de voir doit s'entendre seulement des états que nous venons d'étudier sous le nom de mort apparente, car presque toujours la mort est réelle, malgré la persistance du bourdonnement après la cessation des battements du cœur.

Quels sont les cas où la mort est réelle, malgré l'existence

du bourdonnement ?

Ces cas représentent toutes les maladies mortelles de la pathologie. Nous n'avons jusqu'ici rencontré aucun cas de mort, soit par phthisie, fièvre typhoïde, typhus, choléra, pneumonie, maladies du cœur, etc., sans que le bourdonnement n'ait persisté cinq, six, dix, quinze heures après la mort, et nous l'avons toujours vu observer une loi de retraite qui le faisait disparaître des extrémités vers la région précordiale. Nous n'avons jamais pu croire que, malgré cette persistance, la vie pût être rendue au malheureux que nous examinions, et-nous n'avons jamais essayé de la lui ren re.

Signes de la mort; leur classification d'après le degré de confiance que chacun d'eux inspire. — Notre nout)eau système d'auscultation fournit un signe immédiat de la mort.

Les signes de la mort peuvent être divisés en deux parties : ceux qui existât dans les vingtr-quatre heures qui suivent

DE LA DYNAMOSCOnS. |dd

le décès ; 2" ceux qui se manifestent après les vingt-quatre heures.

1® Les signes qui se manifestent dans les vingt-quatre heures qui suivent la mort peuvent être classés ainsi :

Pair rapport à la respiration: Timmobilité des parois du thorax et de Tabdomen, Tabsence du souffle nasal et buccal.

Par rapport à la cessation des fonctions encéphaliques : le défaut d'action des sens et des facultés intellectuelles, le relà* chement de tous les sphincters, Taffaiblissement de Tœil et Tobscurcissement de la cornée par une toile glaireuse, Timmobilité du corps, Taffaissement de la mâchoire inférieure, la flexion du pouce vers le creux de la main, le refroidissement du corps, la rigidité cadavérique, l'absence de Tirritabilité musculaire sous l'influence des agents galvaniques.

Par rapport à la circulation: la décoloration de la peau, la face cadavéreuse, la perte de la transparence de la main, l'absence d'aréole et de phlyctènes dans les brûlures cutanées, enfin l'absence prolongée des battements du cœur à l'auscultation. •

2® Après les vingt-quatre heures, on trouve comme signes de la mort : l 'affaissement des parties molles sous l'influence de la pesanteur et de la putréfaction.

Les inconvénients fâcheux qui résultent de l'attente d'un signe de mort tel que celui de la putréfaction, et qui ne permettent pas de l'attendre, sont faciles à comprendre. Les gaz qui se dégagent, en effet, des mitiôres animales putréfiées, entraînent avec eux une odeur particulière, infecte, qualifiée du terme général d'odeur putride. Ces gaz donnent lieu aux émanations putrides. Les influences fâcheuses de ces émanations sont de trois sortes : elles peuvent se borner à impressionner défavorablement l'odorat; lorsque leur action est persévérante, elles affaiblissent la constitution ; enfin, elles peuvent altérer gravement la santé, en causant des maladies variées après avoir pénétré par absorption dans les organes. Ces mauvaises influences ont inspiré aussi des règles hygiéniques qui sont né-

364 DB LÀ DYNAMOSCOPIE.

cessaires et qu'O est indispensable de mettre en pratique : la première est de détruire ces foyers ; la deuxième consiste à empêcher qu'ils ne s'établissent, et à éloigner des lieux habités ceux qui sont inévitables.

La putréfaction devenant ainsi une source de maladies, la science a dû, de tout temps, chercher à Téviter tout en voulant établir la réalité de la mort , mais en lui substituant un signe aussi certain.

Les maisons mortuaires d'Allemagne ont été fondées dans le but d'éviter ce que Ton reproche aux coutumes anglaises. Mais, en définitive, bien que ces maisons soient retirées des villes et isolées de toute habitation, la putréfaction a réellement lieu et en plein air. Or comme il est dans la nature des .miasmes de matière putride d'être insaisissables et de se transporter*loin du lieu où ils sont nés tout en produisant les mêmes maladies, ce moyen de diagnostic de la mort réelle ne doit-il pas être rejeté aussi bien que l'attente de la putréfaction à domicile? Pourtant certaines nations préfèrent subir les fâcheux inconvénients de l'attente de la putréfaction, plutôt que d% penser que le réveil de la léthargie peut se. faire dans la tombe. Ces craintes doivent être aujourd'hui écartées, parce que la putréfaction n'est plus le seul signe certain de la mort.

Ces deux derniers signes sont des signes certains ; mais nous venons de montrer qu'il y a des inconvénients à les attendre.

Or, parmi les signes qui existent dans les vingirquatre heures qui suivent la mort, quel est le degré de confiance que méritent ces signes? Nul doute que tous ces signes réunis ne donnent la certitude de la mort ; mais aucun d'eux, pris séparément, ne peut la garantir.

Pour les signes qui ont trait à la cessation de la respiration, ils n'ont, dans l'esprit des médecins, et tout le monde est d'accord là-dessus, qu'une très-faible importance. Il est impossible d'accorder quelque confiance à l'épreuve du verre d'eau placé sur le cartilage des c6tes; l'agitation plus ou moins grande d'une bougie allumée ou de brins de coton placés de-

DE LA DTNAMOSGOPIE. 365

vaut la bouche n'en mérite pas davantage. J*ai vu un cas de catalepsie , à Montpellier, où ces deux expériences ont été faites, et si on s'en était tenu à elles, on aurait certainement prononcé la mort.

Les signes immédiats de la mort qui se rappprtent à l'extinction des fonctions cérébrales étant analysés, ils ne méritent pas plus de confiance. C'est, du reste^ l'opinion de presque tous les auteurs qui se sont occupés du sujet que nous traitons; et si l'affaissement des yeux, la formation du voile opalin de la cornée désignée sous le nom de toile glaireuse, et le relâchement des sphincters, ont une certaine valeur dans le diagnostic de la mort, assurément on ne songera jamais à en faire un signe certain et pathognomouique. Ces signes ne peuvent acquérir une valeur réelle que lorsqu'ils se trouvent réunis à d'autres signes. Pour nous, nous avons vu souvent ces deux signes dans certains cas où la^mort était bien loin d'être réelle. Aussi ne pouvons-nous les considérer comme des signes de grande valeur. Qu'un homme soit pris de syncope, et on observera le relâchement des sphincters ; cet homme peut ne pas tarder à revenir à lui. Que de fois n*a-t-on pas vu l'œil terne, profondément excavé, dans les maladies très-promptes, très-graves, comme le choléra I

Par rapport à la circulation, le seul signe qui puisse nous arrêter, c'est l'absence des battements du cœur à l'auscultation ; mais nous savons à quoi nous en tenir sur ce signe. C'est précisément parce qu'il nous a paru insuffisant que nous avons cherché, à l'aide du dynamoscope , un signe immédiat de la mort.

€OIIP D'CBIL HISTOEIQIIB SOB LES SIGNES DB LA MOETé -^ DE L*EII«* TBRREIIEIVT EN DIVEBS PAYS. — LOI FBANÇAISE. — COUGLOSIOII.

tJn aperçu historique des travaux, qui ont été publiés sur les signes de la mort permet de les distinguer en deux catégories :

366 DS Là DTNAXOSCOPU.

La première s'adresse aux écrits qui ont été publiés dans 1« but de montrer qu'on ne connaît pas de signe immédiat de la mort réelle ; la seconde à ceux qui expriment l'opinion cod^ traire.

Premièrb CÀTiooiUB. — Nous ne trouvons rien de précis dans les vieux auteurs. Il faut arriver à Bruhier, qui a publié en 1751, un livre sur l'incertitude des signes de mort , pour voir que certains médecins très-instruits étaient convaincus qu'il n'existait aucun signe certain de la mort. Bruhier, pour donner la preuve de ses croyances, raconte toutes les fables de mort apparente qui ont été accréditées de son temps. En lisant avec attention tous ces faits, on n'y trouve aucune précision ; ce sont autant de romans et de contes comme on en trouve encore de nos jours dans les journaux politiques, à l'article Chronique locale.

Nous ne citerons aucun des faits qui sont rapportés par Bruhier ; nous préférons renvoyer à l'auteur. Plusieurs écrits sont encore dignes d'attention, et particulièrement ceux de Léonce Lenormand, de James Curry, de Richard, de Durande. Mais tous ces auteurs, pour fonder leurs propositions, s'appuient sur des faits aussi vagues que ceux publiés par Bruhier, faits qui semblent avoir été inventés ou arrangés pour le besoin de la cause. Nous dépasserions notre but en en citant un seul.

Le livre de M. Josat, qui est écrit dans cet esprit, nous parait mériter plus d'attention : a Ce n'est pas un livre fait avec d'autres, a dit M. Rayer (séance du 9 juin 1852 à l'Académie des sciences), c'est une œuvre longue et sérieuse qui demande à être examinée avec soin. »

Deuxième catégorie. — Les auteurs qui ont cru à la certitude des signes de la mort et qui ont écrit sur ce sujet sont aussi nombreux que les autres. Leurs preuves sont sérieuses et leur appréciation exacte.* Seulement ici nous devons examiner s'ils ont rempli leur but : celui de convaincre tout le monde. Les Lettres de Louis, publiées en 1763, sur la certitude des

DB LA ]>YNAMOSGOPIB. 107

sigpes de la mort, sont le premier monument élevé à la science du diagnostic de la mort réelle. On n'a rien fait de plus net et de plus précis. Seulement, comme c'est de l'ensemble des signes sur la mort que l'auteur tire son diagnostic, il ne peut convaincre tout le monde, car aucun des signes en particulier ne peut servir à faire accepter sa proposition. Aussi les Lettrée de Louis sont-elles une œuvre incomplète, et la science a*t-elle, depuis lors, demandé encore beaucoup aux recherches des expérimentateurs. M. Bouchut, dans ces derniers temps, a essayé de mieux préciser les faits connus, dans un livre publié en 1849. M. Bouchut est le premier qui ait eu le mérite d'avoir essayé de faire entrer cette science dans une voie nouvelle, en dohnant à l'absence de battements du cœur à l'auscultation une importance presque absolue. M. Bouchut semble avoir compris le besoin de l'époque, celui d'appuyer le diagnostic de la mort réelle sur un signe pathognomoniquc. Seulement l'absence des battements dacœur ne peut être, comme nous l'avons démontré, un signe certain de la mort réelle.

Nous arrivons en dernier lieu à juger quelles sont les conséquences administratives qui découlent de tout ce que nous avons établi. Notre devoir est d'indiquer les garanties qu'on doit aux familles, et quel^st le seul moyen de faire constater la réalité de la mort.

Mais avant de formuler les conséquences qui résultent de nos recherches, il est important de rappeler les coutumes pratiquées dans différents pays, et de domier le texte de la loi française.

Une seule pensée a dirigé évidemment les hommes qui ont dû s'occuper de l'enterrement, c'est celle d'empêcher tout enterrement prématuré. L'esprit est si douloureusement impressionné toutes les fois qu'il est bien avéré qu'un homme a été enterré vivant!

La plupart du temps, surtout dans le midi de l'Angleterre et chez toutes les familles riches, il est reçu et accepté de garder pendant huit jours^ au moins, le corps du déhint. Les familles

968 DB LA DTNAMOSœPlB.

les plus pauvres, dans le nord de rAngleterre, conservent leurs morts pendant cinq jours. Les récits des journaux d'outremer nous racontent trop souvent les inconvénients de cette mesure et l'exagération que certaines personnes mettent à vouloir garder le plus longtemps possible le corps de ceux qui leur ont appartenu. Le Times a raconté, il y a quelques années, que deux dames qui vivaient ensemble s'étaient juré de se garder le plus longtemps possible après leur mort. L'une d'elles venante mourir, l'autre, fidèle à sa promesse, conserva le corps de son amie pendant un mois. Il fallut que la police intervînt pour faire inhumer des restes putréfiés qui, par leur exhalaison méphitique, avaient jeté l'alarme dans tout le quartier.

En Russie, où les classes sont parfaitement distinctes, la nianière de procéder à l'enterrement est aussi nettement établie : les classes supérieures conservent, comme en Angleterre, leurs morts le plus longtemps possible ; les classes inférieures subissent les usages qui sont érigés en loi dans notre»pays.

En Allemagne et à Naples,on a recours aux salles mortuaires. Les salles mortuaires sont des chambres isolées de toute habitation, construites ordinairement dans les cimetières, et dans le but d'attendre la décomposition et l'heure de la sépulture.

En France, il existe des lois relatives à l'inhumation. En voic^ le texte, d'après le Code civil :

t Art. 77. — Aucune inhumation ne seiu faite sans autorisation, sur papier libre et sans frais, de l'ofiicier de l'état civil, qui ne pourra la délivrer qu'après s'être transporté auprès de la personne décédée, pour s'assurer du décès, hors les cas prévus par les règlements de police.

a Art. 78. — L'acte de décès sern dressé par l'officier de l'état civil, sur la déclaration de deux témoins. Ces témoins seront, s'il est possible j les plus proches parents ou voisins ; et lorsqu'une personne sera décédée hors de son domicile, la personne chez laquelle elle sera décédée, et un parent ou un autre.

a Art. 81. — Lorsqu'il y aura des signes ou indices de mort

DE lA DTNAMOSCOPIE. 369

violente, ou d'autres circonstances qui donneront lieu de le soupçonner, on ne pourra faire Tinhumation qu'après qu'un officier de police, assisté d'un docteur en médecine ou en chirurgie, aura dressé procès-verbal de l'état du cadavre et des circonstances y relatives, ainsi que des renseignements qu'il aura pu recueillir sur les prénoms, nom, âge, profession, lieu de naissance et domicile de la personne décédée. »

L'Angleterre, la Russie, les fitats-Unis, l'Allemagne, l'Italie, d'après leurs coutumes et leurs habitudes, n'ont pas encore reconnu à la science le pouvoir de constater la moit par des signes immédiats. A en juger par leurs mœurs et leurs règlements, ces nations n'ont jusqu'à présent eu confiance qu'à la putréfaction comme signe , certain de la mort. Notre travail vient confirmer cette manière de juger en montrant les inconvénients graves de l'attente d'un pareil signe, et en lui en substituant un aussi sûr, moins long et moins dangereux.

Il faut désormais procéder à l'inhumation dès qu'on a la certitude que la mort est réelle ; or on peut avoir cette certitude quinze heures après le décès.

Les coutumes dIAngleterre et de Russie peuvent donc, de même que les salles mortuaires d'Allemagne, être réformées ou supprimées.

L'article du Code civil qui confie aux officiers de l'état civil le droit de vérifier la réalité des décès peut donc être abrogé, parce qu'il n'est pas possible que la loi française dénature les professions, et donne à des hommes inexpérimentés des attributions hors de leur portée. C'est, en résumé, le dynamoscope qui peut fournir le moyen de prévenir les enterrements prématurés ; et c'est awb médecins seuls qu'appartient le privilège desavoir faire usage de cet instrument. Eux seuls peuvent et doivent connaître le maniement du dynamoscope; eux seuls ont l'oreille faite aux différents bruits qui peuvent être perçus. A eux seuls donc appartient la constatation de la retraite défi-

^70 BI LA DYNAliOâCOPIE.

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