‹ Traité de fauconnerieChapitre 31 sur 66 · DE LA FAUCONNERIE EN ANGLETERRE · texte numérisé non relu

DE LA FAUCONNERIE EN ANGLETERRE

La fauconnerie a été introduite de bonne heure en Angleterre. On a une lettre 16) du roi anglo-Saxon Aethilberth 17) adressée à St. Boniface 18) archevéque de Mayence, è la fin de laquelle il demande à ce dernier de lui envoyer deux faucons bons pour le vol de la grue; car, dit le roi, il n’existe dans nos contrées (c’està-dire dans le royaume de Kent), que peu d’oiseaux propres à ce vol.

Il existe, dans la cathédrale de Bayeux en Normandie, une tapisserie , appelée dans le pays «la toilette du duc Guillaume », sur laquelle est représentée le départ du comte Harold pour la Normandie, et la conquéte de l’Angleterre par Guillaume le conquérant. C'est une pièce de toile de dix-neuf pouces de haut sur deux-cents pieds de long, et on prétend que c'est

l’ouvrage de la reine Mathilde, femme de Guillaume le con-

10) Jovius, vita Leon. X., cap. XIV, et Roscoe, vie de Léon X, trad. francaise, tome IV, p. 399, — 11) Voyez la lettre italienne de Lueròce Borgia, communiquée par von Hammer, Falknerklee; p. 80. — 12) Archives de la chambre royale des rentes à Kopenhague, vol. VII, Litt. H, omnia, Paris, 1601, fol. p. 170. — 14) Etrobius Diarium Exped. Tunet, Carol. Histor. del Emper. Carlo V., lib. 22, $ 44. — 15) Acosta, Hist, 16) Epistolae Sancti Bonifacii, in Max. Bibl. patr., vol. XIII, épitre XL,

no 59.

— 183) Opera

Imper. 1535

nat. des Indes p. 85. — 1 son règne en 748 et est mort en 760; voir le Chronicon saxonicum, ed. E

40, p. 56, 2 ct p. 60, 1. — 18) Mort en 755.

queérant. Harold et Guy, comte de Ponthieu, y sont représentés l’épervier sur le poing 1).

Du temps de Henri I, c’est-à-dire au commencement du douzième siècle jusque longtemps après cette époque, les amendes se payaient souvent en faucons qui formaient ainsi une partie des revenus de la couronne. Outi de Lincoln, par exemple, fut obligé de payer en une seule fois une amende consistant en cent faucons de Norwége et autant de gerfauts et il se devait trouver, parmi ces oiseaux, dix faucons blanes 2):

Richard Coeur de Lion chassa avec le faucon près de Joppe, dans la terre sainte 3). Il envoya, mais en vain, une ambassade à Melik el Aadil, afin d’obtenir des poules, pour repaître les oiseaux de chasse qu'il avait apportés de l’Angleterre et qu'il désirait présenter au Sultan 4). En passant par la Dalmatie, il enleva dans un village un oiseau de chasse; les paysans, sur son refus de le rendre, l’attaquèrent avec tant de vivacité que ce ne fut qu’avec difficulté et en se défendant vaillamment qu'il parvint è séchapper dans un monastère 5):

Dans les lois forestiéres promulguéges par Henri II, il est stipulé que chaque homme libre doit avoir dans ses bois des aires d’autours, d’éperviers, de faucons, d’aigles et des nids de héron 6).

En 1276, le roi de Norwége, Magnus Lagabàter, envoya à Edouard I un présent de trois faucons gris7). — Une lettre de ce méme Edouard I, adressée au roi de Castille, porte ce qui suit: «Nous vous faisons parvenir quatre gerfauts gris, dont deux sont affaités pour le vol de la grue et du héron; quant aux deux autres, vous pourrez les employer comme bon vous semble. Ayant déjà perdu neuf faucons blancs, il ne nous en reste pas pour offrir. En attendant, nous avons envoyé quelques uns de nos gens en Norwége, pour en chercher» 8).

Froissart rapporte qu’Edouard III, traversant en 1359 la France avec son armée, traînait à sa suite des bateaux de cuir bouilli, pour pécher dans toutes les rivières qu'il rencontrait; «avec ce avait bien pour lui trente fauconniers à cheval chargés d'oiseaux et bien soixante couples de foris chiens et autant de levriers, dont il alla chaque Jour ou en chasse ou en rivière, ainsi qu'il lui plaisait; il y avait plusieurs des seigneurs el des riches hommes qui avaient leurs chiens et leurs ciseaux comme le roi » 9g). La loi suivante, promulguée dans la trente-quatrième année du règne d’Edouard II, enjoint à ceux qui retrouventi un faucon perdu, de le porter chez le shérif du comié; s'ls gardent l’oiseau, ils payeront une somme équivalente è la valeur du faucon et seront emprisonnés pour deux ans ou pour un espace de temps plus long, s'ils ne sont pas à méme de remplir la première condition. Trois ans plus tard on ajouta à cette loi, que celui qui dérobe un oiseau de chasse, doit subir la méme peine qu’'un voleur de chevaux ou d’autres choses 10). — Une autre loi promulguége sous Henri VII, en 1494, défendait, sous peine d’emprisonnement d'un an et d’un Jour, et d'une amende à fixer par le roi, non seulement d’enlever les oceufs des nids de faucons, d’autours, de laniers et de cygnes, mais en outre de se servir des oiseaux de chasse

1) Lancelot, Explication de la tapisserie de Bayeux, dans les mémoires de P’acad. des inscriptions et belles lettres, Paris, Impr. royale, tome VI, 1729, p. 739 et tome VIII, 1733, p. 602. — 2) Madows

history of the Exchequer, vol. 1, p. 273. — 3) Raumer, Geschichte der Hohenstauffen, II, p. 495. — 4) Schultens, Vita Saladini, p, 172. — 5) v. Raumer, l. c. Il, p. 471. — 6) Latham, Gen. Hist. of Birds,

éclos en Angleterre, et elle ordonnait de faire venir ces ciseaux de l’étranger 1 1)

Henri VIN avait une prédilection toute particulière pour la chasse au vol. En 1536, il fit défendre, sous peine d’emprisonnement, de tuer des perdrix, des faisans et des hérons dans les lieux que Sa Majesté s’était réservés pour lexercice de la chasse au vol 12). — On connait de lui l’anecdote suivante rapporiée par plusieurs écrivains. Henri VIII, suivant un Jour son faucon è pied, essaya de franchir un fossé è l’aide d’une perche: celle-ci s'étant cassée, le roi s'enfonca, la téte en avant, dans la bourbe, où il serait infailliblement étouffé, si son valet de pied ne l’en avait retiré.

Des lois semblables à celles que nous venons de citer touchant, soit la préservation des oiseaux de chasse, soit celle du gibier qui faisait l’objet de la chasse au vol, ont été publiées sous le régne d’Élisabeth. La gazette de Londres de Jeudi, Avril 21 à 25, année 1581, contient l’annonce qu'un des oiseaux de Sa Majesté, savoir un tiercelet de faucon gentil, s’étant égaré entre Heath et Eadinhead, on promet une bonne récompense à celui qui en donnera des renseignements.

On payait quelquefois, en Angleterre, les oiseaux de chasse à des prix énormes. Sir Thomas Monson par exemple, qui vivait sous le régne de Jacques I, paya, au rapport de plusieurs auteurs de fauconnerie, une seule couvée de faucons au prix exorbitant de mille livres sterling.

Tout porte à croire que les princes d’Angleterre, successeurs de Charles II, n’ont guère fait de cas de la fauconnerie; aussi la cour de Danemarck a-t-elle cessé, au commencement du dixhuitiéme siècle, d’envoyer en Angleterre le présent annuel de faucons d’Islande 13). Malgré cela, la charge de grand-fauconnier de la couronne, héréditaire À ce qu'il parait dans la maison de St. Albans, existe encore aujourd’hui. Parmi les gentilshommes qui avaient, dans la deuxième moitié du siéele passé, une prédilection particulière pour la chasse au vol, on cite avant tout Lord Orford, qui dépensait annuellement des milliers de livres sterling pour l’entretien de sa fauconnerie 14). Nous verrons, en traitant l’histoire de la fauconnerie dans les temps modernes, que plusieurs autres gentilshommes ont, depuis cette époque, exercé la chasse au vol en Angleterre, et que c'est à eux seuls que l’on doit la conservation de cet art, lorsqu'il était entiérement tombé en désuétude dans le

reste de l'Europe.

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