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DU FAUCON BLANC

Le faucon blanc est de tous les oiseaux de chasse le plus estimé et le plus célèbre. La beauté simple de son plumage, son caractère traitable, sa taille et sa force supérieures à celles de tous les autres faucons, la difficulté de se le procurer, vu qu'il n’habite que les régions du cerele arctique, où il faut aller le chercher à grands frais, tout cela a contribué à lui assigner le premier rang parmi les oiseaux de fauconnerie, et à le rendre d’autant plus précieux que les pays où l’on exerce la chasse au vol, sont éloignés de la demeure habituelle de ce faucon.

Cette espèce est facile à reconnaître à l’àge adulte, par son bec qui est d’un jaune pàle, et par la belle couleur blanche qui domine, à l’exception des taches foncées des parties supérieures, sur toutes les autres régions du corps. La longueur totale de l’oiseau, mesuré depuis la pointe du bec jusqu’à l’extrémité de la queue, est environ de vingt-deux à vingt-trois pouces, (mesure de Paris). Le doigt du milieu, sans son ongle et mesuré depuis la base de sa première phalange, offre un pouce onze lignes à deux pouces. Le tarse, haut de deux pouces quatre à six lignes depuis la plante des pieds, est par devani recouvert de plumes jusqu'à la fin du deuxième tiers de sa longueur. Dans la femelle de cette espéce les ailes portent ordinairement quinze pouces el demi en longueur, et la queue offre neuf pouces et un quart. Les ailes du male sont longues de quatorze pouces à quatorze pouces trois quarts, et la queue est de huit pouces un quart à huit pouces et demi.

Dans la première année, le faucon blanc ressemble beaucoup aux jeunes des espèces voisines. Les pieds, la cire et la membrane des yeux sont alors d’un bleu verdatre livide, sale et tirant au Jaunatre sur la plante des pieds ainsi que sur les plaques dont les doigts sont revétus. Le bec est couleur de plomb foncée passant au noiratre vers son extrémité et quelquefois mélée de Jaunatre à sa base. Les ongles sont noirs. La couleur du fond de la téte, du cou et de toutes les parties inférieures de l’oiseau, est un blanc plus ou moins sale et interrompu par des taches longitudinales d’un brun-noiràtre plus ou moins foncé. Ces taches cependant offrent une étendue diverse sur les différentes parties de l’oiseau. Elles sont très étroites sur la gorge et les couvertures inférieures des ailes, plus grandes sur le cou, la poitrine, le ventre et sur les plumes des jambes, et très larges sur les plumes des flanes, où elles prennent souvent le dessus, de sorte que la teinte du fond ne paraît que sous la forme de larges bordures ou de taches transversales et orbiculaires. Cette teinte foncée domine également au centre de la nuque, alnsi que sur les partes supérieures et postérieures de la région des oreilles, et elle forme, au-dessous de l’angle de la bouche, une tache en moustache médiocrement prononcée. Sur les plumes du dessus de la iéte, le blanc forme des bordures plus ou moins sensibles, mais cette teinte prend le dessus sur le devant du front ei au-dessus des yeux, où elle forme une large raie surciliaire qui se prolonge,

en augmentant en étendue, derrière la région des oreilles, jus-

que vers la nuque. La couleur du fond des parties supérieures à partir du cou, est un brun de terre foncé qui passe au noiràtre sur les grandes pennes des ailes. Toutes les plumes de ces parties ainsi que les rémiges secondaires offrent un liséré d’un blane sale tirant plus ou moins sur le brunàtre, et elles sont en outre parsemées d’un nombre plus ou moins considérable de petites taches claires, assez irrégulièremeni distribuées et variant de forme et d’étendue. Les rémiges primaires, à l’exception des trois premiéres, offrent un liséré fin d’un blanc sale, et elles sont ornées, comme d’ordinaire dans tous les faucons, à la barbe interne, de larges bandes transversales claires, qui s'étendent jusqu'àè une distance de deux pouces de l’extrémité de ces pennes. Les couvertures inférieures des ailes sont en général d’un brun foncé, et ornées de bordures blanchàtres; les moyennes et les grandes couvertures offrent des taches claires, qui prennent quelquefois sur les premières la forme de taches orbiculaires, tandis quelles sont transversales ei disposées par bandes sur les dernières. La queue, beaucoup plus foncée à sa face supérieure qu'à l’inférieure, est terminée de blanc sale à l’extrémité, et ornée dans toute sa longueur de taches transversales ou bandes d’un blanc sale jaunatre, nuancé ou pointillé de brun, et dont le nombre varie de douze à quatorze. Le premier plumage de cette espèce, tel que nous venons de le décrire, est cependant sujet à de nombreuses variétés indivi duelles. Les taches des parties inférieures et de la téte sont quelquefois plus étroites que d’habitude, et ces individus, dont la teinte foneée est ordinairement assez pàle, ont alors les bandes de la queue très prononcées, les bordures des plumes des ailes assez larges, et les ailes parsemées d’un grand nombre de taches claires. Dans d’autres individus, ces taches sont au contraire en trés petit nombre. Les bandes de la queue enfin se confondent quelquefois presque totalement dans la teinte du fond; elles sont dans les uns opposées, dans d’autres individus elles sont continues, et leur forme présente des modifications individuelles trés nombreuses.

Après avoir pour la première fois changé de plumage, le faucon blanc présente une distribution des teinies très différente de celle des jeunes. La couleur foncée du bec ne se voit alors quà sa base et è son extrémité et elle fait place è un jaune pale. Les ongles tirent également sur le jaune couleur de corne; mais les pieds, quoique ordinairement de couleur jaunàtre, conservent souvent après la mue la teinte qu'ils offrent lorsque l’oiseau porte encore la livrée du jeune age. Quant è la couleur du plumage, c'est le blanc qui domine sur toutes les parties de l’oiseau, et la teinte foncée ne se montre que sur les parties supérieures: sur la téte et le derrière du cou, sous la forme de petites raies longitudinales trés étroites; sur le dos et la face extérieure des ailes, sous celle de taches en forme de coeur ou de flèche; enfin, cette teinte foncée occupe également la partie postérieure des rémiges primaires, pour n'y laisser qu’un bord plus ou moins large. Cependant il s'en faui bien que le changement de couleur produit par la mue, ait toujours lieu à un degré aussi parfait que nous venons de le décrire; car on voit souveni des individus qui ont les pennes de la queue ornées de quelques taches foncées; dans d’autres toutes les plumes de la poitrine et du ventre offrent au centre de

1) Livre 1, chap. 20, p.83. — 2) P.7, verso. — 3) Partie 1, chap. 26, p.51 et 52. — 4) De Aueupio, p. 93. —

5) Il appelle cette ile Hirlandia, mais la description qu'il en donne, se rapporte évidemment à lIslande; aussi

petites taches longitudinales ou en forme de larmes; l’étendue des taches des parties supérieures varie également suivant les individus, en sorte que le blanc ne se montre dans quelques individus que sous la forme de larges bordures; enfin cette teinte foncée forme quelquefois, sur les grandes couvertures des ailes ei sur les rémiges, des bandes transversales plus ou moins complètes, mais ordinairement effacées à la moitié antérieure des grandes rémiges.

On peut supposer à juste titre que les Anciens n’ont connu ni le faucon blanc, ni celui d’Islande; s'il en était autrement, ils auraient sans doute fait mention de la couleur tout à fait particulière de ces oiseaux qui du reste ne ségarent jamais jusque dans le midi de l'Europe. Les naturalistes ainsi que la plupart des auteurs de fauconnerie ayant regardé le faucon blanc etcelui d'Islande comme appartenant à la méme espèce que le gerfaut de Norwége, ils ont ordinairement compris ces trois oiseaux sous le nom commun de gerfaut ou en latin sous celui de gyrfalco; et ceux qui faisaient des distinctions entre ces oiseaux, les prenaient tout au plus pour des variétés d’une méme espèce, variétés qu'ils désignaient par des épithètes empruntées du nom des pays qu'habitent ces oiseaux. Ce sont ces circonstances qui nous obligent de réunir dans le méme chapitre les recherches historiques que nous avons faites sur les trois oiseaux dont nous venons de parler. L’empereur Frédéric 1) remarque que le plumage des gerfauts est tantòt de couleur grise, tantòt de couleur blanche ou blanchàtre, tantòt enfin d’une teinte intermédiaire entre le blane et le gris. Le bec des blancs, ditil, tire sur le blanchàtre; c'est par conséquent le faucon blanc, dont ila voulu parler. Quanti aux autres soi-disant gerfauts, la deseri ption qu'il en donne, parait se rapporter à des individus au jeune age de ces oiseaux en général, ou au faucon d’Islande è l’age adulte. De Franchières 2) rapporte simplement que les gerfauts blanes valent mieux que les autres. D’Arcussia 3) dit que les gerfauts varient beaucoup par rapport à leur couleur, que les uns sont blancs, les autres semblables au lanier tunisien, et que les meilleurs viennent de Norwége; mais il se borne à indiquer ces différences d'une manière générale, sans méme établir des variétés constantes dans l’espèce. Bélisaire 4) est plus décisif sur ce point. Il constate que les gerfauts apportés de l’Islande 5) sont plus blanes et plus grands que les autres, tandis que ceux de la Norwége, auxquels il croit devoir donner la préférence comme ciseaux de chasse, ne sont pas blancs et sont d'une taille moindre. Le Roy6) remarque que le gerfaut d’Islande et celui de Norwége ne peuvent se souffrir, et que ces derniers sont méchanis méme entre eux; mais du reste il comprend, comme Beélisaire et d’Arcussia, ces oiseaux sous le nom commun de gerfaui, ei n’en donne pas de description. Quant aux naturalistes, ils ont plus amplement traité de ces oiseaux, sans cependant obtenir des résultats plus positifs. Albert le grand 7) accorde à son Gyrfalco le deuxième rang parmi les oiseaux nobles, le sacre en occupe le premier; mais n’ayant décrit les couleurs, ni de l’un, ni de l’autre, on peut seulement juger par les indications sur la taille de ces oiseaux, quil a compris sous ces deux noms les grands faucons du nord en général. L'ignorance de cet auteur est cependant telle qu'il introduit le faucon blanc pour une troisième fois, sous le nom de Falco albus 8) auquel il assigne seulement le septièéme rang parmi les

était-ce de cette ile que l'on apportait non seulement les faucons d’Islande . mais aussi les

ISZHE s faucons blanes. — 6) Eneyclopédie frangaise, X, p. 432. — 7)

De falconibus, chap. 5 et 6, p. 179. — 8) Ibid., chap. 11, p. 183.

SSSFEE MASSONE SIE GA CHER iron SPECIE cpirinIro

oiseaux de chasse. Il le fait venir du nord, de la Norwége, de la Suéde, ete.; après l’avoir comparé au lanier qui vole dans les champs à la poursuite des souris, et qui ne peut étre autre chose que la variété blanchatre de la buse ou de la buse pattue, il dit de ce Falco albus, que c'est sous tous les rapports un véritable faucon, plein d'audace et excellent pour la chasse. On concoit que des indications aussi vagues et aussi confuses, fournies par un auteur qui a fait autorité pendant plusieurs siècles, aient dù donner lieu à bien des erreurs, et l’on voit en effet que les naturalistes, ses successeurs, ont adopté ce Falco albus comme espèce différente du Gyrfalco, et qu'ils ont pris le soi-disant Falco sacer d’Albert le grand pour le véritable sacre. Gessner 1) fut le premier à tomber dans cette erreur. Aldrovande 2), après avoir traité du Falco albus d’Albert le grand, donne sous ce nom la description et la figure d’un oiseau tout blanc et tacheté de jaune, et qui ne paraît avoir été qu'une variété blanchàtre de l’oiseau St. Martin, (Circus cyaneus). Ce méme Falco albus d’Albert le grand et d’Aldrovande passa ensuite dans les ouvrages de Willughby 3), de Ray 4) et de Klein 5); il figure, comme variété du faucon commun, dans celui de Brisson 6), qui a porté la confusion à son comble, en citant parmi les synonymes de cette prétendue espèce le Lanarius albus ou Falco albus de Frisch 7), qui n'est encore autre chose que le vieux male de l’oiseau St. Martin; les successeurs de Brisson enfin ont, comme nous le verrons plus tard, presque tous suivi l’exemple de ce savant, en rangeant ce prétendu Falco albus parmi les variétés du faucon commun. Indépendamment de ce Falco albus, les naturalistes ont également adopté comme espèce le Gyrfalco d’Alberi le grand. Gessner 8) a principalement composé l’histoire de cet ciseau qu'il nomme Hierofalchus, d’aprés les notices sur les grands faucons du nord tirées des ouvrages d’Albert le grand, de Belisaire, de Crescentius, ete. Belong) ne paraît guère avoir examiné en nature les grands faucons du nord, quoiqu’il donne, sous le nom de gerfaut, une très mauvaise figure d’un de ces faucons; car il rapproche cet oiseau, à cause de sa grande taille, de l'espèce d’aigle que les anciens ont nommée Morphnos, Plancos, Nittophonus ou Anataria, et qui est. probablement l’aigle criard, (Aquila naevia); enfin, au lieu de décrire cet oiseau, il dit simplement «qu'il est difficile de le représenter » par le portraict, car il y en a aussi qui sont tannez et madrez » de cendre.» Aldrovande 10) complète l’histoire du Gyrfalco, telle que l’avait donuée Gessner, par des details tirés des ouvrages de Belon, de Carcano et d’autres auteurs, et il donne le premier, sous le nom de Gyrfalcus, une figure un peu reconnaissable du faucon blanc adulte. Willughby 11) et Ray 12) ne font encore que copier Aldrovande par rapport à ce Gyrfalco. Edwards 13) a décrit le faucon blanc au jeune dige, sous le nom de buse cendrée, espece nominale adoptée par Brisson 14), qui la nomma Falco freti hudsonis. Brisson 15) donne encore, sous le nom de gerfaut, une description et une figure du faucon blanc adulte; il décrit ensuite, comme variété de ce gerfaut, sous le nom

de gerfaut d’Islande, un individu adulte du véritable gerfaui de

1) Animalium historiae, liber IMI, p. 179. — 2) Ornithologia, livre VII, chap. 9, p. 485 à 487. — 3) Ornithologia, p. 47. — 4) Synopsis avium, p. 14, n°. 7. — 5) Historiae avium prodromus, p. 49, n°. 6. — 6) Ornithologie, I, p. 326. — 7) PI. 80. — 8) L. c., p. 66. — 9) Livre II, chap. 6, p. 94 è 96. — 10) Lib. VII, chap. 3, p. 471 et suiv. — 11) Lc., p.44 — 12) L.c., p.13, n0.3. — 18) Hist. nat. d’ois. peu connus, Londres, 1751, 4°, pl. 53. — 14) Ornithologie, I, p.356. — 15) Vol. 1, p.370,

n°. 19, PI. 30, fig. 2. — 16) Ibid., p. 373, PI. 31. — 17) Falco islandicus, p. 136, L.

Norwége et cette description est également accompugnée d'une figure assez reconnaissable 16); enfin, le jeune d’un de ces trois grands faucons du nord est décrit dans ce méme ouvrage sous le nom de faucon d’Islande, comme variété du faucon commun To. Linné, n’ayant donné que des descriptions assez succinetes des oiseaux quiil indique, soit dans sa faune de la Suéde, soit dans son système de la nature, il est souvent difficile de se faire une idée précise des espèces qu'il a eues sous les yeux; quant aux grands faucons du nord, il n°y a dans ses ouvrages que deux descriptions que l’on puisse rapporter à ces oiseaux, savoir, celles de ses Falco rusticolus 18) et lanarius 19); ces descriptions cependant me semblent faites, la première sur la vieille femelle du véritable gerfaut, la seconde sur le jeune male de cette méme espèce. Forster 20) a décrit le jeune du faucon blanc sous le nom de Falco sacer, et on trouve la figure de l’adulte dans la grande Ornithologie italienne 21), sous le nom de Sparviere bianca di Moscovia. Brimnich 22) décrit sous le nom de Falco islandus trois variétés de grands faucons rapporiés de l’Islande par les fauconniers danois; celui indiqué sous n°. 7, est évidemment le vieux faucon blanc; celui indiqué sous n°. 9g, est le jeune du faucon blanc ou du faucon d’Islande; quant à celui indiqué sous n°. 8, il se pourrait très bien qu'il ait voulu parler de Padulte du véritable faucon d’Islande. Fabricius a décrit, sous le nom de Falco fuscus 23), le jeune du faucon blanc, et sous celui de Falco islandus 24), l’adulte de cette espèce; il fait encore venir du Groenland le Falco rusticolus de Linné 25), mais la description qu'il en donne parait se ‘apporter au faucon d’Islande adulte, tandis que la phrase diagnostique est tout bonnement empruntée à l’ouvrage de Linné. Buffon, tout en décrivant les grands faucons du nord, sous le nom commun de gerfaut, est cependant porté à supposer qu'il existe, dans cette espéce du gerfaut, trois races constantes dont la première est le gerfaut d’Islande, la seconde le gerfaut de Norwége et la troisiéme le gerfaut blanc; mais en lisant ce qu'il en dit, on voit évidemment qu'il ne savait distinguer ces trois espèces ou races, ni méme sen faire une idée précise, car s'il les eùt connues, il n’aurait certainement pas présumé «que dans les gerfauts de Norwége, aussi bien que dans ceux d’Islande, il s'en trouvàt de blanes 26).» Du reste, Buffon a publié, sous le nom de gerfaut 27), la figure de l’adulte du gerfaut de Norwége; sous le nom de gerfaut de Norwége 28), la figure d’un jeune individu de cette espèce; sous le nom de faucon d’Islande 29), l’adulte du véritable faucon d’lslande; enfin sous le nom de gerfaut blanc des pays du nord 30), l’adulte du faucon blanc. Les auteurs qui ont écrit immédiatement après cette époque, ont en grande partie compilé l’histoire des grands faucons du nord d’aprés les indications contenues dans les ouvrages des naturalistes dont nous venons de faire l’énumération. Ces écrits offrant peu d’intérét, nous ne ferons mention que de ceux de Gmelin et de Bechstein, parce que ce sont les ouvrages de ces savants qui ont servi de base aux travaux des ornithologistes qui ont traité l’histoire naturelle des

oiseaux d'Europe. Dans Gmelin, les grands faucons du nord

18) Fauna suecica, p.22, n°. 62, et Systema naturae, édit. XII, p. 129, n°. 24. — 19) Fauna suecica,

p. 19, n0..56, et Syst. nat., pi 125; n°054 20) Philosophical Transactions, n°. 62, p. 382. — 21) Storia nat. degli Uccelli, Florence, fol., tom. I, PI. 20. — 22) Ornithologia borealis, 1764, p. 2. — 23) Fauna groenlandica, 1780, 89, p. 56, n°. 34b. — 24) Ibid., p. 58, n°. 35. — 25) Ibid., p.55, n°. 34. — 26) Hist. nat. des Oiseaux, I, p. 241. — 27) Ibid., PI. 13. — 28) Planches enlum., 462. — 29) PI. enl., 210. 30) Ibid., PI. 266.

figurent sous huit noms différents. Après avoir indiqué comme espèce le Falco rusticolus de Linné 1), auquel Pennant et Latham avaient déjà mal à propos réuni le Falco rusticolus de Fabricius, Gmelin admet le Falco albus d’Albert le grand, d’Aldrovande, de Brisson etc., ainsi que le Falco islandus n°. 7 de Brimmmich; le premier 2) comme variété du faucon commun, le second 3) sous l’épithéte d’albus comme variété du Falco islandus n°. 9g de Brùnnich, qu'il adopte comme espèce 4), après y avoir rangé, comme troisième variété 5), sous l’épithète de maculatus, le Falco islandus n°. 3 de Brùnnich. Le Falco candicans de Gmelin 6) est en grande partie fondé sur les figures et les descriptions du véritable faucon blanc, publiées par Aldrovande, Brisson, Buffon, etc.; mais Gmelin admet une variété dans l’espèce, qu'il appelle Falco candicans islandicus et qui repose sur le gerfaut d’Islande de Brisson, qui est le véritable gerfaut de Norwége. Quant au faucon d’Islande de Brisson, Gmelin en fait, comme cet auteur, une variété du faucon commun, toutefois après avoir changé l’épithète d’islandus en celle d’arcticus 7). Bechstein, en traitant des grands faucons du nord, a mis la confusion à son comble. Il admet d’abord comme espèce le Falco islandus 8) de Brimnich, avec ses trois variétés qu'il désigne sous les épithétes d’albus, de fuscus et de maculatus. Le Falco candicans de Gmelin figure encore, dans Bechsiein, comme une espèce particulière sous le nom allemand de Geyerfalke 9); mais, après avoir cité parmi les synonymes de cette prétendue espèce le Falco fuscus de Fabricius, il y réunit trés mal à propos non seulement le véritable lanier décrit par Buffon d’après Belon, mais aussi le Falco lanarius de Linné, qui est notre gerfaut. Viennent ensuite les Falco rusticolus de Linné et de Fabricius qui sont réunis en une seule espèce 10); enfin les Falco communis albus et arcticus de Gmelin sont admis, dans Bechstein, comme deux variétés du faucon commun 11). Il est évident que les successeurs de Bechstein, ne se souciant guère de ce que l’on avait écrit sur ces oiseaux avant Brisson et Buffon, ne pouvaient parvenir à débrouiller ce véritable chaos

grands fau-

de doubles emplois de noms, dont l’histoire des g

cons du nord était enveloppée. N’ayant pas été eux-mémes à portée d’examiner des suites complètes d’individus des faucons blanc et d’Islande, ni du gerfaut de Norwége, et induits en erreur par la supposition que ces oiseaux ne se revétent de leur liveée parfaite qu'au bout de trois, quatre ou méme de cinq ans, ils prenaient ordinairement les individus adultes du faucon d’Islande pour des individus à l’àge moyen du faucon blanc, ils n’adoptaient qu'une seule espèce de grand faucon du nord qu'ils désignaient le plus souvent sous le nom de Falco islan-

; ; i ; ; dicus, et ils rangeaient péle-méle, comme synonymes de cette soi-disant espèce, les descriptions que leurs prédécesseurs avaient données des trois grands faucons du nord. Il est vrai que Naumann a décrit, dans la première édition de son histoire naturelle des oiseaux d’Allemagne, le gerfaut de Norwége sous le

nom de Geierfalke, mais n’ayant eu sous les yeux qu’un jeune individu et s'étant mépris sur les véritables caractères de cette espéce, il la raya lui-méme du catalogue méthodique dans la

1) Systema naturae, [3me édition, I, p. 268, n°. 7. — 2) Ibid., p. 270, n°. 86, =. — 3) Ibid., p. 271, n°. 87, £. — 4) Ibid., p. 271, n°. 87. — 5) Ibid., n°, 87, 7. — 6) Ibid., p. 275, n°. 101. — 7) Ibid., p. 271. n°. 86, 2. — 8) Naturgeschichte, 2me édition, II, p. 816, n°. 33. — 9) Ibid., p. 824, n°. 34, — 10) Ibid., p. 844, n°. 38. — 11) Ibid., p. 874 et 877. — 12) Gyrfalco, lib. VII, cap. 3, p. 471. —

13) Sparviere bianco di Moscovia, tome 1, pl. 20. — 14) Gerfaut, vol. I, p. 370, pl. 30, fig. 2. —

15) Gerfaut blanc des pays du nord, PI. enl. 266.

seconde édition de son ouvrage. Quant au faucon d’Islande, Mr. Brehm fut le premier à se douter de la différence de cette race avec le faucon blanc, mais c'est seulement de nos jours que cette différence a été établie d'une manière évidente par Hancock.

En parcourant d'un coup-d’oeil rapide les indications que nous venons de donner sur la synonymie des grands faucons du nord, on voit que l’on ne peut guére rapporter avec certitude au faucon blanc que les descriptions et les figures suivantes, savoir: celles d’Aldrovande 12), des auteurs de la grande Ornithologie italienne 13), de Brisson 14), de Buffon 15), de Fabricius 16), et de Brimnich 17), lesquelles ont été toutes faites d’après des individus adultes de cette espèce; et celles d’Edwards 18), de Forster 19) et de Fabricius 20), lesquelles ont été faites d’après de jeunes individus. Quant aux auteurs modernes, ils ont presque tous connu et décrit le faucon blane, sans toutefois le distinguer des espèces ou races voisines, et quelques-uns, tels que Naumann 21), Audubon 22) et Gould 23) en ont donné de bonnes figures; mais Hancock 24) est le seul auteur qui ait réussi, du moins en partie, à établir les traits distinetifs du faucon blane et de celui d’Islande. Les fauconniers modernes, quoiqu'’ils désignent souvent ce faucon è l’àge adulte sous le nom de faucon blanc, ne le distinguent pas par l’espèce du faucon d'Islande, et comprennent ordinairement l’un et l’autre sous la dénomination générale d'Islandais; quant au nom de gerfaut, ils ne l’attribuent jamais à d’autre espéce quau véritable gerfaut de Norwége.

C'est le meilleur oiseau de fauconnerie et le plus renommé de tous, gràce à des qualités qu'aucune autre espèce ne peut lui disputer. On l’emploie à toutes sortes de vols d’animaux de grande taille, soit mammifères, soit oiseaux, particulièrement pour le vol du lièvre, du milan et du héron.

La plupart des voyageurs qui ont parcouru les régions du cercle arctique, soit en Amérique, soit dans l’ancien monde, parlent de cet oiseau remarquable à l’àage adulte par ses teintes d’un blanc plus ou moins pur; et il parait que cette espèce ne présente aucune différence de forme et de couleur dans des localités aussi distantes les unes des autres; du moins, un individu du Kamischatka, que j'ai va au musée de Berlin, ne diffère en rien de ceux tués au Groenland ou dans d’autres parties de l’Amérique boréale, et dont les dépouilles sont conservées dans la plupart des collections. Quoique ces oiseaux soient sédentaires dans plusieurs localités, ils quittent cependant leur séjour habituel en nombre plus ou moins considérable, à l’approche de la saison rigoureuse, afin de se rendre dans des lieux qui leur offrent une nourriture plus abondante; mais il arrive rarement qu'ils se portent, lors de ces courses, jusque vers le cinquantième degré de latitude boréale. Je ne connais point d’exemple qu'on en ait tués sur le continent de l'Europe, et il parait que cette espèce ne fréquente pas méme la Scandinavie; du moins, elle est, suivant Mr. Boie 25), inconnue aux habitants de la Norwége. L’Angleterre, au contraire, voit paraitre de temps en temps

16) Falco islandus, Fauna groenl., p. 58, n°. 35. — 17) Falco islandus, n°,77, Ornith. borealis p. 2. 18) Buse cendrée, pl. 53. — 19) Falco sacer, Philosoph. Transact., n°. 62, p. 382. — 20)

Falco fuscus, Fauna groenl., p. 56, n°. 34b. — 21) PI. 21, fig. 1, figure de Padulte. — 22) pl. 366, adulte; PI. 196,

jeune individu sous le nom de Falco labradora. — 23) Birds of Furope, Jerfalcon pl. 19, fig. 1, figure DE È È ; pl. 19, fig. 1, fig d’un individu adulte tué en Angleterre. — 24) Voyez plus bas à Partiele du faucon d’Islande. — 25) Voir plus bas à l'article du gerfaut.

oreerancsserza cet ona

des individus adultes de ce faucon 1), et il visite habituellement l’Islande 2), quoique les adultes ne se rencontrent qu'en assez petit nombre, méme dans cette ile si voisine du Groenland 3). Quant è PAsie, il est difficile, faute de renseignements suffisants, de fixer au juste le cadre géographique que fréquente le faucon blanc. Pallas 4) rapporte que ces grands faucons habitent toute l'année en grand nombre les chaines de l’Oural et de l'Altaî; mais plus tard il remarque que l’on rencontre très rarement des individus de couleur blanche parmi ceux qui fréquentent les montagnes que nous venons de nommer, tandis que ceux de la Sibérie orientale et du Kamischatka sont toujours de cette teinte. On voit que ces indications ne sont pas assez précises pour décider si les grands faucons qui habitent l’Altai et l’Oural, appartiennent en effet à lespece du faucon blanc, ou s'ils forment des races ou espèces diverses, semblables au gerfaut ou au faucon d’Islande 5). Le faucon blanc est assez commun au Groenland , d’où les bàtiments danois en apportent aujourd’hui fréquemment les dépouilles. Fabricius 6) qui a observé ce faucon au Groenland méme, constate qu'il y est commun, tant sur les montagnes les plus reculées de l’intérieur que sur celles qui s'étendent le long des còtes de la mer, et qu'on en voit méme sur les petites iles couvertes de glace et éloignées des terres à des distances plus ou moins considérables. Lors de l’époque de la propagation, ces oiseaux se retirent dans l’intérieur des terres, où ils construisent leur aire sur des rochers. Retournant en automne vers les còtes de la mer, ils font la chasse aux ptarmigans, aux oiseaux plongeurs et à toutes sortes d’oiseaux ierresires de petite taille. Un amateur d’ornithologie assez expérimenté, Mr. Holboll, danois, qui a fait dix-huit fois le voyage du Groenland, vient de publier quelques notices curieuses 7) sur le faucon blanc; en voici le résumé: Mr. Holboll observe d’abord que les teintes de cette espéce, assez commune dans toutes les parties du Groenland, sont, selon les individus, assez sujettes à varier, méme au jeune àge, et qu'il arrive quelquefois que de deux faucons accouplés, l’un offre des teintes trés claires, l’autre des teintes plus foncées; ce voyageur a méme regu une fois d'un méme nid quatre jeunes, dont les uns étaient d'un brun foncé, tandis que des

ob-

les autres offraient des teintes assez claires et relevées par taches d'un brun pale. Mr. Holbéòll croit en outre avoir des

par

leurs teintes claires, tandis que les parties méridionales produi-

servé que ce sont particulièrement les faucons provenant

parties septentrionales du Groenland, qui se distinguent

sent un plus grand nombre de faucons è teintes foncées. Quant à la couleur des serres, Mr. Holbéll confirme l’observation déjà faite antérieurement que ces parties conservent souvent leur teinte bleudtre après que l’oiseau s'est revétu de la livrée parfaite. Les jeunes oiseaux, dit Mr. Holboll, muent à ce quil parait pendant une grande partie de la saison froide, et il se pourrait très bien qu'ils fussent déjà propres è la propagation l'année après qu'ils ont vu le jour. Ce voyageur fait suivre ces remarques sur les teintes du faucon blane de quelques

1) Gould, 1. c., et Yarrell, History of British Birds, London, 1839, vol. I, p.29 et 30. — 2) Voir plus bas è Particle du faucon d’Islande. — 3) Thieneman, Reise, Leipsick, 1827, 8°, p. 80. — 4) Zoographia, tom. I, p.325 à 327. — 5) Les grands faucons de YAsie n’ont pas encore été décrits et figurés jusqu'à present d’une manière scientifique. Il est vrai quiil existe dans l’ouvrage du général IHardwicke, qui a

été publié par Mr. Gray sous le titre d’Indian Zoology, tome II, pl. 25, la représentation d’un jeune

faucon de grande taille, appelé Falco cherrug; mais cette figure n’étant pas accompagnée d’une descrip-

incisi irene cà “i

observations relatives à ses moeurs. Cette espéce, dit-il, construit son aire sur les rochers les plus inaccessibles; sa ponte, qui a lieu au mois de Juin, est de quatre ceufs. Cette espèce se nourrit principalement d’oiseaux nageurs, mais elle attaque aussi les piarmigans ou d’autres oiseaux terrestres. Elle fait également la chasse aux pigeons domestiques, mais elle les poursuit souvent sans pouvoir les atteindre; c'est alors qu'elle s'approche des habitations, où l’on parvient sans grande difficulté à labattre à coups de fusil, car elle n’est guère farouche. Au mois de Septembre, elle vient régulièrement fréquenter les bords de la mer, afin de commencer ses migrations vers le sud, migrations qui durent jusqu'en Novembre, ei dont elle ne revient quau printemps prochain. Richardson 8) constate que le faucon blanc réside consiamment dans les territoires de la baie de Hudson et qu'il a été observé également dans plusieurs autres parties de l’Amérique boréale jusqu’'aux còtes de la mer arctique. En hiver, ces oiseaux, notamment les jeunes de l'année, suivent souvent les ptarmigans qui émigrent en partie à cette époque de l'année, et alors ils s'égarent quelquefois vers le sud jusqu'au cinquante-deuxiéme degré de latitude boréale. Ce faucon fait aussi la chasse aux pluviers, aux canards et aux vies; mais sa nourriture habituelle, ce sont les piarmigans qui cherchent souvent à éviter ses attaques en plongeant avec précipitation dans la neige, où ils creusent pour s’enfuir des boyaux d’une longueur assez considérable. Il construit son aire dans les fentes des précipices. Mr. Richardson s’'étant rendu dans le voisinage d’un des nids de ces oiseaux, fut pendant

quelque temps l’objet de leurs attaques.

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