DU FAUCON D'ISLANDE
Le Faucon d’Islande ressemble par sa taille, ainsi que par tous les détails de son organisation, au faucon blanc, et les Jeunes de ces deux races ne paraissent pas non plus présenter des caractères constants, au moyen desquels on puisse les reconnaitre; mais il n’en est pas ainsi, lorsque ces oiseaux ont subi la première mue, car, après cette époque, le faucon d’lslande se distingue fagilement du faucon blanc par son plumage beaucoup moins varié de blanc, et par la couleur foncée de son bec et de ses ongles.
La description que l'on va lire est destinée à retracer la distribution des teintes du faucon d’Islande en livrée parfaite. Le bec est à cet age d'un bleuatre foncé, passant au noiràtre vers le bout et au jaune à la base du bec. La couleur du fond de la téte, du cou et des parties inférieures de l’oiseau depuis le menton jusqu'aux couvertures inférieures de la queue, est un blanc plus ou moins pur. Toutes ces parties, è l’exception du menton ei de la gorge, sont ornées de taches d’un brun tirant au noiraàtre couleur de schiste. Ces taches, en forme de fines raies longitudinales sur le devant de la téte et sur le milieu de la région des oreilles, sont beaucoup plus larges sur les autres parties de la téte ainsi que sur les par-
ties latérales et postérieures du cou; celles de la r igion du
tion, on ignore si cet individu avait été tué aux Indes ou s'il y avait été apporté d’ailleurs; du reste, il égale par sa taille le faucon blane et il se pourrait fort bien qu'il appartint à cette espèce ou à quelque race voisine; il en existe an musce britannique, suivant Gray, List, Accipitres, p. 23, un individu tué au Nepaul. — 6) Fauna groenlandica, p. 57 et 58. — 7) Voir le Joumal danois publié par Mr. Kroyer sous le titre de Naturhistorisk Tidskrift, tome IV, cahier 4me, p.385 et suiv., Copenhague, 1843, 89 —
8) Fauna boreali-americana, Birds, p. 27 et 28.
jabot et des couvertures inférieures de la queue sont très allongées mais étroites; elles sont petites et en forme de larmes ou de gouttes sur la poitrine, le ventre et les plumes des Jambes où elles offrent une teinte plus pale ; celles enfin, qui ornent les plumes des flanes, sont plus foneges et plus larges que les autres, en forme de gouttes ou de coeur, cu méme élargies latéralement de manière à former des taches transversales en guise de bandes. On observe sur le devant des yeux et près de l’angle de la bouche, de petites plumes raides sans barbes, en forme de soies noires; mais il n’existe pas de tache en moustache apparente. La teinte du fond des parties supérieures de l’oiseau est un brun noiràtre couleur de schiste tirant sur le gris-rougeàtre; mais cetie teinie, assez fonceée sur le manteau, est beaucoup plus pàle tant sur le croupion où elle tire au gris-bleuàtre, que sur le dessus de la queue, où le brun forme la teinte dominante, comme cela a aussi lieu sur les grandes rémiges. Toutes les plumes de ces parties sont plus ou moins largement bordées de blanchàtre et ornées en outre de taches de cette méme teinte, mais ces taches offrent des formes assez diverses suivant la région qu’elles occupent, et elles disparaissent totalement sur les petites couvertures des ailes. On ne voit ordinairement qu’une seule tache claire, peu grande et en forme d’ovale disposé transversalement, sur chaque barbe des couvertures moyennes de l’aile et des plumes du haut dv dos; il en existe plusieurs sur les grandes couvertures des ailes; sur les rémiges du second ordre, elles sont plus larges, marbrées d’une teinte foncée et disposées de manière à former des bandes transversales interrompues; elles forment au contraire des bandes assez distinetes sur les grandes plumes de l’épaule et sur le croupion où cette teinte claire tire sur le gris-bleuàtre. Les rémiges primaires sont terminces de blanc, et pourvues, outre les larges taches claires qui ornent comme d’ordinaire les barbes internes, de taches claires marbrées de brun, disposées en manière de bandes sur les barbes externes de la moitié antérieure des rémiges, mais qui offrent peu d’étendue ei dont la forme est assez irrégulière. La barbe externe de la première rémige est bordée de blanc, mais cette teinte forme vers la partie terminale de la penne une sixaine de taches semi-circulaires. La queue est terminée de blanc, et ornée dans toute sa longueur, de douze à treize bandes transversales aussi larges que la teinte fonceée qui les sépare, et dont la couleur blanchàtre est fortement pointillée et marbrée de brunatre. Ces bandes sont plus nettement dessinées et d’une teinte plus pure sur la face inférieure de la queue, quoique la teinte du fond Y soit beaucoup plus pàle qu'à la face supérieure. Les grandes couvertures inférieures des ailes offrent des taches blanchàtres trans: versales disposées par bandes; les autres couvertures sont ornées au milieu de taches foneées longitudinales.
Le faucon d’Islande, quoique connu de la plupart des auteurs de fauconnerie et d’histoire naturelle, n'a été distingué que de nos jours d’une manière précise. Il est vrai que Buffon en parle comme d’une race particulière, mais nous avons déjà dé-
Paris, 1764, 8°, tome I, p. 210. — 2) Prodromus, , 1826, p. 990 et suiv.; Handbuch, Ilmenau, 1831,
241 et
1) Nouvelle description de l’Islande, trad. frar
p. 55 et suiv.: Hierofalco groenlandicus et islandicus. — 4) Armals of Natural History, 1838, p. suiv., PI. X, fig. Aa G: Falco groenlandicus et islandicus. — 5) Die Wirbelthiere Europas, p. 28: Falco
candicans et gyrfalco.
montré en traitant du faucon blanc qu'il n'a pas moins confondu ensemble ces deux races d’oiseaux. Horrebow 1) est, que je sache, le premier auteur qui ait donné à ce sujet quelques indications; mais ces indications sont en partie inexactes et assez vagues, attendu qu'il constate simplement qu'il n’existe en Islande qu’une seule espéce de faucon, tantòt blanc, tantot gris blanc, tantòt gris de couleur; que l’on trouve méme quelquefois dans un seul nid des petits offrant tantòt lune, tantòt l’autre de ces teintes; mais qu'outre ces faucons qui font leurs nids en Islande, il en vient aussi quelquefois en hiver du
Groenland, qui sont presque tout blanes et que les faucon-
niers appellent «faucons volants » parce quiils ne font pas de
nid dans le pays. Faber 2) remarque que les faucons blanes sont rares en Islande et qu’ils ne sy trouvent qu’en hiver. Guidé par ces données de Faber, Mr. Brehm a séparé par l'espece le faucon blanc cu du Groenland de celui d’Islande; mais en lisant les descriptions qu'il a publiées de ces oiseaux à trois époques différentes 3), on remarquera qu'il se contredit souvent lui-méme par rapport aux caractères imaginaires qu'il assigne à ces deux races de faucon. Hancock 4) ayant examiné un grand nombre de faucons tués en été en Islande, et un de ses amis ayant également fait l’observation, lors de son séjour en cette ile, que les faucons blanes ne s'y montraient qu'en hiver, a de nouveau tàché, toutefois sans connaitre les iravaux de ses devanciers, de démontrer la différence qui existe entre ces faucons; aussi son travail laisse-t-il peu à désirer, si ce n'est qu'il a attaché trop d’importance aux carectères tirés de la présence ou de l’absence d’un double feston au bec de ces oiseaux, de la longueur relative de leurs ailes et de leur queue, ainsi que de la disposition des bandes dont la queue est ornée; caractères qui mont paru étre purement accidentels. Il en est de méme de ceux tirés de la longueur relative des rémiges, et que M.M. Keyserling et Blasius 5) ont indiqués comme traits distinetifs de ces deux races de faucons 6). Quant à nous, nous avons trouvé quiil n’existe, entre les faucons dont nous venons de parler, d’autres différences que celles qu'offrent leurs teintes à l’àge adulte. Du reste, le faucon d’Islande è cet àge a été représenté dans plusieurs ouvrages, comme par exemple, dans les planches enluminges de Buffon 7), dans la grande Iconographie des oiseaux d’Allemagne publiée par Wolf et Meyer 8), dans l’ouvrage de Naumann 9) et dans celui de Susemihl 10), où l'on a donné la figure d'une femelle adulte tuée près de son nid par Faber, en Islande méme.
Le faucon d’Islande, que les fauconniers modernes comprennent sous la méme dénomination que le faucon blanc, savoir, sous celle de l’Islandais, ressemble, par rapport à ses moeurs et à son caractère, en tout point au faucon blanc; aus si est-il estimé è l’égal de cette espece et employé pour les mémes genres de chasse. Il paraît que cette race de faucon est uniquement propre è l’Islande, car Je ne connais pas d'exemple qu'elle ait été observée dans d’autres parties du glo-
be: On seraitimene tentesdo n e Zini i € Un serairt meme tenté de SUpposer qu elle n’émigre point
6) On peut consulter à ce sujet notre Revue critique des oiseaux d'Europe, Leide, 1844, 80 1 et
È » Leide, 1844, 89, p. 1 e DI ue uu res établis par Brehm, Hancock, ling et Blasius pour distinguer le faucon blanc du faucon d’Islande.
suiv., ouvrage dans lequel on trouve une discussion des c K eysersa DI < NIN 5 ea ; i 7) PI.210. — 8) Naturgeschichte er Vogel Deutsehlands, en in-folio, planche sans numéro. — 9) Naturgeschicht h 9) Naturgeschiehte g ;
fig. 2. — 10) PL 7 fi 1. nouv. édition, pl. 21,
en hiver, vu qu'on n’en a jamais encore observé des individus en Angleterre, contrée que visite méme le faucon blanc de temps en temps. Mr. Thieneman est le seul voyageur qui ait fourni des données sur la manière de vivre de ce faucon è Vétat sauvage. Ce savant rapporte 1) que ces oiseaux habitent de préférence en été l’intérieur de l’ile d’Islande. Ils construisent leur aire, composée seulement de rameaux, dans les fentes des rochers escarpés et inaccessibles. Leur ponte est de deux à trois ceufs, qui sont un peu plus grands que ceux du milan, et dont la couleur ressemble à ceux du hobereau, c'est à dire, qu'ils sont d’un blane verdatre, couvert de tous còtés de taches plus ou moins grandes, plus ou moins distinetes, d’un brun tiranti sur le roux. A cette époque de l’année, ce sont les oiseaux terrestres ou aquatiques, ainsi que leurs petits, qui offrent à ce faucon une proie facile, afin de pourvoir abondamment aux besoins de sa progéniture; mais à l’approche de l’hiver, lorsque la plupart des oiseaux ont successivement émigré, ce faucon se nourrit presque exclusivement de ptarmigans. Il visite alors les rivages de la mer et sapproche souvent des lieux habités pour faire la chasse aux pigeons domestiques. Les oiseaux aquatiques qui ont l'habitude de plonger, ne craignent guère ses altaques, quand ils sont à nager; mais ils tombent ordinairement au pouvoir de cet ennemi dangereux, quand il arrive
qu'il les surprend perchés sur les rochers.