II. — La dette fédérale aux Étals-Unis
La dette fédérale commença avec l'indépendance des États : noble origine. Sur environ 140 millions de dollars dépensés pour la guerre défensive, la moitié fut fournie par les taxes extraordinaires, et le reste par des émissions de bon^^et des emprunts qui furent constitués à Tétat de dette générale, à l'époque de la paix, en i783. Plus tard la guerre déclarée à l'Ânglelerre (1812) augmenta la dette de 85 millions de dollars; en 1816, la dette s'élevait à 127,4 millions de dollars; vingt ans après, en 1835, la dette fédérale était éteinte par les excédants des recettes sur les dépenses.
Le Rapport au congrès sur les finances, du 9 novembre 1848, constatait que, de 1790 à 1848, l'Union a remboursé une dette de 500 millions de dollars.
Malheureusement la crise commerciale de 1837-38, en faisant baisser le revenu des douanes et de la vente des terres, força le trésor fédéral à recourir aux emprunts, à l'émission de bons. Puis vinrent les guerres avec les Indiens, les achats de territoire et la guerre du Mexique, qui reconstituèrent une dette évaluée à 68 millions à la fin de 1852, tant consolidée que flottante, c'est-à-dire à une année de recettes ordinaires. Cette dette se trouvait réduite, en 1857, à 25 millions de dollars. Depuis elle avait presque doublé de nouveau, par suite de Tinsuffisance des recettes douanières, for-^ tement atteintes par la crise et la stagnation commerciales.
Nous disions dans la 2^ édition, en 1862 : a Par suite de la guerre civile qui a éclaté, en 1861 , par Todieuse folie des États à esclaves, et qui se continue par l'inintelligente politique des États du Nord (à 1 imitation des États centralisateurs d'Europe, au grand désavantage des populations d'Amérique et d'Europe, et, je le crains, au grand détriment de la liberté des esclaves, d'une part, et de la liberté des • échanges, d'autre part), les États du Nord de l'Amérique n'aurout bientôt plus rien à envier pour la dette et pour les charges annuelles à l'Europe. »
Cette prédiction ne s'est heureusement pas accomplie pour les esclaves ; mais la liberté commerciale a sombré, la dette est devenue énorme, et le résultat qui pouvait d'ailleurs être obtenu par une transaction financière n est pas en proportion avec le nombre d'hommes sacrifiés, avec la masse de richesses anéanties, avec les crimes commis contre la civilisation.
En eiïet, on a calculé que la guerre, commencée au printemps de 186i et finie au printemps de i865, avait coûté en quatre ans, au Nord, 4,i72 millions de dollars; en y ajoutant ce qu'elle a coûté au Sud, les dettes contractées par les États, les dommages causés aux propriétés, on est arrivé à une somme double ou environ à 43 milliards de francs; or le rachat des esclaves eût coûté 2 à 3 milliards* de francs !
La dette, qui n'était que de 400 millions de francs au début de la guerre, atteignait le chiffre de 15 milliards en 1865 : le seul exercice de 1864-65 l'avait accrue de 9 milliards; mais, dès Tannée suivante, elle était déjà diminuée de 550 millions, ou plus d'un demimilliard de dollars.
Cette dette était :
Millions de dollars.
au 4 mars 1861 de. . . . 74,9
1" juillet 1862 514,2
^0 septembre 1863 1222,1
14 juin 1864 1719,5
31 décembre 1865 2807,5
'30 juin 1860 2783.4
30 juin 1867 2692,1
30 juin 1868 2656,5
50 jliin 1869 2489, 0
Les financiers politiques des États-Unis ont fait adopter pour payer les frais de la guerre de sécession le système des titres amortissables en cinq, dix, vingt ou quarante ans, qui fera payer en partie à la génération contemporaine ses fautes ou ses malheurs.
Ces emprunts ont été faits sous diverses formes : celle d'emprunts proprement dits, désignés par la date ou par le chiffre du taux et celui delà durée* ; celle de billets du Trésor et de billets des États,
* Cinq-vingt , 5-20, dix-quaran'e, 10-40, désignent des emprunts qui doivent être remboursés en 20 et 40 ans, mais que le Trésor peut it^mbourser après 5 et 10 ans.
à diverses échéances; celles de certificats de la dette, d'obligations au fonds d'amortissement, d*obligaiions à diverses compagnies, de bons de poste, de billets de banque, etc., sous les uotns de dollars, de bonds (bons), de greenbacks (dos vert), de currencies (circulation postale), etc. Le nom de greenback a plus particulièrement désigné le papier-monnaie.
En i867, un peu plus de la moitié de cette dette était payable en or, un tiers en papier à cours forcé et un quart ne portait pas intérêt; depuis, les payements en or sont allés en augmentant, et les payements en papier-monnaie en diminuant. Au {"janvier 1870, le chiffre de celte dernière espèce de dette ne s'élevait plus qu'à 60 millions de dollars; au 1" août 1869, le papier-monnaie proprement dit n'était plus que de 25,5 millions de dollars ou 125 millions de francs. (Voy. Note xvii, g 4.)
La grande émission de titres de toute espèce, plus l'incertitude des événements ont d'abord produit une grande baisse dans la valeur de ces titres ; mais comme après la cessation de la lutte, on a licencié les corps d'armée, vendu les navires de guen*e, réduit les dépenses et commencé le remboursement de la dette, la valeur des titres qui étaient placés en Europe pour une notable partie n'a pas tardé à progresser en hausse. En 1864, le 6 p. 100, par exemple, se cotait à Nisw-York à 58; il était remonté au pair six ans après, pour le dépasser ensuite.
^ Il ne faut pas oublier que pendant que le Nord procédait aux émissions dont nous venons de parler, les États confédérés empruntaient à leur tour des sommes analogues. Leur dette s'élevait à 556 millions de dollars au 1**' janvier 1865; à près du double, 1148 millions de dollars, au 1^^ octobre 1864.
 propos des États du Sud, nous conservons ici Tindication suivante insérée dans la 2' édition et se rapportant aux États à esclaves à la veille de leur folle entreprise.
Les seize États sans esclaves, savoir : Californie, Gonnecticul, Illinois, Indiana, lowa. Haine, Massachusetts, Hichîgan, New- Hampshire,Ne\N-Jersey,New-York,Ohio, Pennsylvanie, Rhode-lsland, Vermont, Wisconsin, avaient avant la guerre civile (1860), une dette de 125,7 millions de dollars, nécessitant un intérêt de 5,8 millions de dollars.
Dans ces chiffres, New-York, l'État empire, comme on dit en Amérique, entrait ponr 38,^ millions dans la dette payant un intérêt de i,1 ; — la Pennsylvanie venait immédiatement après, entrant pour 39,1 dans la dette, payant un intérêt de 1 ,9.
Les quinze États à esclaves, savoir: Alabama, Arkansas, Caroline du Nord, Caroline du Sud, Delaware, Floride, Géorgie, Kentucky, Lousiane, Haryland, Hississipi, Missouri, Tennessee, Texas, Virginie, avaient une dette de 125,5 millions dé dollars, nécessitant un intérêt de 4,7 millions de dollars.
La dette en bloc ne s*élevait qu'à six fois le revenu annuel ; la dette des États libres seulement à quatre fois le revenu ; mais celle des États à esclaves s'élevait à plus de neuf fois le revenu. L'intérêt ne prenait que le cinquième des recettes des premiers, et le tiers des recettes des autres.