MESURES FINANCIÈRES PRISES EN FRANCE APRÈS
qui aurait servi de base à des emprunts à court terme destinés à solder complètement les frais de la guerre ; sans avoir recours au papier-monnaie, dont l'emploi pouvait être dangereux et peut encore le devenir; sans créer cette énorme dette permanente qui pèsera incessamment sur les prix et sur le travail ; sans compliquer la machine fiscale ; sans créer enfin ce compte de liquidation qui alourdira longtemps la situation financière.
Quoi qu'il en soit, d'une façon ou d'une autre, la France se tirera de cette rude épreuve financière, qui aura montré la force économique acquise et la puissance productive qui existent en elle.
Hais qui sait si cette constatation n'aura pas créé un nouveau danger ?
Étant donnée la barbarie dont les peuples prusso* allemands pris en masse ont fait preuve en approuvant la continuation de la guerre après Sedan, en applaudissant Tincendie des villages, l'exécution des otages, le bombardement des populations civiles, en approuvant les vols dont les officiers prussiens se sont rendus coupables, n*est-il pas à craindre que le peuple allemand, suivait de nouveau l'impulsion des docteurs universitaires, ne voie dans une expédition future l'occasion des mêmes réquisitions, des mêmes pillages, des mêmes profits? Ce serait le retour au système des Romains et des barbares ; l'Europe aurait rétrogradé de quinze siècles par le fait des coupables promoteurs de cette atroce guerre de 1870-1871.
peu de jours, d'importantes sommes ont été recueillies ; mais on n'a pas tardé à se convaincre, comme cela s'était passé, il y a quelques années, en Italie et aux États-Unis, que ce moyen ne pourrait procurer que des centaines de millions quand il faut des milliards. Ceux-ci en effet ne pourront être obtenus que par la contribution obligatoire et l'emprunt volontaire combinés, moyens plus réguliers et plus équitables que la souscription qui, fût-elle assez féconde, chargerait les citoyens généreux en raison progressive de leurs bons sentiments» et exonérerait les autres en raison progressive de leur indifférence. l[ a été fait à ce sujet diverses combinaisons d'emprunts qui ont été appréciées dans un travail de H. Sabatier, que nous avons inséré dans* le Journal des économistes, numéro de mars 1872. — Le mode d'un prélèvement extraordinaire a fait l'objet d'une proposition de H. Langlois, basée sur le revenu, et qui a été ngetée sans discussion. M. le comte Xavier Branicki a proposé de prendre pour base le capital ou la fortune, dans un écrit intitulé : Libération de la France, Paris, Dentu, 1871, in-8».
552 TRAITÉ DE FINANCES. — NOTICES GOMPLÉafENTAIRES. — XIXI.
On peut toutefois espérer que, dans quelques années d'ici, le pouvoir ayant changé de mains en Allemagne, les populations ayant profité des dures leçons de Texpérience et réfléchi sur la honte et les déceptions de pareilles luttes, la voix de la raison pourra se faire écouter de nouveau et Tentente se produire entre les deux nations par la neutralisation des deux provinces, transaction qui ménagerait l'amour-propre des deux peuples, ôterait au militarisme des deux côtés du Rhin son principal point d*appui , permettrait à Topiiiion publique d'exiger des gouvernements un désarmement simultané, de diminuer progressivement ces grosses dépenses, ces énormes dettes mettant les finances publiques en péril, faisant obstacle à l'épargne et au travail, engendrant la misère.
En eiïet, quand les Allemands qui ont applaudi à Tinvasion de la France voudront compter, ils verront que, malgré les cinq ou six milliards imposés à la France et bientôt engloutis par leurs gouvernements, que malgré les réquisitions et les pillages des troupes allemandes, le profit des pays allemands se traduira par quelques milliards en pertes directes ou indirectes qu'ont faites les industries et les familles; sans compter les vies détruites par centaines de mille, les sautés délabrées, les misères, douleurs et soucis ; sans compter la révivification des haines nationales et des plus vils sentiments du cœur humain ; sans compter les dangers accumulés pour l'avenir ; — et tout cela, pour avoir eu la gloire de vaincre mécaniquement, avec des canons à plus longue portée et de plus gros bataillons, des hommes moins bien commandés, moins bien préparés pour le meurtre en masse, pris à l'improviste, plus civilisés peut-être; — pour avoir l'orgueil de voir deux provinces françaises administrées, malgré elles, par des pachas prussiens ; — pour avoir la joie de donner au roi de Prusse le titre d'empereur d'Allemagne, et à M. le comte de Bismark celui de prince avec quelques millions ; — pour avoir le plaisir de voir fleurir la centralisation, le militarisme, le despotisme ; — pour avoir eu l'honneur de faire rétrograder le droit des gens, d'ériger l'espionnage, au sein des familles hospitalières, à la hauteur d'une institution prussienne, et d'entendre proclamer par la bouche du représentant de la pieuse noblesse de Prusse, en dogmes du progrès, des principes de tigre et cette infamante maxime que : « la force prime le droit : »
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