‹ Traité de financesChapitre 61 sur 175 · I. De la dttmliiwtlon des dépei · texte numérisé non relu

I. De la dttmliiwtlon des dépei

On peut arriver à la Diminution des dépenses en ramenant les fonctions de l'État dans leurs limites naturelles ; — en faisant disparaître le système de Réglementation et de Centralisation, c'est-à-dire d'Intervention de l'État dans le domaine de l'industrie et dans les affaires des provinces et des communes; d'une manière générale, — en simplifiant tout le système administratif, — et en traquant les abiis qui ne cessent de se glisser et de prendre racine dans tous les coins et recoins de ce vaste appareil. Mais il faut dire qu'une réforme de ce genre, féconde pour l'activité des citoyens (se développant en raison inverse des entraves dont on l'entoure, même avec l'intention de la protéger), nécessaire pour l'accroissement de la richesse, indispensable pour la tranquillité des populations et pour la stabilité des gouvernements, n'est pas le moyen financier le plus productif pour le trésor. Car, si l'on examine les divers budgets, on voit, d'une part, qu'après le service de la dette et celui des armements, il ne reste qu'une somme relativement assez faible pour faire face à des besoins multiples, — et, d'autre part, que les services publics considérés dans la généralité des employés ne sont en divers pays, et en France particulièrement, que maigrement rétribués.

On peut apporter quelques réformes utiles au régime de la Dette^ opérer des réductions d'intérêt, en des moments oppor-

tuns, OU diminuer la charge par des amortissements efficaces et des remboursements intelligents ^

Mîiis la branche des dépenses qui, de nos jours, en France, en Angleterre, en Allemagne, et dans tous les Etats de l'Europe, présente la plus grande marge aux réformes, est celle des dépenses pour l'entretien des armées et des flottes qui sont organisées sur un système de guerre ou de paix armée et qui pourraient l'être sur un système de paix désarmée.

Il n'y a certainement pas d'utopie, disions-nous lors de la r^ édilion de cet écrit, aujourd'hui que nous sommes à quarante ans du dénoùment belliqueux et meurtrier de 1815, que l'industrie des peuples a pris un si grand développement, que les intérêts se sont unis si intimement et que la guerre frapperait des populations si nombreuses dont la vie tient au développement des relations internationales, — sans mettre en ligne de compte les raisons que nous pourrions tirer de l'ordre philosophique et moral, — il n'y a pas d'ulopie, disions-nous, à penser que les hommes d'État qui sont à la tète des gouvernements pourraient et devraient procéder par voie de désarmement simultané et réciproque, comme ils ont procédé par voie d'armement *. La force relative des nations resterait la même et leur indépendance ne courrait aucun danger, si chacune d'elles n'avait plus à payer que la partie de la force publique nécessaire au maintien de la tranquillité intérieure.

Le devoir des gouvernements et riiitérét des peuples n'ont

* Voy. chap. xfiii.

* Ceci était écrit avant les guerres d'Orient et d'Italie (1855-1, 1859], qui nous confirment dans la même pensée, soit que nous considérions ces événements dans leurs causes, soit que nous les considénons dans leurs résultats. (Note de la 2« édition.)

L'attentat de la Prusse et de rAulriche contre le Danemark (1864] \ la guerre entre la Prusse et l'Autriche (1866), la guerre entre la Prusse et la France (4870-71-, qui s'en sont suivies, nous ont laissé dans les mêmes convictions, et nous espérons encore qu'un jour les peuples de ces pays s'apercevront du rùle niais que leur fait jouer la criminelle politique dont Napoléon III, Guillaume I* et Bismai-k sont les tristes héros.

pas changé, parce qu'il a plu en 1870-71 au gouvernement français et aux gouvernemenis allemands de se laisser dominer : ici, par un militarisme frivole et intrigant ; là-bas, par le militarisme féodal des hobereaux de la Prusse.

La nouvelle expérience des meurtres en masse, des dépenses colossales et des misères de toute nature, en vue des résultats d'une utilité problématique au point de vue politique, ramèneront un jour le besoin et la possibilité des mêmes institutions pacifiques.

Quoiqu'il en soit de cette espérance, constatons, en finissant ce paragraphe relatif à la diminution des dépenses, qu'il y a, avec l'hypothèse de la paix et de la tranquillité, dans l'accroissement de la richesse et de l'aisance générale qui augmentent la force du contribuable, comme un allégement de sa charge et que c'est là un procédé permanent de diminution d'impôts et de dépenses pour l'Etat. Mais évidemment il ne faut naturellement pas que cette excellente action soit neutralisée par de nouvelles augmentations de dépenses, ce qui est malheureusement le cas le plus général.

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