DISCUSSION SUR L'IMPOT AU CONGRÈS DE BRUXELLES
mande pardon à l'aTance de l'exprimer, car je suis persuadé qu'elle ne plaira pas. Je prononcerai d'abord un gros mot qui vous effrayera peut-être. Mais je vous demanderai la permission de Texpliquer. Je crois que l'impôt doit èlre simple, unique, si c'est possible, et j'ajoute qu'il doit être progressif.
« H y a deux manières de concevoir l'impôt progressif. — Si je l'entendais d'une certaine manière, je mériterais bien que mon estimable voisin H. Bowring me cassât sa canne sur le dos avant que je sortisse d'ici. Je veux parler de la manière dont quelques publicistes entendaient l'impôt progressif sous la révolution; alors on voulait imposer ceux qui possédaient en vue d'arriver à l'égalité des conditions, et ce n'est que très-justement que ce système forcément spoliateur inspire une légitime répulsion.
« Après les rêveursd'égalitésontvenus les révolutionnaires, les rêveurs socialistes, qui ont voulu employer l'impôt progressif pour absorber l'héritage et fusionner les classes.
c Ce n'est pas là mon système, ai-je besoin de le dire? L'impôt progressif comme je l'entends ne peut pas être spoliateur ; car on devrait lui opposer une barrière infranchissable; il ne pourrait jamais frapper qu'une partie du revenu, 10 pour 100 par exemple au maximum.
c Je disais qu'il fallait considérer dans l'impôt les recettes et les dépenses. Il est évident que les peuples et les gouvernements. .. mais je préfère parler aux peuples, on est plus à l'aise avec ces derniers. (On rit.) Les peuples ont à la longue les gouvernements qu'ils veulent; et les gouvernements représentent assez bien, en général, les peuples... oh il y a bien des intermittences... mais enfm... (Rires.)
« 11 faut donc s'adresser aux peuples ; or les peuples sont pleins de préjugés, et ils ont notamment un préjugé abominable, exécrable, contre lequel on ne saurait trop protester. Les peuples sont belliqueux; et puis ils sont d'un amour-propre féroce, ils sont fiers de leurs victoires et de leur gloire militaire, du pont de Waterloo en Angleterre, du pont d'iéna à Pciris... Tout cela estabsurde. (Applaudissements.)
« Eh bien, tant que les peuples n'applaudiront pas comme vous applaudissez, ils feront des dépenses considérables, inutiles, antiphilosophiques, antimorales.
Si8 TRAITÉ DE FINANCES. — NOTICES COMPLÉMENTAIRES. — YII.
« Et ce ne sera pas la faute exclusive de leurs gouvernements, ce sera aussi Ja leur. Prenez riiistoire, vous y verrez que^ dans beaucoup de pays, les pailis politiques ont souvent fait un grief à leur gouvernement de n'être pas suffisamment belliqueux ; alors un beau jour, les gouvernements se disent : 11 faut être belliqueux; et ils le sont. Seulement cela coûte de Targent, et quand les gouvernements se présentent pour recevoir, les peuples sont mécontents...
« Tant que ce système plaira aux peuples, on dépensera inutilement beaucoup de capitaux et beaucoup de revenus. Aussi c'est à détruire les préjugés des peuples que les amis du progrés doivent travailler. Quand ces préjugés seront détruits, vous trouverez dans la paix le moyen de supprimer la plus grosse dépense ; alors on ne traitera plus d*utopistes ceux qui réclament la modération des impôts; alors les partisans des impôts indirects auront perdu leur meilleur argument.
« Je n'insisterai pas sur ce point ; j'ajouterai seulement que le préjugé belliqueux est tellement fort chez les peuples, qu'une nation qui depuis soixante ans donnait l'exemple au monde a abandonné la voie où elle marchait si glorieusement.
« Le Nord et le Sud de TAmérique sont en discussion ; eh bien, au lieu de prendre des arbitres parmi les sages du monde (le plus possible en dehors des diplomates et des militaires), au lieu de leur exposer leurs griefs réciproques et de s'en rapporter à leur décision, les deux parties de la patrie de Washington n'ont pas honte de recourir au duel.
i La cause du Sud est ignoble ; mais la cause du Nord est tyrannique; car c'est la cause de Tannexion forcée. (Ira -bien !)
« Pour en revenir à ma théorie, on voit qu'elle serait susceptible de beaucoup de développements ; seulement comme le temps me manque, je me résume.
« Selon moi, — l'impôt rationnel est le prix des services rendus par l'autorité publique ; — l'impôt doit être payé par tout le monde sans exception ; — il doit être simple, direct et assis de préférence sur le revenu; — l'impôt doit être enfin perçu en proportion progressive limitée.
« Je dirai aussi que l'impôt doit toujours être préféré à l'emprunt, car en empruntant les nations ne savent pas où elles vont. — Il y a