‹ Traite de fortificationChapitre 24 sur 99 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

Nous traiterons dans ce chapitre de la construction des retranchements et des moyens pratiques à employer pour l’exécuter avec ordre et méthode. Nous distinguerons d’abord deux cas tout à fait différents suivant l'importance des ouvrages à construire : ou bien il s’agit d’un retranchement considérable, dont la durée présumable est assez longue et pour lequel il faut-employer tout l’art de l'ingénieur ; ou bien au contraire on ne doit établir qu’un simple poste, dont l’exécution est le plus souvent confiée au corps chargé de le défendre et auquel il doit servir d’abri pendant un temps assez court. Dans le premier cas on dispose d’un temps suffisant et de tous les ouvriers nécessaires; on agit sur un terrain bien connu, sur lequel on peut s'installer en toute sécurité sans craindre l'ennemi; l'importance des travaux nécessite la présence d'officiers du génie qui sont chargés de la direction du travail exécuté par des corps d'infanterie mis à leur disposition ; les officiers de ces corps de troupe n’ont cependant pas à jouer un rôle purement passif; ils ne sont point seulement chargés de la discipline ; il est fort important qu'ils puissent venir en aide aux officiers du génie, toujours peu

nombreux, et ils doivent par conséquent avoir des notions sur l’exécution de ces grands travaux.

Dans le second cas au contraire c’est le plus habituellement l'officier commandant le poste qui reste chargé de tout ; il importe donc qu'il ait à cet égard l'instruction la plus complète. C’est par l'étude de ce second cas que nous allons commencer; nous donnerons ensuite une idée générale de la construction des grands ouvrages et du rôle que doivent y jouer les officiers d’infanterie.

Exécution d’un petit ouvrage.— La grandeur de l’ouvrage fermé par un obstacle quelconque naturel ou artificiel, sinon par un parapet, sera calculée de manière qu’il puisse contenir tout le détachement et que les crêtes soient suffisamment garnies de défenseurs, sa position est arrêtée ‘et ses crêtes sont piquetées. Supposons que l'ouvrage choisi soit un redan fermé à la gorge par une des défenses accessoires décrites au chapitre précédent. Pendant qu’une partie du détachement est sous les armes par mesure de précaution, le reste fait des piquets, des lattes, des perches, et recueille dans les villages voisins, si on ne les a apportés avec soi, les outils nécessaires à l'exécution de l'ouvrage, tels que pelles, pioches, marteaux, pointes, échelles simples ou doubles, masses pour enfoncer les piquets, niveaux de maçon, fils à plomb, etc., etc.

Il faut ensuite déterminer la position des saillants dans l'espace: pour cela on plante à chaque saillant une perche suffisamment haute ; puis si le terrain est horizontal dans la limite de la portée des armes que l’on redoute, on scie Îa perche à 2m,00 ou'à 2°,50 au-dessus du sol toujours horizontal sur lequel est établi l'ouvrage , suivant que l’on a de l'infanterie ou de la cavalerie à couvrir. (Nous supposerons dans tout ce qui va saivre qu'il s’agit seulement d’infanterie.) Mais si en avant de l'ouvrage se trouvent des terrains plus élevés que celui sur lequel il est établi, il faudra défiler

son terre-plein, ce qui se fait habituellement par l’exhaussement du relief. On choisit d’abord la position de la charnière ; nous supposons que c’est la gorge AB de l'ouvrage (Pr. XII, Ag. 2); cette ligne sera jalonnée, puis il faudra la déterminer dans l’espace. Pour cela on plante sur sa projection deux jalons verticaux D et E à 1°,50 environ de distance l’un de l’autre et vis-à-vis le centre du terre-plein à défiler. Une latte fixée par des pointes à ces deux jalons, à 0m,50 au moins au-dessus du sol de l'ouvrage, et supérieure aux hauteurs dans la limite de la portée des armes sera la charnière dans sa véritable position ; le plan de site passe par cette latte et par le plus élevé des rayons visuels rasant le dessus de la latte et tangent aux hauteurs dangereuses. Il est facile de le construire dans l’espace : à 1®,20 ou 1®,30 en avant de la charnière on plante une aütre perche verticale F, vis-à-vis des deux premières, puis on fixe aux deux extrémités de la latte qui représente la charnière (PL. XIII, fig. 3) deux bouts de latte dont les extrémités rassemblées et tenues par un aide peuvent glisser le long de la perche F /. L’observateur placé en arrière de la charnière dirige des rayons visuels rasant la latte DE et les hauteurs dangereuses ; en même temps il fait signe à l’aide qui élève ou abaisse le point F jusqu’à ce que l’une des deux lattes se trouve dans le plan déterminé par DE et le rayon visuel le plus élevé ; averti par l'observateur l’aide fixe alors les lattes par des pointes et le triangle. DEF représente le plan de site ; il est alors facile de déterminer la hauteur des crêtes en un point quelconque, au saillant par exemple où une perche a été plantée; un aide se tient auprès faisant glisser le long de la perche une règle ou simplement un morceau de papier formant voyant, jusqu’à ce qu’il se trouve dans le plan de site, ce dont il sera averti par l'observateur qui aperçoit le voyant dans le prolongement du plan du triangle en arrière duquel il est placé.

La hauteur ainsi obtenue est relevée de 1",50 et on

a le point cherché de la crête intérieure; la perche est sciée en ce point qui est la limite du remblai. Par la même méthode on obtiendra autant de points de la crête intérieure qu’il sera nécessaire, et le relief sera complétement déterminé. L’épaisseur du parapet est choisie à l’avance d'après la nature des projectiles auxquels il doit résister : soit 2",00 ; on se donne aussi la profondeur ou la largeur du fossé suivant les cas, et l’autre dimension est alors facile à calculer.

Pendant que le commandant fait ce calcul ou le fait faire par un de ses officiers, on détermine complétement dans l'espace la forme de l’ouvrage pour guider les travailleurs dans l'exécution du remblai. Pour cela on construit deux profils droits par face, situés à une dizaine de mètres de chaque extrémité ; ils sont nécessaires quand les crêtes sont inclinées pour construire les intersections aux angles saillants et rentranis. Nous allons expliquer la construction d’un de ces profils; nous verrons ensuite leur emploi pour avoir les intersections des faces.

On détermine d’abord l4 trace du profil que l'on veut construire perpendiculaire à la direction de la crête au moyen d’une équerre d’arpenteur, ou à son défaut au moyen d’un triangle rectangle fait avec un cordeau qui servira d'équerre. Pour que ce triangle soit rectangle, il suffit que ses côtés soient dans le rapport des trois nombres 3, 4 et 5. Cette ligne GH est tracée sur le sol avec la pointe d’une pioche, ainsi que la projection BC de la crête intérieure. Soit x le point de rencontre de ces deux droites (PL. XII, fig. 4); on élève en ce point une perche verticale et solidement maintenue dans cette position, pour avoir la hauteur de la crête intérieure, que l’on obtient comme précédemment. La crête extérieure étant parallèle à la crête intérieure et à une distance connue 2",00 par exemple, on plantera en o à 2°,00 de n une autre perche verticale sur laquelle se trouvera cette crête ; la différence de niveau entre le point N et le point O sera donnée par la pente choisie, 5 sur 1, de la

plongée : ce sera 0",40. On prendra donc n' à 0®,40 audessous de N, puis menant l'horizontale n/ O au moyen du niveau de maçon on aura la rencontre de la crête extérieure et du plan de profil; la latte NO fixée par des pointes aux extrémités des perches verticales donnera la position de la plongée (1). 11 faut maintenant placer la latte O P dans le talus extérieur supposé à 45°; si la crête était horizontale, il suffirait de prendre Po égal à Oo ; mais dans le eas d'une crête inclinée , le talus serait trop raide en agissant ainsi, comme nous l’avons indiqué à la fin du huitième chapitre. On pourrait alors faire sur le terrain la construction que l’on exécute sur le papier, traçant les arcs de cercle avec la pointe de la pioche, ef menant des tangentes communes au moyen d’un cordeau , les deux profils d’une même face étant exécutés simultanément. Mais ce sont des opérations longues et souvent difficiles à cause de l’irrégularité du sol ; on se contentera le plus souvent de donner à Po une longueur égale à celle de Oo augmenté de 0",10 ou 0",15: |

Le talus intérieur se construit comme le talus extérieur, en prenant #7 un peu plus grand que le’tiers de Vn, et plaçant la latte Nm, fixée en m contre un piquet enfoncé dans le sol.

La latte représentant la banquette est facile à placer, on sait en effet qu’elle est parallèle au plan de site.et à 0,20 en dessus. On aura donc le point m' sur la perche Wan, et on y fixe la latte par une seule pointe de manière qu’elle puisse se mouvoir dans un plan vertical autour de ce point. On place ensuite une autre perche verticale L/ à peu près à l’extrémité de la banquette prise approximativement, on détermine le point L comme le point m' à 0",20 au-dessus du plan de

(4) On peut mettre dans le talus le dessus ou le dessous des lattes : il est plus commode pour la construction du profil de mettre- le dessus de la latte dans le plan du talus, et c’est ce que nous supposons; seulement il fuut alors sacrifier les lattes, ou réparer les talus dégradés par leur enlèvement.

site, et on y fixe la latte Lm/ qui rencontre celle du talus intérieur au point M. On prend LM égal à la largeur de la banquette, choisie d’après les conditions de la défense.

La position de la latte GL du talus de banquette sera déterminée exactement comme celle des lattes représentant les talus intérieurs et extérieurs, en prenant toujours G/ un peu plus grand que le double de Z/Z.

Les lattes correspondantes des deux profils -construits sur chaque face doivent être dans le même plan; c’est une vérification que doivent faire les hommes chargés de la pose des profils, en menant des rayons visuels rasant le dessus des deux lattes du même talus : si elles semblent se confondre, la construction est bonne, et l’on dit alors qu’elles se dégauchissent. L'opération du dégauchissement des lattes est donc indispensable; souvent même le second profil est posé en dégauchissant ses lattes sur celles correspondantes du premier, sans s'inquiéter de leur pente : le travail marche plus vite, mais il n’y a pas de vérification.

C'est au moyen des deux profils élevés sur chaque face que l'on construit leur intersection. Les points X, V,U, C, T sont connus (PL. XIII, #g. 2), le premier et le dernier directement en joignant sur le sol par un cordeau les pieds des talus extérieurs et de banquette, et les traçant à la pioche, et les autres par leurs projections. Le point c a été déterminé à priori dans l’espace au moyen du plan de site, et il est déjà marqué par une perche verticale ; on en plante deux autres en U et V sur le sol; leurs extrémités doivent être dans le plan de la banquette, et on les détermine facilement au moyen d'un rayon visuel rasant les deux lattes qui dessinent la banquette dans les profils des faces et dont la rencontre avec les perches U et V sera marquée par un aide d’après les indications de l'observateur. Il suffira alors de joindre CU et VX par des lattes qui devront se trouver respectivement, si les opérations ont été bien faites dans les plans de talus intérieurs et de talus de banquette des deux faces. On vérifiera

CONSTRUCTION DES OUVRAGES DE CAMPAGNE. t01

si en effet elles se dégauchissent avec les lattes dessinant ces plans.

Le raccordement à faire pour les crêtes extérieures sera très-facile : on prend deux points R et S sur les projections de ces crêtes, à 0",60 environ de leur point de rencontre, et on y plante des perches verticales. On place ensuite les lattes CR et CS, TR et TS au moyen du dégauchissement dans les plans des talus auxquels elles appartiennent. Il ne reste plus qu’à joindre RS par une autre latte.

Il faut maintenant pour déterminer complétement le remblai dans l'espace savoir comment on obtient les profils en - talus qui soutiennent les faces soit à leurs extrémités, soit le long d’un passage. Nous supposerons d’abord (Pr. XIII, fig. 5) que la trace C’F/ du profil soit donnée perpendiculaire à la crête intérieure ; l’inclinaison est prise à 45° par exemple. Au point a’ où la crête intérieure rencontre. la trace C/F”, on place une latte Aa’ située en même temps dans le talus à 45° et dans le plan vertical de la crête intérieure. Le point À où elle rencontre cette crête sera donné par un rayon visuel dirigé suivant son prolongement d'après les deux profils droits construits, et allant rencontrer la latte, que l'on soutient au moyen d’une perche verticale À. Le point D’ se déterminera cemme le point À en mettant la perche D!d' dans le plan vertical passant par la crête extérieure et dans le talus à 45°, puis cherchanñt le point où elle est rencontrée soit par le plan de plongée, soit par le plan de talus extérieur ; le point est ensuite joint par des lattes avec les points À et C/ qui devront se trouver dans le plan du talus en profil et respectivement dans les plans de plongée et de talus extérieur, ce que l’on vérifiera à la manière ordinaire.

On cherche ensuite la rencontre du talus intérieur avec le profil incliné. Pour cela on marque en g’ le point de rencontre des traces de ces deux plans, celle du premier étant donnée par les deux profils droits faits sur la face;

et la latte A g/ est l'intersection cherchée, et elle doit toujours se dégauchir avec les deux plans auxquels elle appartient.

Pour déterminer la rencontre du plan de profil avec la banquette, on place encore dans le premier plan une latte E'e! située aussi dans le plan vertical passant par la limite de la banquette ; puis on en fait glisser une autre sur À a’ et E'e! jusqu’à ce qu'elle soit dans le plan de la banquette, ce dont on s'aperçoit toujours au moyen de rayons visuels ; on la fixe alors dans cette position, on la coupe au point E, et il ne reste plus qu'à joindre E’F’ par une latte et à faire la vérification ordinaire.

Si la trace du plan de profil rencontre obliquement la crête intérieure (PL. XIII, Ag. 6), la construction se fait ainsi : on pose d'abord dans ‘un plan perpendiculaire à ta trace A’ D’ une latte E/e/, maintenue par des perches vèrticales dans le plan du profil en talus, incliné par exemple à Z de base pour 3 de hauteur; les lattes Bb', C/c' situées dans le prolongement des crêtes sont tenues dans le plan de la latte E’e/ par le dégauchissement : le reste de la construction s'achève alors à la manière ordinaire.

Pendant la pose des différents profils on a fait le calcul de la largeur du fossé, et une fois le pied du talus extérieur tracé, on a pu tracer aussi les bords supérieurs de l’escarpe et de h'contrescarpe.

Tout est alors disposé pour mettre les ouvriers au travail ; mais on comprend facilement qu'il faut les distribuer avec un certain ordre, de sorte qu’ils ne se gênent pas mutuellement et soient répartis à peu près uniformément sur le développement de l'ouvrage. C’est par le moyen des outils les plus communs, que l’on peut se procurer partout, les pelles et les pioches, que la terre doit être remuée; on l'ameublit d’abord à coups de pioche pour pouvoir l’entever ensuite facilement à la pelle et la jeter sur le remblai. Les travailleurs sont divisés en un certain nombre de brigades auxquelles

on donne ainsi qu'au terrain sur lequel elles travaillent le nom d'atehers.

Un homme ne peut jeter les terres à la pelle à plus de €", 00 de distance horizontale, ou 2,00 de distance verticale : un seul pelleteur ne suffira donc pas en général pour jeter immédiatement à eur place sur le remblai les terres prises au déblai ; mais H faudra une file de pelleteurs pour reprendre les terres, et les faire arriver ainsi par jets successifs du point de départ au point d’arrivée. Chaque brigade de travailleurs se compose d’une file de pelleteurs et du nombre de piocheurs nécessaires pour ameublir les terres enlevées par le premier homme de la file de pelleteurs. Les brigades ou files de travailleurs oceupent des zones à peu près parallèles et de 2°,00 environ de largeur, afin que les hommes d'un atelier ne gênent point ceux d’un atelier voisin. On obtient emplacement de chaque atelier (PL. XIII, fig. 2) en divisant la contrescarpe de l’ouvrage en parties égales à 2,00, la crête intérieure en un même nombre de parties égales, et joignant les points de division correspondants par un trait de pioche sur le sol. Il faut aussi déterminer la force de chaque atelier : on nomme relais la distance soit horizonlale soit verticale à laquelle un homme peut jeter les terres ; le relais horizontal sera donc de 4"°,00 et le relais vertical de 2”,00. Or, si pour chaque atelier nous prenons la moitié de la distance qui sépare le bord de la contrescarpe du pied du talus de banquette, nous aurons la moyenné de la distance horizontale à faire parcourir aux terres, et divisant par 4 nous aurons le nombre de rélais horizontaux ; de même prenons la moitié de la différence de niveau entre le fond du fossé et le point correspondant de la crête, ce sera la distance verticale moyenne à faire parcourir aux terres, et divisant par la hauteur 2 du relais vertical, nous aurons le nombre de relais verticaux (1). La somme des re-

(4) Pour que le procédé fût complétement exact, il faudrait pour avoir le

lais tant horizontaux que verticaux donne le nombre de pelleteurs de chaque file ou de chaque atelier. Cherchons le nombre de piocheurs qu’il faut leur adjoindre.

Toutes les terres ne sont pas de la même qualité, c’est-àdire ne sont pas également dures ; les unes sont assez meubles pour être enlevées de suite à la pelle, d’autres au contraire demandent à être préalablement ameublies à la pioche. On appelle terre à un homme celle qui est assez meuble pour être enlevée de suite à la pelle; ferre à deux hommes celle dont un volume donné est ameubli par-un piocheur juste dans le temps nécessaire au pelleteur pour l'enlever; si au pelleteur il fallait adjoindre deux piocheurs. pour lui ameublir la terre qu'il enlève sans que son travail éprouvât de temps d’arrèêt, cette terre serait de la terre à trois hommes; mais si le peu de ténacité de la terre permet à un piocheur de fournir du travail à deux pelleteurs, un de ceuxci n’a besoin que de la moitié de la terre ameublie par le piocheur, et la terre est dite terre d un homme et demi. En résumé la qualité de la terre s'exprime par l’unité représentant un pelleteur, plus le chiffre représentant le nombre de piocheurs à adjoindre à ce pelleteur pour qu'il ne chôme jamais. Ce nombre de piocheurs indique les travailleurs nécessaires pour compléter chacun de nos ateliers; dans la pratique et pour les petits ouvrages on classe la terre en terre forte à deux hommes, et terre végétale à un homme et demi ; suivant les cas on met donc un piocheur par atelier, ou un seul pour deux ateliers voisins.

IL faudra ajouter en outre pour deux ateliers un régaleur chargé de régaler les terres, c’est-à-dire de les placer à peu près par couches uniformes à mesure qu’elles arrivent sur le

nombre de relais horizontaux diviser par & la distance horirontale séparant les centres de’ gravité du déblai et du remblai, et pour avoir le nombre de relais verticanx diviser par © la distance verticale de ces mêmos points ; mais le moyen que nous indiquons est plus commode et suffisamment exact dans la pratique,

remblai, et un dameur charge de tasser, de fouler les terres, au moyen d’un instrument nommé deme, qui est un cylindre en bois de 0",18.à 0”,20 de diamètre et de 0",30 de hauteur, emmanché suivant son axe ; le dameur foule la terre avec la base inférieure de l'instrument; à son défaut, il emploie les pieds pour cette opération destinée à donner de la consistance aux terres et à réduire le foisonnèment.

Voici un exemple du calcul que l’on aura à faire pour déterminer ainsi la composition de chaque atelier : soit 22",00 la distance de la contrescarpe au pied du talus de banquette et 6",00 la différence de niveau entre la crête intérieure et le fond du fossé ; le nombre de relais horizontaux est de :; ; celui des relais verticaux de :, ce qui donne en tout 4 relais et : de relais; négligeons la fraction, on voit qu’il faut quatre pelleteurs par atelier ; si -la terre est à un homme et demi, on ajoutera un piocheur pour deux ateliers, plus un dameur et un régaleur, ce qui donne pour deux ateliers contigus : 1 piocheur, 8 pelleteurs, 1 dameur, 1 régaleur; total 11 hommes. On fait ce calcul pour les différents ateliers, car le nombre de pelleteurs change avec la hauteur de la crête ; il est établi d’ailleurs dans chaque atelier d’après une moyenne un peu trop forte au commencement du travail, un peu faible vers la fin. |

Lorsque les ouvriers sont disposés sur leurs ateliers , ils doivent travailler avec méthode de manière à ne pas se nuire mutuellement et sans dégrader les talus d’escarpe et de contrescarpe ; pour cela ils commenceront le déblai près de lescarpe, s’enfonçant verticalement à une distance RS (Pc. XIII ,.g. 4) telle que pour une profondeur $ s de 1",00, le talus d’escarpe ne soit pas entamé. Lx ligne S doit donc être marquée sur le sol à l’avance. Ils travaillent ainsi en déblayant sur 1°,00 de profondeur jusqu'au point T, -tel qu’en s’enfonçant verticalement suivant T t, ils ne puissent atteindre le talus de contrescarpe.

Quand cette première couche de 1”,00 d'épaisseur est

enlevée, ils en déblaient une seconde de la même épaisseur en prenant les mêmes précautions pour ménager les talus, c'est-à-dire laissant subsister des gradins de 0",66 et 0",50 environ de largeur. Ils continuent par couches successives de 1",06 de profondeur jusqu’au fond du fossé, les gradins de l’escarpe servant de lieu de dépôt.aux terres pour les élever successivement de relais en relais. Ils enlèvent ensuite les gradins de contrescarpe, puis ceux d’escarpe et recoupent les talus'suivant la pente.

Les remblais s'élèvent par couches horizontales de 0",25 d'épaisseur environ, régalées et damées; le talus de banquette est immédiatement réglé par des ouvriers nommés taluteurs, au moyen de cordeaux tendus sur les Jaties qui dessinent ce talus. Ces mêmes ouvriers font le revêtement du talus intérieur en même temps que le parapet est élevé, puis ils règlent à la fin le talus extérieur et la plongée.

Si le détachement est assez fort, d’autres hommes disposent les défenses accessoires : sinon on ne s’en occupe qu'après l’achèvement des terrassements.

Les fraises seules, s’il y en a, doivent être posées dans tous les cas avant l'achèvement de l'ouvrage; on monte le parapet en reculant le talus extérieur de 1",30 environ pour laisser l'emplacement nécessaire à la partie enterrée des pièces de bois que l’on met en place, et on achève l'ouvrage en donnant au parapet toute sen épaisseur. |

Comme le détail des opérations aura pu faire perdre de vue l’ordre suivant lequel on doit les exécuter, nous allons les résumer en quelques lignes :

Après avoir reconnu le terrain, le chef du détachement détermine la forme et la grandeur de l'ouvrage d’après la force de la garnison; il fait alors piqueter les crêtes, construire le plan de site, les différents profils nécessaires, c’està-dire deux par face, les intersections des faces et enfin les différents profils en talus. Pendant ce temps il détermine la largeur ou la profondeur du fossé, ainsi que la composition

et l'emplacement des ateliers; il divise alors les hommes, distribue les outils et fait commencer. le travail. En même temps on prépare et on pose les défenses accessoires.

Même quand une grande habitude permet de placer rapidement les profils, en admettant aussi, ce qui arrive presque toujours, que l’on mette les ouvriers à l’œuvre avant que le profilement ne soit complétement terminé, l'exécution régulière des ouvrages est toujours longue. Le temps de la construction dépend de celui employé par le premier pelleteur pour enlever la terre de l’atelier le plus chargé d’ouvrage, c'est-à-dire celui où la hauteur de crête est la plus grande : c’est donc l'atelier du saillant. Or, on sait par expérience qu'un homme à la tâche dans une journée de travail peut jeter 10®,000 de terre à 4°,00 de distance ou à 2",00 de hauteur, s’il est bon ouvrier; mais que s’il est peu habitué au travail, il en fera à peine la moitié, c'est-à-dire 5",000. Partant de cette donnée et du nombre de mètres cubes à enlever dans l'atelier le plus considérable, il sera facile de déduire le temps nécessaire à l’exécution de l'ouvrage; il ne faut guère moins que quatre ou cinq jours, à raison de dix heures de travail par jour, pour un ouvrage ordinaire.

Exécution des grands ouvrages. — Lorsque le commandant en chef veut faire construire d'importants ouvrages, il donne directement ses ordres au commandant du génie de l’armée, qui fait procéder au lever des terrains. Sur les plans on dresse un premier projet qui est soumis au général en chef, et d’après lequel on arrête les bases du projet définitif. Celuici est dessiné avec soin et en tous détails, en défilant les terre-pleins et banquettes par les procédés géométriques dont nous avons parlé, posant les traverses, barbeties, embrasures, magasins, défenses accessoires, etc. On rapporte alors sur le terrain, au moyen de la base qui a servi au lever, d’abord le tracé général, puis successivement tous les détails, que l’on profile avec des lattes comme pour un petit

ouvrage. Le fossé est tracé à la pioche suivant la largeur qui lui a été attribuée dans le projet à Ja suite d’un calcul dans lequel on a dû tenir compte du (oisonnement” déterminé par expérience.

- On fixe aussi à l’avance la position des ateliers et leur composition, ce qui permet de rassembler les outils nécessaires, et au moment de l'exécution de demander le nombre de travailleurs. Seulement ces calculs ne sont pas aussi simples que dans le cas d'un petit oùvrage. Pour avoir le nombre de piocheurs par atelier, on ne peut se contenter de déterminer à vue la qualité de la terre, il faut l’avoir par une expérience directe que voici : on prend un ou plusieurs hommes de force moyenne, et on les fait piocher pendant un certain temps f; ils ameublissent un certain volume V de terre, qu'il est inutile de mesurer. Les mêmes hommes enlèvent ensuite à la pelle ce même volume V de terre ameublie, et ils mettent un temps t’ pour le jeter à la distance de 4*,00 environ. Le volume de terre qu'ils eussent ameubli dans l'unité de temps eût été *, et >; celui qu’ils auraient enlevé dans le même temps. Si n représente le nombre de piocheurs qu’il faut adjoindre à un pelleteur pour que celui-ci ne chôme jamais, ou autrement dit le rapport du nombre de piocheurs au nombre de pelleteurs travaillant ensemble sans chômer, ñn ; représentera le volume ameubli dans l’unité de temps par # piockeurs, et enlevé dans le même temps par un pelleteur, lequel est aussi représenté par ;. On aura donc l'égalité :

d'où l’on tire :

La qualité de la terre est, d’après ce que nous avons dit,

égale à 1 + n. On déterminera donc d’une manière exacte

le nombre de piocheurs à adjoindre aux pelleteurs dans les ateliers.

D'un autre côté quand précédemment nous avons admis une composition unique et moyenne d'ateliers depuis le commencement jusqu’à la fin du travail, le nombre des pelleteurs était un peu trop grand au commencement, car il n'y a pas de relais verticaux, et un peu faible à la fin, car alors le nombre des relais verticaux est plus grand que la moyenne sans que celui des relais horizontaux ait sensiblement diminué. Cet inconvénient n’est pas grand pour des ouvrages de peu d'importance ayant de faibles reliefs et des fossés étroits et peu profonds; mais dans l’exécution des grands ouvrages il est inutile au commencement de demander plus de travailleurs qu’il ne faut et on ne doit pas à la fin les surcharger de travail. On divise alors la construction en deux ou trois époques pour chacune desquelles il faut calculer le nombre de travailleurs nécessaire.

On fait aussi à l’avance le calcul du temps que l'on doit employer pour exécuter les {errassements, préparer les défenses accessoires et les mettre en place.

Quand tous ces préparatifs sont faits, quand l'ouvrage est complétement profilé et les ateliers marqués, on se met au travail comme pour-un petit ouvrage. C’est alors que les officiers d’infanterie qui auront pu déjà aider à l’exécution du profilement devront diriger leurs travailleurs de manière à en tirer le meilleur parti possible, et rendront ainsi le grand service d'activer la construction de l'oavrage.

Page 1