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LA science de la guerre est tellement vaste , elle embrasse tant de connaissances diverses, qu'il a fallu la diviser en plusieurs sections, dont chacune est assez importante pour occuper des hommes spéciaux.
Néanmoins, il est nécessaire que tous les officiers puissent en saisir l’ensemble, et par suite qu'ils connaissent au moins les éléments des différentes branches de cette science. Cet ouvrage est destiné à offrir aux officiers d'infanterie et de cavalerie les notions de fortification dont ils peuvent avoir besoin dans le cours de leur carrière militaire. L'auteur a suivi, à peu de chose près, le programme de l’enseignement donné à l’École de Saint-Cyr.
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De toutes les définitions que l’on peut donner de la fortification, la plus générale et en même temps la plus juste est certainement la suivante :
La fortification est l'art d'organiser une position de telle sorte que le corps qui l'occupe puisse y résister sans désavantage à un corps de troupes plus considérable.
On voit de suite que cette science est d’un usage constant à la guerre, que l’on soit sur la défensive ou que l’on ait au contraire pris l'offensive. Dans le premier cas, la nécessité de la fortification est évidente, car l’état défensif implique presque toujours une infériorité à laquelle on ne peut remédier qu’en se fortifiant. Mais quand on prend l'offensive, ne faut-il pas protéger ses magasins et sa base d'opérations? Ne faut-il pas jalonner par de petits postes mis à l’abri d’une surprise, une ligne un peu trop étendue? C’est à la fortification qu’il en faudra demander les moyens. Et, à la veille même d’une bataille, ne conviendra-t-il pas souvent de renforcer le point sur lequel on prévoit que se porteront les efforts de l’ennemi? C’est encore à la science de l’ingénieur qu'il faudra s'adresser.
Cette rapide esquisse donne une idée des services que peut rendre la fortification et fait voir combien l’étude en est indispensable pour les officiers de toutes armes. Mais, dirat-on peut-être, c'est aux officiers chargés spécialement de l'étude de cette science, c’est aux ingénieurs militaires à indiquer les travaux qu’il convient de faire et à diriger leur exécution. Cela peut être vrai jusqu’à un certain point : mais encore faut-il que le général puisse juger par lui-même de l'ensemble des travaux à exécuter. En outre, pour l’attaque
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et la défense , il importe de connaître les propriétés des différents ouvrages. Souvent, d'ailleurs, un commandant de détachement est livré à lui-même et obligé d'organiser les défenses sans le secours d'officiers spéeiaux.
Puisque la fortification a pour but de permettre à une troupe de se maintenir dans une position malgré les efforts d’assaillants supérieurs en nombre, les moyens qu’elle pourra employer dépendront évidemment de la nature des attaques que les défenseurs auront à craindre. Dans l’état actuel de l’art de la guerre, ces attaques sont de deux sortes : l’assaillant cherche d’abord à atteindre le défenseur au moyen de projectiles qui diminuent sa force numérique déjà inférieure, ruinent ses moyens de défense et affaiblissent son moral; ensuite il vient l’attaquer corps à corps pour le chasser définitivement de la position. De là il résulte que toute fortification pour être complète doit réunir les deux propriétés suivantes : 1° abriter le défenseur et ses moyens de défense contre les projectiles ennemis; 2° présenter en avant de la position des obstacles tels qu'ils arrêtent l’assaillant, le maintiennent aussi longtemps que possible sous les feux du défenseur et rendent plus égales les chances d’un engagement à l'arme blanche.
Les obstacles opposés à l’assaillant ou à ses projectiles prennent le nom de jortifications, on peut les rencontrer dans la nature, ou les créer par le travail. De là deux grandes divisions dans la fortification : la fortification naturelle et la /ortfication artificielle.
La nature offre rarement le premier genre d’obstacles dont nous avons.parlé, celui destiné à arrêter les projectiles de
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l'ennemi; mais en revanche elle peut en offrir de nombreux à sa marche : ainsi une rivière que l’on met entre soi et l'ennemi devient une fortification naturelle ; il en est de même d’un ravin profond, d’un escarpement de roc, d’un marécage infranchissable, de bois plus ou moins épais; la mer est une fortification naturelle donnée à un Etat dont elle vient baigner les côtes.
La stratégie et la tactique font jouer un très-grand rôle à ces fortifications naturelles; mais l'ingénieur ne les emploie jamais seules ; il les combine avec les fortifications artificielles pour donner à la position fortifiée toute la valeur possible.
La fortification artificielle ou créée par la main des hommes porte plus simplement et d'une manière toute spéciale le nom de /ortification. Elle se subdivise en /ortification passagère et fortification permanenie, suivant le but qu’elle se propose d'atteindre.
Quand une position, par son emplacement géographique et topographique ou par les richesses qu’elle renferme, est d’une importance constante, on l’entoure de fortifications permanentes. Ce sera par exemple une ville frontière commandant des débouchés et des routes conduisant au cœur du pays et renfermant des établissements militaires considérables, ou bien un grand port militaire dont il faut mettre les approvisionnements à l'abri de toute attaque de l'ennemi : ce sera une capitale dont la perte entraînerait peut - être celle du pays, ou simplement une position isolée dans la montagne, barrant une gorge au fond de laquelle serpente la seule route qui permette l’entrée de l'ennemi.
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Alors les travaux de défense à exécuter sont étudiés longtemps à l'avance; on les construit pendant les loisirs de la paix, en employant toutes les ressources qu'offre l’art des ingénieurs et celui des constructeurs; on fait entrer comme matières premières dans ces constructions, la terre, le bois, la pierre, le fer, et l’on crée ainsi des places fortes, véritables sentinelles d’un état, le couvrant contre les incursions subites de l'ennemi, et qui mettent à l'abri la richesse générale et les richesses privées.
S'agit-il au contraire de fortifier un point dont l’importance momentanée dépend de la position respective des armées belligérantes ? faut-il couvrir un dépôt provisoire de vivres et de munitions, défendre des ponts militaires, renforcer son front au moment d’une bataille? alors on ne dispose que d'un temps très-court et de moyens très-restreints; il faut agir vite avec les hommes, les outils et les matériaux que l'on a sous la main : la terre, quelquefois le bois, seront les seules matières premières à employer, et les soldats les seuls ouvriers. On aura construit de la fortification passagère.
Si nous cherchons maintenant quelle différence existe entre les ouvrages de la fortification permanente et ceux de la fortification passagère , nous recennaîtrons qu’il n'y a pas de limite tranchée ; un ouvrage accessoire de la première pourra être moins fort qu’un ouvrage principal de la seconde. Cette différence ne consiste pas dans la nature des ouvrages, mais dans celle de la position à défendre, suivant qu’elle est d’une importance constante ou momentanée ; de plus, le degré de force de la fortification permanente est connu à l'avance et déterminé d’après l'importance du point fortifié; dans la