‹ Traite de fortificationChapitre 6 sur 99 · DÉFINITIONS. — PROFIL. —— NOMENCLATURE ET DISCUSSION DU PROFIL · texte numérisé non relu

DÉFINITIONS. — PROFIL. —— NOMENCLATURE ET DISCUSSION DU PROFIL

La fortification passagère est l’art d'organiser une position d’une importance momentanée, de manière qu'elle puisse être défendue par des forces inférieures aux forces assaillantes, en tenant compte d’ailleurs, dans cette organisation, du temps et des moyens restreints dont on peut disposer. Les ouvrages exécutés reçoivent en général le nom de retranchements.

Toute forüfication doit réunir, pour être complète, les deux conditions suivantes : en premier lieu, intercepter les projectiles de l’assaillant ; en second lieu, arrêter l’assaillant lui-même, et l'empêcher d'arriver jusqu’au défenseur pour l’attaquer à l’arme blanche.

Voici comment-on obtient ces résultats :

On creuse un fossé suffisamment large et profond, qui doit servir d’obstacle à l’assaillant pour l’empécher d’arriver jusqu’au défenseur ; les terres tirées du fossé et rejetées vers l'intérieur forment une masse couvrante d'une certaine épaisseur , destinée à arrêter les projectiles, et qui a de plus la propriété d'augmenter l’obstacle. Cette masse couvrante porte le nom de parapet.

Ainsi donc un parapet, un fossé en avant forment un retranchement complet. La portion de terre excavée se nomme le déblai; le parapet porte. le nom de remblai. Le déblai comme le remblai doivent avoir des formes nettement défnies, tant pour la facilité des constructions que pour remplir les conditions d’une bonne défense. On les limite habituellement par des surfaces plañes auxquelles on donne le nom de talus quand elles sont inclinées. Un retranchement prend le nom d'ouvrage de fortfication, ou plus simplement d'ouvrage.

L'ensemble du parapet et du fossé prolongés en ligne droite sur une certaine longueur forment une face d'ouvrage. Un ouvrage est en général formé de plusieurs faces faisant entre elles des angles différents. Ces angles sont saillants si leurs sommets sont tournés vers l'extérieur ; on dit alors que les dèux faces forment un sai{lant de l'ouvrage : si le sonimet est au contraire tourné vers l’intérieur, les deux faces forment entre elles un angle rentrant, ou plus simplement un rentrant de l'ouvrage.

Lorsque le retranchement est construit sur un terrain horizontal indéfiniment prolongé, et c’est ce que nous supposerons toujours dans les preiniers chapitres, la hauteur générale du parapet au dessus du sot, de laquelle dépend la sécurité du défenseur, est constante (1), et il n’y a aucune

(1) Ce n’est pas toujours vrai, et en terrain horizontal on incline quelquefois les crêtes pour diminuer les effets du tir à ricochet.

DÉFINITIONS.—— PROPIL. 5

raison pour changer la largeur ni la profondeur du fossé. ]1 en résulte qu’en tous les points du développement d'une face le retranchement doit avoir la même forme ; l'intersection de cette face par un plan vertical perpendiculaire à sa direction générale est donc .une figure constante en quelque point que ce plan soit mené, et cette figure donne la forme de l'ouvrage : elle porte le nom de profil droit. Le profil serait oblique si le plan, tout en restant vertical, n'était pas perpendiculaire à la direction générale de la face. Enfin, on le nommerait profil en talus, s'il n’était pas vertical, quelle que fût d’ailleurs sa direction par rapport à celle de la face de l’ouvrage.

La connaissance du profil droit entraîne donc la connaissance de la forme générale de l’ouvrage, quand cette forme est constante en ses différents points. Chaque partie, déblai ou rermblai, peut être considérée comme un prisme à arêtes horizontales, engendré par la surface du profil se mouvant parallèlement à elle-même, suivant la direction générale de la face ; le profil est une section droite du prisme.

La figure 1 de la planche }"° donne la forme générale d’un profil droit. ABCDEF est le remblai ou parapet; GHLM est le déblai ou le fossé ; A M est la ligne du sol horizontal. Nous allons donner la nomenclature des différéntes parties du profil, et nous indiquerons en même temps les dimensions ou les pentes de ces mêmes parties, en commençant par le remblai.

Le point D est l'intersection du plan de profil avec l’arête la plus élevée du prisme de remblai. Cette arête, que l’on appelle créte intérieure , a reçu aussi le nom de Zgne de feu, parce que les défenseurs font feu par dessus. C’est la ligne la plus élevée de la fortification, celle qui abrite les défenseurs contre les projectiles. Sa hauteur au dessus du sol dépend donc de l'élévation de l'objet à couvrir et de celle que l’assaillant peut donner à son arme; or, on admet qu’un fantassin en épaulant ne porte pas son arme à une hauteur

supérieure à 1°,56 , et un cavalier à 2*,00 au plus; on admet aussi qu'il suffit, pour que les fantassins soient couverts, que les projectiles passent à 2",00 au dessus du sol, et à 2°,50 pour couvrir des cavaliers. 11 résulte de là que le minimum de hauteur de la crête intérieure au dessus du sol sera de 2",00 pour couvrir l'infanterie, et de 2",50 pour couvrir la cavalerie. Ce sont les deux hauteurs que l'on adopte en terrain horizontal.

En avant de la-crête intérieure est un talus DE auquel on donne le nom de plongée, sur lequel les fusiliers appuient leurs armes pour diriger le tir. Il doit être assez incliné pour que les projectiles du défenseur arrivent au plus à 0,50 au dessus du point M, bord extérieur du fossé ; cependant on a dû limiter sa pente à 4 de base pour 1 de hauteur, afin de ne pas trop diminuer l’angle formé par la plongée et le talus en arrière; sans cette précaution, un projectile frappant la plongée n'éprouverait pas une résistance suffisante. -

En avant de la plongée se trouve un talus EF, suivant lequel se soutiennent les terres du parapet, et auquel on donne le nom de falus extérieur. Ce talus doit être ‘assez doux pour ne pas trop se dégrader sous l’action des projectiles ennemis qui viendront s’y arrêter, et cependant suffsamment raide pour offrir un obstacle à l’assaillant lorsqu'il voudra le gravir. Or, on a remarqué que les terres ameublies se soutenaient toujours pour la même qualité sous Îe même talus, nommé falus naturel des terres. C'est la pente que l’on donne au talus extérieur ; si on le tenait plus doux, l'escalade serait trop facile, et si on le raidissait davantage, il faudrait employer, pour le soutenir, des moyens artificiels qui seraient facilement détruits par l'artillerie ennemie, les terres reprendraient leur pente naturelle, et l'obstacle opposé aux projectiles ne serait plus suffisant. Le talus naturel des terres moyennes est de 1 de base pour 1 de hauteur ; il est plus raide pour les terres fortes, plus doux pour les terres légères ou sablonneuses.

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