CHAPITRE VI
ATTAQUE ET DÉFENSE DES OUVRAGES DÉTACHÉS, DES OUVRAGES AVANCÉS ET DES DEHORS, — DÉFENSE PAR LES EAUX.
Dans les deux précédents chapitres nous. n’avons tenu aucun compte des. ouvrages accessoires que l'assiégé peut avoir à sa disposition sur les fronts d’attaque ou sur les fronts voisins; voyons quelle influence ils auront sur l'attaque et sur la défense. |
Nous avons dit dans la deuxième partie que ces ouvrages étaient classés. en trois catégories : les ouvrages détachés, ou qui ne sont point soutenus du canon de la place; les ouvrages avancés situés hors des glacis, mais flanqués par les ouvrages intérieurs; enfin les dehors qui. sont tous les ouvrages compris sous la même contrescarpe et à l’intérieur des chemins couverts. Nous allons nous en. occuper succes- ” sivement et dans l’ordre suivant lequel l’assiégeant Jes rencontrera. | |
Les ouvrages détachés sont des. forts plus ou moins considérables fermés de tous côtés et défendus par üne garnison à part, mais qui se maintient en relation avec celle de la place dont elle dépend, car il n’est pas probable que l’assiégeant puisse les investir; la partie du corps d’investissement située entre le fort et la ville serait trop compromise.
Ces forts auront pour premier avantage celui de forcer l'ennemi à reculer considérablement ses lignes de circonvallation et de contrevallation dont la grande étendue exige d’abord plus de travail et ensuite des gardes plus nombreuses ; l’armée de siége sera donc plus faible en tous ses points. En outre, il faut qu'elle se rende maîtresse de un ou deux de ces forts pour parvenir à la ville. On tentera peutêtre de s’en emparer par un coup de main, suivant les différents moyens que nous avons indiqués, par surprise, escalade, attaque de vive force, etc.; nous n'avons rien de nouveau à dire sur leur emploi. Mais si l'assiégeant échoue dans cette entreprise, il faut qu’il déploie contre ces ouvrages des attaques régulières, suivant la marche indiquée au chapitre IV. Seulement elles avancent plus rapidement devant une fortification munie de moins de ressources. On ouvre la tranchée plus près; on continue plus ‘longtemps la sape volante; les actions de vigueur ont plus de chances de réussite ; le chemin couvert qui n’est soutenu par aucun dehors se couronne de vive force; une fois la brèche ouverte, on ne sera peut-être pas obligé de donner l'assaut, s'il n'existe ñi retranchement intérieur , ni réduit : le gouverneur préférèra conserver la garnison pour la défense rapprochée, plutôt que de l’exposer à être passée par les armes après une résistance inégale. Il n’y a donc à construire ni descente, ni passage de fossé; on se contente de renverser la contrescarpe avec une mine pour arriver à la brèche et donner l'assaut, si-on y est contraint. Mais s’il y a un réduit qui puisse servir de retraite à la garnison, comme par exemple une tour dans un fort. construit suivant le système allemand , après s'être emparé, de la brèche, on la couronne et on y place une batterie pour ruiner les maçonneries de la tour, que l’on attaque de vive force à la manière ordinaire, si l’assiégé a la téménité de vouloir y résister.
Le mode d'attaque de ces forts, que nous venons de décrire succinctement , donne la mesure de la défense que
l'assiégé peut y faire. 11 faut d’abord que l’ouvrage soit muni de tous les approvisionnements nécessaires ; sa. garnison, calculée d’après la fortification, est mise sous les ordres d'un commandant particulier dépendant du gouverneur qui choisit un homme ferme cet intelligent, comprenant bien l'importance du rôle qu’on lui confie. L’attention de ce commandant particulier se porte, dans le principe, vers les attaques irrégulières, desquelles il est possible que l'ennemi veuille se servir ; les précautions qu’il doit prendre sont indiquées plus haut. Mais, s’il est attaqué régulièrement, il arrête ou ralentit les progrès de l’attaque par des feux, jusqu’au moment du couronnement des chemins couverts. Contre ce couronnement ,.il fait usage des feux, des sorties et des fourneaux de mine.'1l a construit, en arrière de la brèche, un retranchement intérieur, afin de pouvoir soutenir.l’assaut ; enfin, s’il est obligé d’évacuer l'ouvrage, en le quittant -il le, bouleverse par des fourneaux de mine, de manière que l’ennemi n’y trouve qu’un monceau de ruines dans lesquelles À ne puisse s'établir. On le voit, nous n’avons fait ici qu'appliquer des principes déjà connus. |
Occupons-nous maintenant des ouvrages avancés, et principalement des lunettes qui sont sur le terrain des attaques ou qui prennent ce terrain à revers, .et dont il faut, par conséquent, se rendre maître. Rarement l’assiégeant recule à cause d’elles sa première parallèle, qui est distante de leurs saillants de 450",00 environ ; si leur feu était trop redoutable pour les travailleurs, on exécuterait une partie du travail à la sape volante, au lieu d'employer la tranchée simple. En avant de cette première parallèle, on établit des batteries pour ricocher et contrebattre les faces des lunettes: sous leur protection, on continue les cheminements, élevant d’abord une deuxième parallèle qui est encore à près de 200",00 de ces ouvrages, puis une troisièmé qui les embrasse tous en passant aux pieds de leurs glacis.
Si ces ouvrages sont médiocrement organisés, si leurs
hauteurs d’escarpe et de gorge sont faibles, on peut chercher à les enlever de vive force en débouchant de la troi- ‘sième pérallële. Trois colonnes sont destinées à attaquer chaque lunette ; deux sont dirigées $ur l’escarpe et escaladent les faces au moyen d’échelles ; la troisième se porte rapidement à la gorge pour l’escalader aussi et couper la retraite au défenseur; uñe quatrième colonne, composée de travailleurs et conduite par des officiers du génie, établit en même temps üne sape volante située à la gorge et venant se réunir à la troisième paralièle, qu’elle remplace ensuite.
Mais, si l'ouvrage est muni d’escarpe et de contrescarpe, si sa gorge est à l'abri d’une surprise, si les fossés sont pleins d’eau , il faut l’attaquer dans les règles en cheminant sur les glacis, couronnant de vive force les crêtes des chemins couverts, établissant une batterie de brèche contre l’escarpe, une descente et un passage de fossé, et enfin donnant l'assaut, qui est presque toujéurs combiné avec une attaque de vive force dirigée sur la gorge. Une fois maître de l'ouvrage, on chemine -sur son {erre-plein, on couronne sa gorge-ct on transforme ce couronnement en balteries très-bien placées à cause de leur élévation.
Pour recevoir de ces ouvrages tout le secours qu’il en attend, le gouverneur doit les organiser à l’avance ; les chemins couverts sont palissadés et des mines disposées sous les glacis; le fond du fossé est garni de défenses accessoires, pour éviter une attaque de vive force, et la gorge munie de palanques si elle n’est pas assèz élevée. La double caponnière qui sert à la communication est palissadée aussi. Enfin, si l'intérieur n’a pas de réduit- permanent, on y construit un blockhaus ou au moins un tambour en palanques. De plus, l'ouvrage est garni d'artillerie, garantie du- ricochet par des traverses ; quelques blindages intérieurs abritent la garnison contre les feux verticaux. Les hommes sont généralement relevés toutes les vingt-quatre heures pour ne pas trop les fatiguer, mais on conserve habituellement le com-
mandement au même officier, qui se tient mieux au courant des ressources de la défense, Les ouvrages de la place qui flanquent les fossés des lunettes sont armés et prêts à faire feu.
Si, malgré la connaissance de. tous ces obstacles, l’ennemi tenté une attaque de vive force, il est probable qu'il échouera, surtout si le gouverneur fait en même temps une sortie contre ses colonnes ; il en revient alors à l'attaque méthodique. Le défenseur a pour lui les feux de la lunette et des ouvrages en arrière, puis les mines préparées à l’avance et les retours offensifs contre les couronnements de vive force. Au moment de l'assaut, il. peut se maintenir de pied ferme, protégé par le réduit, qui permet en même temps au gouverneur de faire de nombreux retours offensifs ; en abandonnant définitivement l'ouvrage, on bouleverse son terre-plein par l'explosion de fourneaux de mine.
Quelquefois toutes les lunettes sont reliées par un avantchemin couvert précédant un fossé : l'attaque et la défense sont toujours les mêmes. La troisième- parallèle s'arrête au pied des avant-glacis ; les avant-chemins couverts-sont couronnés de ‘vive force ; car ils sont moins bien protégés que ceux de la place ; l’assiégeant exécute ensuite un certain nombre de passages sur les avant-fossés, opération peu difficile à celte distance ; il fait brèche et donne l'assaut aux lunettes. Leurs gorges sont réunies par une quatrième parallèle, de laquelle il part, comme il faisait. de la troisième dans le cas général.
Quand de pareils ouvrages n'existent pas sur les fronts attaqués ou sur les fronts voisins, que cependant la garnison est nombreuse et capable de se porter au-devant de l’assiégeant , le gouverneur peut faire construire aux pieds des glacis de petits ouvrages en terre qui seront très-utiles. Ces petits ouvrages ne se mettent généralement pas vis-à-vis du point d'attaque, mais sur les côtés, en avant des fronts voisins ; ainsi placés, ils voient à revers les ouvrages de l’assié-
geant, qui, pour s’en débarrasser et en chasser l'ennemi définitivement, doit étendre beaucoup ses travaux, d’où résulte pour lui perte de temps et d'hommes. On trace ces ouvrages en forme de redans ou de lunettes, ce qui leur a fait donnèr le nom de flêches ; lèur emplacement est-en capitale des bastions ou des demi-lunes, aux pieds des glacis, leurs fossés ftanqués par les chemins couverts ; il ne faut pas les avancer davantage, de peur qu’ils né soient mal soutenus par les ouvrages de la place, à moins que l’on ne puisse en construire en arrière, pour protéger Îes plus avancés, et avoir ainsi une série d'ouvrages se soutenant mutuellement et défendus en dernière analyse.par les ouvrages permanents. Le profil varie nécessairement, suivant l'importance de l'ouvrage, le nombre de ses défenseurs et surtoul suivant le temps dont on dispose pour l’exécuter. S'il est possible, on adopte le profil ordinaire de la fortification passagère avec un glacis précédé d’un chemin couvert en avant du fossé ; sinon, on se contente de l’un des profils indiqués pour la fortüification à exécution rapide dans la première partie, ou même d’un simple profil de trânchée à la sape. Une double caponnière, enfoncée de 1",00 dans le sol des glacis et se rendant aux chemins couverts, sert de communication ; Son profil est souvent celui d’une sape double ; elle doit être enfilée par les feux des ouvrages en arrière. Pour que ces retranchements passagers ne puissent être enlevés de vive force.sans grande perte pour l’assiégeant, on y accumule les défenses accessoires : des palissades sont plantées au pied du talus intérieur, dans le fond du fossé, au pied du talus intérieur du glacis, à la gorge et le long de la communication ; on fraise les bermes, on parsème de chausse-trapes le fond du fossé et les glacis ; sous ces der- ‘niers, on dispose, à une certaine profondeur, des fourneaux dé mine, et, à 1",00 seulement au-dessous de leurs surfaces, des bombes sont enterrées, isolées ou réunies par quatre dans des caisses. L'ouvrage ne serait pas complet
sans un réduit : c'est’ le plus souvent un-blockhaus dont les parois sont abritées du boulet par les terrassements en avant, .et qui est garanti des bombes par uno toiture recouverte de terre. Faute de temps ou.de matériaux, on remplace le blockhaus par un simple tambour en palanques.
Parlons maintenant de -l’attaque et de la défense de ces ouvrages. L’assiégeant qui par suite de leur existence sur les fronts voisins de ceux attaqués, a été obligé: d'étendre ses travaux à droite et à gauche, est arrivé jusqu’à la construction des demi-places d'armes sans éprouver. de retards; il a dirigé contre ces ouvrages le feu d’une ou de plusieurs de ses batteries de canons et de mortiers pour ruiner les défenses accessoires, écréter les parapets, enfoncer le réduit, etc. Si les flèches sont fortement organisées, peut-être serat-il obligé de réunirsesdemi-places d’armes pour en formerune troisième parallèle passant à 30 ou 40°,00 de leurssaillants; il l'élaergit, y dispose quelques pierriers pour accabler les défenseurs de grenades et de pierres, et garnit les crêtes de gradins de franchissement. Il exécute ensuite de la manière suivante l'attaque de vive-force : trois colonnes précédées de petits détachements de sapeurs pour briser les obstacles s'élancent ensemble. de la tranchée environ une demi-heure avant la chute du jour, ou un peu avant suivant la durée présumable du combat; une se porte vers le saillant, les deux autres vers la droite et la gauche près de la gorge pour tâcher de pénétrer par ce point faible ; la force dé ces colonnes est calculée d’après le chiffre présumé des ‘défenseurs:; Cormontaingne recommande de ne point l’exagérer de peur d'exposer inutilement des ‘hommes au feu de la place. Une réserve -considérable se tient dans la tranchée, prête à les soutenir. L'attaque se conduit du reste comme celle d’un ouvrage de campagne, sauf une plus grande énergie à déployer de part et d'autre, à cause des moyens de résistance du défenseur.
Aussitôt que celui-ci est chassé de l'ouvrage, des tra-
vaiHeurs avec leurs outils, munis dé gabions, fascines, sacs à terre, etc., conduits pèr des officiers du génie ét protégés par lés combattants, élèvent une gabionnade à la gorge pour se garantir contre Îles retours offensifs, renversent dans le fossé une partie du parapet, se font un épaulemient du reste et exécutent en même temps à la sape volante une communication avec la troisième parallèle. Ces logements servent de point de depart et de soutien pour la construction d’une quatrième place d’armes longeant le pied des glaeis et remplaçant la troisième parallèle d’une attaque ordinaire.
Voici maintenant quel est le rôle de ces ouvrages dans la défense. D'abord dans le commencement du siége, on peut y disposer quelque artälerie légère qui prend les tranchées d'écharpe et force l’assiégeant à écarter de la place leur direction ; le feu de mousqueterie partant du même puint l'oblige probablement aussi à se servir plutôt-de la sape pleiné et amène par conséquent de nouveaux retards. Mais l'utilité de ces ouvrages sé fait sentir surtout au moment de la défense rapprochée qui doit être très-opiniâlre si le défenseur sait tirer parti de toutes les ressources que hous avons indiquées. :
Au moment où les colonnes assiégeantes débouthent de la tranchée, il les accueille par un feu vif partant de l’ouvrage attaqué et de ceux qui le flanquent; pendant que l’ennemi renverse les défenses accessoires, on l’accable de grenades et on fait partir les bombes enterrées; les explosions seron{ suivies de sorties partant des chemins couverts voisins et tombant sur le flanc de* ces colonnes déjà mises en désordre par les feux et les explosions. On les refoule sans les poursuivre et on rentre rapidement dans les ouvrages pour laisser agir les feux. Si l’ennémi tient bon, si des secours lui arrivent, on fait jouer les mines au moment où il est rasæmblé au-dessus des fourneaux ; l’effet qu’elles produiront pourra conduire encore à tenter d’autres retours offensifs. On n’abandonne l'ouvrage qu'après avoir épuisé tous
ces moyens successifs de défense, $e maintenant dans le réduit sous la protection duquel on peut encore essayer de regagner le’ terrain perdu; on répare alors rapidement le parapet et les défenses accessoires pour être en mesure de soutenir de nouvelles attaques. Mais si les retours offensifs ne réussissent pas, le défenseur abandonne le réduit, et bouleverse le terrain par le jeu de. quelque gros fourneau qui détruit le logement de l’assiégeant.et renverse le blockhaus. On a vu de pareils ouvrages, pris et repris plusieurs fois; ne céder enfin qu’au bout de trois ou quatre jours après avoir fait éprouver à l'assiégeant des pertes considérables.
Dans la défense de Sébastopol, les Russes mettant à profit leur force numérique, leur habileté dans les travaux de terrassement et l’espace considérable qui les séparait de nous, vinrent occuper en avant de leur première position une seconde ligne de défense composée d'ouvrages analogues à ceux dont nous venons de parler, mais encore plus fortement organisés ; et surtout armés d’une artillerie formidable. On sait ce que coûta aux armées alliées la prise -des ouvrages blancs, du mamelon vert, de la redoute des carrières, des ouvrages du cimetière, etc.
Les lignes de contre-approche sont des travaux de sape exécutés par le défenseur pour se ‘porter en avant sur les flancs de l’assiégeant et prendre ses tranchées à revers. Généralement mal soutenus parce qu’ils s’'éboignent trop de la place, ces travaux ne sont approuvés par les bons auteurs et en particulier par Vauban que dans certains cas où l’ennemi ne peut les attaquer facilement, par exemple dans le cas où:les travaux de siége s'appuient à üne rivière : l’assiégé s’il est maître de l’autre rive’peut y ccnduire une de ces lignes qui prend des revers sur les travaux exéeutés de l’autre côté : on les emploie encore avec avantage sur une digue entourée d’eau ou de marécages que l'assiégeant ne peut attaquer que de front.
Nous avons peu de choses à dire sur l'éttaque et la défense
des ouvrages avancés, tels qu'ouvrages à corne, à couronne simple ou double couvrant un faubourg ou des parties faibles de a, ville. Ce sont des fronts bastionnés contre lesquels il faut employer les mêmes moyens que ceux dont on se sert contre les fronts de la place. On chemine ensuite sur leurs terre-pleins pour. venir attaquer les ouvrages en arrière. Nous remarquerons seulement que l'assiégeant trouve d’excellents lieux de rassemblement ou places d'armes dans leurs fossés.
. Si ces ouvrages deviennent des dehors, c’est-à-dire s’ils sont enveloppés par la même contrescarpe que le corps de place, on les attaque toujours de la même manière, mais il survient pour le défenseur de graves inconvénients : l’assiégeant peut, à travers les fossés des branches de ces ouvrages et au moyen des contre-batteries placées dans le couronnement de leurs chemins couverts, faire brëche de loin aux bastions ou demi-lunes qui les flanquent; de sorte que s’il s’agit de bastions non retranchés, et si les fossés sont secs, la place se trouve ouverte et exposée à quelques tentatives d'attaque de vive force longtemps avant l'achèvement des travaux ordinaires. |
L'attaque des contre-gardes placées en avant des bastions se conduit comme l'attaque de ceux-ci; une fois maître de la contre-garde, ïl faut. couronner sa gorge et y construire des batteries pour faire brèche au bastion : on sait toutes les difficultés qui se présentent alors. On peut essayer de raser la: contre-garde par l'explosion d’un gros fourneau de mine placé. dans le massif: vis-à-vis la batterie qui lui a fait brèche, et qui sert encore pour ouvrir le bastion. Il'n’y a rien à dire de particulier sur la défense de ces différents ouvrages.
Une des meilleures méthodes pour résister ai un couronnement de vive force consiste à construire dans les places d'armes saillantes un réduit embrassant l'escalier qui se trouve souvent à l’arrondissement de contrescarpe. Il se
compose d’un-tarhbour en palanques ayant ses parois formées de deux épaisseurs de corps d’arbre pour mieux résister à l'artillerie. On le met à l’épreuvre au moins des pierres et des grenades en le recouvrant comme les blockhaus ordinaires. Sous sa protection, l’assiégé se maintient dans la place d'armes , arrête les couronnements de vive force, et l’assiégeant n’a souvent d’autre ressource contre ce genre d'ouvrages que celle de l’enlever par un fourneau de mine placé. à l'extrémité d’un rameau partant des cheminements sur le glacis. |
Occupons-nous maintenant de la manière dont le gouverneur doit employer les eaux dans la défense, en supposant que tous les moyens dont nous avons parlé dans la deuxième partie sont à sa disposition. Son premier soin sera de tendre les inondations assez tôt pour qu’elles aient le temps de se produire. Quand elles sont supérieures et sûres. il n’a rien autre chose à faire qu’à blinder avec soin les écluses qui retiennent l’eau pour que les bombes ennemies ne les détruisent pas; mais quand elles sont retenues seulement par des digues en terre que l’ennemi peut coupér, il faut armer d'artillerié les ouvrages qui défendent ces digues et faire exercer une-surveillance active sur tout leur développement au moyen de:patrouilles qui circulent continuellement à leur partie supérieure pendant la nuit. En outre des bateaux sont préparés pour porter des troupes à tous les points attaqués, et des matériaux, comme fascines, gazons, sacs à terre, sont disposés.en différents endroits pour réparer les avaries causées aux digues par l'artillerie.
Pendant l'investissement, il faut tenir de l’eau dans les fossés pour donner de la sécurité à la place ; on l’y conserve pendant toute la durée du siége, excepté dévant la partie attaquée. De cette manière on diminue beaucoup le service d’une garnison déjà si fatiguée par d’autres travaux : car il n'est pas besoin de faire aussi bonne garde sur les remparts, les surprises et tentatives d’escalade étant peu à craindre.
Nous avons dit que les fossés des fronts attaqués devaient rester secs : c’est afn d’avoir toujours de ce côté de libres communications, de pouvoir y préparer les rassemblements de troupes, et aussi afin de pouvoir employér les sorties à leur défense, 11 faut pour cela que les fossés soient séparés de: distance en distance par des bâtardeaux, entre lesquels se trouvent autant de bassins indépendants les uns des autres, et que l’on peut vider ou remplir à volonté. Ces bâtardeaux et leurs écluses doivent être blindés.
Si l'ennemi ignore que l’on peut mettre de l’eau dans le fossé, ce qui est peu probable à vrai dire, on lui laisse commencer son passage de fossé. sec, arrêtant le travail par les chicanes ordinaires, petites sorties, etc.; quand i a vaincu toùtes ces difficultés, au moment où il touche au pied de la brèche, on'inonde ses travaux et il est obligé de recommencer le passage, peut-être même la descente qui arrive trop bas. On retire- aussitôt les eaux, comme nous l'avons indiqué dans la: deuxième partie, en fermant les écluses d’amont et en ouvrant celles d'aval , et on contrarie ces nouveaux travaux par d’autres sorties. Enfin, quand ils sont sur le point d’être terminés, le défenseur ouvre toutes les écluses, tant d'amont que d’aval ; l’eau s'élance avec farce par les premières, et dans sa course rapide elle entraîne la digue servant de passage ainsi que les terres amoncelées au pied de la brèche : c’est ce qui.s'appelle, nous le savons déjà, donner une chasse. Une fois.le passage emporté ét la brèche déblayée , on arrête le courant en fermant les écluses d'amont, et on laisse celles en aval ouvertes pour le complet écoulement de l’eau.
- L’assiégeant sera d’abord, obligé de recommencer son tir en brèche sur un point plus bas de l’escarpe, ce qui peut lui occasionner de grandes difficultés à cause de l’inclinaison à donner au fond des embrasures; puis il reconstruit son passage que de nouvelles chasses lui enlèveront tant qu'il ne sera pas suffisamment solide. Le bassin supérieur d'inonde-
tion est probablement assez vaste pour fournir toute la quantité d'eau necessaire. | |
Au moment de l'assaut, les fossés des fronts attaqués sont tenus sans eau, pour faciliter les retours offensifs. Les autres sont toujours remplis afin d'éviter les tentatives de surprise. L
Ces manœuvres dont nous venons de donner une description générale se font également pour la défense des demilunes et celle des bastions.