QUATRIÈME SECTION
Plus l’assiégeant se rapproche des fortifications, plus il faut que le défenseur mette d'énergie dans l'emploi des deux principaux moyens de défense-dont nous venons de parler, à savoir les feux, tant d’artillerie que de mousqueterie, et les sorties; il faut ajouter aussi que la position de l'assiégeant devient de plus en plus aventurée ; il s'éloigne de ses gardes, d’enveloppant il devient-enveloppé, une partie de ses batteries est masquée par l'existence de la troisième parallèle : c'est donc pour l'assiégé le moment de redoubler d'efforts pour arrêter l'avancement des travaux qui se dirigent d’abord
comme nous le savons sur le-saillant des chemins couverts de la demi-lune. Il sera surtout important d'empêcher la construction des cavaliers de tranchée : c’est en effet avec leur aide que l’assiégeant compte arriver à exécuter le couronnement pied à pied, bien préférable pour lui à un couronnement à la sape volante élevé à la suite d’une action de vive force. Or c’est bien ieï le eas de mettre en pratique un principe d'ün usage constant à la guerre, de toujours vouloir le contraire de ce que veut son ennemi; l’assiégé a donc un immense intérêt à forcer celui-ci au couronnement de vive force , et il faut d’abord pour cela empêcher la construction des cavaliers de tranchée , ou au moins les détruire après leur exécution.
Pour arriver à ce résultat, l’assiégé doit d'abord 5e se maintenir en nombre dans les chemins. couverts et les ouvrages en arrière; il construit le long des parapets et dans les ouvrages attaqués de petits abris blindés, afin de ne pas être accablé par les bombes, les grenades et les pierres; ces abris creusés dans les talus sont recouverts de fortes pièces de bois, puis de fascines et de terre; ils reçoivent toute la portion de la garde qui n’est pas employée aux feux.
Ces troupes sillonneht les glacis de feux de mousqueterie mêlés aux feux d'artillerie des parapets ; elles les interrompernit de temps à autre pour-permettre aux sorties de tomber à l'improviste sur les travaux : ces sorties plus ou moins fortes partent de points quelconques des chemins couverts au moyen des petits escaliers en bois dont mous avons parlé. Si lés feux et les sorties ne peuvent empêcher la construction des cavaliers, des fourneaux de mine préparés à l'avance les font sauter une ou même deux fois. Entravés par cétte résistance , les travaux de l’assiégeant r’avancent plus, il est obligé d'en venir à une attaque de vive force; on s’en aperçoit lorsqu’au lieu d'avancer ï élargit et perfectionne sa troisième place d'armes et y rassemble les matériaux nécessaires ; on prépare tout pour la résistance,
Rien de plus complet à ce sujet que les prescriptions données par Vauban, que nous allons copier presque textuellement. En thèse générale, il faut bien se garder de soutenir une pareille attaque de pied ferme, car le défenseur n’est jamais assez fort paur se maintenir, et on expose inutilement des hoinmes dont l’existénce est précieuse pour là défense. Au lieu de laisser dans les chemins couverts une ferce considérable pour repousser les assaillants, ôn en réduit la‘garnison aussitôt que l’on: s'aperçoit de l'intention où est l'ennemi de l’attaquer d’entbléé. 1! suffit de laisser dans chaque place d'armes saillante 20 hommes commandés par un lieutenant, et 10-en arrière de chaque traverse sous le commandement d’un sergent. On maintient au contraire 150 ou 200 hommes dans les places d’armes rentrantes et leurs réduits, avec de -bonnes réserves en-arrière des tenailles pour arrêter l'ennemi s’il tentait, ce qui n'est pas probable, un couronnement général, ou du moins pour faire des retours offensifs.
- Pour que les défenseurs du chemin coùvert puissent rapidement disparaître devant des forces supérieures, en laissant agir les feux en arrière, on prépare sur le bord de la contrescarpe.un petit. chemin dont le profil est-donné à la planche XXXI, figure 4, et qui passe derrière les traverses (1) : il a Ja forme d’une tranchée simple ou faite à la sape volante; les terres retirées de l’excavation forment parapet et sont dressées en glacis à leur partie supérieure, pour être battues des ouvrages en arrière. C’est dans ce petit chemin ‘que la garde se retire d’abord pour se rendre ensuite dans la place d'armes.
L’artillerie de tous les ouvrages en:arrière est prête à faire feu et bien approvisionnée de mitraille et de boulets; tous les points des crêtes non occupés par l'artillerie le sont par des tiraiHeurs,
(1 ) Il y auñait peut-être économie à l'exécuter en construisant la fortifivation.
Au moment où les colonnes débouehent de la troisième parallèle, les défenseurs. des places d'armes saillantes se réunissent , font leur décharge d'aussi près que possible et disparaissent par le pelit chemin dont nous venons de parler. Aussitôt, à un signal doûné, on fait feu de toutes parts sur le terrain accupé par les travailleurs et les combattants ; la mitraille, les boulets, les bombes, les obus, les grenades, les balles se croisent en tous sens sur ce point; des balles à-feu, des fusées à parachute éclairent la scène. Ce feu terrible doit durer deux ou-trois heures ; puis quand on suppose les pertes de l’assiégeant assez nombreuses pour le décourager, on tente-un retour offensif précédé, s’il est possible, du jeu de quelque mine. Les colonnes partent des places d'armes rentrantes pour. attaquer les travaux en flanc pendant que les défenseurs du chemin couvert y rentrent par le petit chemin susdit et prennent ces travaux de face : un signal convenu a, bien entendu, fait cesser tous les feux. Peut-être réussira-ton à chasser l'ennemi, auquel] cas quelque travailleurs venus à la suite des colonnes entassent les gabions, y mettent le feu et emportent-les outils pendant que la garde des chemins couverts reprend son poste; mais si les réserves envoyées successivement par l’assiégeant ont le dessus, on se retire en les laissant exposées à tous les feux dont nous parlions tout à l'heure qui ont repris à un autre signal avec toute l’activité possible. Au jour le travail ainsi interrompu sera peu avancé, les travailleurs seront mal abrités dans ces logements impärfaits, et les feux de la place arrêteront le travail en faisant éprouver à l’assiégeant de nouvelles pertes.
Ce mode de défense des chemins couverts fut adopté à ‘ Lille en 1708 par M. de Boufflers. Les alliés employèrent 10,000 hommes aux couronnements ; ilsne purent couronner que les saillants et encore au moyen de logements imparfaits, et ils eurent 6,000 hommes hors de eombâät. dont 2 000 tués:
Soit pied à pied , soit de vive force, les. places d'armes
saillantes des demi-lunes sont couronnées; l'assiégé se maintient en arrière des premières traverses, n’y laissant, il est vrai, qu’un petit nombre de défenseurs, mais qui doivent y résister avec fermeté, accablant les têtes de sape de grenades et faisant jouer de petites mines dont nous parlerons plus tard, indépendamment de leurs feux de mousqueterie. Cette défense opiniâtre arrête encore l'avancement des sapes et force l’assiégeant à de’ nouvelles attaques de vive force moins importantes que la première moins meurtrières sans doute, mais où il sera toujours plus maltraité par l’assiégé que dans une attaque pied à pied. Celui-ci ne doit jamais lâcher prise que s’il y est contraint de vive force, et on voit quel rôle important jouent les traverses de chemins couverts pour. contraindre l’assiégeant à une série d'attaques d’ernblée.
Les feux de toutes espèces contrarient en même temps l'établissement des contre-batteries et des batteries de brèche, ainsi que la construction des descentes blindées; les bombes, les grenades, les pierres sont surtout ‘utiles pour cette résistance. Dans le-cas des fossés secs, les sorties retardent-l’exécution des passages de fossés : elles sont composées de quelques hommes. courageux qui partent de la gorge des demi-lunes, longent le fossé d’une face, tombent subitement sur les travailleurs, les fusillent à bout portant, renversent leurs travaux, y mettent le feu et se retirent au plüs vite par le fossé de l’autre face sans laisser à l’assiégeant le temps de se reconnaître. Ces tentatives sont souvent répétées pendant la nuit, à des époques indéterminées et avec plus de force la deuxième ou la troisième fois que la première. Si les fossés sont pleins d’eau, ces fréquentes sorties ne sont plus possibles; on peut encore en tenter quelqu'uné au moyen de bateaux , ou faire amener des matières incendiaires contre les matériaux du passage sur des radeaux conduits par de bons nageurs; mais ce sont toujours des opérations hasardeuses et de peu d'importance. Pour avoir des feux de face
contre ces passages, en outre: des feux de flanc, on avance dans les parapets de la demi-lune quelques petits logements à la sape, et on les arrête à 1",00 environ de la crête extérieure. De bons tireurs abrités par des sacs à terre plongent de ces logements sur la tête du travail qu'ils retardent beaucoup...
À ce moment les. ponts de communication sur les fossés des demi-lunes sont détruits par les contre-batteries, et peut-être même longtemps avant par le tir à ricochet ou les bembes. On tes remplace par des bateaux que l’on tient en sûreté derrière les gorges et que lon manœuvre au moyen d’une corde nommée cinquenelle, tendue du point de départ au point d'arrivée. On rétablit de même la circulation entre la tenaillé et le réduit de demi-lune sur le grand fossé, lorsque le pont est détruit. .
Nous sommes arrivés à la résistance que 1e l'asiégé doit opposer à l’attaqde des brèches de la demi-lune ou plus généralement de tout ouvrage extérieur. Quel que soit le mode d'attaque employé par l’assiégeant, voici d'abord quelles sont les précautions à prendre: par le défenseur pour-prolonger sa résistance ,: repousser les atiaques ou au moins les rendre très-meurtrières. Pour être maître de défendre pied à pied le terre-plein de la demi-lune, il.y fait des traverses de distance en distance ; ce seront, si on veut, celles employées pour arrêter le tir à ricochet et qui n’ont plus d’emploi, car l'ouvrage a été désarmé au moment où l'on y faisait brèche.: en avant, s’H est possible, est un petit fossé, ou au moins on les palissade avec soin à l'intérieur. Ces traverses forment des retirades successives que l’assiégé n’évacue qu'après une lutte opiniâtre qui coûte beaucoup de monde à l’assiégeant. Le grand prineipe de toute bonne défense est en effet de ne jamais céder un pouce de térrain à l'ennemi sans l'avoir énergiquement défendu.
Dans le cas des fossés secs, avant que la batterie de brèche ne soit prête, on prépare’au pied de Pescarpe, sous
l'endroit que l’ennemi doit abattre, des mines volantes ou fougasses construites de la manière suivante : des caisses . longues et plates en bois goudronné, ou mieux .en métal, rempkies de 100 à 120 kilogrammes de poudre, sont enterrées dans le sol du fossé, contre la fondation du mar ; des saucissons placées dans des augets, enterrés aussi, partent de ces caisses et arrivent à Ja gorge, au point où l'on donne le feu: Ce travail se fait de nuit et on égalise bien la terre par-dessus, afin que l'assiégeant ne s’en aperçoive pas. Les débris s’amoncelleront sur ces fourneaux de mine, et quand il en sera temps'on pourra déblayer le pied des brèches .par leur explosion, et escarper aussi leurs talus.
Pour rendre l’escarpement des’brèches plus difficile à gravir, pour ralentir le travail dans le cas de l’attaqe pied à pied, on jette sur le talus force broussailles qui s’entremêlent avec les. terres sous l’action des projectiles destinés à adoucir la montée.- Quand celle-ci est assez douce pour qu’on ne craigne plus d'éboulements, on enterre à la partie supérieure de la brèche et. de. distance en disfance des bombes isolées ou réunies quatre par quatre dans des boîtes; on y communique le -feu par des saucissons enterrés, ou bien elles éclatent sous une action extérieure ; les Russes en avaient ainsi disposées à Sébastopol : une tige de fer, formant levier. et dépassant quelque peu le sol, faisait éclater par son mouvement une amorce fulminante mise au milieu de la poudre. Des mines inférieures sont en outre préparées à une certaine profondeur, pour jouer quand il en sera temps. or
Force grenades, bombes, obus sont disposés en arrière de la brèche, sous de petits magasins blindés, ainsi que des matières inçendiaires de toutes espèces, comme barils foudroyants, fäscines et gabions goudronnés, etc., etc. Si le parapet s’est écroulé sur.la largour de la.brèche, le défenseur y supplée par une masse couvrante faite à la sape volante et couronnant la brèche de, manière à n’être pas vue
de l'ennemi, en abritant suffisamment l’assiégé. Si les gabions manquent, on les remplace par des barriques vides. Supposons maintenant-que l’assiégeant attaque la demilune dans les règles, c’est-à-dire pied à pied; l’assiégé Y . laisse le nombre de défenseurs strictement nécessaire pour ne pas exposer inutilement les hommes au feu violent qui précédera certainement l'attaque de l'ouvrage. Dans ceux en arrière il en laisse davantage, mais ils sont abrités sous les blindages dont nous avons parlé, ne se découvrant qu'au moment du besoin. . [ Aussitôt que les sapeurs ennemis commencent à gravir le talus, les défenseurs placés vers le saillant font rouler incessamment sur le travail des bombes, des obus, des gabions enflammés, étc. Quand il. en est temps, ils font partir les bombes enterrées ; à chaque iñstant quelques hommes hardis se montrent au haut de la brèche, tirent à bout portant sur les sapeurs et disparaissent aussitôt. Si cette défense est bien menée, les sapeurs dont la position est d’autant plus critique qu’ils s'élèvent davantage finissent par ne plus pouvoir avancer, et l’assiégeant envoie un petit détachement pour chasser le défenseur ;.si celui-ci est en force, il oppose de la résistance, sinôn il lâche pied après avoir fait sa décharge à bout portant ét se retire derrière les traverses dont le feu joint à celui du réduit accueille vivement l’assaillant et ses travailleurs, soumis d’ailleurs au jet des grenades, aux éclâts des bombes enterrées, etc., etc. On tente alors quelque retour offensif pour chasser l’ennemi, se rétablir au saillant et recommencer la défense comme nous l'avons indiqué; mais s’il échoue, on fait jouer les mines volantes chargées de déblayer le pied de la brèche, et choisissant le moment où l'ennemi est étonné de l'explosion, on le charge avec vigueur : on le rejettera probablement dans le fossé avec grande perte de sa part. Mais il ne faut pas s’abandonner à sa poursuite, de peur de s’exposer aux feux préparés par l’assiégeant; on se rétablit au saillant et on
prépare tout pour résister à un nouvel effort; l’assiégeant ne pourra le tenter qu'après avoir repris son tir en brèche pour détruire l’escarpement produit par l'explosion ; on profite de cet intervalle pour tout remettre en ordre. Mais enfin l’assiégeant revient à la charge, les pertes qu’il éprouve ne le rebutent point; des réserves viennent successivement au secours des premières colonnes ; son couronnentent est exéeuté ; alors on attire le plus de monde possible sur la brèche par un retour offensif, puis se retirant brusquement on donne le feu aux mines du fond. Le terrain est alors tellement bouleversé qu’il est impossible de s’y maintenir contre une nouvelle et dernière attaque qui sera seulement accueillie par les feux des traverses et du réduit qui se concentrent sur l'établissement formé en haut de la brèche et sur les travaux qui en débouchent.
Il reste cependant encore un moyen de retarder cette prise de possession, c’est d'entretenir un grand feu dans un fossé creusé en haut de la brèche sur tout son développement.
Nous voyons que l’opiniâtre résistance de l’assiégé a eu pour résultat de forcer l’assiégeant à transformer pour ainsi dire son attaque pied à pied en.une attaque de vive force dans laquelle il doit toujours perdre plus de monde.
Si les traverses ont été bien organisées, il faut les attaquer successivement de vive force, et.la défense y trouve toujourë de grands avantages; l’assiégé n'attend jamais l'ennemi, mais il lâche pied après avoir fait sa décharge, laisse agir les feux de tous les ouvrages en-arrière, puis revient en force quand il le voit ébranlé ; les grenades et les fougasses à bombes jouent encore un grand rôle dans ce genre de défense.
La défense du réduit de demi-lune exige les mêmes soins que celle de la demi-lune : si l'assiégeant fait brèche avec le canon, on contrarie l'établissement de ses batteries par les feux de toutes espèces, surtout par les grenades que l'on peut très-bien lancer à la main de l’intérieur du réduit. En
DÉFENSE D'UNE PLACE FORTE. 435 même temps on pratique dans l'épaisseur du parapet des logements analogues à ceux dont nous avons déjà parlé à l’occasion de la demi-lune, pour plonger sur les batteries et tes descentes. Si l'ennemi emploie la mine, après avoir contrarié par les feux et les sorties-le travail des descentes et des passages de fossé, on fait rouler-sur le mineur des bombes, des obus, des grenades, des bois que l’on allume en y mêlant des tourteaux enflammés et des sacliets de poudre ; tant que ce feu est entretenu, le mineur ne peut cormmeneer son travail. Nous verrons plus tard comment on peut aussi lui opposer d’autres mines. |
La brèche est préparée pour la résistance comme nous l'avons dit déjà. Pour rendre plus opiniâtre la défense de cet ouvrage et permettre les retours offensifs, on peut y construire un réduit. Quelquefois c’est un blockhaus mis à la gorge sur le terre-plein bas; on peut aussi employer la méthode suivante qui du reste n’exclut pas la première : deux traverses analogues à celles dont nous avons parlé pour la demi-lune barrent-le terre-plein haut en s’appüyant aux angles d'épaule ; une ligne de palanques disposée sur le terreplein bas réunit leurs extrémités; elle est précédée d’un petit fossé dont les terres relevées contre les bois les abritent des éclats de la bombe. Une barrière établit la communication entre les deux parties du réduit. Il est bien entendu que l'artillerie de l’ouvrage est enlevée aussitôt qu'on craint l'attaque. |
La manière de se défendre étant'du reste en tout semblable à celle employée déjà pour la demi-lune, nous n’avons point à la détailler. Après avoir arrêté l'ennemi sur la brèche par tous les moyens-*eonnus, on entrave ses couronnements et ses cheminements par une succession de feux et de retours offensifs. Les retranchements permettent de défendre le terrain pied à pied; puis enfin quand l'ouvrage n’est plus tenable, on bouleverse son terre-plein avec les travaux de l'attaque au moyen de mines de fond préparées à l'avance.
En même temps que l’assiégeant s'empare du réduit de demi-lune, il attaque aussi le réduit de place d'armes rentrante. Les coupures exécutées dans les faces de la demilune ont retardé les cheminements poussés dans les parapets et par conséquent Le défenseur s’est maintenu jusqu'ici dans le réduit. Mais pour lui donner plus .de sécurité et forcer l’assiégeant à faire brèche à l’ouvrage, on le partage en deux par une traverse en capitale de manière à garanfir la partie qui est du côté du bastion contre des coups partant du logement dans Îe parapet de la demi-lune. Cette traverse peut même être garnie d’une petite banquette et palissadée du côté du bastion, elle forme alors üne sorte de réduit qui force l'ennemi s’il veut faire brèche du côté de la demi-lune à marcher avec circonspection, sous des coups de fusil rapprochés et sous le jet des grenades. Il n’est pas probable que pour tourner ce réduit il établisse ses’ batteries de brèche contre l’autre face, c’est-à-dire du côté du bastion dont les feux géneraient beaucoup ces travaux. Du reste, il n’y a rien de particulier à dire sur la défense de ces ouvrages.
Contre les couronnements du chemin couvert du‘bastion on emploie-les feux de mousqueterie et d'artillerie, puis les retours offensifs, dans le but de retarder l’ennemi et de le contraindre peut-être à une action de vigueur dont la nonréussite lui serait fatale. Cependant il est peu probable qu’on puisse l’amener à un couronnement de vive force; mais dans tous les cas pour contrarier l’établissement de ces logements, on établit de l'artillerie sur les faces du bastion, sür les flancs des bastions voisins et aussi sur les courtines: ces dernières pièces tirent à travers des embrasures biaises dont nous avons déjà parlé. Sur les terre-pleins on dispose tous les mortiers et pierriers encore en état : on peut aussi employer les pièces démontées ou hors de service que l’on enterre à-moitié dans le sol sous l'angle de 45°; elles lancent des grenades eu même des balles ct cubes de fer de -forte dimension.
. Cette arlillerie concentre son feu sur les batteries de brèche et les contre-batteries. Il faut surtout s'attacher à conserver les flanes, dont on rétablit le parapet à mesure qu'il est désorganisé par les contre-batteries ; ïl est de la plus haute importance que le feu de cette partie de la fortification soit conservé pour le moment de l'assaut.
Tous les moyens proposés pour la défense de la demi-lune sont employés à celle du bastion : on arrête le travail du passage par des feux de flanc et des feux de face plongeants partant des petits logements déjà décrits; on fait rouler sur la tête du travail des bombes et des obus, enfin on dirige contre lés travailleurs dé nombreuses sorties qui partent de derrière les tenaiHes. Ces sorties de plus en plus fortes et faites par des hommes énergiques abordent résoldment les travailleurs, les fusillent à bout portant, renversent une partie de l’ouvrage fait. et sé retirent en mettant le feu au reste., ou le renversant par l’explosion de sacs à poudre. Les feux obliques partant de la tenaikle ont encore une certaine action sur ces travaux. -
Pour la défense des brèches on prépare d'abord aux pieds des escarpes les mines volantes ou fougasses dont nous avons déjà parlé ; on peut aussi envoyer pendant la nuit des travailleurs qui déblayent le pied des brèches, escarpent leurs talus et répandent les déblais dans le- fossé. On enterre sur le talus et surtout à la partie supérieure des boîtes à bombes ou des bombes isolées; on le parsème de .chausse-trapes. Aù sommet on construit un petit parapet à la-‘sape volante pour abriter le défenseur, puis de petites traverses semblablés à celles dont nous avons déjà parlé sont disposées de droile et de gauche de chaque brèche, aux extrémités du parapet qui les couronne ; en arrière sont des banquettes et on y ménage une embrasure pour des pièces légères que l’onttient toujours chargées à mitraille. |
Des amas de matières incendiaires , de bombes, d'obus, de grenades, de fascines et gabions goudronnés, des corps
d'arbre, des chevaux de frise faits âvec des lames de sabre ou d'épée, des pierres, sont accumulés sur le terre-plein pour être lancés sur l'assiégeant. *
En même temps le gouverneur se’ prépare à la résistance par une bonne disposition de ses troupes. Nous supposons qu’en arrière des .brèches est un retranchement intérieur sur lequel on compte, non pas peut-être pour se défendre, mais au moins pour obtenir une capitulation honorable si l’assiégeant se maintient dans le bastion. Il n’en est pas moins vrai que le moment est arrivé pour le gouverneur de ne rien épargmer pour empêcher cet établissement ; jusqu'a présent il avait ménagé sa garnison et ses munitions ; aujourd’hui l’aftaque du bastion est unc action décisive et il ne faut rien négliger pour empêcher sa réussite. D'abord une partie de la garnison surveille tout le développement des remparts, car il est’ possible que l’assiégeant fasse quelqrie tentative d'escalade sur une partie éloignée. De plus, il est à craindre qu'en un pareil moment la bourgeoisie, peu confiante dans la valeur du retranchement intérieur, redoutant le sort réservé aux habitants d’une ville prise d'assaut, travaillée d’ailleurs par les mécontents, et il y en a partout, cherche à en imposer au gouverneur et à le contraindre à une capitulation : une autre partie de la garnison Comprenant ce qui reste encore de cavalerie s'établit dans les points les plus importants et sillonne la ville de fortes patrouilles ; on peut lui adjoindre quelques détachements de la garde nationale, composés des hommes dévoués. Les autres troupes sont réparties dans le bastion et les ouvrages voisins; la réserve partieulière du gouverneur est sous les armes, prête à marcher. Les défenseurs du bastion sont disposés en autant de colonnes qu'il y a de brèches à défendre ; chacune d'elles a une réserve assez forte et d’autres réserves sont placées en arrière. Il serait bon que les premiers rangs des colonnes eussent des armes défensives et surtout des armes offensives de longueur, comme piques, hallebardes, etc. ;
on en retirerait certainement un très-grand secours. À chaque brèche sont en outre attachés un certain nombre d’artilleurs et de sapeurs pour servir l’artiHerie et mettre le feu aux machines infernales ; des servants d'infanterie ent pour mission de faire rouler sur lennemi tous les matériaux préparés. :
Pour ne point exposer inutilement ces hommes aux feux de tous genres que lance l’assiégeant, ils s’abritent sous les abris blindés.qui bordent les parapets à l'exception de ceux qui doivent concourir immédiatement à la défense du bastion. Sinon il pourrait arriver quelque chose d’analogue à ce qui s’est passé dans les derniers jours du siége de Sébastopol : les Russes, malgré le feu violent des aHiés qui leur occasionnait des pertes énormes, se maintenaient avec énergie sur leurs remparts, de manière à ne pas être surpris par les colonnes d'assaut qu'ils -attendaient à chaque instant; le dernier jour, fatigués de ces pertes inutiles et.ne croyant pas à une attaque immédiate, ils étaient dans leurs abris lorsque les colonnes d'assaut débouchèrent, et le moment de désordre qui s’ensuivit pour eux, bien que très-court, fut peut-être une des causes de notre succès.
Du moment où l’atlaque est imminente, les troupes bivouaquent -dans les positions qui leur sont-assignées; les hommes invalides ou en convalescence sont chargés conjointement avec la bourgeoisie d'apporter aux combattants de la nourriture, des rafraichissements et des munitions. Quelques compagnies de bourgeois sont aussi commandés pour emperter les blessés. |
Pour retarder un peu l'attaque, pour se donner le temps de terminer quelques préparatifs, on entretient de grands feux aux sommets des brèches:; mais quand il y a quatre brèches à un bastion, il est douteux qu'on puisse employer longtemps un pareil moyen.
Tous les mouvements de l'ennemi sont surveillés avec soin pour ne pas se laisser surprendre. Devant de pareils préparatifs, il n’est pas probable qu'il essaie d’une attaque pied à
pied ; il lancera ses colonnes-d’assaut, ee dont le défenseur est presque toujours prévenu par les mouvements inusités qu'il remarque dans la tranchée; il peut donc se tenir prêt, les hommes à leur poste, les pièces chargées à mitraille et prêtes à faire feu.
Au moment où les colonnes débouchent, elles sont accueillies par les feux de tous les ouvrages qui les voient de flanc. On fait rouler sur elles les bombes, obus, grenades, pierres, corps d'arbre, chevaux de frise, gabions enflammés, barils foudroyants, etc., ménageant cependant ces moyens pour les continuer longtemps. À mesuré qu’elles gagnent du terrain, on met le feu aux bombes enterrées qui éclatent sous leurs pieds ; quand elles arrivent au sommet, les défenseurs placés derrière les traverses les reçoivent à coups de fusil et de mitraille, les premiers chargés de chevrotines, de- balles coupées en quatre, de clous, etc., pour produire plus d'effet; car il ne s’agit point de justesse dans le tir, mais de mettre hors de combat le plus d’assaillants possible. Puis on lance sur ces troupes en désordre une colonne de défenseurs qui les chargent vivement à la baïonnette.
Cependant de nouvelles troupes arrivent au secours des assaillants qui s’entassent sur la brèche malgré les obstacles qu’on leur oppose; c'est le: moment de faire jouer les fougasses ou mines volantes qui déblayent le pied des brèches et enlèvent one partie des ennemis, dont:les têtes de colonne étonnées de cette explosion inattendue et assaillies par de vigoureux retours offensifs sont rejetées dans le fossé ou passées par les armes.
La brèche n’est plus praticable ; l'assaillant : ne peut renouveler sa tentative avant d’avoir pris de nouvelles dispositions. 11 faut qu’il batte en‘brèche plus bas et qu’il adoucisse les rampes. L’assiégé profite de ce moment de répit pour se remetire en état de soutenir un nouvel assaut par les mêmes moyens, mais en remplaçant les mines volantes par des fourneaux de mine ordinaire situés à une faible profondeur. La
nuit il enterre encore des bombes sur les brèches, des travailleurs escarpent les ‘talus, que l’on parsème ensuite de chausse-trapes. On renouvelle aussi les APprovistonnements en munitions et engins divers.
À une nouvelle attaque, les colonnes d'assaut sont reçues comme à la première ; il faut surtout bien prendre son temps pour faire jouer les mines, seulement elles ne produisent plus d’escarpement, mais causent à l'ennemi une grande perte d'hommes. Cependant les colonnès de troupes fraîches se succèdent sur la brèche, et l’assiégé de sen côté engage ses réserves: alors entre le défenseur exalté par un-premier succès et l’assiégeant irrité s'engage .un de ces combats dont ne peuvent avoir d'idée que Ceux qui y ont assisté : le fer et le feu se croisent en tous sens; les armes ordinaires ne suffisent plus, on se bat à coups de pierre, de crosse, de levier; les éclats d’obus et de bombes deviennent de nouvelles armes..En ce montent critique tous les expédients sont bons, il suffit de les employer à propos : ainsi Vauban raconte qu'au siége de Chatté -en Lorraine, les assiégés -aux aboïs eurent l’idée de renverser quelques paniers de mouches à miel sur les assiégeants qui, assaillis par cet ennemi imprévu, durent lui céder la place.
Enfin, les assiégés vaincus par le iombre | se retirent dans leurs retranchements : les défenseurs des parapets en arrière commencent un feu des plus vifs contre les assaillants qui sé retranchent au haut de-la brèche. Ce sera le moment de faire partir les mines du fond qui bouleversent complétement le terre-plein; à la faveur du désordre produit par l'explosion on tente un retour offensif pour réoccuper sinon le haut de la brèctre, au moins les traverses construites de droite et de gauche. I] faut que l’assiégeant fasse encore un nouvel effort pour se rendre définitivement maître du bastion , effort qui lui coûtera de nouvelles pertes.
Une fois que ces logements. sont solidement établis, il en part pour venir couronner les contrescarpes du retranche-
ment. Ces travaux se font sous les feux rapprochés de l’assiégé qui les accompagne de quelques sorties tentées avec à-propos. Dans les retranchements semblables à celui qui est dessiné à la planche XXIX, l’espace qui existe en avant est tellement réduit qu'il est difficile d’y exécuter ces retours ; les feux tant d'infanterie que d'artillerie seront donc les seuls moyens à mettre en œuvre pour arrêter la marche de l’assiégeant. Il sera bon aussi d’avoir gardé quelques mines pour faire sauter la batterie de brèche; on ne les fera jouer qu’au moment où la batterie commence son feu.
La résistance que doit opposer l’assiégé dans ce retranchement intérieur permanent est exactement la même que celle que nous venons de décrire; la disposition des gardes, les préparatifs pour défendre les brèches, la conduite de leur défense, rien n’est à changer ; nous nous dispenserons d’en parler, ce serait une répétition inutile.
Dans le cas d’un retranchement intérieur passager, l’assiégeant ne prend pas tant de précautions, .et il cherchera probablement à l'enlever de vive force en l’escaladant sur plusieurs points à la fois. Les dispositions des troupes de la défense sont toujours .les mêmes, seulement les réserves sont encore plus rapprochées pour repousser immédiatement ces attaques. L'assiégé en est à sa dernière ressource, il est de la plus haute importance pour lui de ne pas échouer dans celte tentative de résistance. Il faut donc empêcher à tout prix l’assiégeant d’escalader le retranchement : ses palissadements sont entretenus en bon état; les escarpes et les contrescarpes sont revêtues en charpente, et lés premières fraisées, pour rendre l'escalade plus difficile, le fossé - est garni de défenses accessoires comme chausse-trapes, petits piquets, etc.; des fougasses, des bombes enterrées y sont placées. Enfin, rien ne sera négligé pour arrêter le premier élan de l’ennemi et empêcher qu’il ne puisse aller au delà du sommet des brèches du bastion.
Mais quand le gouverneur en est arrivé à ce point, quand
tout le terrain dent l'ennemi s’est emparé n’ést tombé en son pouvoir que par suite de luttes succèssives et ôpiniâtres, quand il n’a pour dernière ressource qu’un retranchement qui, d’un instant à l’autre, peut être enlevé de-vive force, doit-il livrer au hasard de ce dernier combat lés restes d'une garnison héroïque qui pendant plusieurs mois a su résister à une armée dix fois plus considérable, en supportant des fatigues et des privations sans nombre? Doit-il fermer les yeux sur le sort réservé à une bourgeoisie dévouée qui a partagé les privations, :les fatigues et peut-être les dangers de la garmison? La loi, d'accord avee l'humanité, déclare alors qu’il a rempli son devoir jusqu’ au -bout et qu'il est arrivé au terme de sa défense.
Cependant, avant de tenter aucune démarche auprès de l’assiégeant, il prend l’avis du consail de défense pour mettre sa responsabilité à couvert. -Nous connaissons déjà la composition de ce conseil ; au moment de prendré une décision si importante, le gouverneur peut en outre appeler: au conseil tous les chefs dé corps. Il expose l'état des fortifica-
* tions, des vivres, des munitions, le chiffre réduit de la
garnison, en un mot l'impossibilité dans laquelle il croit être de prolonger plus loin sa défense; puis il prend l'avis de chaque membre. Un procès-verbal de la séance, où chaque membre peut inscrire son opinion, est rédigé pour servir plus tard de pièce justificative. Mais il faut ajouter que si le conseil émettait un avis entaché de faiblesse ou même de Kcheté, cela n’absoudrait en rien le gouverneur, qui reste toujours le maître de décider d’après son propre avis, le conseil étant seulement consultatif.
Le drapeau parlementaire est ärboré, puis le gouverneur envoie au commandant en chef de l'armée de siège un officier de confiance porteur de ses demandes et chargé de les discuter. Ces prétentions sont examinées par le commandant en chef qui refuse ou accorde, ajoute on retranche suivant la position dans laquelle il se trouve et les ressources
qu'il croit encore à la défense. L’assiégé peut transiger sur les honneurs plus où moins grands avec lesquels la garnison sortira de la place; mais il doit maintenir avec fermeté toutes les conditions qui ont rapport à la sûreté des habitants, à l'honneur de la garnison ; on spécifie avec soin que les propriétés particulières ne seront point saisies et qu’il ne sera. fait aucune recherche sur la conduite antérieure des habitants; on demande que la garnison sorte par la brèche avec armes et bagages et même avec quelques pièces de campagne , et qu’élle soit reconduite en pays ami avec une escorte convenable. Dans aucun cas, le gouverneur ne doit rien stipuler pour lui-même ou pour ses bagages, mais il partage le sort réservé à la garnison : un article spécial règle celut des malades et convalescents.
Si les conditions proposées par l’assiégeant semblent trop dures, plutôt que de les accepter, le gouverneur menace de s'ensevelir sous les ruines de la ville ; le général ennemi, qui connaît toute l'énergie du gouverneur, toute la‘confiance qu’il a su inspirer à la garnison, qui sait par conséquent qu'il est homme à mettre ce projet à exécution, ne voudra pas s’exposer à de nouvelles pertes pour forcer une garnison se défendant avec l'énergie du désespoir, et il posera des conditions plus douces : il doit d’ailleurs se montrer généreux pour un ennemi que sa belle défense a couvert de gloire.
‘IL faut: qu'un gouverneur soit bien à bout de toutes ressources en vivres et en Munitions, il-faul que sa garnison soit bien réduite ou bien. découragée pour qu'il parle de se rendre à discrétion. Mieux vaut, s'il-est possible, tenter de s'ouvrir un passage les armes à la main, comme nous le dirons tout à l'heure.
Il semblerait inutile d'ajouter que jamais un ÿouverneur ne doit parler de capitulation avant d'avoir vu tomber successivement toutes ses défenses, avant d'avoir consommé tous ses vivres, toutes ses munitions, et quand le ‘terrain
même lui manque pour ainsi dire; en un mot, tant qu'il lui reste une cartouche à brûler, un morceau de pain à. manger, un pouce de terre à défendre. Malheureusement, à côté des nombreux traits d'héroisme que l’on pourrait citer dans nôtre histoire militaire viennent se placer quelques rares exemples d'incapacité, d’impréveyance, de faiblesse et même, faut-il le dire, de lâcheté et de trahison! Aussi les lois militaires ont porté contre le gouverneur aussi indigne de la confiance de son gouvernement les peines les plus sévères. L'article 218 de la loi du 28 avril:1832 est ainsi. conçu :
Les lois militaires eondamnent à la peine capitale tout commandant qui livresa place sans avoir forcé lassiégeant à passer par les travaux lents et successifs des sièges, et avant d'avoir repoussé au moins un assaut au corps de la place sur des brèches praticables.
Tout commandant qui a perdu une place est tenu de justifier sa conduite devant un conseil d'engrète.
Ce conseil d'enquête, qui fut plusieurs fois rassemblé et notamment sous l'empire, peut dans certains cas condamner et dans d’autres blâmer la conduite du gouverneur, suivant qu’elle a -été coupable ou seulement: entachée de faiblesse et d’imprévoyance; mais si elle est telle que nous l'avons supposé jusqu'ici, le conseil saura aussi l’apprécier, et son avis sera un hommage public rendu à un officier qui dans une position des plus difficiles a su conquérir l'estime et la reconnaissance de ses chefs et de son pays. :
Il est des cas où le salut de l’armée, peut-être celui de la patrie, exigent que là défense se pr olonge au delà du terme que nous avons fixé tout à l'heure. Alors le gouverneur, si ses vivres et ses munitions ne sont point épuisés, trouvera de nouvelles ressources dans les maisons de la ville pour préparer un second retranchement. En arrière du bastion attaqué, les maisons sont organisées défensivement, comme il a été indiqué dans la première partie du cours, et les rues sont barrieadées avec soin. Pour que l'assiégeant ne puisse
s'étendre le long des forüfications, de fortes coupures rejoignent les maisons avec les courtines situées à droite et à gauche du bastion attaqué. Ces coupures sont des parapets avec fossés en avant ; elles sont palissadées, fraisées et garnies en un mot de toutes les défenses accessoires possibles ainsi que d'artillerie. De pareils retranchements sont encore fort respectables, el l’assiégeant ne pourra probablement pas en-brusquer l'attaque, surtout s'ils sont soutenus par d'autres situés dans les maisons en arrière, de sorte. que Ja ville présente des obstacles successifs d’une grande valeur. Le canon, la mine, l'incendie seront nécessaires pour les surmonter, et nous avons dit dans la première partie combien alors était beau le rôle de la défense. Chaque maison peut soutenir un siége en règle, et des retours offensifs toujours faciles à exécuter permettent au défenseur de ne céder le terrain qu’au moment où il devient un monceau de ruines. Ainsi fut conduite la brillante défense de Saragosse.
Quelquefois, au lieu de maisons, le gouverneur trouve une ancienne enceinte composée de murs élevés et flanqués de tours. La défense en peut être encore plus vigoureuse : un fossé est creusé en avant ; les terres que l’on en retire servent à construire un rempart intérieur pour consolider le mur ct placer l'artillerie. Si le temps manque pour construire ce rempart, on se contente d'échafaudages élevés derrière le mur pour porter les défenseurs. En arrière, on peut toujours organiser la défense des maisons.
… Enfin, il pout arriver qu’un gouverneur, doué d’une évergie peu commune, be veuille pas entendre parler de capitulation. Ainsi que Blaise de Montluc, enfermé dans la ville de Sienne , il-ne peut supporter l’idée de vei: son nom figurer au bas d’un pareil acte, quelque honorable qu'il soit d’ailleurs. 11 ne lui reste plus alors qu’à s'ouvrir un passage les armes à la main en sortant en bon ordre, avec toutes ses troupes, paï une porte opposée aux attaques, fondant sur les gardes du camp et s’échappant ainsi pendant que l'ennemi
pénètre d'un autre côté dans la ville. Cette entreprise ne peut se faire que si l’on est à proximité d’une armée de secours ou dans un pays ami, et quand on ne redoute pas le pillage pour les habitants.
S'il y a une citadelle, on peut encorc capituler pour ménager la ville, quand l’ennemi est arrivé devant le retranchement inlérieur; on se retire dans la citadelle pour y soutenir un nouveau siége, et la capitulation stipule presque toujours que les attaques ne se feront pas du côté de la ville, afin de ne pas créer de nouvelles souffrances à ses habitants. C'est ce qui se passa au siége de Lille en 1708, siége remarquable à tous égards et dans lequel se couvrit de gloire le gouverneur, M. de Boufflers, qui résista pendant près de quatre mois, et ne Capitula que sur un ordre exprès du roi Louis XIV. |
Nous-avons supposé jusqu'ici que le gouverneur malgré son énergie et sa bravoure était obligé de céder, et que le siége finissait par la prise de la place. Cette supériorité de l'attaque sur: la défense n’est point surprenante, comme nous le monirerons au dernier chapitre, mais elle ne doit pas décourager le défenseur, car sa résistance aura {oujours eu de grands résultats. Quelquefois cependant, il n’en est point ainsi et la fortune lui’est plus favorable : ainsi Bayard fit lever le siége de Mézières en 1520; ainsi Charles-Quint dut renoncer en 1552 à son entreprise sur la.ville de Metz défendue par le duc de Guise et l'élite de la noblesse française ; le prince de Condé échoua devant Lérida en 1647 et fut obligé de se retirer après cinq semaines de travaux ; M. de Calvo en 1676 eut la gloire de faire lever au prince d'Orange le siége de Maëstricht que celui-ci attaquait en vain depuis six semaines; la garnison française enfermée dans la ville de Badajoz résista à un premier siége du 22 avril au 12 juin 1811, et les Anglais ne purent même s'emparer d’un seul ouvrage avancé; l’arrivée des maréchaux Soult et Marmont força le général Wellington à lever le siége.
Dans ce cas la retraite de l’afmée ennemie est presque toujours décidée par l’arrivée d’une armée de secours et plus rarement par les pertes que les maladies et le feu de la place causent à l’assiégeant ou bien encore par suite du découragement des troupes devant les lenteurs et les fatigues d'un siôge trop prolongé.
Aussitôt que le-gouverneur voit l’assiégeant prendre les mesures nécessaires pour se retirer, il redouble d'efforts afin de rendre plus difficile une opération déjà délicate. Son canon tire sans relâche sur les travaux que l'ennemi garde encore et des sorties fréquentes se portent sur les points moins bien soutenus ou déjà abandonnés pour saisir tout le matériel qui s’y trouve. Si le désordre accompagne cette opération de retraite, on l’augmente en faisant poursuivre les derniers corps par quelques troupes munies d'artillerie légère, et quelquefois an peut s'emparer ainsi d'une certaine quantité de matériel, et faire même des prisonniers.