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CHAPITRE VIII

RÉCAPITULATION DES TRAVAUX D'ATTAQUE ET DE DÉFENSE. — PRINCIPES GÉNÉRAUX QUI DOIVENT GUIDER L'ASSIÉGEANT ET L'ASSIÉGÉ. — BUT ET VALEUR RESPECTIVE DES DIFFÉRENTS OUVRAGES DE FORTIFICATION. — IMPOSSIBILITÉ DE L'APPRÉCIATION DE LA DURÉE D'UN SIÉGE. — JOURNAL DE SIÉGE.

Les chapitres IV et V de cette troisième partie ont été exclusivement destinés à la description des procédés d'attaque et de défense des fortifications régulières; dans le chapitre suivant nous avons indiqué les modifications apportées dans les travaux par la présence d'ouvrages accessoires, dehors, ouvrages avancés ou ouvrages détachés en avant de la place ; mais nous supposions toujours que l’enceinte proprement dite était régulièrement organisée. Il nous était impossible de faire autrement ; la marche de l’assiégeant ne pouvait être complétement expliquée que sur un exemple, et à moins de tomber dans des cas particuliers, dans des exceptions, il nous fallait décrire l'attaque d'une enceinte régulière. Or cette régularité se présente rarement dans la pratique ; soit par suite des accidents de terrain, soit à cause des époques différentes de la construction des ouvrages, l’en-

ceinte des places fortes présente habituellement de nombreuses irrégularités; de même le sol sur lequel cheminent les attaques est plus ou moins accidenté. On est alors nécessairement entraîné à faire des modifications à la marche ci-dessus indiquée, mais la direction à imprimer aux travaux repose toujours sur lobservation d’un certain nombre de préceptes qu’il faut déduire de tout ce que nous avons dit jusqu'ici. Pour cela il est indispensable de faire une récapitulation générale, un résumé de ce que contiennent les chapitres précédents; nous y trouverons en outre l'avantage de bien mettre en évidence la succession des travaux que Îles descriptions de détail ont peut-être fait perdre de vue.

Le général en chef qui veut attaquer une place forte rassemble d’abord le matériel nécessaire et prend secrètement des informations sur la position dans laquelle elle se trouve ; ensuite il la fait investir par un corps de troupes légères qui empêche ses communications avec l'extérieur en attendant l’arrivée de l’armée principale. Celle-ci s’avance à la suite du corps d'investissement, avec tout le matériel; on établit les camps autour de la place, on les protége par des lignes, on dispose en même temps les parcs de l'artillerie et du génie et on confectionne les fascinages de toutes sortes : le plan directeur est dressé avec soin, le point d'attaque choisi; alors seulement peuvent commencer les travaux, sous la protection d’une armée d’observation.

On ouvre d’abord une première parallèle contournant les ouvrages attaqués à environ 600",00 ; elle est jointe avec les dépôts de tranchée par des boyaux défilés, et garnie de gradins de fusillade et de franchissement. Si ces extrémités ne peuvent s'appuyer à des obstacles infranchissables, on y élève de petites redoutes. D’autres cheminements poussés en avant conduisent à une deuxième place d'armes située à 325",00 des saillants des chemins couverts et faite à la sape volante, tandis que les travaux précédents se construisaient

à la tranchée simple. La deuxième parallèle est aussi organisée en partie pour la fusillade et le franchissement ; la garde qui stationnait dans la première y laisse seulement sa réserve et vient se placer dans la seconde. En avant de cette place d'armes sont établies les batteries destinées à contrebattre et à ricocher l'artillerie de la place, ainsi qu'à envoyer des bombes dans l’intérieur des ouvrages. Les extrémités s’appuient à la première parallèle, à défaut d'obstacles naturels.

Sous la. protection des feux d'artillerie, on continue les cheminements dirigés en zigzag suivant les capitales et défilés des ouvrages de la place. Ils se font à la sape volante jusqu'à environ 200",00 des chemins couverts ; à cette distance on adopte la sape pleine : des demi-places d'armes sont construites en ce point pour rapprocher la garde des travailleurs: |

À 60,00 des saillants des chemins couverts, on construit une troisième parallèle à la sape pleine ; elle est immédiatement organisée pour la fusillade et le franchissement, et ses crêtes sont garnies de créneaux en sacs à terre, derrière lesquels on place de bons tireurs. On en débouche pour s'approcher des-places d'armes saillantes des demi-lunes, construisant successivement la portion circulaire, le T, les cavaliers de tranchée ; en même temps, des batteries à feux verticaux sont disposées en avant de la troisième parallèle. On entreprend alors les couronnements à la sape pleine ou de vive force suivant les circonstances.

Ces couronnements sont transformés en contre-batteries pour ruiner les faces des bastions dans le prolongement des fossés de la demi-lune, et en batteries de brèche dirigées contre les faces de ces derniers ouvrages. On construit en même temps les descentes de chemins couverts et de fossés, le couronnement de l'arrondissement de la contrescarpe’, puis le passage de fossé. Une attaque pied à pied ou de vive force rend maitre des demi-lunes, sur le terre-plein des-

quelles on chemine pour venir couronner la contrescarpe du réduit.

Pendant la construction de ces cheminements, on achève les couronnements des chemins couverts, et ce travail est protégé, s’il est nécessaire, par une quatrième parallèle ; les crêtes sont garnies de fusiliers tirant à travers des créneaux en sacs à terre. On descend aussi dans les places d’armes rentrantes, et on arrive dans les fossés de leurs réduits, pendant qu ‘on fait brèche aux réduits de demilune.

Les réduits de demi-lune, les réduits de places d'armes rentrantes et les coupures de demi-lunes s'attaquent ensemble, et on chemine sur leurs terre-pleins pour en couronner la gorge et interdire tout retour offensif.

Enfin, les couronnements des chemins couverts du bastion sont transformés en contre-batteries et batteries de brèche ; on construit les descentes, puis les passages de fossés et on donne l’assaut.

Si le bastion est retranché, il faut encore cheminer sur son terre-plein, faire brèche au retranchement, construire des descentes et des passages de fossés et livrer enfin un dernier assaut. Peut-être même faudra-t-il ensuite attaquer les maisons de la ville.

Telle est sommairement la marche des attaques; la conduite de la défense demande encore plus d'énergie.

Le gouverneur, qui dans la prévision d’une attaque a rassemblé un matériel et des approvisionnements suffisan(s, qui a tenu sa garnison au complet et ses fortifications en bon état, fait déclarer la place en état de siège aussitôt que possible et use alors de tous ses droits pour diriger vers un même but toutes les ressources de la ville. Il organise le service intérieur, la garde nationale, les sapeurs-pompiers, embrigade les ouvriers de divers états et les emploie aux travaux de tous genres ; il fait tendre les inondations, palis-

sader les chemins couverts, construire des retranchements intérieurs, des blindages, ete., etc. Il dispose aussi les gardes du chemin couvert et de l'enceinte et fait circaler de nombreuses patrouilles au dehors, sans cependant rien entreprendre contre le corps d'investissement. Il faut en même temps chercher à pénétrer les desseins de l’assiégeant, pour disposer à temps l’artillérie des parapets, préparer les traverses et parados et construire les retranchements ainsi que les communications. On règle aussi le service de la garnison, et on construit, s’il est possible, des travaux extérieurs, flèches, etc. |

Contre les feux de l’assiégeant on emploie successivement les feux et les sorties : les feux de mitraille et de mousqueterie pendant les premières heures de la nuït, les feux à boulets ensuite ; les bombes sont dirigées sur l'emplacement des batteries et contre les rassemblements. Les grandes sorties ne s’emploient que dans des circonstances particulières, pour s’opposer aux travaux de la première et de la deuxième parallèle et surtout à ceux des batteries. Quand elles réussissent, il ne faut jamais poursuivre trop loin l’assiégeant ni se maintenir contre ses réserves ; on a exclusivement pour but de détruire les ouvrages faits et non d'engager un combat dans lequel le défenseur doit’avoir le dessous. .

Lorsque l'assiégeant commence son feu d'artillerie, on lui riposte avec vivacité tant que l’on conserve l’avantage ; sitôt qu'on a le dessous, on désarme en partie les faces ricochées et contrebattues, ne laissant en batterie.que les pièces bien abritées par les traverses, afin de conserver les autres pour la fin du siége, alors que les travaux de l’assiégeant rendent son tir d’un usage moins facile. L’artillerie restée sur les parapets s'emploie seulement contre les travaux, sans répondre au feu de l’assiégeant.

Après l’exécution de la deuxième parallèle, on organise le tir de mousqueterie des chemins couverts et celui des

armes de précision, abritant les tireurs par des créneaux en sacs à terre.

Les petites sorties n'ont d'action importante qu' ‘au moment de l'exécution de la troisième parallèle, c’est-à-dire jusqu'aux limites des glacis ; on les combine avec les feux et l'explosion des fourneaux de mine, pour entraver les progrès des attaques. Plus les travaux de l’assiégeant se rapprochent , plus l’énergie de la défense doit être grande ; la position du premier devient de plus en plus critique ; d'enveloppant, il est enveloppé ; il ne.s’avance que lentement-et par des défilés étroits sur un terrain qui lui est inconnu, tandis que le défenseur a pu y accumuler tous -ses moyens de résistance. Celui-ci opposera une résistance directe aux attaques pied à pied ; il cédera au contraire devant une attaque de vive force, pour acoabler de feux les colonnes assaillantes et les chasser ensuite par de vigoureux retours offensifs. Le gouverneur ne cède ainsi le terrain qu'après l'avoir disputé pied à pied, s’en être fait chasser plusieurs fois, et il ne l’abandonne définitivement que bouleversé par l'explosion de gros fourneaux de mine: C’est surtout dans la défense des brèches qu’il faut appliquer tous ces principes. Cependant il faut ménager les approvisionnements en vivres et en munitions pour les faire durer jusqu’à la fin du siége.

Poussé dans ses derniers retranchements, le commandant ne capitule qu à la dernière extrémité ; il s'échappe, s’il le peut, les armes à la main, se faisant jour à travers l’armée de siége, ou bien il se retire dans la citadelle avec les restes de la garnison. Dans tous les cas, la capitulation doit être honorable pour la garnison et sauvegarder les intérêts des habitants.

Tel est le résumé rapide des travaux de l’assiégeant et du défenseur ; nous allons maintenant énumérer les préceptes généraux qu’il faul suivre dans l'attaque, quelle que soit la forme de la place attaquée et indépendamment de la régula-

rité de ses fortifications et du sol qui est en avant. Pour mettre plus d'ordre dans leur énumération, nous parlerons successivement- de ceux qui ont rapport aux travaux du génie, à ceux de l'artillerie et enfin de ceux qui ne dépendent d'aucun de ces deux services, mais rentrent dans les attributions de l'état-major général.

Occupons-nous d'abord des principes généraux qui doivent régler la conduite des officiers du génie.

Le tracé des lignes de circonvallation et de contrevallation doit s'appliquer à la forme du terrain en profitant de tous les obstacles naturels; on n'hésite pas pour améliorer ce tracé à l’écarter plus ou moins de la ville; on emploie d’ailleurs les différents genres de lignes que nous Connaissons suivant les circonstañces.

Lorsque le plan directeur est terminé, on y fait le tracé des premiers travaux, en rapprochant la première parallèle autant que possible, sans s’astreindre à la distance exacte de 600,00, ni à une distance quelconque et constante, mais profitant de tous les accidents favorables du terrain pour s’avancer plus près. Le nombre de cheminements partant de cette parallèle varie ; on en met un par capitale sur les fronts réguliers ; vis-à-vis des fronts irréguliers, il faut en disposer assez pour que les communications soient faciles.

Ces communications sont reliées entre elles et soutenues par des places d'armes situées de distance en distance que l'on peut éloigner plus que nous ne l’avons- fait dans l'exemple général; mais si la résistance de l'ennemi est vigoureuse, s’il faut repousser de fréquentes et puissantes sorties, on multiplie ces places d'armes sans être obligé de leur faire embrasser à chacune tous lesfronts d'attaque.

Les travaux s’exécutent à la tranchée simple, à la sape volante ou à la sape pleine, suivant la distance de la place el la vivacité de son feu ; la règle est de quitter la tranchée simple pour la sape volante quand on est-à bonne portée de

mitraille, et la sape volante pour la sape pleine quand on arrive à portée de mousqueterie ; ces distances varient avec la portée des armes de la défense. Quand on manque de gabions pour les sapes, on prend ceux des cheminements en arrière dont les parapets prennent la forme de ceux construits en tranchées simples. Tous les cheminements doivent être défilés; ceux qui ne le seraient pas sont approfondis sur le revers. Une partie des places d’armes est organisée pour la fusillade, une autre pour le franchissement.

Tous les matériaux nécessaires aux couronnements des chemins couverts, aux descentes et aux passages de fossés, comme fascines de toutes espèces, sacs à terre, blindes, châssis de galeries souterraines, planches de coffrage, etc., sont préparés à l’avance pour que la marche du travail ne soit jamais arrêtée. Les outils de tous genres et même ceux de terrassement doivent se trouver dans le parc du génie; il ne faut point compter sur ceux trouvés dans le pays. |

Pendant tout le temps du siége, pour que la marche du travail soit régulière et ne souffre pas de temps d'arrêt, le commandant du génie doit prévoir au moins 24 heures à avance le nombre de travailleurs dont il a besoin, pour en faire la demande à l'état-major général. Il faut dans le commencement du siége ménager les sapeurs du génie dont on n’a jamais qu’un nombre trop restreint et qui sont si utiles à la fin. Si on en manque, on peut prendre dans d'autres corps avec l’autorisation du général en chef des hommes d'élite et de bonne volonté qui servent de sapeurs auxiliaires et reçoivent une haute paye.

L’artillerie joue dans un siége un rôle fort important ; c’est elle qui doit éteindre le feu des parapets, arrêter les travaux intérieurs par ses feux verticaux et enfin ouvrir aux troupes l'entrée dans la place en pratiquant aux murailles des brèches suffisantes. De plus elle est chargée de l’approvisionnement

er munitiuns de toutes espèces et de la réparation du matériel de guerre.

L'emplacement des batteries dépend de la forme des fortifications, il faut le combiner avec le tracé des cheminements et parallèles de manière à ce que ces travaux ne se gênent point réciproquement, . mais au contraire se prêtent un mutuel secours. Les pièces du plus gros calibre sont les meilleures quand il ne s’agit point de- batteries de brèche ; et dans tous les cas elles ne doivent pas être inférieures à celles de la défense. Les batteries éloignées tirent à ricochet ou de plein fouet ; ee dernier dir ne doit être employé que si le premier, qui est plus destructeur, qui use moins de poudre et qui fatigue muins les pièces, ne suffit pas ou est impossible. Ces batteries ne doivent pas être en général à plus de 600",00 des ouvrages.

Aux batteries de canons sont jomtes des batteries de mortiers pour détruire les établissements militaires et arrêter les travaux intérieurs. On emploie en général les calibres de 0®,22 et de 0",27 ; les mortiers de 0,32 dont la manœuvre est plus difficile sont réservés pour tirer à de grandes distances.

Quand on arrive à 50 ou 60,00 de la place, on ne peut plus se servir que de feux verticaux ; on construit alors des batteries de mortiers et de pierriers rapprochées des chemins couverts pour les inonder de bombes, de pierres et de grenades. Des petits mortiers de 0,15 disposés dans la parallèle et transportés à bras d'hommes en des points quelconques gênent aussi beaucoup le défenseur.

Les batteries de brèche sont ordinairement armées de pièces de 24; il faut pouvoir battre lie mur assez près du fond du fossé ; on suit dans le tir la marche régulière que nous avons indiquée. Les eontre-batteries destinées à ruiner les parapets des faces qui battent les fossés de l’ouvrage attaqué, sont dans le prolongement de ces fossés. Leur

armement est en rapport avec l'artillerie qu'elles doivent combattre.

L’artillerie doit encore avoir tout préparé pour faire franchir les talus des brèches aux pièces qu’il faut amener dans les ouvrages.

Examinons maintenant les principes qui guident le général en chef dans le courant du-siège pour toutes les opérations qui ne dépendent directement ni de l'artillerie ni du génie.

Le premier de tous est d’avoir des approvisionnements suffisants, et de s’eritourer de tous les renseignements né- cessaires sur la place qu'il veut attaquer. L'armée doit être assez forte pour fournir un corps d'observation.

L'envoi d’un corps d'investissement est à peu près indispensable; mais comme il est faible, il faut le suivre de près avec tout le matériel.

Les camps sont placés hors de portée du 6 canon de ja place, mais aussi rapprochés que possible pour éviter aux hommes la fatigue de longues courses dont la durée ne compte pas dans le temps de service. Il faut les entourer de quelques fortifications de campagne ainsi que les parcs.

Nous avons suffisamment parlé des principes qui devaient diriger le général en chef dans le choix du point d'attaque ; nous n’y reviendrons pas.

Le service de la tranchée est réglé avec soin, de manière que tous les corps de l’armée y prennent part successivement, tant pour la garde que pour le travail. L'armée d'observation peut aussi être appelée à fournir son contingent de gardes ou de travailleurs, quand le siége se prolonge, pour soulager le corps principal. Il vaut mieux dans ce cas appeler successivement les différentes brigades ou divisions à faire partie de l’armée d'observation dont les fatigues sont moindres.

Les officiers qui commandent les travailleurs doivent déférer aux recommandations des officiers de l'artillerie et du

génie chargés des travaux. Ils surveillent leurs hommes, si

les excitent au travail et les empêchent de s’écarter sous aucun prétexte.

Pour résister aux grandes sorties, on tente d’abord de les arrêter par Îles feux d'artillerie et de mousqueterie ; si elles continuent à s’avancer malgré ces feux, on les aborde vivement à la baïonnette quand elles ne sont plus qu’à une faible distance, et sans jamais se laisser prévenir. Après les avoir repoussées, on se garde bien de les poursuivre trop loin, pour ne pas se soumettre inutilement aux feux de la place. La nuit quelques éclaireurs de bonne volonté placés en avant des travaux et abrités dans des trous ou par quelques sacs à terre, préviennent à temps de leur arrivée...

Les attaques de vive force ne sont bonnes que contre les ouvrages placés en dehors des chemins couverts et mal soutenus par conséquent. Les attaques pied à pied sont préférables pour les autres. Dans tous les cas, il est de la plus haute importance de ne tenter une attaque de vive ferce qu’au moment où les travaux conduisent à couvert au moins à portée de- grenade des ouvrages attaqués. Faute de cette précaution, les colonnes d'attaque obligées de franchir à découvert sous le feu de l'ennemi un espace trop considérable, éprouvent des pertes énormes et n'arrivent qu’en désordre et déjà trop affaiblies.

En général, on n’est obligé à l'attaque de vive force que pour -enlever.le corps de place et les retranchements intérieurs ; dans ce dernier cas, il faut agir avec précaution, ne pas se lancer tout d’abord dans l'intérieur de la ville, mais se répandre le long de la fortification, se mettre en communication avec l’extérieur, faire entrer les réserves, et pénétrer alors en bon ordre, occupant successivement les points les plus importants.

Comme dernier principe nous ne saurions trop recommander une cordiale entente entre les officiers des différentes armes employées au siège; il en résultera nécessairement un

plus grand ensemble dans les travaux dont la marche pourrait au contraire être entravée par de mesquines rivalités.

Dans la seconde partie de ce cours, nous avons décrit les divers ouvrages de la fortification permanente sans pouvoir au juste indiquer leur but immédiat et les rapports qu'ils ont entre eux, puisque nous ne connaissions pas encore les méthodes. d'attaque et de défense. Il nous est possible actuellement de juger en connaissance de cause de leur valeur respective : c’est ce que nous allons faire en quelques lignes, en commençant par les ouvrages les plus éloignés.

Nous ne dirons rien des ouvrages détachés dont nous avons suffisamment indiqué la raison d’être dans certains cas particuliers, non plus que des ouvrages avancés destinés à couvrir une portion d'enceinte trop faible, un faubourg oudles établissements militaires. Un mot sera seulement nécessaire sur la position des lunettes destinées à renforcer un point donné : il est évident que celles situées en avant des fronts attaqués peuvent ralentir les attaques, mais n’obligent pas l’assiégeant à un plus grand développement de travaux; si elles se trouvent au contraire sur la droite ou sur la gauche de ce terrain de manière à le bien flanquer, l'ennemi sera toujours obligé de les attaquer, et pour établir les batteries dirigées contre elles comme pour embrasser leurs saillants par ses travaux, il faudra qu’il augmente le développement des deux premières parallèles. Il sera donc obligé d'employer plus de temps, et-aussi d’exposer plus de travailleurs à la fois.

Parmi les dehors, on rencontre en premier lieu les chemins couverts qui mettent l’assiégé en communication avec la campagne : les difficultés que l’assiégeant éprouve pour s’en emparer et qui font de leur prise une des opérations les plus graves du siége, donnent upe idée de leur importance. On a vu le rôle joué par les traverses qui permettent une défense pied à pied vigoureuse , après avoir diminué le danger du tir à ricochet.

L'existence des places d'armes rentrantes favorise les retours offensifs et leurs réduits qui servent de points de ralliement dans la défense des chemins couverts sont aussi d’une grande utilité. Des réduits dans les places d'armes saillantes auraient pour résultat d'empêcher le couronnement pied à pied et de rendre bien difficile le couronnement de vive ferce, opération déjà si meurtrière pour l’assiégeant.

Les contrescarpes en maçonnerie auxquelles s'appuient les cheminsæouverts donnent de la sécurité aux fossés et par suite à toute l'enceinte ; de plus elles empêchent l’assiégeant de se répandre dans les fossés quand ils sont secs, et d’aborder les brèches en masses considérables ; il faut que les colonnes défilent par l'ouverture étroite des descentes dont la construction demande d'ailleurs à l’assiégeant un temps assez long. |

Nous n’avons rien à dire des fossés; leur importance est trop évidente pour avoir jamais été niée,.et nous avons vu plus haut lesquels on devait préférer des fossés secs ou des fossés pleins d’eau.

Les demi-lunes ont pour but principal de couvrir de feux croisés le terrain en avant des bastions et de mettre ceuxci dans des rentrants plus ou moins prononcés. Ce dernier effet ne se produit pas si le bastion est un peu aigu ; alors son saillant se trouve à peu près sur la même ligrie que celui des demi-lunes, on pourrait donc l’attaquer en même temps, et les demi-lunes n’auraient pas produit l'effet que l'on attend d'elles, s’il ne se trouvait dans leur intérieur un réduit; les feux de flanc de ce dernier ouvrage parfaitement intact voient à revers les brèches faites aux faces du bastion sur le sommet desquelles l'ennemi ne pourrait s'établir. Nous voyons donc l'utilité des demi-lunes et de leurs réduits; cependant s’il n’y a pas de retranchement intérieur, l’action des réduits de demi-lune est bien diminuée ou même est annulée, car

es colonnes d'assaut peuvent braver les feux de leurs flancs

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