DE LA VALEUR DES DIFFÉRENTS DEHORS
pour s’élancer immédiatement dans la ville qu succombe ainsi prématurément. Ceci nous montre en outre l’enchainement qui existe entre les différents ouvrages de la fortification et comment l'absence de l’un éntraîne souvent l'inutilité des autres. On sait d’ailleurs que les demi-lunes dans le front de Cormontaingne ont un inconvénient assez grave, c’est que les contre-batteries qui sont construites le long des crêtes des places d'armes saillantes peuvent faire brèche aux faces du bastion à travers leurs fossés.
Ce défaut existe aussi lorsque l’on couvre une partie d’enceinte par un ouvrage à cornes formant dehors, c'est-à-dire compris sous le même chemin couvert que celui de la place, si les branches tirent leur flanquement de l'enceinte. De plus, quand une fois ce dehors est entre les mains de l’assiégeant, il trouve d'excellentes places d'armes bien abritées dans les fossés du front et son terre-plein lui offre un terrain commode pour les cheminements, tandis que l’assiégé s’y retranche difficilement.
Les ouvrages à cornes disposés comine dehors en avant d’un bastion valent mieux que ceux placés en avant des demi-lunes; car en premier lieu ils recouvrent directement le point le plus important, et en second lieu les contre-batteries enfilant les fossés des longues branches ne peuvent faire brèche qu'aux faces des demi-lunes qui les flanquent, tandis que pour ceux placés en avant des demi-lunes et qui sont flanqués par les faces des bastions, ce serait contre ces faces que tireraient les contre-batteries, et les brèches qu'elles y feraient seraient bien plus importantes.
On n’admet pas en général de contre-garde couvrant les demi-lunes; mais ces ouvrages placés en avant des bastions peuvent rendre d’assez grands services. Cependant il faut remarquer que leur saillant se trouve. à la hauteur de ceux des demi-lunes voisines : ces ouvrages seront donc attaqués ensemble, et par conséquent la présence de la contre-garde
ne fait presque pas perdre de temps à lassiégeant,; mais il faut qu’il fasse plus de travaux, qu’il expose plus de monde ; puis l'établissement des batteries de brèche sur le terre-plein de la contre-garde est toujours une opération difficile.
Les coupures faites, soit dans les faces des demi-lunes, soit dans les faces des contré-gardes, et situées vis-à-vis les fossés des réduits de places d'armes rentrantes, sont nécessaires, comme on le sait, pour que ces derniers ouvrages puissent rendre tous les services que l’on est en droit d'en attendre et pour que leurs défenseurs, pris à revers, ne soient pas obligés de les abandonner. Ces réduits, outre leur rôle actif, font encore fonction de masses couvrantes pour abriter l'angle d'épaule du bastion concurremment avec l'extrémité de la face de la demi-lune.
Les tenailles ne jouent pas un rôle très-actif dans la défense ; aussi l’assiégeant ne se donne-t-il pas la peine de s’en emparer ; elles tombent naturellement après la prise du bastion. Cependant le défenseur peut, au commencement du siége, placer avec avantage quelques mortiers sur le terreplein de ce petit ouvrage, et les feux obliques qui partent de ses crêtes ont sur les colonnes d'assaut dirigées contre le bastion une action qui n’est point à négliger. De plus, leur masse empêche l’assiégeant de faire brèche à la courfine au moyen d’une batterie établie à la gorge du réduit de demi-lune ét de tourner par suite le retranchement intérieur. L'espace compris entre la tenaille et la courtine forme en outre une excellente place d'armes où l'assiégé peut rassembler ses troupes pour faire des retours offensifs dans les fossés.
Nous avons suffisamment justifié le tracé bastionné ; nous n’avons pas besoin d’y revenir ici; on remarquera seulement que, par suite de ce tracé et de la longueur de la ligne de défense adoptée, les feux de mousqueterie d’un flanc battent les brèches faites à la face du bastion voisin ; or, si