‹ Traité de géognosie. Ou, Exposé des connaissances actuelles sur la constitution physique et minérale du globe terrestre (volume 2)Chapitre 12 sur 46 · CHAPITRE IL · texte numérisé non relu

CHAPITRE IL

§ 23i. Dès que les minéralogistes portèrent leur attention sur les montagnes et sur les terrains , ils durent être frappés d’une différence marquée dans la nature et dans la disposition de leurs masses. Les uns , composés de roches dures , cristallines , en couches inclinées , renfermant beaucoup de filons métalliques , furent nommés terrains à filons ( ganggebirge ) ; les autres, d’un aspect entièrement différent, contenant beaucoup de débris d’animaux et de végétaux , formés par des couches déposées les unes sur les autres comme des sédiments , et dont quelquesunes étaient un objet d’exploitation , furent les terrains à couches proprement dits (/loeizgebirge). Ce sont les mineurs qui ont fait presque toutes nos premières divisions géognostiques, comme ils ont fait une partie de nos premiers noms minéralogiques. Les terrains de la première classe , servant de base aux auLres, et étant par conséquent plus anciens, furent aussi nommés terrains antiques ou primitifs ( urgebirge ) ; et par opposition, les autres furent les terrains secondaires ; l’existence des êtres organisés dans leur masse était le caractère de postériorité. Telles sont les grandes

TERRAINS INTERMÉDIAIRES. ig5

divisions géognos tiques qui existèrent jusque vers la fin du dernier siècle.

A cette époque , vers 1780, les minéralogistes du Hartz , au milieu de leurs riches montagnes , terrains à filons par excellence , remarquèrent une grande quantité de brèches et de grès , qui , étant formés évidemment des débris de roches préexistantes , déposaient contre fantiquité qu’on leur avait attribuée ; ilsy trouvèrent desempreintes végétales , et meme quelques débris de zoophytes , et quelques coquilles , et leurs montagnes devinrent ainsi , par le fait , des terrains secondaires.

Cependant Werner, prenant en considération leur grande analogie de composition et de structure avec les autres terrains primitifs , crut qu’il était plus convenable d’en former une classe intermédiaire entre les deux terrains , et il donna aux montagnes de cette classe le nom de übergangs gebirge , c’est-à-dire terrains de passage ou de transition; et, effectivement, ils font le passage des sols primitifs aux sols secondaires proprement dits. Quoique le nom de terrain de transition, introduit par M. Brochant , soit assez généralement adopté, je conserverai celui de terrains deformation intermédiaire , ou simplement de terrains intermédiaires , que j’ai toujours employé : il me paraît plus adopté au génie de notre langue , et sa signification d’ailleurs est très-exacte.

On ne comprit d’abord dans la nouvelle classe que le terrain de la partie centrale du Hartz t composé de phyllade , de grès et de calcaire , et bientôt après un terrain analogue des montagnes de la Saxe. On y joignit ensuite quelques roches amphiboliques , et quelques lydiennes. M. de Buch , dans un mémoire publié en 1798 (1) , et c’est , je crois , le premier des écrits sur les terrains intermédiaires, recueillit les faits déjà connus à leur sujet, et il y ajouta de nouveaux exemples pris en grande partie de la Silésie.

Les choses étaient dans cet état , lorsque M. Brochant , professeur de minéralogie et de géologie à l’école des mines , alors établie à Moutiers , dans la Tarentaise , en observant divers points de cette contrée, fut frappé de la multitude de brèches et de poudingues qui s’y trouvaient ; il vit les roches de ces montagnes alterner avec ces poudingues , et avec un terrain anthraciteux contenant des empreintes végétales. Il exposaces faits dans un mémoire qu’il publia en 1808 , et dans lequel on nous montra, pour la première fois , des schistes - micacés , des serpentines , des quartz en roche^et des calcaires grenus , hors de la classe des terrains primitifs , et postérieurs à l’existence des êtres organisés ( 2 ). Ce mé~

(1) Jahrbücher der Berg und hutten kunde. 1798.

(2) Journal des Mines tom. XXII.

terrains intermédiaires. 197

moire classique et fondamental, pour employer les expressions de M. de Buch , fait e'poque dans cette partie de la science.

L’année suivante , un géologiste d’un mérite distingué , M. Omalius d’Halloy , dans son Essai sur la géologie du nord de la France , plaça parmi les terrains intermédiaires , plusieurs parties de la contrée qu'il décrivait , et qui , étant formées d’ardoises , de quartz et d’amphibolites, se trouvant riches enméLaux, avaient été regardées jusqu’alors comme primitives.

Mais quelque extraordinaires que fussent ces résultats de l’observation, ils le furent encore bien moins que ceux que MM. de Bucb et Hausmann rapportèrent de leur voyage de Norwége. Avec surprise , nous vîmes le granité lui-mème , et un granité des plus beaux et des plus cristallins , superposé à des bancs de calcaire coquillier. Ce fait , jusqu’ici le seul dans son genre , était si extraordinaire , et tellement opposé aux idées que l’étude des montagnes avaient fait naître en nous, qu’on aurait pu en désirer une nouvelle vérification avant de l’admettre définitivement ; mais il était rapporté , dans tous ses détails , par le plus habile des géognostes actuels , et il était confirmé p«r un minéralogiste très- distingué. 11 y a donc des granités secondaires , et la géognosie n’a plus une seule roche essentiellement primitive.

A peine ce fait fut-il publié , qu’un grand

nombre d’autres arrivèrent de tous côtés comme pour en affermir la conséquence. MM.Brongniart et Omalius virent aux environs de Cherbourg un granité siénitique , et même un vrai granité, alterner avec un phyllade qui paraissait identique avec un autre placé à peu de distance , et renfermant des empreintes végétales et même des fragments d’entroques.M. de Raumer, mu par des analogies, rapporta au granité siéniliqne de Meissen et de Dohna, superposé auxphyllades (§ i55), une grande partie des granités de l’Allemagne', et on les porta dans le terrain de transition (i). M. de Buch croit maintenant devoir y mettre les gneis de Martigni et de Saint- Maurice , en Suisse. Quelques personnes y rapporteraient même toute la masse des Grandes-Alpes. Enfin , dans le moment actuel , on ne sait plus où s’arrêter pour trouver même un granité incontestablement primitif; et il semblerait, comme le dit très-bien M. Brongniart , qu’il n’y a presque plus que les terrains granitiques et porphyriques peu connue, qui restent encore dans les terrains primitifs.

Telle est la marche de l’esprit humain : on s'empresse autour d’une nouveauté , et lorsque l’impulsion est donnée , sur de simples aperçus , sur des rapports même éloignés , on renverse l’ancien édifice , et on s’empresse d’établir un nouvel ordre de choses. Mais cette marche, ces grands mou-

(i) Geognosliche Fragmente , 1811.

vements oscillatoires , ne convieonent nullement aux progrès de nos connaissances, sur-tout de celles qui , comme la géognosie , ne sont , en quelque sorte , que des sciences d observations. Tenons nous toujours près des faits ; attendons qu’une observation bien positive et bien constatée , ait prouvé directement ou indirectement la superposition d'un terrain à des couches renfermant des débris d'êtres organiques, avant de le sortir de la classe où les observations laites jusqu'ici l'ont placé: c’est ainsi que je crois qu’011 doit en agir , et que j’en ai agi dans l’intérêt de la science. Parce qu’à Christinia on a trouvé un granité siénilique superposé à une assise coquillière , et que par conséquent il est secondaire, il ne faut pas conclure que le granité siénitique des Alpes n’est plus primitif : je me suis déjà expliqué à cet égard ( page ig3 ). Depuis assez long-tcms les géologistes sont accoutumés à voir des calcaires primitifs et des calcaires secondaires ; il en sera de même du granité , du gneis , etc.

§ 232. Quelques géologistes, déterminés en partie par ces nouveaux faits, pensent qu’on pourrait supprimer la classe des terrains intermédiaires. Je suis loin de partager cette opinion ; ridée de Werner, en l’établissant, a été très-heureuse : elle laisse , je pourrais dire , dans toute la pureté possible , les deux autres classes , celles des formations cristallines , et celles des formations sédimentaires. Elle se rapporte à l’époque où le mélange de ces deux sortes de formations a commencé à se faire , et à une époque où il s est opéré dans la nature une révolution qui , d après les nombreux indices que nous en voyons, est peut-être la plus violente de celles qui sont

Circonscription des terrains in 1 tertnédiai .

res.

Rapport avec les autres terrains.

survenues durant la formation de l’écorce minérale du globe.

Certainement il y a du vague dans la fixation des limites entre cette classe et celles qui l’avoisinent ; maie il est inhérent à la nature des choses. Cependant , je crois encore qu’on définirait assez exactement les terrains intermédiaires, en disant qu’ils sont composés des mêmes roches que les terrains primitifs ; mais que ces roches y alternent avec quelques-unes d’elles qui contiennent des débris d’êtres organiques , et avec un grès particulier. On pourrait peut-être dire encore que les terrains intermédiaires sont ceux qui remontent , en suivant l ordre des tems , depuis le terrain houiller jusqu à la première apparition des êtres organisés ( i ).

§ 233. Ce que nous avons déjà dit suffit pour montrer leur grande analogie avec les terrains primitifs ; ils sont composés , à l’exception du grès , des mêmes substances , et elles y sont disposées de la même manière. Ainsi que je l’ai dit, ils ne sont que le prolongement des premiers'; seulémentïly a, dansce prolongement, des vestiges d’animaux et de végétaux; il y a des poudingues et

(i) C’est à dessein que je n’ai pas dit , dans cette définition , si le terrain houiller était compris dans la classe intermédiaire. Les géologistes hésitent à ce sujet : si l’on prononçait affirmativement , ii n’y aurait qu’à ajouter le mot inclusivement après l’expressiou terrain houiller.

des grès , cl les masses y sonl moins cristallines ; car , d’ailleurs , il y a continuité parfaite , et ils s’engrènent aux points de contact.

Le rapport est encore bien intime avec les terrains secondaires ; le grès intermédiaire ( grau wacke ) passe au grès houiller , il y a meme continuité ; et les géognostes ne savent plus comment distinguer certains calcaires intermédiaires du plus ancien des calcaires secondaires ( alpen kalkstein ).

§ 234. D’après ce que nous venons d’exposer, nous aurons ici à considérer les memes roches dont nous avons fait mention dans le chapitre précédent, en y ajoutant le grès intermédiaire ou traumate ( grau wacke').

Toutes ces roches ne se trouvent pas ici en égale quantité, quelques-unes même y paraissent commede rares phénomènes. Celle qui y domine, qui semble presque essentielle, est le phyllade: elle s’y trouve ou comme partie constituante d’un terrain , ou au moins comme partie de celui qui sert de support à un autre. Elle a de plus une affinité singulière avec le traumate , et elle alterne ha^ bituellemcnt avec un calcaire particulier. Nous commencerons par traiter de ces roches , et puis nous examinerons ce que chacune des autres présente de spécial aux terrains intermédiaires.

Trauraate.

ARTICLE PREMIER

DU TRAUMATE (l).

Grauwacke des Allemands.

Grey-wacke des Anglais.

Sorte de Brèche , Poudingue et de Grès de la plupart des minéralogistes français j sorte de Psamite de M. Brongniart.

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