‹ Traité de géognosie. Ou, Exposé des connaissances actuelles sur la constitution physique et minérale du globe terrestre (volume 2)Chapitre 16 sur 46 · DU QUARTZ · texte numérisé non relu

DU QUARTZ

§ 25o. Nous avons vu le quarlz très-abondant dans les phyllades intermédiaires : il y forme des couches, mais qui deviennent quelquefois assez considérables pour constituer des masses de montagnes ; et il est àremarquer que presque tous les terrains qui ont été portés dans la classe intermédiaire contiennent un grand nombre de ces couches.

M. Brochant a placé parmi les roches intermédiaires de la Tarentaise , des quartz le plus souvent grenus , et qui avaient été pris pour des grès par Saussure.

MM. Brongniart et Omalius ont vu ce même quartz grenu , former une partie du sol des côtes de la Normandie et de la Bretagne. Dans cette dernière province, au milieu des phyllades intermédiaires , j’ai observé plusieurs couches de cette roche; une, entre autres, à deux lieues au nord de Poullaouen , occupait , perpendiculairement à la stratification du terrain , un espace d’environ deux mille mètres , et elle s’étendait à une très-grande distance dans le sens de sa direction : elle était formée d’un quartz grossier, écailleux, et traversé par des veines de quartz hyalin.

Plusieurs des quartz en roche , signalés par MM. Mac-Culloch et Horner, en Ecosse et dans le Sommersetshire , notamment ceux qui sont avec

^4o TERRAINS INTERMEDIAIRES.

les vraies grauwacke , appartiennent aux terrains intermédiaires.

Je remarquerai à ce sujet que j’ai peine à concevoir le passage qui existe, d’après ces savants, entre ces deux espèces de roches ; lorsqu’ils disent , par exemple, que la grauwacke , ou grès quartzeux , en perdant le ciment qui unissait ses grains , passe au quartz en roche , ou au quartz granuleux. Dans cette dernière substance, les grains sont des produits de la cristallisation, formés au même moment que toute la masse ; et dans la grau wacke , ce sont des fragments d’anciens quartz , charriés mécaniquement dans le lieu où on les trouve maintenant : ces deux choses sont absolument différentes, et il importe de les distinguer. Certainement il est quelquefois difficile dè prononcer sur celle des deux origines qu’on doit attribuer aux grains de certains échantillons ; j’ai été souvent embarrassé de décider si des globules de quartz que je voyais dans des masses quartzeuses , étaient de vrais cailloux roulés , ou s’ils étaient de formation contemporaine, comme les grains d’un oolite le sont dans des calcaires : sur de petits échantillons , on est quelquefois embarrassé de distinguer le granité d’avec le grès, et cependant ce sont des roches essentiellement différentes : la différence est de même nature entre la grauwacke et le quartz en roche ; il n’y a pas plus de passage entre l’un et l’autre , qu’il n’y en a entre les grès et le granité.

ARTICLE SIXIÈME

DES AlMPHIBOLITES.

Uebergang 's trapp (trapp intermédiaire ) des Allemands.

§ 25 1. Nous voici peut-être à l’article le plus embarrassant de la géognosie ; c’est ici spécialement que commencent les incertitudes et les discus-

AMPHIBOLITES.

sions sur l’origine ignée ou non ignée de plusieurs roches. Nous avons vu , en parlant des porphyres du Thüringerwald , que d’un côté ils passaient au granité de la manière la plus incontestable , et que de l’autre ils dégénéraient en une roche à tissu lâche, bulleuse , d’un vert ou d’un brun foncé , renfermant des nœuds de spath calcaire ou de calcédoine , ayant l’aspect de certains produits volcaniques ; elle est généralement regardée comme d’origine neptunienne , parles savants qui l’ont considérée. Nous venons encore de voir le porphyre de Christiania , tenir d’une part à un magnifique granité , et de l’autre à un basalte bulleux, renfermant des cristaux d’augite , et passant à une wacke amygdaloïde : M. Hausmann ne voyait dans ces wackes et basaltes qu’un produit neptunien ; M. deBuch y trouvait un sujet d’énigme qu’on serait long-tems embarrassé d’expliquer ; et M. de Humboldt paraît enclin à y voir des effets volcaniques.

Ce sont ces amygdaloïdes si problématiques , qui constituent principalement les trapps intermédiaires de W erner , lesquels , d’après ce savant , sont des roches dont la masse principale est un griinstein ( amphibolite ou aphanite ) en partie décomposé , et formant une wacke à grains fins ; elles sont très-souvent à structure amygdaloïde ; les vacuoles sont ordinairement remplis , en tout ou en partie , de géodes quartzeuses , et quel- 2. 16

quefois de spath calcaire et de terre verte (chlorile baldogée). Werner place dans cette classe les toadstones du Derbyshire , les roches contenant les agates d’Oberstein , etc. ; et quelques roches du Erzgebirge et des montagnes voisines.

Le toadstone (pierre à crapaud) des Anglais est une amygdaloïde dont la pâte est d’un brun foncé , ayant souvent une teinte de vert, tantôt compacte et ressemblant au basalte , tantôt bulleuse et contenant des nœuds de spath calcaire et de terre verte. Elle est en couches ou masses informes interposées dans le calcaire appelé mountain limestone , dont nous avons parlé. Elle paraîtrait devoir être regardée comme une amphibolite, ou aphanite, d’un tissu un peu lâche; cependant M. Cordier, y ayant trouvé des grains ou cristaux d’augite , croit devoir la rapporter à la dolérite , et par suite aux produi ts volcaniques. Les géologistes sectateurs de Hutton voient ici un exemple de leurs whinstones ; roches qu’ils regardent comme congénères du basalte , et comme ayant été fondues dans le fond des mers, sous des couches de matières minérales , et ensuite injectées , par une force agissant de bas en haut , entre ces couches. ( Voyez tome Ier, page 421* )

L’Irlande nous présente des faits de même espèce. Dans le grand terrain de calcaire qui s’étend à l’ouest de Dublin , et que tout indique être de même formation que celui du Derbyshire,

AMPIIIBOLITES.

on a , sur divers points , de grands bancs de trapp, qui , ayant plus résisté à la décomposition que le calcaire adjacent, forment des monticules de cent mètres et plus au-dessus du sol environnant. Leur masse consiste le plus souvent en une aphanite d un gris ou d’un vert noirâtre , tantôt elle est terreuse , présente une texture amygdaloïde, renferme des nœuds et des veines de spath-calcaire; etlorsqu’elle est altérée, et que la décomposition a fait disparaître les parties calcaires , elle offre l’aspect d’une scorie volcanique : tantôt l’aphanite est compacte et se rapproche du basalte ; dans cet état, elle est quelquefois divisée en prismes , et contient des cristaux d’amphibole ; ailleurs c’est un porphyre euritique, ressemblant au phonolithe, et qui contient des cristaux de feldspath vitreux. Quelquefois encore on a une diabase éminemment cristalline, présentant de grands cristaux d’amphibole avec du feldspath aciculaire : enfin , ailleurs on trouve des brèches composées de fragments de trapp , de calcaire , de lydienne, unis par un ciment calcaire. Les couches de ces diverses substances sont assez souvent peu inclinées , et leur alternative avec le calcaire est visible sur plusieurs points : quelquefois meme Ces substances sont mêlées au contact. Dans un de ces points , au milieu d une aphanite , d’ailleurs dure et solide , M. Weaver a trouvé des entroques , des ammonites et des térébratules. Ainsi , ces trapps et le

calcaire ont été formés en meme tems , et ils ont un même mode de formation (i).

La roche qui contient les belles agates d’Oberstein , est encore d’une origine et d’une époque fort douteuse. Elle se trouve dans le pays de Deux -Ponts, à la superficie du terrain; elle y forme des collines assez étendues , tantôt elle est dure, noire, c’est une aphanite compacte; tantôt son tissu est relâché, elle prend une couleur rougeâtre , et dans cet état elle sert de matrice aux agates calcédonieuses dont nous avons parlé (§ io5 ). Faujas , après avoir examiné les localités , pensait qu’elle ne pouvait être d’origine volcanique. M. Omalius d'Halloy la rapporte aux amphibolites ; il la place dans les terrains intermédiaires , et semble croire qu’elle tient aux plus anciennes parties de ces terrains , dans le nord de la France (2). M. de Humboldt la classe dans la forma tion du grès rouge et des porphyres se condaires (3) : et M. Cordier retrouvant encore ici des grains ou cristaux d’augite , voit en elle un produit volcanique. Au reste , cette roche n’étant pas recouverte par d’autres couches minérales , il est difficile de prononcer sur son âge relatif.

(1) Voyez déplus grands détails, sur ces faits si intéressants, dans la description géologique de la partie orientale de l’Irlande , par M. Weaver, Transact. ofthe geol. soc. , tom. V.

(2) Journal des Mines , tom, XXIV, pag. i36 et

(3) Voyage, tom. I, pag. 343, in-8.

AMPHIBOLITES.

Werner place encore, et d’une manière spéciale , dans les trapps intermédiaires , une roche dont la masse a d’ailleurs beaucoup de rapports avec les précédentes , et qui occupe d’assez grands espaces dans la partie occidentale de la Saxe , le Voigtland, et dans la partie de laFranconie adjacente , le Fichtelberg ; elle se divise souvent en boules, et on lui a donné, en conséquence, le nom d ekugeltrapp ( trapp enboules). Les montagnes des ces contrées présentent , principalement dans un terrain de phyllade , un très-grand nombre de couches d’amphibolite ; quelques-unes , formées d’une masse verdâtre ( griïnstein ordinaire) ayant deux ou trois cents mètres d’épaisseur , contiennent une multitude de boules dont le diamètre varie depuis deux ou trois lignes jusqu’à deux ou trois pieds ; elles se divisent, presqu’en totalité , en couches concentriques qui laissent au milieu un noyau très-solide : cette forme est ici un effet de la formation primitive ; c’est une de ces formations globuleuses dont les porphyres de la Saxe , de la Hongrie et du Thürin gerwald , nous ont déjà offert des exemples.

Les amphibolitcs du F oigüand et de Fichtelberg , dont M. Goldsfuss a donné la description , offrent à-peu-près toutes les variétés possibles de ces roches : celle qui se divise en boules passe d’un côté à une diabase à grains très-distincts , et de l’autre à une aphanite , tantôt compacte, dure,

ayant l'aspect du basalte et contenant même des crislaux daugite , d après le minéralogiste que nous venons de nommer ; tantôt , avec un tissu moins serré , elle prend une structure amygdaloïde , conserve l’augite , renferme des nodules de spath calcaire , et est traversée par des veines de cette substance (i). Ces roches occupent un grand espace , et reposent soit sur le granité , soit sur le phyllade ; quelquefois elles sont intercalées dans ce dernier ; mais souvent encore elles sont à découvert; et il est possible que, d’après cette dernière circonstance , on leur ait annexé quelques vrais basaltes qui n’appartenaient point à leur formation , mais avec lesquels certaines de leurs variétés avaient quelques ressemblances.

Je 11e m’arrêterai pas plus long-tems sur une espèce Je terrain que je n’ai pas été à même d’observer , et sur laquelle il n’y a d’ailleurs rien de particulier à dire» car toutes les vraies amphibolites observées jusqu’ici pourraient être regardées comme des roches subordonnées au terrain de phyllade.

Quant à celles qui leur ressemblent à beaucoup d’égards , mais qui ont aussi de l’analogie avec des produits volcaniques , qui ne sont point recouvertes, ou qui sont dans un gissernent extraordinaire, comme les toadslone du Derbyshire , elles méritent une considération toute particulière. Les substances que nous trouvons dans les terrains volcaniques présentent des caractères si spéciaux et si différents de ceux des autres roches ,

(i) MM. Goldfusset Bischof. Beschreibung des Fichtelgebirges.

AMPH1BOLITES.

que lorsqu’on trouve parmi elles une masse qui présente quelqu’un de ces caractères , on est tenté de lui attribuer une origine ignée. Il faut cependant observer: i° que les caractères des produits volcaniques n’ont pas été encore assez complètement discutés et assez généralement reconnus ; 2° que les circonstances du gissement doivent être très-exactement déterminées. Ce dernier point est essentiel ; par exemple , lorsqu’on dira qu’on a trouvé , en Silésie , dans du schiste-micacé , un basalte contenant de l’augite et de l’olivine , et par conséquent une substance réputée volcanique , on ne doit point , en bonne critique , prendre en considération un fait aussi extraordinaire , jusqu’à ce qu’il soit démontré que cette substance est réellement recouverte par le schiste-micacé. Je remarquerai à ce sujet , que lorsque les sciences sont arrivées à un certain point, les observations ne peuvent contribuer à leurs progrès qu’autant qu’elles sont faites avec soin et détail : l’astronomie et même la météorologie ne sauraient plus tirer aucun secours de celles qui ne sont pas d’une extrême exactitude. La géognosie est à-peu-près dans le même cas ; nous avons aujourd’hui assez d’aperçus, ils nous ont mis en état de nous former des idées sur l’ensemble de la science , et de poser des questions : maintenant , pour aller plus loin , pour résoudre ces questions , il faut des observations très - exactes et très -circonstanciées ( voyez tome Ier, page xxxiij ) ; toutes celles qu’on fait en traversant simplement un pays , peuvent bien servir à la géographiej mais elles sont à-peu-près sans intérêt pour notre science.

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