DE LA THURINGE
au-dessus du grès houiller ( et grès rouge ) , une grande assise calcaire , dont l’épaisseur moyenne est de i5o mètres : c’est la plus ancienne formation de calcaire secondaire , au nord du Danube. Elle renferme une couche schisteuse chargée de cuivre , qui est l’objet de plusieurs exploitations, et qui, en étant la partie la plus importante, l’a fait nommer quelquefois terrain de schiste cuivreux ( kupferschiefergebirge ). Avec 1 historien de cette formation , M. Freiesleben, nous la diviserons en deux parties : l’inférieure, celle qui contient le cuivre ; et la supérieure, celle qui renferme le sel ; chacune d’elles se soudivise encore ; la première, en schiste marneux et compacte {zechstein ) ; et la seconde , en calcaire poreux ou cellulaire, et en calcaire fétide (t). Entre ces couches on trouve encore le gypse salifere dont il sera question dans l’article suivant.
§ 287. Le schiste marneux, qui forme toujours
Schiste- passise inférieure de la formation, est tantôt pur,
marneux.
(l) M. Freiesleben , dans son grand ouvrage Geognosucher Beytrag zur kenntnis* des kupferschiefergebirge* ( Essai géognoslique sur le terrain de schiste cuivreux) , a décrit, de la manière la plus circonstanciée, l’ensemble des formations secondaires du rentre de l’Allemagne. Ayant été long-tems directeur d’une partie des mines qu’on y exploite, mines dont les puits et les galeries traversent toutes ces formations, il a élé à même de les bien connaître, et son ouvrage présente certainement la description la plus complète que nous ayons encore de grandes formations geognostiques.
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tantôt imprégné de bitumé, tantôt mêlé de sable : les trois variétés , résultant de ces trois circonstances , gai dent assez habituellement le même ordre de position respective, et soudiviscnt ainsi 1 assise en trois couches : la supérieure, ou le /01V, est de la marne assez pure ; la suivante , chargée habituellement de bitume , forme le schiste marneux bituminijère ( bituminœser mergel schiefer ) ; et l'inférieure, ou le mur , est sablonneuse ; elle est appelée par les mineur smur blanc ( wetslie gendes), en opposition avec le grès, ou mur rouge ( roth-lie gendes ) qui est au-dessous, et dont nous avons parlé ( § 273).
La couche de schiste marneux bituminifère est très-remarquable , tant sous le rapport minéralogique par sa composition , que sous le rapport géologique par sa grande étendue et sa constance, qui en fait le point de repère dans la recherche des formations de la contrée ; elle l’est encore, pour le mineur, a cause des métaux qu’il en retire, et pour le naturaliste, par la multitude des vestiges de poissons et autres animaux quelle renferme.
Elle se trouve dans le Mansfeldt, s’étend dans la Thurmge , la Franconie d’une part, et dans le Hartz et la Hesse de l’autre ; malgré cette grande étendue, son épaisseur n’est pas d’un pied, terme moyen ; M. Freiesleben la porte entre huit et seize pouces ( de France ). Sa masse
34o TERRAINS SECONDAIRES.
consiste en une marne assez pure , imprégnée de bitume et de carbone ; ces deux substances rendent combustibles la plupart des échantillons, et entrent pour un dixième environ dans leur poids ; quelques parties cependant en sont entièrement , ou presque entièrement dépourvues ; mais d’autres en contiennent au point de devenir de vrais schisteux bitumineux ( § 260), renfermant même des parties de houille.
Cette couche contient encore habituellement une quantité notable de parties cuivreuses et ferrugineuses , tantôt disséminées en molécules invisibles dans la masse , tantôt formant de vrais minerais de cuivre, pyrite cuivreuse, cuivre sulfuré, bunt-kupferertz. Ils sont l’objet de plusieurs exploitations importantes , qui ont fait donner à la couche , dans le pays , le nom de ( kupfer schiefer ) schiste cuivreux. Au reste , c’est plutôt la constance que la quantité , dans le contenu en métal , qui la rend importante ; car les parties reconnues assez riches pour être l’objet d’un travail métallurgique , après avoir été convenablement triées , ne donnent guère que deux pour cent de cuivre , duquel on retire ensuite environ huit onces d’argent par quintal. La couche contient encore du plomb , du cobalt, du zinc , du bismuth et de l’arsenic.
Dans un grand nombre d’endroits , elle renferme , entre ses feuillets , une multitude de
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poissons aplatis, qui n ont plus qu’une ou deux lignes d'épaisseur, et rarement un demi-pouce. Ils se trouvent encore avec leur peau et leurs écailles , et sont convertis en une sorte de houille ou de bitume endurci ; c’est d’ailleurs à la décomposition de leurs parties molles qu’on attribue généralement le bitume Contenu dans le schiste : souvent encore une partie en est pyritisée. Ils sont ordinairement repliés , et dans des positions qui semblent forcées , comme s’ils eussent éprouvé une mort violente. Cependant un grand nombre de personnes qui les ont examinés avec soin dans leur gissement, croient que cette position est celle d’un poisson mort qui se pourit, et elles pensent qu’ils sont naturellement tombés sur un fond où ils ont été enveloppés par des dépôts vaseux. M. de Blainville , qui s’est occupé de leur détermination , y a trouvé des brochets, des harengs , une sorte d’esturgeons , etc. Les naturalistes allemands pensent que les poissons de cette localité sont presque tous des poissons d eau douce (1). On a observé, dans ce meme schiste , des empreintes ou squelettes d’autres animaux qui avaient environ trois pieds de long , que 1 on avait pris pour des crocodiles ou pour dessinges, et qui , d’après M. Cuvier , appartiennent au genre des sauriens (lézards) , et doivent être classés parmi
(i) Freiesleben. Tora. IV, p. 284. Schlottheim.
les monilors , animaux qui fréquentent les marais et les bords des rivières (1). Quoique les débris des êtres marins soient rares dans le schiste marneux , on y a cependant trouvé quelques vestiges de coraux et de madrépores ; M. de Schlottheim y a observé une sorte de trilobite qu’il nomme , d’après la nature de la roche qui la renferme , trilobiles bituminosus , ainsi que deux espèces de coquilles ( gryphites aculeatus et terebratulites lacunosus). Le même auteur dit qu’on trouve encore , quoique très-rarement , dans ce même schiste , des impressions de plantes qui ont appartenu à des lycopodiums , à des fougères, et peutêtre au genre phalaris. M. Freiesleben y a encore observé des empreintes de feuilles de saule , une tige d’une sorte de bambou converti en houille , et des morceaux de bois carbonisés, etc.
M. Yoigt , qui a été à même d’étudier la couche de schiste marneux sur plusieurs points , fait au sujet de sa formation quelques observations qui me paraissent mériter d’être rapportées. « Cette couche, dit il , s’est déposée sur le poudingue et le grès rouge, dans un état de calme et de pureté qu’on ne peut observer sans un vrai sentiment d’admiration. A peine une mer agitée a-t-elle fini de recevoir une immense quantité de galets , de les rouler, de les étendre uniformément sur son fond , qu’il se dépose un sédiment de molécules infiniment ténues de marne, de bitume et de cuivre sulfuré, dans lequel , de distance en distance, un poisson a été enseveli et a laissé son empreinte. Un instant auparavant on ne voyait pas une trace de
(1) Cuvier. Animaux fossiles, tom. IV.
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chaux, et à partir de ce moment tout est chaux : un instant auparavant ce n’était qu’un entassement de gros et petits galets , et dès ce moment on ne voit plus même un grain de sable. Les rives de la mer étaient les mêmes que dans le tems de l’accumulation des poudingues et du grès; les fleuves qui avaient apporté les cailloux et les pierres qui constituent ces roches , n'avaient pas suspendu leur cours , et cependant un grain de sable, de la grosseur d’un pois, dans le schiste marneux, dans le calcaire, dans le gypse, en un mot dans toutes les couches placées sur ces lits de cailloux et de grès , est une très grande rareté » (i).
§ 288. Immédiatement au - dessus du schiste ^p^cte. marneux , se trouve toujours un calcaire com- Zechstein. pacte , dur et très-tenace , d’un gris cendré ou noirâtre , eL distinctement stratifié , sans toutefois avoir l’apparence schisteuse , au moins aussi complètement que le banc qui est au-dessous. Ce calcaire est appelé zechstein par les mineurs du pays : il forme une assise dont l’épaisseur n’est que de quelques mètres ; mais qui , en certains endroits , en a jusqu’à vingt et trente : quelquefois elle est un peu mélée d’argile , et se rapproche de la marne ; elle contient quelques veines et grains de spath calcaire et de gypse : on y trouve encore quelques cristaux de quartz, quelques paillettes de mica, et rarement quelques masses aplaties d’argile. Les pyrites cuivreuses et le cuivre carbonaté y sont assez fréquents
(ï) Voigt. Practische gebij'gskunde, § 54-
Calcaire
celluleux.
il y a aussi quelques grains de plomb sulfuré.
En général , elle renferme peu de pétrifications ; on y a cependant trouvé quelques corallites et millepores, ainsi que quelques espèces de térébratules , entre autres les terebratulites alatus et lacunosus : on cite encore des ammonites, des serputiles, etc.
Cette assise de calcaire renferme quelques strates dont le grain est un peu plus grossier , la couleur d un brun jaunâtre , et qui contiennent une assez grande quantité de grypbi tes pétrifiés, ils y sont comme par familles ; ce sont principalement des gryphites aculeati ; quelquefois aussi , quoique plus rarement , des gryphites mgosi : M. Yoigt a nommé cette roche calcaire à gryphites. En comparant les êtres qu’elle renferme avec ceux qui sont contenus dans le schiste marneux, placé immédiatement au-dessous, il se demande d où viennent ces gryphites dont on ne voit pas trace dans le schiste (i) ; et qu’est-ce qui en a éloigné si promptement les poissons qui abondent dans ce schiste , et dont on n’aperçoit plus ici un indice ?
§ 209. Au-dessus du calcaire compacte se trouve une autre couche calcaire qui porte dans le pays le nom de rauchwacke (wacke enfumée) : c’est
(1) M. Yoigt ignorait que M. de Schlottheim eût trouvé quelques gryphites dans le schiste j mais sa remarque n’en est pas moins importante sous le rapport des poissons.
un calcaire vraisemblablement chargé de silice ; il est d'un gris foncé , quelquefois noirâtre, d'une cassure tantôt écailleuse , tantôt grenue à petits grains , lantôt ( quoique rarement) oolitique , dur, ferme , et criblé de pores ou cavités.
Ce dernier caractère est distinctif ; il se présente meme dans les portions de la couche qui paraissent les plus compactes : les cavités y sont anguleuses , longues et étroites ( comme dans une glaise fendillée) ; leurs parois sont tapissées de petits cristaux calcaires : souvent elles sont considérables , et ont même quelques mètres de long et de large ; elles sont toujours aplaties et parallèles à la couche.
Quelquefois , au milieu de sa masse ordinaire , ce calcaire renferme comme des fragments de même substance , ou d’une substance qui en diffère très-peu : ils sont très-distincts du reste de la roche. Dans quelques endroits , ils sont sans aucun ciment agglutinateur, et la couche est alors un vrai tas de pierres isolées.
Elle ne contient que très-peu de pétrifications : on y a trouvé quelques gryphites et camites.
Lorsqu’elle est pure et compacte , elle n’a guère qu un mètre d’épaisseur, et souvent moins encore ; mais dans les variétés celluleuses, sur-tou t lorsque les cavités sont considérables , elle atteint quinze et seize mètres.
§ 290. Sur la rauchwacke , on a une couche de
Calcaire
fétide.
pierre calcaire qui exhale une odeur très-fétide lorsqu’on la frotle , ce qui lui a fait donner le nom de pierre puante , ou de pierre de porc ( stink stem )(i). Elle est d'un brun noirâtre ; ordinairement elle est divisée en plaques minces et planes , qui lui donnent quelquefois un aspect schisteux; d’autres fois, elle est compacte , et sa cassure est alors un peu grenue. Exposée à l’air , elle s’y décolore et s’y délite aisément.
Elle forme une assise dont l épaisseur varie depuis un jusqu’à trente mètres. Dans certaines parties , sa masse devient argileuse et presque sans consistance : dans cet état , elle renferme une quantité plus ou moins considérable de morceaux de calcaire fétide, compacte et dur, tantôt de forme prismatique , tantôt semblables à des disques , ayant au plus huit pouces de long ou de large, et un pouce ou un pouce et demi d'épaisseur; mais toujours anguleux et à arêtes vives; ils sont placés dans toutes sortes de directions : on croirait voir une brèche des mieux caractérisées ; mais M. Freiesleben observe que tout porte
(i) Cette odeur est semblable à celle de l'hydrogène sulfuré. M. John s’est occupé de la recherche du principe fétide : il a analysé un grand nombre de pierres puantes et de marbres n irs , et il a trouvé dans tous un peu de carbone et de soufre. Il a dom é à cette pierre le nom de lucullane : Lucullus avait introduit à Rome l’usage des marbres noirs, et on les y pelait en conséquence lucullei marmores.
à croire que ces morceaux de calcaire ne sont point des fragments de roches préexistantes, quoiqu'ils en aient l'aspect , et qu’ils auront été formés, au milieu de la masse qui les enveloppe, par un rapprochement et une réunion de molécules calcaires : ils sont presque entièrement composés de carbonate de chaux, tandis que la masse environnante et friable est de l’argile : ils doivent leur origine au départ des deux matières.
Quelquefois la désagrégation est complète , et la couche présente, principalement dans ses parties inférieures , une substance absolument semblable à de la cendre , et qui porte effectivement ce nom ( asche) dans le pays. Lorsqu’elle est mouillée , elle a un peu de consistance ; mais dès qu’elle est sèche , la plus légère pression suffit pour la réduire en une poussière extrêmement fine , de couleur grise , et dont les molécules sont des lamelles cristallines : quand elles acquièrent plus de volume , elles forment un sable rude au toucher, dont les grains, vus à la loupe, sont cristallins ; enfin , si ces grains ou parcelles adhèrent ensemble , ce qui arrive quelquefois , il en résulte une vraie pierre calcaire. Au milieu de la matière pulvérulente , on trouve encore des parties de calcaire dur , comme dans la masse friable ; et M. Freiesleben, remarquant de nouveau qu’ils sont un effet de la formation primitive , cite à ce sujet un fait intéressant : il a observé , dans une
galerie de mine , qui traversait la couche , une bande de sable composée de grains de quartz , de grains cristallins calcaires , et d’une argile verdâtre ; et après avoir dit qu’on pourrait la citer comme exemple d’un dépôt mécanique au milieu de précipités chimiques , il ajoute : « Cepen- » dant plusieurs sables paraissent être de vrais » produits chimiques , et le résultat d’une pré- » cipitation de silice , substance qui n’est pas » étrangère à celle couche : c’est ainsi qu’à Wie- » derstaedt,au milieu des cendres, on voit de » petites couches sablonneuses, qui ne sont que » de minces bandes. d un assemblage de très-pe- » titcs druses de quartz dont les cavités sont rem- » plies de calcaire ; si on les met dans l’acide ni- » trique , le calcaire se dissout , et il ne reste » plus qu’une carcasse quartzeuse d’un aspect « carié. »
Dans quelques endroits, au milieu des cendres ordinaires , on trouve des rognons, ou minces bandes formées de chaux carbonatée entièrement pure : ce sont des masses pulvérulentes composées de parcelles blanches, d’un aspect nacré ou argentin , semblables à des parcelles de talc ; ce qui leur avait fait donner le nom de talc terreux ( erdiger talc ) par quelques minéralogistes allemands. C’est le schaumerde ( écume de terre ) de Werner , et la chauoo carbonatée nacrée talcjueuse de M. Brongniart.
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Nous avons distingué , dans l’assise supérieure de la formation , deux couches principales : le calcaire enfumé et le calcaire fétide ; on pourrait les regarder comme n’en formant qu’une , car leurs limites ne sont pas prononcées , leurs substances se mélangent souvent , et se mêlent quelquefois même avec le zechstein. Cette assise supérieure est celle qui renferme le gypse salifère.
§291. Les Alpes, depuis laFrance jusqu’enHongrie , sontbordées au nord par une énorme bande calcaire de dix lieues de large , terme moyen, et qui s’élève jusqu’à une hauteur de quatre mille mètres (§ 244); mais comme elle pose sur le terrain primitif, l’épaisseur de l’assise calcaire n’est pas de plus de 2600 mètres , d’après M. Ebel. Elle est partagée , dans le sens de sa longueur, en deux parties à-peu-près égales , par une couche de phyllade : la partie placée au-dessous est un calcaire intermédiaire, et l’autre est le calcaire alpin.
Sa couleur ordinaire est le gris foncé , passant souvent au gris noirâtre ou bleuâtre ; mais quelquefois aussi au gris clair et au gris rougeâtre ou jaunâtre : dans le pays de Salzbourg , M. de Buch a vu les couches inférieures habituellement rouges , et les couches supérieures blanches : en général , on a remarqué que la couleur est plus foncée dans le bas , et qu’elle s’éclaircit à mesure qu’on s’élève. Sa cassure est compacte, écailleuse,