‹ Traité de géognosie. Ou, Exposé des connaissances actuelles sur la constitution physique et minérale du globe terrestre (volume 2)Chapitre 23 sur 46 · ALPIN · texte numérisé non relu

ALPIN

Dans les Alpes.

quelquefois même grenue à petits grains, et alors il peut être employé comme marbre. Il est distinctement stratifié; les strates en sontsouvent trèscontournées , et ont une forte inclinaison : elles plongent en général vers le sud , c’est-à-dire vers les montagnes primitives ou intermédiaires sur lesquelles elles reposent.

Elles contiennent, principalement dans les parties supérieures , une grande quantité de tubercules de silex pyromaque et des boules de silex corné : ce sont à -peu - près les seuls minéraux qu’elles renferment. On y trouve également fort peu de minerais métalliques, sauf des veines ou minces couches de fer hydraté, et quelques filons de plomb argentifère : des personnes rapportent au calcaire alpin les grandes masses de fer spalhique d’Eiscnhertz en Stirie. On y a observé assez souvent des couches de houille : elles y sont en général peu considérables et de médiocre qualité ; nous reviendrons dans peu sur cet objet , et nous nous bornerons à dire ici qu’elles sont accompagnées de marne, d argile, et même de grès. Quant au gypse et àl’argilesalifère qu’on trouve en notable quantité dans le calcaire des Alpes , ou plutôt sur ce calcaire , nous en traiterons dans l’article suivant.

Les coquilles sont très-inégalement répandues dans le calcaire alpin : des espaces d'une étendue considérable en sont absolument dépourvus.

Celles qui paraissent caractéristiques , pour cette formation, sont les ammonites etleslenticulaires: elles sont accompagnées de corallolites, d'huîtres,' de buccinites, d’echinites , de belemnites , etc. Ces divers fossiles sont ordinairement disposés et réunis par famille dans des couches particulières, rarement sont-ils disséminés dans la roche, sauf les ammonites. M. de Schlottheim a remarqué, dans quelques endroits, qu'elles semblent disposées , jusqu'à un certain point, suivant l’ordre des pesanteurs spécifiques : c’est ainsi que, dans les couches inférieures , on a de grosses ammonites , dont quelques-unes ont plus de six pieds de diamètre ( ammonites colubratus ) , et que dans lescouches supérieures les lenticulaires abondent. M. de Buch observe que dans le pays de Salzbourg , comme dans plusieurs autres contrées de l’Allemagne , le calcaire est séparé du grès sur lequel il repose par une couche très - abondante en fossiles , principalement en entroques et en trochiles, et que leur quantité diminue, en général, à mesure qu’on s’élève.

Ce minéralogiste et M. de Humboldt cherchèrent les premiers à assigner au calcaire septentrional des Alpes sa place géognostique. Depuis il a été l’ohjet particulier des études de M. Escher: ce savant , en le considérant dans son entier , voyant que la partie qui avoisine le terrain primitif a un grain cristallin , que les couches suivantes sont formées d’un calcaire noir et mélangé de beaucoup de silice et d’argile , enfin que les couches extérieures consistent en un calcaire dense et exempt d’un pa-

Dans d’autres contrées.

reil mélange , crut qu’il pouvait être divisé , sous le rapport minéralogique , en calcaire intermédiaire , calcaire des hautes montagnes ( hochgebirgskalkstein ) ,. et calcaire alpin : sous le rapport géognostique , il réunit dans la même classe les deux premiers calcaires , et il eut la division communément adoptée , le calcaire intermédiaire et le calcaire alpin ; mais depuis quelques années, un nouvel examen des localités lui a montré qu’il n’existait en réalité aucune limite fixé entre ces deux sortes de roches ; et d’après des documents qu il a eu la bonté de me transmettre en dernier lieu , il ne pense plus qu’on puisse les séparer. M. de Charpentier est dans la même opinion , et il met en entier, dans les terrains intermédiaires, tout le calcaire qui est en Suisse , entre la grande formation de grès et le sol primitif: il n’y a plus pour lui de calcaire alpin.

§ 292. Le calcaire alpin forme en France, une grande partie des montagnes du Dauphiné et de la Provence. Il occupe le pied du versant septentrional des Pyrénées, en y faisant une bande presque continue de quelques lieues de large : il forme en outre , sur le faîte et au milieu de la chaîne , la plus haute des sommités (le Mont- Perdu) , les tours de Marboré et les grandes masses calcaires adjacentes. Il existe vraisemblablement encore sur plusieurs autres points de la France ; mais comme il y est accompagné du calcaire du Jura, il est difficile de pouvoir assigner avec précision les contrées dont il constitue le sol.

L’Angleterre présente , dans sa partie septentrionale , une grande bande calcaire d environ quarante lieues de long , placée entre le terrain houiller et le grès avec argile (red marie ) dont

nous avons parlé (§ 281). Ce gissçment l’assimile ainsi au calcaire alpin , sous le rapport géognostique , c’est-à-dire qu’elle tient en Angleterre la meme place que le calcaire alpin en Suisse , et que le zechstcin en Allemagne ; car, d’ailleurs, elle diffère essentiellement de ces roches par sa nature minéralogique. Elle se distingue principalement par son contenu en magnésie , ou plutôt en carbonate de magnésie, lequel s’élève quelquefois jusqu’à près de la moitié de son poids : de là le nom de calcaire magnésien (ma gnesian- limestone ) qui lui a été donné. Elle est, en général , d’une couleur jaunâtre ou jaune brun clair, d’une texture un peu granuleuse et quelquefois décidément oolitique , et elle a un peu d’éclat. Elle contient du bitume et se rapproche ainsi du calcaire fétide , dont elle renferme d'ailleurs des masses tuberculeuses à texture testacée et radiée. — On y a trouvé quelques grains de galène. Quant aux fossiles, ils y sont peu nombreux ; M. Winch cite des encrinites, des coquilles bivalves ressemblant à celles des genres donax, des moules , etc. , et l’empreinte d’un poisson qui paraît appartenir au genre chætodon (1).

L’Angleterre présente encore un autre calcaire qui a peut-être plus de rapports minéralogiques avec celui des Alpes, mais qui en diffère essen-

(1) Trans. of the geol. soc. , tom. IV.

ti elle ment sous celui du gissement , car il est superposé au grès avec argile ( red mari ) : je parle du calcaire argileux bleuâtre , et généralement fétide , appelé lias. D’après les données recueillies et publiées par MM. Smith, Conybeare, Buckland , Horner, Phillips et Kidd, cette formation consiste en une alternative de minces couches de calcaire , et de couches d'argile bitumineuse contenant des parties de ce calcaire. On y trouve beaucoup d’ammonites, des nautiles, des pcctinites , des térébratules etc. ; ainsi que des empreintes végétales converties en houille. La partie supérieure présente un calcaire moins foncé , quelquefois même d’un gris clair et presque compacte , ayant très-rarement un pied d’épaisseur , se divisant en plaques et servant a la lithographie.

M. de Humboldt rapporte encore au calcaire alpin les montagnes de la presque totalité de la Nouvelle-Andalousie , dans l’Amérique méridionale. La roche y est d’un gris noirâtre, compacte ou grenue , contenant des cristaux d’un quartz très-transparent , ayant un pouce de long, et qui lui donnent une apparence porphyroïde. Ses couches sont très-in clinées et contournées : elles sont entremêlées de couches de marne quelquefois carburée, de grès et même de fer hydraté.

Pie marquons encore , d'après les observations de ce savant , que le calcaire alpin de l’Amérique est très-riche en substances métalliques ; les cé-

lèbres exploitations d’argent de Réal Catorce , et plusieurs autres auprès de Zimapan , dans le Mexique, ainsi que celles de Pasco et de llual gayoc au Pérou, sont dans ce calcaire.

Quant a l’immense assise calcaire qui forme presque en entier tout le vaste bassin du Mississipi, dans l’Amérique septentrionale , nous 11’avons point assez de données meme pour la rapprocher de nos formations. Le calcaire y est , dit-on , généralement bleu , tantôt clair , tantôt foncé ; il est en couches horizontales, et contient des silex: il alterne avec quelques couches de grès , et paraît reposer sur un grès rouge ; il supporte , ajoute-t-on , la grande formation de houille qui s’étend des rives de l’Ohio jusqu’en Pensylvanie.

§ 2q3. La pierre que l’on désigne ordinairement CALr UI sous le nom de calcaire du Jura , est d’un gris DÜJUttAclair, compacte , a cassure concoïde et lisse. Elle forme le noyau du Mont-Jura. Au-dessus , dans cette chaîne , on trouve des couches d’un tissu plus lâche , d’un jaune clair , et qui s’étendent dans les plaines de la Franche-Comté : M. Omalius et plusieurs autres naturalistes , les regardent comme appartenant à une formation distincte et postérieure.

Le calcaire du Jura est assez souvent chargé d’argile, et forme ainsi des couches marneuses qui alternent avec le calcaire pur. Souvent encore il prend la texture ooliliqne : c’est ainsi qu’au

Mont-Salève et sur la cime la plus élevée du Jura, le Dole, Saussure a observé des bancs entiers qui lui ont paru n’étre composés que de grains arrondis.

Le calcaire du Jura est bien distinctement stratifié : les couches ont de deux à cinq pieds d’épaisseur ; leur direction affecte une grande régularité, elle est du S.-S.-O. au N.-N.-E., et est ainsi exactement celle de la chaîne. Quant à l’inclinaison , elle varie beaucoup : il paraît qu’originairement le Jura était formé de plusieurs chaînons parallèles et en forme de dos d’âne , lesquels étaient composés de couches concentriques à leur axe et pliées par conséquent comme des berceaux de voûte ; mais qu’ensuite la dégradation du sol a changé cette disposition et fait disparaître , en un grand nombre d’endroits , le parallélisme ( Sauss ., §§ 332 etsuiv. ). Nous remarquerons, encore que souvent , dans le centre de la montagne , et sous le faîte du dos d'âne , les couches sont dans une position verticale.

Le Jura renferme une quantité considérable de débris de zoophytes et de coquilles : le calcaire compacte et dur qui forme le noyau des montagnes n’en contient que peu , il est vrai , mais ils abondent d ans les couches marneuses de la superficie. Quoique l’observation n’ait pas encore suffisamment constaté le rapport qu’il peut y avoir ici entre les diverses couches et les

diverses sortes de coquilles , M. de Schlottheim dit que, dans les couches anciennes, on a principalement des corallites , l’espèce d’encrinite qui donne les cariophylites , quelques espèces particulières d’orthocèralites, de numismales, de bélemnites , d’ammonites ; plusieurs espèces d’échinites, d’huîtres, de buccinites, etc. Dans les couches moins anciennes , outre quelques échinites, bélemnites et ammonites , ce sont sur-tout des turbinites et des térébratules , ainsi que quelques empreintes de dents de poisson. Ces corps sont très-inégalement répandus ; et , encore ici , chaque couche coquillière semble contenir une famille particulière.

Le calcaire du Jura renferme peu de couches étrangères. On y voit cependant :

i° Des couches marneuses , contenant quelquefois du gypse et du soufre.

20 Des couches d’argile : quelques-unes sont imprégnées de sel gemme ; de là les sources salées qui sortent du pied du Mont-Jura.

3° Des couches de minerai de fer , consistant principalement en géodes et grains de fer hydraté: elles se trouvent principalement avec les couches d’argile qui sont vers la partie supérieure de la formation.

4° Quelques minces couches de houille.

5° Des couches d’asphalte : on en a une de trois mètres d’épaisseur dans le Yal-de-Travers; auprès

Localités.

d'Orbe , il en existe une semblable ; elle est fendillée , et les fentes renferment du pétrole : l'as phalte du \al-Saint- Julien est dans le même cas. Les couchcsbitumineusesdu département de T Ain appartiennent à cette même formation.

§ 2y4 Non-seulement le calcaire dont nous venons de parler forme les Monts-Jura, mais il s’étend, vers l’est, danslaSouabe et jusqu’enBohéme; à 1 ouest, il constitue les Cévennes , les terrains calcaires du Bas-Languedoc , et il va au pied des Pyrénées former , avec le calcaire alpin , les montagnes des Corbièrcs, au sud de Narbonne. On le retrouve dans l’intérieur de la France, constituant le sol du Querci , d’une partie du Bouergue , de la Lozère , etc. Au reste, ainsi que nous l’avons remarqué , il est difficile de distinguer les terrains qui appartiennent au calcaire alpin , de ceux qui appartiennent au calcaire du Jura : les deux roches et même les deux formations se ressemblent beaucoup , tellement que plusieurs géognostes les réunissent en une seule : ils remarquent que lorsque, dans les Alpes, elles sont en contact, on ne peut y reconnaître aucune différence. Sur les Apennins, il est impossible de les distinguer.

Bans les lieux où l’on a été à même d’observer la superposition du calcaire du Jura, on trouve cette roche reposanl sur le calcaire des Alpes ou sur le terrain primitif : c’est ainsi qu’au- dessus de

CALCAIRE SECONDAIRE. 35q

Bâle , dans l’échancrure où coule le Rhin , on la voit placée immédiatement sur le granité ou le gneis. En Suisse, elle est recouverte par la mollasse ou grès dont le nageljlue fait partie. M. Escher l’a vue , en quelques endroits , sous des couches d une argile ferrugineuse , contenant des masses de minerai en grains.

Peut-être doit-on rapporter au calcaire du Jura la formation du calcaire oolitique de l’Angleterre ; elle repose sur le lias , ou n’en est séparée que par une couche de marne schisteuse , imprégnée de bitume , et qui lui appartient très- vraisemblablement. Cette formation consiste en une alternative de couches d’argile ou de 'sable marneux, et de pierres calcaires souvent de structure oolitique : elle fournit en outre d’excellentes pierres de taille. Les fossiles qu’on y trouve le plus abondamment , sont des ammonites , des nautiles, des mytulites , des moules et des coraux. Nous avons vu que M. de Humboldt était enclin à la rapprocher plutôt de la seconde formation de grès ( grès avec argile ), et M. Buckland la rapporte à une époque postérieure encore au calcaire coquillier de Werner.

M. de Humboldt a observé , en Amérique , un calcaire qui lui paraît avoir beaucoup d’analogie avec celui du Jura, et qui contient desbancs d une lydienne ne renfermant point des veinules de quartz , et se rapprochant des silex cornés ( [hom

36o TERRAINS secondaires;

stem). Il regarde encore comme de même formaiion le calcaire qui contient , dans le Mexique, les fameuses mines de Tasco et de Tehuilotepec .

v SECTION II.

Seconde formation calcaire.

Muschelkalk (calcaire coquillier) de Werner.

Calcaire horizontal de M. Omalius.

§ 29 5. Au-dessus du grès bigarré qui recouvre , en Thuringe , la première formation calcaire , se trouve une seconde formation que W erner nomme floetzmuschelkalk ( calcaire secondaire coquillier ) , à cause de la très-grande quantité de coquilles fossiles qu’elle renferme : c’est principalement par ces coquilles qu’elle sç distingue de la première formation ; elle en diffère encore par l’absence presque totale du principe fétide , et par plus d’homogénéité dans la composition.

Le calcaire qui la constitue est en général d’un blanc grisâtre ou jaunâtre , d’une cassure compacte, le plus souvent un peu écailleuse et mate : quelquefois cependant , sur d’assez grands espaces , elle est grenue et prend par parties l’aspect cristallin ; ailleurs cet aspect devient terreux , et la roche montre une texture schisteuse. Il est trèsdistinctement stratifié , et ses couches sont habituellement horizontales , de lâ le nom de calcaire

CALCAIRE SECONDAIRE. 36 ï

horizontal qui lui a été donné par M.. Omalius et qui équivaut à Floetzkalkstein (§ 286).

Je remarquerai, au sujet de cette dénomination, qu’en général les montagnes de nouvelle formation se présentent en couches horizontales , et cela d’une manière d’autant plus marquée, qu’elles sont plus nouvelles ( § 1 13 ). Saussure avait ce fait en vue lorsqu’il disait : « Les montagnes secondaires » sont d’autant plus irrégulières , qu’elles s’approchent davan- » tage des montagnes primitives. « M. Omalius s’exprime d’une manière plus positive : « Dans un même bassin , dit-il , les j» terrains en couches inclinées sont toujours plus anciens que » ceux en couches horizontales ; » et, partant de ce principe , il a pris l’horizontalité comme caractère distinctif de quelques terrains. M. Buckland en a agi de même ; il a divisé les terrains secondaires en deux ordres : le premier, en couches horizontales va jusqu’au terrain houiller exclusivement , et le second depuis ce terrain jusqu’aux formations intermédiaires. Deux raisons semblent appuyer ce principe : i° Les derniers terrains, étant principalement composés de sédiments, doivent, en général , avoir été déposés en couches horizontales ; tandis que les autres, formés de précipités chimiques , peuvent avoir été déposés en couches très-inclinées. 20 Ceux-ci étant plus anciens, ont été plus long-tems exposés aux causes qui peuvent avoir relevé les couches , et doivent ainsi présenter plus de relèvements ou d affaissements. Mais ces dernières causes ont aussi agi sur des masses très-peu anciennes ; c’est ainsi qu’à l’île de Wight, on trouve non-seulement des couches de craie, mais encore des couches de sable et d’argile des dernières formations, dans une position verticale. Par conséquent , le principe de M. Omalius n’est vrai qu’en général.

Les silex et produits siliceux sont abondants dans cette formation ; le plus souvent ce sont des silex

Localités.

pyromaques bruns ou blonds, de forme bulbeuse, quelquefois des silex cornés blanchâtres, formant des boules de quelques pouces de diamètre , et se divisant en couches concentriques , comme à Ingolsladt , en Bavière ; ailleurs on a de petites couches, ou plaques, d’un à deux pouces d’épaisseur , approchant quelquefois du silex corné et même du jaspe.

Cette formation ne contient qu’un très-petit nombre de couches étrangères ; savoir :

i° Quelques couches chargées d’hydrate de fer , au point de pouvoir même être regardées comme minerai. On y trouve aussi des grains de plomb sulfuré.

20 Quelques couches d’argile houilleuse , dans lesquelles on voit des veines ou petites strates d’une houille de médiocre qualité ; M. de Schlottheim a observé , dans leur enveloppe argileuse , des empreintes de branches et de grains qui n’ont aucune ressemblance avec nos plantes actuelles.

3° Quelques parties de gypse.

§ 296. Le calcaire horizontal nous paraît identique , sous le rapport de la formation, avec celui qui constitue les couches supérieures du Mont- Jura. Dans laThuringe, il repose sur le grès avec argile , et il paraît avoir une superposition analogue en France, où il occupe un espace considérable, notamment au nord-ouest. Il y constitue le sol des plaines de la Franche-Comté, delà majeure

partie de la Lorraine et de la Champagne ; il y serait limité par unesuite delignes qui passeraient dans les environs de Besançon , Nevers , Bar-le- Duc , Charleville , Luxembourg , Sarguemineset Besançon. On le retrouve encore en France, dans le Périgord, le Poitou, laTouraine, le Berri, etc. : au nord de ces provinces , il s’enfonce sous la craie qui forme le sol dê la partie septentrionale du royaume ( voyez pl. II , fig. 3.) : au reste, M. Omalius ne se prononce point d’une manière positive sur l’époque de la formation , et tout en le distinguant du calcaire alpin , il remarque qu’il pourrait bien lui appartenir.

C’est au calcaire horizontal que nous rapporterons les calcaires que les Anglais nomment forest-marble , combrash et Portlandstone (n° 7 et 8 du § 254 ), qui alternent avec des marnes, et qui sont interposés entre le calcaire oolitique et la craie. Le forest marble est un calcaire compacte , dur , contenant beaucoup de fossiles , et principalement de petites ammonites , des peignes; l’autre est un calcaire blanc, un peu sablonneux , renfermant des huîtres, des tcrébratules , etc. ; le troisième est un calcaire siliceux qui contient des turri telles, des ammonites, etc.

M. Buckland, comprend , dans le second calcaire , le Mus-* chelkalh de Werner , un bien plus grand nombre de couches des formations anglaises : il y place ( les numéros 4 — 9 et 11 ) des formations de M. Smith, depuis le lias inclusivement jusqu’au

Fossiles.

sable ferrugineux. Il n’en fait qu’une seule formation , celle des oolites, et il la divise en trois assises: i° Y inférieure comprend , depuis lui , le lias avec ses marnes ou argiles , un sable et grès micacés, la couche oolitique inférieure, et une glaise avec de la terre à foulon , formant un tout de près de 4oo mèt. d’épaisseur ; 20 la mitoyenne renferme la grande couche oolitique ( pierre à bâtir ) , une marne sableuse contenant de minces couches houilleuses , le forest-marble et le cornbrasch , un calcaire grossier et sableux, et une argile bleue ; cette assise a 2 5o mètres ; 3° la supérieure , ayant environ 4$o mètres d’épaisseur, est formée de couches de sable et grès calcaire, d’oolite terreuse avec coraux ( coral rtfg), de calcaire oolitique, d’argile bitumineuse et gypse , de calcaire siliceux avec des silex cornés ( portlandstone ) , et de marne alternant avec de la pierre calcaire. Toutes les couches, que nous venons de désigner, ont été énoncées en suivant leur ordre de superposition , de bas en haut.

§ 297. Les coquilles sont en trcs-grande quantité dans cette formation, avons-nous dit; quelques couches sont entièrement formées de leurs débris ; d’autres , il est vrai , n’en contiennent point ou presque point. M. de Schlottheim a remarqué , dans les parties de l’Allemagne où il a fait ses observations , que les couches les plus anciennes sont , en très-grande partie , composées de fragments d'encrines et trochites ; de là le nom de calcaire à trochite qu’on leur donne quelquefois. La manière dont s’y trouvent des familles entières d’encrines lui a paru prouver que ces corps étaient encore dans leur gîte natal. Les couches supérieures sont principalement caractéri-

sées , d’après ce meme savant , par des térébratules lisses, des chamites lisses et striées, des familles de mytuli tes et d’ammonites : les ammonites nudosi et franconici lui paraissent exclusivement propres au calcaire coquillier. On y voit encore des trombinites , des huîtres ( ostracites spondi * loides), rarement des buccinites, des échinites, des pectinites , etc.

C’est à la formation coquillière que Werner rapporte le calcaire de Pappenheim ou d’Aichstætt, en Franconie (M. de Humboldt le regarde comme appartenant au calcaire du Jura), remarquable par les empreintes de poissons et d’autres animaux qu’on y a trouvées. 11 est d’un gris jaunâtre et d’une cassure compacte : il se divise en couches ou dalles dont l’épaisseur augmente , en général , à mesure qu’on s’enfonce : celles qui sont voisines de la superficie sont minces comme des feuilles de carton, et employées en guise d’ardoise : celles qui sont au-dessous, formant des plaques planes , servent pour faire des tables , des car rèlements , et sont plus propres que tout autre calcaire pour la lithographie : plus bas , elles fournissent des pierres de taille pour les escaliers , etc. Entre les feuillets des couches supérieures , on trouve souvent des empreintes ou reliefs de squelettes de poisson, quelquefois avec une petite partie de portion écailleuse ou du tronc: d’après les déterminations de M. de Blainville ,

Ichthyolo-

lites.

ils appartiennent principalement aux genres hareng et brochet. On trouve encore , dans ces mêmes carrières , des vestiges de crustacés et d’autres animaux, parmi lesquels M. Cuvier est venu à bout de reconnaître un reptile volant , animal nocturne, ayant quelques rapports avec la chauvesouris, mais d'une espèce entièrement inconnue : M. Cuvier l’a placé dans l’ordre des sauriens, et l’a nomm éplero- dactyle (i).

Quelques géologistes, conduits par des analogies éloignées , rangent dans la formation de Pappenheim , le calcaire qui est au pied du Mont-Bolca , dans le Véronais , et qui est si célèbre par l’immense quantité d’ichthyolites , ou poissons fossiles , qu’il renferme. Au-dessous d’une marne dure , en couches épaisses , il s'en trouve une autre fissile , fétide , dans laquelle on a une couche calcaire, mêlée d’un peu d’argile et de matière bitumineuse, ayant deux pieds environ d’épaisseur; elle renferme des milliers d’empreintes de poissons de toute grandeur , depuis un pouce jusqu’à trois pieds et demi de long. « Les ichthyolites , dit M- de Blaiuville , sont dans un état de conservation parfaite , placés naturellement sur le flanc ou sur le côté. On y trouve les os eux-mêmes un peu friables, mais contenant encore très-probablement beaucoup de matière animale : quelquefois cependant , on n’a qu’une empreinte en creux, o Si la position forcée des poissons fossiles du Mansfeld ( § 287) a pu faire croire à quelques naturalistes que ces animaux avaient éprouvé une mort violente et convulsive , la position naturelle et allongée de ceqx du Mont-Bolca indique qu’ils ont été saisis subitement et instantanément par la maLière

(1) Sur quelques quadrupèdes ovipares fossiles conserves dans des schistes calcaires.

pierreuse qui , eu se déposant , les a enveloppés. Faujas , en insistant sur ce fait, observe qu’il est confirmé par des circonstances remarquables ; par exemple , par celle d’un poisson frappé de mort au moment où il avait déjà avalé la tête d’un poisson plus petit. M. de Blainville en a reconnu quatre-vingtquatorze espèces différentes,, toutes marines, et ayant en grande partie leurs analogues, soit dans la Méditerranée, soit dans les autres mers du globe.

On a trouvé encore des ichthyolites au milieu des terrains calcaires qui entourent la Méditerranée, dans le Vicentin , le Frioul, la Dalmatie, au Mont-Liban , à Cérigo, à Antibes , etc. Mais le défaut de données ne nous indiquant point les formations auxquelles ils appartiennent, nous renverrons à l’important ouvrage dans lequel M. de Blainville nous a présenté le tableau de tous les ichthyolites connus , disposés autant que possible dans un ordre géologique (1).

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