SECTION III
Formation crayeuse.
§ 298. Celte formation consiste principalement en craie, c’est-à-dire en une pierre calcaire , d’un tissu lâche , grossier et terreux , peu dure et tachante.
Elle est habituellement imprégnée de silice , et les molécules de cette terre, en se réunissant et en se groupant , ont très-souvent formé des tubercules de silex , quelquefois en si grande quantité, qu’ils se louchcnL et formenl presque en entier la masse des couches. Au reste, il est des
(1) Dictionnaire d1 Histoire naturelle } art. poksson,s fossiles.
Fossiles.
craies où ils sont très-rares , dans celles de Champagne , par exemple , les seuls minéraux qu’on trouve encore dans ces roches, sont les pyrites , soit en grains , soit en cristaux , soit en petites boules radiées.
En général, les craies ne présentent pas une division en couches bien distinctes : cependant , dans les carrières, on remarque presque toujours des indices de la division en bancs.
Les terrains de craie renferment peu de couches étrangères et sont assez homogènes , ou plutôt la craie seule forme souvent des masses d’une grande étendue et d’une grande épaisseur : car , d’ailleurs , les couches de marne , d’argile ou de sable que ces terrains renferment, prennent quelquefois le dessus ; et la même assise qui était de craie sur un point se trouvera principalement formée d’argile sur un autre.
§ 299. La craie , dit M. de Schloltheim , est le terrain qui présente le plus de diversité dans les fossiles qu’il renferme. MM. Cuvier et Brongniart ont observé plus de vingt espèces de coquillesalans celle des environs de Paris , parmi lesquelles ils citent des térébratules, des millépores , des oursins, des huîtres, desbélemnites, etc. , en remarquant que les coquilles de ce dernier genre sont caractéristiques pour cette formation. Les memes fossiles ont été retrouvés, par M. Webster, dans les craies des environs de Londres. Le plus inté-
ressantdes terrains crayeux que nous connaissions sous le rapport des vestiges d’êtres organiques , est celui de la montagne de Saint-Pierre, près de Maestrich ; il consiste en un calcaire tendre à gros grains , et que M. Omalius rapporte au tuffeau ou craie grossière : dans un banc qui a plus de i5o mètres d épaisseur , on a trouvé un grand nombre de restes d’animaux dont M. Faujas a donné la description. Dans le nombre , on distingue la tête d’un animal que ce savant pensait être un crocodile, mais que M. Cuvier a démontré appartenir à un animal marin , sorte de monitor , d une longueur gigantesque (environ tren te pieds), d’un genre intermédiaire entre les lézards et les iguanes. On a reLiré dés craies de Paris des dents de poissons, notamment de squales.
Très-souvent les fossiles qu’on trouve dans les craies sont convertis en silex, en tout ou en partie; et M. Brongniart remarque que dans les oursins , l’enveloppe crustacée est souvent changée en spath calcaire , tandis que l'intérieur est converti en silex.
§ 3oo. La craie constitue une grande partie du sol de la France septentrionale. À partir de Châteauroux , sa limite passerait, d’une part, au voisinage d’Angers, du Mans et du Havre; et de l’autre , elle irait vers Auxerre, Bar-le-Duc et Mons. Aux environs de Paris , elle est en partie couverte par les formations particulières à cette
Localités.
contrée. A Valenciennes , sa formation consiste en une alternative de couches de craie , de calcaire et d’argile.
Le tableau suivant, que j’ai dressé d’après mes observations aux mines d’Anzin , montre l’ordre et l’épaisseur de ces couches.
Terre végétale.
Craie aréancée et marneuse 5 mèt.
Craie chloritée (1), divers bancs * . . 10
Calcaire craye ux ( pierre de taille ) * . 3
Craie , avec beaucoup de silex noirs i5
Argile bleuâtre ( glaise ) 2
Craie grossière, un peu marneuse 3
Argile . . . 2
Craie grossière .•£ 3
Argile 2
Craie grossière 3
Argile plastique ( dief dans le pays ) 20
Poudingue, grains et fragments de silex, ciment
calcaire ( tourtia dans le pays) 2
Epaisseur totale 70
Ce terrain crayeux est en couches horizontales , et recouvre
(1) Cette craie contient une grande quantité, quelquefois un cinquième de son poids , d’une matière verte , en très-petites parcelles qui ont la couleur et l’aspect de la chlorite : quelques essais m’ont indiqué un contenu notable enfer, et m’ont porté à croire que c’était réellement de la chlorite : M. Brongniart le pense également : la présence d’un tel minéral serait très-remarquable dans un terrain de si nouvelle formation. Quelques personnes voient une analogie entre cette matière et des nodules verdâtres retirés d’un terraiD crayeux, et que M. Berthier atrouyc être composés de phosphate de chaux et de fer.
CALCAIRE SECONDAIRE. i
le terrain houiller de cette contrée. Voyez de plus grands détails dans le Journal des Mines , tome XVIII.
M. Omalius croit devoir distinguer deux formations différentes de craie, l’une est la craie ordinaire ; l’autre , placée au-dessous, consiste : i° en une craie ne contenant que des silex de couleur pâle qui passent au silex corné et au grès ( quartz granuleux ) ; 2° en une craie grossière souvent très-tendre et chloritée , contenant des silex blonds et des gryphytes : elle est appelée tuffeau dans quelques provinces, et constitue, aux environs de Tours , sur les bords de la Loire , la roche dans laquelle un grand nombre d’individus ont creusé leurs habitations ; 3° en sables et grès mélangés de carbonate de chaux , alternant quelquefois avec de la craie, et qui ne sont point de formation mécanique, d’après M. Omalius; on y trouve des ammonites , et ce sont vraisemblablement les derniers dans l’ordre des formations ; 4° en une argile grisâtre , ordinairement marneuse, rarement plastique , et d’autres fois chloritée. Ces argiles et sables séparent la formation de la craie , a laquelle ils tiennent , du calcaire horizontal , qui est placé au-dessous.
Au-delà de la Manche, la craie se continue et se présente avec les memes caractères : M. Phillips, qui a comparé soigneusement la structure des terrains , de part et d’autre du Pas-de-Calais , y a retrouvé les memes couches ; la côte d’Angleterre
lui a présenté, au-dessus du sable chlorité et de la
marne ,
Craie grise ayant environ, en épaisseur. 200 p.
Craie sans silex i4°
Craie avec silex 35o
Les mêmes couches se retrouvent à Blanc-Nez , sur la côte de France , elles sont seulement moins épaisses. Leur comparaison et leur rapprochement portent M Phillips à conclure qu’il est si vraisemblable que les deux terrains ont été autrefois réunis , qu’on ne saurait regarder cette assertion comme une hypothèse ; et que tout indique que la rupture est un effet de l’érosion des eaux, et non d’une cause violente (1). Nous remarquerons ici qu e n Angle terre , d’après M. W ebster, on distingue trois assises dans la formation des craies, i° la marne crayeuse , ayant une teinte de jaune ou de gris quelquefois très-foncé, contenant des ammonites , mais point de silex ; 20 la craie sans silex qui est blanche , pure et dure ; 3° enfin la craie ordinaire avec les silex , c’est l’assise supérieure (2).
Cette roche se trouve encore sur les bords de la mer Bal tique , dans lesîles du Danemarck, dans le Holstein, le Mecklembourg et la Poméranie. M. Stefiens pense qu’elle constituait autrefois ,
(1) Transactions of the geological society , fom. V.
(2) Idem, tom. II. On the strata lying over the Chalk.
CALCAIRE SECONDAIRE. 3y3
dans la Basse -Allemagne et le Danemarck , de grandes plaines élevées dont la destruction , contemporaine et suite de la révolution qui a couvert ce pays de blocs de roches primitives, a contribué à produire les couches de poudingue crayeux et de marne qui servent de support aux sables et terrains de transport qui couvrent ces contrées. Les collines de gypse de Lunebourg et de Segeberg lui paraissent les restes d'un énorme amas de cette substance, originairement enveloppé de craie , à la formation de laquelle il se rapporte (i). Mais c’est dans l’Europe occidentale que la craie forme des terrains d’une bien grande étendue ; elle y constitue le sol de la majeure partie de la Pologne et de la Ptussie méridionale ; M. d Engelhardt l’a retrouvée en Crimée avec ses silex , ses gypses, ses huîtres, etc.
La stérilité complète du terrain crayeux d’une partie de la Champagne a porté à regarder les sols de craie comme étant peu propres à la végétation ; mais on remarque que cela ne peut être que dans les lieux où la craie serait entièrement pure, car, d’ailleurs, les plaines des environs de Paris , de Chartres , sont très-fertiles , et sur-tout elles sont très-propres à la culture du froment, comme tous les terrains calcaires. M. Webster, après avoir remarqué que, dans toute l’Angleterre, les sols de
( i) Geognostiche-geologische au/sœtze.
terrains secondaires.
craie sont couverts d’une belle végétation, pense que ce serait peut-être à de la magnésie contenue dans la craie de la Champagne qu’on devrait attribuer sa stérilité.
C’est aux argiles et sables , qui sont au-dessous de la craie, dans la F rance septentrionale , et qui tiennent à sa formation , que nous rapporterons les argiles et sables qu’on a également observés sous les craies d’Angleterre , notamment la marne bleue et le sable vert ( § 254 , numéros 12 et i3 ) : la première de ces substances passe quelquefois à une argile trèstenace, et contient des ammonites, des bélemnites, etc. ; le sable vert doit sa couleur aux parties d’aspect cbloritique qu’il renferme souvent en quantité considérable : il passe quelquefois au grès , et il contient des parties calcaires et siliceuses.
M. Buckland réunissant les terrains placés entre sa grande formation oolitique et la craie , en fait une formation particulière qu’il rapporte au dernier grès secondaire de Werner , le quadersanstein , et il la divise en trois assises particulières : i° le sable ferrugineux ( n° 10 ) contenant des bancs subordonnés de craie, d’ocre et de terre à foulon ; 20 une argile ou marne ( n° 12 ) renfermant quelques parties de pierre calcaire et de la terre verte , sablonneuse , micacée et noirâtre; 3° le sable vert ( n° i3), sable ou grès-siliceux et cblorité , alternant avec un sable gris , passant à un calcaire grossier et coquillier ( kentish rag ), contenant des bancs siliceux avec des veines calcédonieuses et des bancs de terre à filon avec de la baryte. Toute cette formation présente une épaisseur de 3oo mètres , terme moyen.
Remarquons qu’en Angleterre les formations secondaires o firent une bien plus grande quantité de terrains meubles , sables , argiles et marnes , que la France et l’Allemagne. Nous y trouvons peu d’assises pierreuses d’une épaisseur et d’une étendue considérable.
Observations générales.
Plaçons ici quelques considérations, communes aux calcaires des diverses époques, sur les silex, les houilles et les grottes.
§ 3oi. Nous avons déjà exposé le mode de formation des silex (§ 119), et la manière dont ils se trouvent dans le calcaire : nous ajouter ons les observations suivantes.
Les molécules de chaux carbonatée qui ont formé les calcaires secondaires paraissent avoir été très-souvent mêlées, dans le fluide d’où elles sont précipitées, avec des molécules de silice quise sont déposées en même tems. Si celles-ci étaient en petite quantité , et qu’elles soient restées disséminées dans la masse , on aura eu simplement un calcaire imprégné de silice ; et si elles se sont réunies , il se sera formé quelque silex : mais si elles étaient abondantes, il en sera résulté, ou une roche composée de calcaire et de silice que Saussure nommait silici-calce , ou un grand nombre de tubercules de silex. Je les ai quelquefois vus en telle quantité qu’ils se touchaient, et que le calcaire remplissait simplement les interstices qu'ils avaient laissés entre eux. Dans quelques moments , ou sur quelques points, la précipitation peut avoir été entièrement siliceuse , et l’on aura eu alors des couches , ou parties de couches , formées entièrement de silex pyromaque. Les molé-
Silex.
cules siliceuses, en se pelotonnant, auront encore quelquefois entraîné avec elles du carbonate calcaire , de là ces rognons, mélangés des deux substances, qui sont souvent silexpurs dans le milieu, et silici-calces à la surface.
Les diverses variétés de silex , même quant à la couleur , ne paraissent dépendre que des différences dans le mode d’agrégation des molécules. C’est peut -être une différence de ce genre qui distingue le silex du quartz : dans ce dernier minérai , les molécules réduites à l’état élémentaire , se réunissant par l’effet d’une vraie cristallisation , quoique confuse dans beaucoup de cas, auront produit des corps incolores et à cassure vitreuse, tandis que dans les silex , ces molécules , peut - être déjà groupées en petits grains de quartz , en se réunissant dans un milieu résistant, n’ont plus été dans le cas de former des corps de même nature : une force d’agrégation aura formé les silex , et une force de cristallisation aura produit les quartz.
Les tubercules siliceux , après leur formation , auront été encore quelque tems dans un état de mollesse qui leur aura permis de céder à la compression exercée par le poids des masses supérieures; leur forme souvent aplatie semble l’indiquer -, ou peut-être indiquerait-elle que la force qui a réuni les molécules , favorisée vraisemblablement par la pesanteur , a plus exercé son actiôn dans le sens vertical que dans le sens horizontal : les molécules siliceuses , répandues dans une couche demi-fluide , seront descendues dans la partie inférieure de la couche , et s’y seront réunies.
Au reste , le mode de formation que nous attribuons aux silex, n’exclut pas quelques modes particuliers à certaines circonstances : c’est ainsi qu’un grand nombre de coquilles et autres vesliges d’animaux ont été convertis en silex par une pénétration de suc siliceux , à-peu-près comme dans les bois qui
sont passés à l’état de quartz xyloïde. Il peut encore s’être trouvé , dans quelques roches calcaires , des vides qui y auront été remplis de silex par infiltration , comme dans les amygdaloïdes à géodes (§ io5); mais de pareils cas doivent être fort rares.
§ 3o2. La houille s’est produite , à toutes les époques , des terrains intermédiaires et secondaires : depuis l’anthracite de ces premiers terrains, jusqu’à quelques veinules de matière charbonneuse et bituminifère trouvées dans les craies , nous avons une suite non interrompue ; mais la production ne s’est pas faite en égale quantité à toutes époques : le principal dépôt de cette substance se trouve , ainsi que nous l’avons vu, dans le grès ancien : c’est là où sont toutes nos grandes exploitations. Le plus ancien des calcaires secondaires, le calcaire alpin , en contient aussi quelques couches assez importantes : telle est , par exemple , celle d’Entrevernes en Savoie. Elle se trouve dans les montagnes calcaires qui sont au sud du lac d’Annecy : elle a deuxmètres d’épaisseur moyenne, et est inclinée de 75 à 85° : le combustible qu’on en retire est d'assez bonne qualité : le mur est un calcaire compacte noir et bitumineux , et le toit un grès friable à grains très-fins. Elle a été reconnue sur plus de 5oo mètres dans un sens, et de i3o dans un autre ; elle se termine , dans la partie supérieure, à une autre couche de houille presque horizontale, de formation postérieure, et ayant
Houille.
terrains secondaires.
pour toit et pour mur un calcaire bitumineux. M. Ebel dit que l’on a , dans le calcaire duTyrol, à Héring , des couches de houille qui ont jusqu’à 48 pieds d’ëpaisseur , et qui livrent annuellement trente mille quintaux de ce combustible.
La montagne de Saint-Gingouph, ainsi que le Mont-Salève, sur le bord du lac de Genève, qui appartiennent au calcaire du Jura , renferment encore des bandes houilleuses entremêlées d’argile ( Sauss. , §§ 246 , 324). C’est à la même formationque nous rapporteronslesnombreuses couches de houille que 1 on trouve dans les collines marneuses , situées au pied des hautes montagnes de la Provence et du Dauphiné : elles ont très-rarement deux mètres d’épaisseur , et donnent une houille de médiocre qualité. On y trouve des coquilles marines, telles que des moules : on a de semblables couches dans le département de l’Aude et de l’Hérault. J’en ai observé plusieurs dans le Ptouergue ; elles ont environun mètre d’épaisseur, et sont formées d’une argile schisteuse imprégnée de bitume , et dans laquelle on trouve, de distance en distance , quelques filets de bonne houille. Au reste, ces couches isolées , dans de grandes masses de montagnes, d’une allure et d’une richesse très-inégales, livrent presque toujours une houille pyriteuse et terreuse, et ne sont pas susceptibles d’une exploitation régulière.
Dans un calcaire postérieur, dans le calcaire
coquillier, on a , en Saxe , entre des assises d’un limon grisâtre, des couches d’une houille assez pure, mais très-pyriteuse. M. Yoigt la prend pour type de celle des terrains calcaires , qu’il nomme houille limoneuse ( lettenkohle ) , et qu’il distingue de celle des terrains houillers. Au reste, cette distinction entre la houille des formations de grès , et celle des formations calcaires, avait déjà été faite par M. Duhamel, dans son Mémoire sur les charbons de terre , couronné par l’académie en 1793.
On remarquera que ces houilles sont , le plus souvent , accompagnées d’argile schisteuse , et quelquefois même de grès : l’argile leur sert fréquemment de mur et de toit , et elle contient même , quoique rarement, des impressions de plantes. M. Yoigt y a vu des empreintes de roseaux ; et il est porté à attribuer aussi une origine végétale à la houille des calcaires. Au reste, c’est ici le cas d’admettre , avec M. Héricart de Thuri , et d'autres savants, la coopération des matières animales dans la formation des combustibles fossiles.
§ 3o3. Les montagnes calcaires de toutes les époques, depuis le calcaire primitif jusqu’à la craie , renferment une grande quantité de grottes ou cavernes : dans les anciens terrains, elles sont rares , petites et peu étendues ; dans les terrains intermédiaires , elles augmentent en nombre et
Grottes
cavernes
en volume ; enfin , dans les calcaires secondaires, elles sont encore plus nombreuses et plus vastes. Des géologistes, ayant remarqué quelques caractères particuliers dans le calcaire où ils ont observé les plus considérables, ont cru devoir en faire une formation particulière , sous le nom de calcaire des cavernes ( hœlenkalkstein ) : mais ils n’ont pas été d’accord sur la place a lui assigner dans l’ordre des formations ; les uns, comme M. Freieslebcn, l’ont rangé dans la première formation , et l’ont mis à côté du calcaire celluleux ( rauchwacke ) dont nous avons déjà parlé (§ ^89); d’autres l’ont regardé comme identique avec celui des Alpes ; un plus grand nombre l’ont assimilé au calcaire du Jura; et Werner enfin l’a placé dans la formation coquillière. Au reste , comme il paraît que les cavernes sont bien plutôt une suite de la nature calcaire des terrains et des substances qu’ils contiennent, qu’une circonstance dépendante de l’époque où les terrains ont été formés, elles peuvent se trouver indistinctement dans toutes les formations.
Leur forme est extrêmement irrégulière ; à de vastes espaces succèdent des canaux étroits et tortueux , au-delà desquels on trouve quelquefois de longues galeries ou des cavités immenses. L’Allemagne en présente un grand nombre, aussi intéressantes par leurs dimensions que par les ossements fossiles qu’elles renferment ; les plus con-
sidérables et les plus célèbres d’entre elles sont : i° celle de Bauman ( Baumanns hœhle ), dans le pays de Blankenburg; elle consiste en six chambres séparées les unes des autres par des étranglements ou couloirs ; leur ensemble présente une longueur d'environ sept cents pieds ; la largeur des chambres varie de vingt à deux cents pieds , et la plus grande hauteur est de trente pieds ; 2° celle dit eBielshœhle, consistant en douze chambresdontlalongueurtotaleestde six cent quarante pieds , la plus grande largeur de vingt-sept , et la plus grande hauteur de trente-sept; 3° celle de la Licorne ( Binhornshœkle ), dans l’électorat de Hanovre ; elle a plus de trois cents pieds de long; les habitants du pays disent meme qu’on pourrait y parcourir un espace de deux lieues ; 4° fa fameuse caverne de Gaylenreuth , dans le pays de Bamberg : elle consiste en six grottes ou chambres unies par des couloirs ou galeries quelquefois très-étroites ; la longueur totale est de près de quatre cents pieds , et la hauteur des voûtes en a jusqu’à quarante, etc. (i). La célèbre grotte d’Antiparos a trois cents pieds de long , autant de large, et quatre-vingts de haut.
En France, on n’a guère de grandes cavernes que dans le Jura , le Dauphiné et les Pyrénées ;
(i) On a une description de cette caverne et de celle de Bauman , ainsi que beaucoup de détails sur plusieurs autres, au commencement du Mémoire de M. Cuvier sur les ours des cavernes.
mais elles sont bien moindres que celles que nous
venons de citer.
En Amérique , près de Carippe , au nord de Cumana , M. de Iiumboldt en a vu une qui est très - remarquable ; elle se présente comme une énorme galerie qui aurait environ dix mètres de large sur vingt de hauteur, jusqu’à quatre cent soixante-douze mètres de l’entrée ; dans cette partie, son sol s’élève en un plan incliné, au-delà duquel elle se prolonge encore à une grande distance ; de sorte qu’elle a au moins neuf cents mètres de long. Elle sert d’aquéduc à une petite rivière , et est habitée par une étonnante quantité d’oiseaux nocturnes , gros comme des poules , et qui fournissent une sorte d’huile aux Indiens du pays : une fois par an , ils entrent dans la caverne et tuent les guacharos , c’est le nom qu’ils donnent à ces oiseaux.
Quelle est l’origine de ces cavernes? Je ne saurais la voir , avec quelques personnes, dans la cause qui a produit les cavités bulleuses que présentent un grand nombre de pierres calcaires , et qui paraissent dater de l’époque de leur formation. Des secousses, des affaissements peuvent avoir fendu des masses de montagnes, les parties séparées peuvent s’ètre diversement inclinées de manière à ce que l’ouverture se soit refermée par le haut et élargie par le bas : les filtrations stalactitiques auront ensuite ressoudé la fissure à la partie
supérieure , et il en sera résulté une grotte. Mais la grande cause de leur formation paraît être la [lissolution des parties minérales qui occupaient primitivement les espaces , aujourd'hui vides , qu'elles présentent : ces parties, de nature peutêtre gypseuse ou marneuse, ou même muriatique, auront été dissoutes ou délayées par les eaux et entraînées par elles. Il serait même possible que des eaux chargées de quelque principe acide, et il s’en trouve de telles dans l’intérieur du globe , eussent agi sur la matière calcaire et l’eussent entraînée dans leur cours souterrain : la forme des parois des cavernes , les contours arrondis des parties saillantes, tout concourt à montrer les effets d’une dissolution.
Nous ne saurions terminer ce que nous avons à dire sur les cavernes des terrains calcaires , sans nous arrêter quelques instants sur les ossements qu’elles renferment et qui intéressent autant le géognoste que le zoologiste. Plusieurs de celles de la Hongrie et de l’Allemagne , notamment celles de Gaylenreuth et de la Licorne , dont nous avons fait mention , renferment une immense quantité d’ossements de quadrupèdes grands et petits ; le sol en est jonché. M. Cuvier , après un examen scrupuleux de ces fossiles , et après avoir pris en considération les circonstances de leur gissement , en a fait l’objet d’un des mémoires les plus intéressants qu’on ait encore publiés en histoire naturelle (i) : écoutons ce savant donner lui même les résultats et les conséquences géologiques de son travail.
(i) Sur les ossements du genre de Vours (et autres ) qui se V'ouvent dans certaines cavernes <d Allemagne et de Hongrie.
Ossements d’ours et d’autres quadrupè des dans les cavernes.
a Ces os sont à-peu-près dans le même état dans toutes ces » cavernes; détachés, épars , en partie brisés, mais iamais roum lés, et par conséquent non amenés de loin parles eaux; » cependant encore dans leur vraie nature animale , fort peu » décomposée , contenant beaucoup de gélatine , et nullement » pétrifiés; une terre durcie, mais encore facile à briser ou à fl pulvériser , contenant des parties animales quelquefois noi- » râtres, y forme leur enveloppe naturelle. Elle est souvent » imprégnée et recouverte d une croûte stalactitique d’un bel » albâtre; un enduit de même nature revêt les os en divers » endroits, pénètre leurs cavités naturelles, et les attache quel- » quefois aux parois de la caverne.... On voit même journelle- » ment la stalactite faire des progrès et embrasser ci et là des » groupes d’ossements qu’elle avait respectés auparavant.
>♦ Ce qui achève de rendre le phénomène bien frappant , ces » os sont les mêmes dans toutes ces cavernes , sur une étendue » de plus de deux cents lieues. Les trois quarts et davantage , » appartiennent à des ours que l’on ne trouve plus vivants 5 » la moitié, ou les deux tiers du quart restant , vient d’une » espèce d 'hyène qui se retrouve encore fossile ailleurs. Un w plus petit nombre appartient à une espèce du genre du tigre a ou du /fon, et à une du genre du loup ou du chien ; enfin » les plus menus viennent de divers petits carnassiers, comme » le renard , le putois , ou du moins d’espèces très-voisines » de ces deux là , etc.
» Il est essentiel de remarquer qu’on ne trouve dans les ca - » vernes aucun débris d’animaux marins.
» On ne peut guère imaginer que trois causes générales qui » pourraient avoir placé ces os en telle quantité dans ces vastes » souterrains ; ou ils sont les débris d’animaux qui habitaient » ces demeures et qui y mouraient paisiblement , ou des inon- » dations et d’autres causes violentes les y ont entraînés , ou » bien enfin ils étaient enveloppés dans les couches pierreuses
» dont la dissolution a produit ces cavernes , et ils n’ont point » été dissous par l’agent qui enlevait la matière des couches.
» Cette dernière cause se réfute, parce que les couches dans » lesquelles les cavernes sont creusées , ne contiennent point » d’os ; la seconde, par l’intégrité des moindres éminences des » os , qui ne permet pas de croire qu’ils aient été roulés : on » est donc obligé d’en revenir à la première , quelques diffi- » cultés qu’elles présente de son côté.
» J/établissement de ces animaux dans les cavernes est donc » bien postérieur à l’époque où ont été formées les couches » pierreuses , et peut être même à celle de la formation des » terrains d’alluvion ; ce dernier point dépendra de la compa- » raison des niveaux. Ce qui est certain , c’est que 1 intérieur » n’a point été inondé , ni rempli de dépôts quelconques, de- » puis que les animaux qui les composent y ont péri. »
§ 3o4. Le calcaire , lorsqu il est pur , résiste Décomp*
. 'îi' . . . lion.
assez iong-tems a la décomposition; et, ainsi que nous l'avons remarqué , cette décomposition est une sorte de dissolution. Les molécules désagrégées, réellement dissoutes ou mises dans un état de ténuité extrême , sont entraînées par les eaux, même dans les terrains horizontaux; de là l’aspect si souvent nu , pierreux et blanchâtre des plateaux calcaires ; plateaux désignés, dans le midi de la France , sous le nom de causses ( du latin calcc ).
Ces plateaux, malgré leur nudité et leur aridité, contenant, au milieu des pierres qui les recouvrent, quelque peu de limon, sont. encore trèsfavorables à la culture du froment. Lorsqu’on parcourtle Querci, le Rouergue, les Cévennes, etc.,
Caractères
généraux.
la nature de la culture fait connaître celle du sol : les bruyères , les châtaigneraies , les forêts , les seigles, indiquent un terrain granitique ou de sable ; les froments , les vignes , et, lorsqu’il y a un peu de fond , les noyers et les arbres fruitiers, appartiennent au sol calcaire. On a en outre remarqué que, dans ce sol, les pâturages sont plus substantiels, et par suite que les animaux y sont plus grands et plus gros.
Mais c’est sur-tout lorsqu’il est mêlé d’argile et à l’état de marne, que le calcaire est éminemment fertile : la Flandre , la Beauce , etc. , en fournissent des exemples et des preuves.
ARTICLE TROISIÈME