‹ Traité de géognosie. Ou, Exposé des connaissances actuelles sur la constitution physique et minérale du globe terrestre (volume 2)Chapitre 27 sur 46 · ENVIRONS DE PARIS · texte numérisé non relu

ENVIRONS DE PARIS

logiques d’un grand interet, et il a été étudié et décrit, dans tous ses détails , par des géognostes très-distingués : long-tems encore il servira de type et de terme de comparaison.

§ 3 1 3. Ce terrain, au milieu duquel se trouve la capitale, s’étend, au nord, jusqu'à Senlis et Laon ; à l’est, jusqu’à Reims et Epernay; au sud , jusqu’à Orléans ; et à l’ouest, jusqu’à Chartres et Mantes(i). 11 peut être regardé comme composé de sept assises, ou systèmes de couches ; savoir :

i° Argile plastique avec sable.

2° Calcaire grossier, ou calcaire à cérites avec sable et grès.

3° Calcaire siliceux.

4° Gypse avec ses marnes.

5° Marnes.

6° Sables et grès.

7° Calcaire d’eau douce avec meulières.

Nous allons donner, d’après MM. Cuvier et Brongniart, une notion succincte de ces couches (i).

La craie sur laquelle elles reposent , et qui forme le fond du bassin dans lequel elles se sont déposées , présente une superficie très-inégale ; et ces inégalités n’ont plus aucun rapport

(i) La figure 2, planche II, montre l’ordre de superposition, et à-peu-près leur épaisseur respective. Elle est prise de l’ouvrage d« MM. Cuvier et Brongniart.

avec celles qu’on voit aujourd’hui à la surface du sol. Les nouvelles formations les ont recouvertes sans en suivre le parallélisme : elles se trouvent en couches horizontales , ou presque horizontales, sur cette alternative de hauteurs et d’enfoncements.

§ 3 1 4 * La couche qui est immédiatement sur la craie , consiste en une argile onctueuse , tenace , de diverses couleurs , et employée aux poteries , de là le nom à' argile plastique qui lui a été donné par M. Brongniart. Elle ne contient presque point de chaux ; mais très - souvent elle est mêlée de beaucoup de sable , notamment dans ses parties supérieures : quelquefois même ce sable la divise en deux couches. Son épaisseur varie considérablement ; sur quelques points , elle n’est que de quelques pouces, ailleurs elle est de seize mètres. On n’y a observé que très-peu de coquilles : elles sont marines.

§ 3i5. Au-dessus se trouve une assise principalement calcaire , composée d’une alternative de couches d’un calcaire grossier plus ou moins dur , de marne , et même d’argile feuilletée ; ces couches sont placées toujours dans le même ordre sur une étendue de plus de vingt- cinq lieues , où l’on a été à même de les observer. Leur ensemble présente une épaisseur de trente mètres, terme moyen.

Les couches inférieures sont très-sablonneuses,

Argile

plastique.

Calcaire grossier ou à cérites.

et souvent meme plus sablonneuses que calcaires, et renferment presque toujours des grains ou parcelles de cette matière verte , semblable à de la chlorite, que nous avons vue dans les bancs inférieurs de la craie ( § 3oo). Elles contiennent une prodigieuse quantité de coquilles toutes marines.

Dans les couches supérieures, on a des bancs de quelques pieds d’épaisseur, d’un calcaire assez dur , homogène, à gros grains, d’une couleur légèrement jaunâtre , et fournissant presque toutes les pierres de taille dont on se sert à Paris. Ils renferment une grande quantité de lucines etsurtout de cérites , et sont recouverts par des couches marneuses. Les produits siliceux abondent principalement dans les parties supérieures de cette formation : on y voit, entre les bancs de pierres à bâtir, de minces couches ou tables de silex pyromaque , se rapprochant du silex corné : àNeuiliy, on y trouve des cristaux de quartz, etc. Dans quelques lieux , ils forment des masses trèsconsidérables ; ce sont des silex cornés , ou des bancs eniiers de grès remplis de coquilles marines, et si puissants qu’ils semblent remplacer entièrement la formation calcaire , dit M. Brongniart. Dans un de ces grès , près de Pien elaie , M. Beudant a trouvé des coquilles d’eau douce (des lymnées et des cyclostomes) mêlées à une grande quantité de coquilles marines, telles que des cérites , des ampullaires , des huîtres, etc.

C’est dans l’assise de calcaire grossier que se trouve , à huit lieues à l’ouest de Paris, près de Grignon, l’étonnant amas de coquilles qui a rendu le nom de ce village célèbre en histoire naturelle ; ces coquilles , toutes marines , sont pêle-mêle , et comme par amas ou veines, dans un calcaire sableux et friable : elles sont entières et bien conservées. M. de France y en a trouvé environ six cents espèces différentes , qui ont été décrites , pour la plupart , par M. Lamarck.

M. Omalius a observé un dépôt analogue , à l’extrémité opposée du terrain de Paris , près de Reims; les coquilles y sont aussi nombreuses et de même espèce qu’à Grignon ; mais elles sont encore mieux conservées , plus dures , et ont gardé leur aspect nacré ; elles gisent dans un calcaire tendre et friable.

On retrouve jusqu’en Touraine ces mêmes dépôts de coquilles marines. Il y en a un auprès de Sainte-Maure depuis long-tems connu des naturalistes : c’est un banc d’environ neuf lieues carrées de surface, et de plus de vingt pieds d’épaisseur , presque entièrement composé de coquilles brisées et formant une masse sans consistance. Il est exploité comme engrais ; on le répand sur des sables qui seraient absolument stériles sans ce secours. On donne , dans le pays, le nom de falun aux amas de fragments de coquilles, et celui de Jalunières aux carrières d’où on les retire (i).

§ 3 1 6. Au-dessus du calcaire grossier, se trouve un calcaire siliceux , que Ton regarderait comme sa continuation , s’il n’en différait par la nature des coquilles qu’il contient ; elles sont d’eau douce. Cette assise est formée de couches distinctes de calcaire tantôt tendre et blanc, tantôt gris etcom-

(i) Réaumur a décrit ces faluns et détaillé leur emploi dans les Mémoires de V Académie , 1720.

Calcaire

siliceux.

terrains tertiaires.

Gypse.

pacte et à grains très -fins, pénétré de silice qui s’y est infiltrée dans tous les sens et sur tous les points. Quelquefois elle a revêtu de croûtes calcédonieuses mamelonnées et de petits cristaux de quartz, les parois des cavités; d’autres fois elle y a formé des meulières ou masses de quartz carié , qu’on peut regarder comme les carcasses d’un calcaire siliceux dont la partie calcaire aurait été enlevée.

§317. C’est sur ces couches que se trouve la formation gypseuse. Nous pouvons nous la représenter comme une assise qui s’étendrait de l’est à l’ouest , depuis la Ferté - sous - Jouarre jusqu’à Mantes, le long du cours de la Marne et de la Seine : sa longueur serait ainsi d’environ vingtcinq lieues , et sa plus grande largeur , ainsi que sa plus grande épaisseur, qui sont vis-à-vis Paris , seraient, la première d’environ huit lieues , et la seconde d’une soixantaine de mètres. Qu’on se figure maintenant ce dépôt déchiré , emporté de manière à ce qu’il n’en reste en place que des lambeaux épars , et l’on aura une idée des quarante ou cinquante massifs isolés qui constituent la partie gypseuse actuellement existante. Ils sont, en général, allongés dans le sens de l’est à l’ouest ; cinq à six peuvent avoir d’une à trois et même quatre lieues carrées , les autres ne sont que de simples monticules ou buttes isolées.

La formation gypseuse consiste en une alterna-

tivc de couches de gypse et de marne remarquable par l’ordre constan t de superposition que ces couches conservent entre elles dans toute 1 étendue du dépôt, lorsqu’elles se trouvent ensemble; car d’ailleurs elles s’amincissent et finissent par disparaître entièrement, les unes plus tôt les autres plus tard, vers les extrémités du bassin.

Dans sa plus grande épaisseur, par exemple à Montmartre , attenant Paris , on divise le gypse en trois assises ou masses. L’inférieure est composée de couches peu épaisses de gypse souvent lamellaire , de marnes calcaires solides , et de marnes argileuses très-feuilletées ( dans lesquelles on trouve les silex dits ménilites) : le bas renferme des coquilles marines. Dans la seconde masse , le gypse augmente et les marnes diminuent : on ne trouve point de; coquilles, mais quelques poissons fossiles : cette masse , comme la précédente , a environ dix mètres d’épaisseur. Celle qui est audessus , qui est la principale , qui fournit aux grandes exploitations de plâtre , a une épaisseur quadruple; les couches marneuses y sont rares et minces : la masse de gypse y a quelquefois de quinze à vingt mètres de puissance : elle est naturellement divisée en gros prismes informes , comme certains basaltes, ce qui lui fait donner le nom de hauts piliers par les ouvriers : elle est pure , et consiste en un gypse saccharoïde ; la partie basse contient assez souvent des silex , et la partie haute

devenant marneuse et de moins bonne qualité , est appelée chiens ; cette masse est sur-tout remarquable par la multitude d’ossements d’animaux et sur-tout de quadrupèdes inconnus qu’on y voit journellement, et dont nous allons parler : on y trouve aussi , mais en bien petite quantité , quelques coquilles d’eau douce.

L’assise gypseuse est mélangée, au voisinage de la superposition , avec le calcaire sur lequel elle repose ; ainsi il n’y a point de limite bien tranchée.

Quoique le gypse de Paris soit en général grossier, d’un gris jaunâtre sale , il est cependant renommé par sa bonté dans les constructions : qualité que l’on attribue à une certaine quantité de chaux carbonatée qu’il contient habituellement , et qui le fait participer à la naLure des mortiers calcaires.

Ossements d’après M.

Cuvier.

Les ossements d’animaux renfermés dans cette assise y sont tantôt dans le gypse , ils y ont conservé de la solidité , et ne sont entourés que d’une couche très-mince de marne calcaire ; tantôt ils sont dans la marne qui sépare les bancs gypseux, et alors ils sont très-friables. M. Cuvier , ayant rassemblé un grand nombre de ces ossements , est venu à bout de les rapporter à leur vraie place , de rétablir et de ressusciter en quelque sorte les animaux auxquels ils avaient appartenu -, car il nous a fait connaître leur forme, leur grandeur , et même leurs habitudes. Nous allons examiner les principaux résultats de ce travail, un des plus beaux et des plus importants qui aient été faits en anatomie comparée.

Les ossements les plus gros et les plus remarquables appartiennent à des quadrupèdes d’un autre monde, et sont entièrement différents , même pour le genre, de ceux que nous connaissons aujourd’hui : ce sont des herbivores de deux genres nouveaux , de l’ordre des pachydermes ( animaux à peau épaisse ). M. Cuvier les a nommés anoplotherium (animal sans défenses ) et palœotherium ( animal ancien ). Le premier des deux , qui tient un milieu entre le rhinocéros et le cheval et l’hippopotame, d’une part, le cochon et le chameau de l’autre , comprend cinq espèces : la première présente un animal de la grandeur d’un petit cheval , mais ayant des formes très-lourdes , des jambes grosses et courtes , et muni d’une forte et longue queue ; il devait avoir beaucoup de ressemblance, pour la stature, avec la loutre ; comme elle , il se portait très-vraisemblablement sur et dans les eaux , principalement dans les terrains marécageux; comme le rat d’eau, il allait y chercher les racines et les tiges succulentes des plantes qui y croissaient : la seconde espèce ressemble à la précédente , mais avec la stature du cochon : l’animal de la troisième espèce, bien différent des deux premières , avait la taille , la légèreté et l’élégance de la gazelle ou du chevreuil ; il courait autour des étangs et marais où nageait la première j il devait y paître les herbes aromatiques des terrains secs , ou brouter les pousses des arbrisseaux; comme tous les herbivores agiles, continue M. Cuvier , c’était probablement un animal craintif , et de grandes oreilles très-mobiles , comme celles des cerfs , l’avertissaient du moindre danger ; nul doute , enfin , que son corps ne fut couvert d’un poil ras , et par conséquent il ne nous manque que sa couleur pour le peindre tel qu’il animait jadis cette contrée, où l’on en a déterré , après tant de siècles , de si faibles vestiges : la quatrième espèce avait la grandeur et les habitudes du lièvre ; et la cinquième était plus petite encore. Le second genre, le palœotherium , placé entre le rhinocéros

ou le cheval et le tapir , avait beaucoup de rapports avec ce dernier animal qui vit dans l’Amérique septentrionale : il présente cinq espèces , qui varient pour la grandeur , entre celle du cheval et celle de la brebis.

Outre ces ossements de quadrupèdes herbivores, on trouve encore , dans les plâtrières des environs de Paris , les vestiges de^quelques petits carnassiers ayant des rapports avec les chiens, les chats ou martres , et les mangoustes. On y a aussi déterré le squelette presque entier d’un petit quadrupède du genre des sarigues , qui a porté M. Cuvier à cette assertion positive : Il y a dans nos carrières des ossements d'un animal dont le genre est aujourd' hui exclusivement propre à V Amérique. Dans ces mêmes carrières , on a encore trouvé divers fragments d’oiseaux qu’il est très-difficile de rapporter à des genres connus ; mais qui se rapprochent , au jugement de M. Cuvier , des pélicans , des courlis , des bécasses , des étourneaux et des gallinacées $ enfin on y a observé quelques débris de tortues , quelques os de crocodiles , et même quelques poissons d’eau douce.

M. Cuvier , voyant dans nos carrières tous ces débris d’êtres organisés se rapporter aux mêmes classes d’animaux qui existent aujourd’hui, termine son mémoire sur les oiseaux fossiles des environs de Paris , par les réflexions philosophiques qui suivent :

« C’est bien assez d’avoir montré l’existence de la classe des oiseaux parmi les fossiles , et d’avoir prouvé par-là qu’à cette époque reculée , où les espèces étaient si différentes de celles qui existent maintenant , les lois générales de coexistence , de structure , enfin tout ce qui s’élève au-dessus des simples rapports spécifiques , tout ce qui tient à la nature même des organes et à leurs fonctions essentielles , étaient les mêmes que de nos jours.

» On voit en effet que dès lors les proportions des parties -,

la longueur des ailes , celle des pieds , les articulations des loigts , les formes et le nombre des vertèbres , dans les oiseaux comme dans les quadrupèdes , et chez ceux-ci , le nomare, la forme , la position respective des dents, étaient soumises lux grandes règles , tellement établies par la nature des choses que nous les déduisons presque autant du raisonnement que de l’observation.

» Rien n’a été allongé, raccourci , modifié , ni par les causes extérieures , ni par la volonté intérieure ; ce qui a changé a changé subitement , et n’a laissé que ses débris pour traces de son ancien état. »

§ 3i8. Les marnes qui sont au-dessus du gypse, et qui le remplacent même souvent, sont de deux sortes; les unes, pareilles à celles qui sont intercalées dans les masses gypseuses , et qui y font suite, contiennent comme elles des coquilles d’eau douce; les autres renferment des coquilles marines.

Les premières sont en général blanches , et très-chargées de calcaire ; elles contiennent des troncs de palmier silicifiés , des limnées et des planorbes qui diffèrent à peine de celles qui vivent dans nos mares. Au-dessus, on a encore des bancs souvent puissants de marne argileuse dont Tensemble a quelquefois plus de vingt mètres d’épaisseur. *

Les marnes marines , placées à la partie supérieure, commencent par un mince banc de marne jaunâtre, reconnu sur plus de dix lieues de distance, contenant des cythérées, des cérites , et

Marnes.

Sables et grès.

des os de poissons. On a ensuite un grand banc de marnes vertes renfermant des géodes argilo-calcaires, et des rognons ou boules de strontiane sulfatée. Il est suivi de quelques autres plus petits , et le tout est terminé par deux couches renfermant une grande quantité d'huîtres qui paraissent avoir vécu dans le lieu où on les trouve aujourd’hui , disent MM. Cuvier et Brongniart.

Ces auteurs ont été tentés de diviser les marne s, et de séparer celles qui contiennent les coquilles d’eau douce, de celles qui renferment lescoquilles marines : mais , ajoutent-ils , ces couches sont tellement semblables les unes aux autres , elles s’accompagnent si constamment, que nous avons cru devoir nous contenter d'indiquer cette division.

§ 3 19. Au-dessus des marnes, ou même immédiatement au-dessus du calcaire à cérites, lorsque les couches intermédiaires manquent, on a une grande assise composée de sable et de grès , dont l’épaisseur est quelquefois de quarante à cinquante mètres , et même de cent , ainsi qu’on le voit à la forêt de Fontainebleau.

Le sable consiste en un assemblage de très-petits grains anguleux de quartz, mêlés habituellement d une petite quantité de terre, de carbonate de chaux, et de fragments de coquilles ; quelquefois ils sont entièrement purs, et fournissent les sablons aux fabriques de cristaux : c’cst à Fontai-

TERRAINS TERTIAIRES. Z^-lS

nebleau que la fabrique royale de Mont-Cenis , en Bourgogne , envoie chercher ceux dont elle fait usage.

Au milieu de ces sables se trouve la pierre dont on pave les rues de Paris et les chemins qui aboutissent à cette capitale , pierre que Ton désigne vulgairement sous le nom de grès. Elle est tantôt en rognons ou amas aplatis étirés en quelque sorte dans le sens des couches , tantôt en couches bien prononcées et bien tranchées, ayant quelques pieds d’épaisseur , tantôt engrosses masses formant des monticules ou des buttes. Ces grès ne sont autre chose que les sables, au milieu desquels ils se trouvent, mais dont les grains , adhérant les uns aux autres , forment des masses plus ou moins solides : ils sont en général plus petits que dans les sables, et moins mêlés de matières étrangères. La plupart de ces grès, vus au microscope, ne présentent qu’un assemblage confus de parties anguleuses, brillantes et limpides comme du cristal de roche, aggrégées entre elles comme celles des dolomies ; d’ailleurs , je n’ai pu y reconnaître aucune forme cristalline : cependant, les fissures montrent habituellement une multitude de points très-brillants qui m’ont offert quelques faces de cristallisation extrêmement petites : cette surface drusique n’est pas une pellicule superposée comme on pourrait le croire , elle tient au reste de la masse. Dans les grès à grains très-petits et

très-serrés, le tranchant des bords se présente souvent comme une lame quartzeuse, où la structure grenue est à peine visible.

La consistance des grès présente de grandes variétés ; tantôt les grains sont très-peu adhérents les uns aux autres ; un simple choc suffit pour les séparer , et pour faire tomber en sable un morceau de roche : d'autres fois, leur dureté et consistance approchent de celle du silex.

Cette assise siliceuse ne renferme point ou presque point de coquilles : nous avons déjà remarqué que les mollusques semblaient fuir les eaux trop chargées de silice : cependant , dans les parties supérieures , principalement dans celles où se trouve un sable calcaire, on a quelques coquilles qui ressemblent beaucoup à celles du calcaire marin inférieur, et peut-être plus encore à celles des marnes , sur lesquelles reposent ces sables et grès.

On aura été certainement frappé , dans les descriptions que nous avons données, de la présence continuelle des coquilles au milieu des couches et masses calcaires , et de leur absence ou rareté dans les couches d’une autre nature , qui sont intercalées et qui par conséquent ont été formées à la même époque. Cette prédilection des animaux à coquilles pour le calcaire , se remarque même sur la surface de nos continents : ils sont et plus nombreux et plus gros dans les pays calcaires que dans les pays granitiques. Prendraient-ils des roches et terrains calcaires une partie de leur substance et de la matière de leurs coquilles ? Ce serait l’inverse de ce que plusieurs géologues ont

avancé; tout le calcaire du règne minéral leur paraissait être un produit des zoophytes , mollusques , etc.

Dans quelques parties du terrain des environs de Paris , les grès renferment une assez grande quantité de grains ou petits galets de silex, de quartz et même de lydienne , qui sont arrondis , et dont la grosseur variant , depuis celle d’une noix jusqu’à celle du chènevis , en fait tantôt des poudingues , tantôt de vrais grès pareils aux grès siliceux, qui sont assez fréquents en Allemagne (§ 284), et dont la pâte est, d’après Werner, un silex corné { homstein ) tantôt concoïde , tantôt écailleux, tantôt granuleux.

En examinant les sables et les grès dont nous venons de parler, en considérant leur nature et leur gissement, il est impossible de ne pas reconnaître, dans les uus comme dans les autres, un même mode de formation ; c’est la même substance , seulement , dans les grès , les grains adhèrent les uns aux autres, tandis qu’ils sont indépendants dans les sables. Cette adhérence est-elle l’effet d’un gluten qui se serait infiltré entre les grains , ou bien est-elle un effet de la pénétration des grains les uns dans les autres ? C’est une question à résoudre, et au sujet de laquelle je ferai remarquer : i° que la masse est entièrement homogène , et qu’on n’y voit aucun ciment interposé ; 20 que l’action de l’acide nitrique est nulle , et ne désagrège aucunement les grains; 3° que si un suc siliceux, faisant l’office de gluten , avait pénétré , par infiltration, dans la masse déjà déposée , il aurait bien pu former de simples blocs et des traînées de grès , mais non des couches bien t anchées et horizontales comme on les voit. D’après ces considérations et les observations rapportées plus haut, il me semble que l’adhérence 2. 27

Remarque surlanature des grès de Paris.

n’est ici qu’un effet de la pénétration des grains , de l’enlacement de leurs parties , comme dans les roches à texture granuleuse , et que ce grès ne serait ainsi qu’un quartz granuleux.

Toutes les raisons que M. Voigt a données pour établir cette assertion, au sujet de diverses substances regardées comme des grès ( § 284 ), se représentent ici dans toute leur force, et les circonstances locales y ajoutent un nouveau poids. A cinquante lieues autour de Paris, 011 ne voitaucun terrain quartzeux d’où auraient pu provenir les grains ; leur forme très-anguleuse , la limpidité de leur masse , l’éclat de leur surface , etc. , éloignent l'idée d’un transport. Ce n’est pas avec des substances étrangères à la contrée qu'ils sont mêlés, mais avec quelques parcelles de silex, quelques fragments de coquilles et quelques grains terreux. De plus, on voit quelques-uns de ces grès dont les grains diminuant de grosseur semblent se fondre les uns dans les autres , et présentent alors une masse quartzeuse presque homogène , où il reste à peine quelques foibles vestiges de la texture grenue ; encore ici , on retrouve les petits fragments de silex et de coquilles ; c’est le grès lustré de M. Brongniart : enfin le grain disparaissant entièrement , et la matière devenant complètement homogène à nos yeux, on a des silex cornés et silex pyromaques : ces passages me paraissent positifs comme ils le paraissent au minéralogiste que je viens de citer (1) : se continuent-ils jusqu’aux meulières , substance dont quelques parties approchent du vrai quartz ? Je serais enclin à le croire , mais je n’en ai point de preuves directes. D’après ce qu’on vient de voir, et en observaut que dans les formations de Paris les deux grands principes constituants sont le carbonate de chaux et la silice, ou (pour me restreindre dans un sens plus géognostique) sont des molécules calcaires et siliceuses, on conclurait que ces dernières, en se précipitant et se déposant, soit seules, soit avec

(1) Minéralogie, tom, I , pag. 320.

les premières, se sont diversement groupées et réunies, et que selon les divers modes de groupement, effets de circonstances locales et particulières, il en sera résulté tantôt des meulières, tantôt des silex cornés et pyromaquës , tantôt des grès , tantôt des sables. Les grès seraient aux silex et aux meulières ce que le calcaire crayeux est au calcaire compacte : les couches et masses de grès et de meulières seraient, au milieu des sables, ce que les couches et masses calcaires sont au milieu des marnes et des cendres (§ 290 ), c’est-à-dire des couches formées de parties plus épurées ou mieux dissoutes , et par suite plus consolidées.

Au reste , en donnant ici l’opinion que je crois la plus vraisemblable , et que j'ai développée ailleurs , je ne cache point qu’elle est susceptible de diverses objections : elles ont été mises dans tout leur jour par un de nos plus savants et de nos plus habiles géologistes, M. Brochant; et il a conclu , de l’examen qu’il a fait de cet objet, que mon opinion ne lui paraissait pas fondée (1).

La question n’est pas encore résolue : et quoique la majeure partie de nos minéralogistes 11e voient dans les grès des environs de Paris qu’un assemblage de petits fragments des roches quartyeuses , transportés par un agent mécanique , comme le sont les sables que la mer étend sur ses rivages , et agglutinés par un suc siliceux qui se sera infiltré dans leur masse , quelques autres cependant , qui ont aussi une pleine connaissance des localités , manifestent une opinion contraire; c’est ainsi que M. Omalius, parlant du grès blanc qui se trouve dans le calcaire de la Flandre, et qui est identique avec celui de Paris , après avoir signalé son passage par des nuances insensibles aux quartz agates (calcédoines et silex ), dit : « Quand on remarque les rapports que » ces quartz agates ont avec le grès blanc , tant par leur nature » que par leur gissement, on ne peut presque pas s’empêcher

(1) Journal des Mines , tora. XXXVIII.

» de supposer que leur origine ne soit la même (1). » En Angleterre , sur l’argile de Londres et par conséquent sur le prolongement de l’assise de grès , objet de ce paragraphe , on trouve une grande quantité de blocs d’une pierre appelée grey ' wcathers , qui est composée de particules siliceuses liées ■sans aucun ciment intermédiaire , renfermant des galets de silex , et qui paraît être ainsi, sous tous les rapports, identique avec nos grès. M. Webster observe qu’elle doit être considérée comme un quartz granuleux , et qu’elle a plutôt l’apparence d’une formation originaire, ou d’une cristallisation particulière de la matière siliceuse, analogue à celle du sucre, que l’apparence d’une substance composée de détritus d’autres roches. Il remarque encore « qu’elle ressemble parfaitement au ciment siliceux du beau poudingue (pudding- stoné) du comté d’Hertfort (2). Quand le dépôt siliceux , dit-il , enveloppait des galets de silex et autres , il formait le puddingstone , et lorsqu’il n’entourait aucune substance étrangère, il formait la roche dite grey weathers. » Je conclurai exactement de même : lorsque notre dépôt siliceux (et lilhoïde) enveloppait des grains arrondis de silex, de quartz, etc. , il formait les poudingues, ou vrais grès des environs de Paris, comme il formait, en Allemagne, le ciment du grès quartzeux (ou trappéen de Werner) (§ 284 ); et lorsqu’il n’y avait point de grains enveloppés , c’était le grès des paveurs de Paris , ou , minéralogiquement parlant , un quartz ou silex granuleux ( kœrniger hornstein ).

Le mode de formation qu’on croira devoir attribuer au grès

(1) Journal des Mines, tom. XXIV, pag. 317.

(2) Le poudingue, ainsi que l’on sait, est un mets anglais qui présente de gros grains de raisin sec, au milieu d’une pâte de couleur plus claire. Par ressemblance dans l’aspect, on a donné à la pierre de Hertford , connue de tous les minéralogistes et lapidaires, le nom de puddingstone (pierre-poudingue), dont nous avons fait le nom générique de poudingue.

des paveurs , sera aussi celui qu’il faudra donner au sable qui l’accompagne. Certainement il paraîtra extraordinaire de regarder comme un précipité chimique de grandes couches de sable ; mais les formations de couches à molécules entièrement incohérentes , ne sont pas sans exemple dans le règne minéral ; nous y avons vu des feldspaths terreux ou kaolins , des houilles semblables à de la suie ( § 260 ) , des chaux carbonatées pareilles à des cendres ( § 290 ) , des gypses farineux ( § 3io) : MM. Voigt et Freiesleben ont trouvé , dans l’intérieur des formations calcaires , des sables qui leur paraissaient incontestablement d’origine chimique.

§ 320. Au-dessus des sables dont nous venons de parler , on a quelquefois une assise renfermant des meulières , c’est-à-dire des couches d’un quartz ou plutôt d’un silex corné , à cassure compacte et concoïde évasé , plein de pores et de cavités irrégulières , qui lui donnent un aspect carié et cellulaire, e t qui le rendent propre àformer des meules de moulin : elles sont au milieu de sables argilo-ferrugineux et de marnes argileuses verdâtres ou rougeâtres. Cette meme marne remplit souvent l’intérieur de leurs cavités. La couche la plus considérable que l’on ait se trouve à laFerté-sous-Jouarre ; elleaenviron quatre mètres d’épaisseur, et gît dans la partie inférieure d’un banc de sable qui en a plus de vingt : son exploitation produit d’excellentes meules qu’on envoie en Angleterre , et meme en Amérique. Cette assise de sable, marne , argile et meulière ne contient point de coquilles, du moins on n’y en a pas encore trouvées.

Calcaire d’eau douce et meulière.

Enfin , au-dessus , et faisant l’étage supérieur du terrain des environs de Paris , on a une for» malion calcaire différente de celles que nous avons vues jusqu’ici, qui s’étend à de grandes distances, et qui se retrouve dans des lieux très-éloignés. Elle consiste en un calcaire contenant plus ou moins de silice , et ne renfermant plus que des coquilles terrestres et fluviatiles , delà le nom de calcaire d'eau douce qu’on lui donne habituellement. 11 est blanc ou légèrement jaunâtre : quelquefois il est tendre comme de la marne ou de la craie , mais le plus souvent il est compacte, solide , à grains fins , et à cassure concoïde , approchant du calcaire du Jura : il est même parfois dur et cassant, et ne peut guère se tailler ; les carriers le nomment alors clicart.

Non - seulement ce calcaire paraît imprégné d’une quantité plus ou moins considérable de silice , mais encore il renferme un grand nombre de produits siliceux , tantôt ce sont des silex pyromaques ou cornés , tantôt des meulières qui sont en général plus compactes que celles de l’assise inférieure.

D’ailleurs , cette formation est assez simple , c’est - à - dire qu’elle renferme peu de couches étrangères : on n’y voit plus ces couches de marne et d’argile qu'on trouve à tout instant dans les formations inférieures.

M. Brongniart qui, le premier, a fixé l’attention

des minéralogistes sur ce calcaire , remarque qu’il présente très -souvent des cavités cylindriques irrégulières , et à-peu-près parallèles quoique sinueuses ; et cette propriété peut souvent servir à le faire reconnaître.

« Mais ce qui caractérise essentiellement ce calcaire, dit le même auteur, c’est la présence des coquilles d’eau douce et des coquilles terrestres , presque toutes semblables pour les genres à celles que nous trouvons dans nos marais ; ces coquilles sont des limnées , des planorbes , des cyclostomes , des hélices , etc. »

§ 321. Nous venons de considérer le terrain des environs de Paris sous le rapport minéralogique, c’est-à-dire sous le rapport des différentes assises minérales quile composent. Si nous voulons maintenant le diviser d’après les fossiles qu’il renferme , nous pourrons , avec M. Omalius , y distinguer quatre étages. Le premier , celui d’en bas , comprendrait l’argile plastique , le calcaire grossier avec le grès inférieur : on n’y aurait que des coquilles marines. Le second renfermerait le calcaire siliceux inférieur , le gypse et les marnes inférieures : les coquilles, et , en général, les animaux fluviatiles et terrestres, seraient ici caractéristiques ( abstraction faite des coquilles marines qu’on trouve au bas du gypse ). Le troisième serait formé des marnes supérieures, des sables et des grès ; le petit nombre de coquilles qui s’y trou-

Division

zoologique.

vent sont marines. Enfin , le quatrième présenterait la grande formation de calcaire d’eau douce. Ces étages, remarque M. Omalius, ne se recouvrent pas dans toute leur étendue : ils sont placés en retrait les uns sur les autres, avec une légère inclinaison vers le sud , ainsi qu’on le voit dans la figure 3 , de la planche II (1),

Avec quelque étonnement, nous voyons ces divisions zoologiques n’être plus en harmonie avec les divisions minéralogiques. Le calcaire grossier et le calcaire siliceux forment une masse à-peu-près continue, et nous la voyons partagée par la ligne qui sépare les deux premiers étages zoologiques : celle qui sépare le second et le troisième coupe également l’assise marneuse. La différence entre les fossiles , qui nous indique souvent la différence entre les formations minérales, ne sera plus ici en rapport avec les différences géognostiques ; les marnes supérieures ne font qu’un même tout avec les marnes inférieures ; la différence entre leur nature et l’époque de leur dépôt est insensible, et la différence entre leurs fossiles est extrême; les uns sont marins , les autres sont fluviatiles ; ces deux classes se trouvent en outre mélangées dans de mêmes couches , dans le grès de Pierrelaie , par exemple.

Les terrains d’Avignon , de Mayence , etc. , ont offert de

(1) La partie de cette figure, au-dessus de la ligne ab, est donnée par M. Omalius ; ce qui est au-dessous est idéal ; il donne une idée de ce que peut être la constitution minérale du centre de la France, d’après les observations faites jusqu’ici. On a placé le terrain houiller entie l’ardoise et le calcaire horizontal, dans la partie septentrionale ; il s’y trouve en effet dans la majeure partie de la Flandre. Nous remarquerons que l’échelle des hauteurs n’étant pas la même que celle des longueurs , la figure ne saurait représenter les inclinaisons telles qu’elles sont réellement.

nouveaux exemples d’un pareil mélange. De plus, M. Beudant a prouvé, par une suite de belles expériences , que dans V espace de tr'es-peu de tems , beaucoup de mollusques jluviatües peuvent être habitués à vivre dans Veau que l'on sale graduellement jusqu"1 au degré de salure des mers ; et de meme que beaucoup de mollusques marins peuvent , par des diminutions de salure également graduées et progressives , être habitués à vivre dans Veau douce (i) ; et effectivement , on a trouvé dans des mers peu salées, telles que la Baltique, des mollusques de ces deux classes vivant pêle-mêle (2). MM. Beudant et Marcel de Serres ont encore reconnu des coquilles en quelque sorte intermédiaires , telles que les paludines qui vivent habituellement dans les eaux saumâtres , et qui se trouvent tantôt avec des coquilles marines , tantôt avec des coquilles d’eau douce. Ces nouvelles données , introduites dans la solution des questions géologiques, doivent nécessairement amener des changements ou des modifications dans les conséquences; et de ce qu’une couche minérale contiendrait quelques coquilles fluviatiles , lors même qu’elles n’y seraient pas l’effet d’un transport accidentel , on ne saurait conclure aujourd’hui qu’elle a été formée dans l’eau douce, sur-tout lorsqu’elle sera comprise entre deux couches que d’autres circonstances indiqueraient avoir été formées au sein des mers.

Au reste , ce que nous venons de dire se rapporte principalement à quelques cas particuliers : et de même qu’en général les huîtres ne vivent que dans la mer , et les lymnées dans les eaux douces, nous pouvons conclure qu’une assise minérale d’une grande étendue ,- qui ne renfermera que des huîtres , a été formée dans les mers ; tout comme un terrain dans lequel on ne trouve que des lymnées et des coquilles analogues , a étç déposé dans une eau douce.

(1) Journal de Physique , toin. LXXXIII,

(2) Idem, tom. LXXXVUI.

terrains

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