‹ Traité de géognosie. Ou, Exposé des connaissances actuelles sur la constitution physique et minérale du globe terrestre (volume 2)Chapitre 31 sur 46 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Aufgcschwemte-Gebirge des Allemands.

AUllVUll lund des Anglais.

Terrains d alluvion de plusieurs minéralogistes français.

§ 332. Nous désignons ici sous le nom de terrains de transport , les terrains qui sont composés de parties incohérentes, qui ne sont recouverts par aucune couche pierreuse , qui ne l’ont jamais ité , et qui n’ont meme pu l’étre, d’après les cir- :onstances et l’époque de leur formation.

Quoique le nom de terrain de transport soit sujet à quelques jbjections , il nous a paru préférable à celui de terrain d’alludon qu’on emploie quelquefois : les alluvions, strictement parant , ne sont que les accroissements qu’un terrain déjà existant •eçoit en étendue superficielle, par les dépôts des fleuves : en ‘tendant même cette acception aux atterrissements de la mer ,

1 n’en serait pas moins positif que la majeure partie des terrains le transport ne sont point un produit des alluvions , et qu’ils >nt été formés et étendus au fond de la mer même, ou au fond le grands lacs et étangs.

Werner a divisé les terrains de transport ainsi pi’il suit :

rerrainsde transport ^ Sur les sommets et les plateaux.

des montagnes. £ Sur les flancs et dans les vallées.

Différentes sortes de terrains de transport.

Sur les sommités.

Dans

les vallées.

46o TERRAINS DE TRANSPORT.

f Sables Sandland.

Terrains de transport I Argile ou terre Thonland.

des plaines. J Marécages ou tourbières. Moorland.

( Tufs (calcaires) Tujfland.

Nous conserverons la division en terrains de transport de montagnes, et terrains de transport des plaines; et, après avoir traité de leur constitution essentielle, nous examinerons les substances qu’ils contiennent.

ARTICLE PREMIER

Terrains de transport dans les montagnes.

§ 333. Les terrains de transport , ou plutôt les terrains meubles, qui sont sur les plateaux et sommités des montagnes , ne consistent ordinairement qu’en une couche de terre presque toujours fort mince , et qui provient de la décomposition de la roche qui est au-dessous. Cette couche, tant par elle-même que par la mousse ou l’herbe qui croît à sa superficie , forme bientôt une couverture qui préserve la roche d’une destruction ultérieure.

§ 334. Les produits de la décomposition des roches qui forment les flancs des vallées , cédant à l’action de la pesanteur, ou entraînés par les eaux, descendent sur les flancs et s’arrêtent a leur pied : ils s’y entassent , et , par le laps de tems, ils finissent par former et les revêtements en talus qui couvrent la partie inférieure des mon-

terrains DE TRANSPORT. 46i

:agnes, et les remplissages qui occupent le fond les vallées. Ce mode de formation est trop universellement connu pour que j’y insiste : je me >ornerai aux considérations suivantes.

Souvent , dans les parties d’une vallée auxquelles aboutit un torrent ou une ravine qui des- :end sur les flancs escarpés d’une montagne, après les averses extraordinaires , l’eau charrie une inorme quantité de pierres et de terres , qui fornent un tas élevé au-dessus du sol environnant , equel se présente comme un cône partagé dans le >ens de son axe , appliqué contre la montagne , ?/t ayant son sommet dans le lit du torrent ou de la ravine. Ces tas de débris sont fréquemment couverts de la végétation la plus riche ; ils portent les plus belles châtaigneraies des Alpes piémontaises.

La nature des terrains qui sont au fond des s allées dépend uniquement de celle des mon tagnes environnantes : il en est de même de la forme et grosseur des parties composant ces terrains. Dans la plupart des montagnes de schiste-micacé ou talqueux et de phyllade que j’ai vues, les éboulements sont terreux; le schiste, en se brisant et se décomposant, s’est réduit en terre : dans les montagnes calcaires, la décomposition ne produit souvent qu’un limon très - délié qui est emporté par les eaux : dans les terrains granitiques ou formés de roches dures , les blocs qu’on trouve

au fond des vallées , sont souvent d’un volume considérable. En général , leur volume diminue à mesure qu’on descend dans la vallée, ou plutôt à mesure qu’on s’éloigne du lieu d’où ils sont tombés.

Ces blocs , poussés par les eaux , dit-on communément , s’usent , sur leurs angles et leurs arêtes , par l’effet des frottements; ils diminuent ainsi peu-à-peu de volume, de sorte qu’à une certaine distance, ce ne sont plus que des pierres roulées , des galets ; puis , et successivement , des graviers , des sables , et enfin des terres. Sans vouloir affirmer que les frottements ne sont pour rien dans cette diminution de grosseur , je crois pouvoir dire que faction délétère des éléments atmosphériques y a bien plus contribué ; c’est elle qui , en diminuant peu-à-peu le volume des blocs tombés , les rend susceptibles d’être charriés par les torrents à de grandes distances. D’ailleurs, lorsqu’il se fait un éboulement dans une vallée , les torrents emportent les pierres éboulées sur lesquelles ils ont prise, et ils les portent d’autant plus loin qu’elles sont plus petites ; de sorte qu’indépendamment de toute diminution postérieure , le courant lui-même a fait un premier triage : on a confondu l’effet avec la cause ; ce n’est pas parce qu’une pierre est plus loin qu’elle est plus petite ; mais , le plus souvent, c’est parce qu’elle est plus petite qu’elle est plus loin.

La manière dont se sont formés les terrains qui sont dans les vallées suffit pour faire sentir que les terres, sables, graviers, pierres qui les composent , n’observent aucun ordre régulier de superposition.

Terrains de e 335 Indépendamment des terrains de transtransport 0 Jr

au pied des port qui sont dans les vallées, il en est d’autres

chaînes.

qui gisent au pied des chaînes des montagnes, et qui sont encore une de leurs dépendances. Ce sont d'immenses quantités de blocs , de pierres , de terres provenant également de la destruction de ces montagnes , mais qui paraissent avoir été recouverts par une grande masse d’eau , mer ou lac, qui, par ses mouvements, les aura en quelque sorte nivelées et étendues sous forme d’une grande couche , sur le fond du bassin , dans la partie contiguë à la chaîne. Les Pyrénées et les Alpes en offrent de fréquents exemples ; j’en cite deux.

Au débouché de l’Ariège, sortant des Pyrénées, se présente la plaine de Pamiers : jusqu’à Saverdun , c'est-à-dire jusqu’à quatre lieues du pied de la chaîne , elle n’est composée que de boules de granité entremêlées de terres et de pierres provenant de leur décomposition ; le tout formant une masse d’une trentaine de mètres d’épaisseur- Vers la chaîne, les boules ont un ou deux pieds de diamètre , et leur grosseur diminue graduellement jusqu’aux environs de Saverdun.

Les plaines du Piémont et de la Lombardie , au pied des Alpes, présentent ce même phénomène, mais bien plus en grand. Dans les lieux où la Doire-Baltée, qui amène les eaux des Grandes- Alpes, entre dans ces plaines, elle a fait, dans le terrain de transport , une énorme coupure , qui n’a pas moins de cinq cents mètres de profondeur en quelques endroits , et qui met à nu la structure

du terrain. Il consiste : x° en blocs de granité , de schiste micacé, de serpentine, etc. , de forme trèsirrégulière , et ayant souvent trente ou quarante mètres cubes ; 2° en masses plus petites dont les angles sont, en général, d’autant plus arrondis que leur volume est moins considérable ; 3° enfin, en beaucoup de terre provenant évidemment de leur décomposition. La nature de ces blocs , leur figure, ainsi que leur grosseur, qui va en diminuant à mesure qu on s’éloigne des montagnes , montrent qu’ils en ont été détachés, et qu ils ne sont pas loin du lieu de leur origine. La forme plane du terrain pris dans son ensemble , ainsi que sa disposition par assises horizontales qu’on aperçoit en quelques endroits, semblent indiquer encore qu’ils ont été étendus dans le sein d’un lac ou d’un bras de mer, ainsi que nous venons de le dire. La superficie de ce terrain présente, sur quelques points, comme de grandes plages de pierres, quelquefois même disposées en de gros tas qu’on a cru l’ouvrage des hommes : le tout est dû à l’action des eaux pluviales, qui, en entraînant la terre interposée aux pierres , les aura laissées a nu : si le terrain était originairement morcelé et hérissé de petits tertres, le lavage les aura réduits en de simples monceaux de pierres.

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