‹ Traité de géognosie. Ou, Exposé des connaissances actuelles sur la constitution physique et minérale du globe terrestre (volume 2)Chapitre 32 sur 46 · ARTICLE II · texte numérisé non relu

ARTICLE II

Terrains de transport des plaines.

Les terrains de transport des plaines sont principalement formés de sables et d 'argiles. Dans quelques endroits cependant , la superficie du sol est une tourbière ; dans d'autres , c’est un tuf calcaire; mais, comme ces terrains sont peu étendus comparativement aux sables et aux argiles, et qu’ils sont d’une nature de formation entièrement différente , nous les classerons parmi les masses ou couches accidentellement comprises dans les terrains de transport.

§ 336. Les terrains sablonneux consistent en sable , assez souvent entremêlé de gravier , de cailloux roulés , et renfermant parfois quelques couches terreuses.

Le sable n’est , ainsi que l’on sait , qu’un assemblage de minéraux en très-pelits grains, provenant de la destruction d’anciennes roches , et principalement de roches quartzeuses.

Il constitue quelquefois des terrains d’une étendue immense ; le grand désert de Barbarie , une partie de ceux de l’Arabie en sont composés : presque par-tout, le sable y est a nu, et d’une finesse extrême. Cette finesse , et la mobilité qui en est la suite , le rendent le jouet des vents, qui l’élèvent en coteaux dont l’ensemble présente l’image des flots de la mer, qui les trans-

Terrain

sablonneux.

portent, d’un lieu dans un autre , eLen recouvrent de vastes contrées. La Basse-Allemagne , depuis la Hollande jusqu’en Pologne, présente aussi une vaste plaine de sable , principalement couverte de bruyères.

Deluc observant , dans ces contrées , que l’épaisseur de la terre végétale ne dépasse guère un pied , et que son accroissement peut être estimé à une ou deux lignes en trente ans , en conclut le peu d’ancienneté de nos continents ; c’est un des chronopiètres qui lui prouvent la vérité de cette assertion. Je suis certainement loin de vouloir la contester ; mais elle ne saurait être déduite du fait cité : souvent , dans la nature , par exemple dans la production de la terre végétale, dans la formation des atterrissements , dans celle des tourbières, il s’établit, au bout d’un certain tems , une sorte d’équilibre entre lies causes qui tendent à produire, et celles qui tendent à détruire ; de sorte qu’au-delà de ce terme, quoique les premières continuent toujours d’agir, il ne se fait plus de nouvelles formations.

Avec la plupart des naturalistes , je regarde les grandes plaines sablonneuses, telles que le grand désert de Barbarie, les bruyères de la Westphalie et de la Basse-Saxe , comme formées par des sables, produits directs de la destruction des roches quartzeuses , lesquels ont été apportés par les fleuves dans les mers qui couvraient autrefois ces plaines. Nous avons vu que quelques minéralogistes regardaient ces sables si étendus comme le produit de la destruction des terrains de grès qui occupaient autrefois ce même sol ( § 276) ; et enfin que Deluc ne voyait en eux qu’un précipité chimique , le dernier qui s’était fait dans les mers avant leur retraite de dessus les continents : ce mode de formation serait , d’après ce savant , celui du sable en général; comme il nous a paru être celui de quelques couches sa-

bleuses , intercalées dans le terrain de Paris , et comme il a paru être à M. Omalius , celui des sables de la Sologne, du Gàtinais , etc.

Lorsque le rivage de l’Océan est sablonneux , que le sable est très-délié, que la plage est basse, et que le vent , secondant Faction des vagues , pousse le sable plus haut que les eaux ne peuvent atteindre, il se forme, au bord de la mer, comme une ceinture de coteaux de sable qui s'avancent de plus en plus dans les terres (lorsque la direction générale des vents vient de la mer ) , ce sont les dunes. Elles sont fréquentes sur les côtes de la Hollande, delà Flandre, etc. J’ai eu occasion de les étudier dans les landes de Gascogne, et je dis quelques mots des phénomènes qu’elles m’y ont présenté.

Elles y forment, entre l’embouchure de la Gironde et celle de l’Àdour, comme une bande de terrain élevé de vingt mètres, terme moyen au-dessus du sol environnant ; sa largeur varie de deux à dix mille mètres : elle est fortement mamelonnée , et présente l’image d’une multitude de monticules engagés les uns dans tes autres, dont la cime seulement est libre de tous côtés, et s’élève quelquefois jusqu’à cinquante mètres de hauteur. Ces dunes consistent en un sable blanc, délié et quartzeux, presque entièrement dépourvu de toute végétation : le vent le pousse et le refoule ; il fait monter ses grains sur le flanc des coteaux , comme sur un plan incliné , tantôt en roulant , tantôt par petits bonds; arrivés sur le haut du plan, c'est-à-dire sur la cime de la dune, toujours poussés par la même force, ils se précipitent sur la face opposée, et, tombant par l’action de la pesanteur, ils y prennent leur talus naturel. Les vents d’ouest régnant

Des dunes.

Terrains

argileux.

habituellement dans ces parages , ce sera vers l’est que se fera le mouvement général des dunes ; et effectivement , elles s’avancent continuellement dans les terres , en couvrant de leurs sables les forêts et les villages ; elles ont abîmé en partie la petite ville de Mimizan. On a observé que , par un vent d’ouest assez régulièrement soutenu pendant six jours, une d’elles s’était avancée de trois pieds. M. l’ingénieur Brémontier , qui s’est très -particulièrement occupé de ces dunes et de leur fixation, estime leur avancement général à vingt mètres par an , terme moyen , et il observe que, dans une vingtaine de siècles, la ville de Bordeaux pourrait bien être ensevelie sous leur masse.

§337. Certaines substances minérales, telles que les feldspaths , les micas , les schistes , se réduisent, par la décomposition, en molécules terreuses faisant pâte avec l’eau. Ces molécules , prises par les courants , par suite de leur légèreté et de leur ténuité , sonl emportées a des distances quelquefois très-grandes : lorsque la vitesse diminue, soit que le courant, débordant sur les terres voisines , y prenne une très-grande extension en largeur , soit qu’il rencontre des anses, dans lesquelles l’eau devient stagnante, ces molécules terreuses se déposent et forment des couches de limon ou d’argile. Si les fleuves aboutissent dans quelque lac , ils y laissent souvent un dépôt de limon ; et nous sommes témoins de pareilles formations. Il doit nécessairement s’en effectuer de pareilles dans les mers : les observations des navigateurs nous apprennent que leur fond est quelquefois une immense couche d’argile.

Les terrains formés de pareils dépôts sont souvent considérables. M. Olivier nous dit que le désert ou plateau élevé , qui constitue le sol de la majeure partie de la Perse, est de nature argileuse. Il en est de meme du sol des steppes, ou grandes landes de la Sibérie ; elles sont, d’après Pallas , principalement formées d’une terre ou limon endurci , disposé par couches horizontales et entremêlé de quelques lits de sable.

§ 338. Ces grands terrains de transport dont nous parlons, diffèrent essentiellement des atterrissements ou alluvions qui , se déposant sur les bords des continents, semblent en étendre le domaine. Les bouches de l’Elbe nous montreront leur nature et leur marche.

Lorsque le fleuve arrive près de son embouchure, et que ses eaux, descendant vers la mer, rencontrent la marée montante, il s’établit un calme; les molécules terreuses dont le fleuve est chargé se déposent sous forme d’un limon argileux, lequel est porté par les marées et les vagues sur le rivage : à l aide de pareils dépôts successifs , le rivage s’élève , et il en résulte un terrain d’alluvion d’une étendue considérable. Au reste, dans les trèshautes marées , lorsque la mer est courroucée, il serait possible qu’elle revînt sur ce terrain , et qu’elle l’enlevât ; mais l’industrie humaine a prévenu ce cas : elle a entouré la nouvelle alluvion de digues qui préservent des coups de mer cette terre ainsi conquise sur l’Océan ; elle est d’une fertilité extraordinaire, et constitue ce que les Hollandais nomment polder. Entre Stade et Hambourg, sur la rive gauche de l’Elbe, ou en a un qui a plus de six lieues de long , sur deux de large : ce fut dans le douzième siècle ( 1106) qu’il commença à être cultivé : de-

Àtterrisse-

ments.

puis qu'il est clos de digues, l’Elbe a continué ses atterrissements; ils se sont accrus, en quelques endroits, au point d’y égaler la largeur du polder : au reste , l’Elbe , tenant son cours ouvert , mettra toujours un obstacle aux atterrissements qui tendraient à le lui barrer ; de sorte qu’il y a, à une très- petite distance, un terme qu’ils ne sauraient dépasser.

Ce terme est moins positivement fixé sur la côte qui est en face de Groningue , et les atterrissements y ont une étendue considérable. Les premières digues y furent construites , sur le bord de l’Ems , en i5yo : en 1679, environ un siècle après , on en éleva de nouvelles , et le polder, ou terrain conquis sur la mer , avait trois quarts de lieue de large. Deluc , qui a observé la composition de ce terrain , dans les coupures faites pour l’écoulement des eaux , dit qu’il repose sur le sable de la mer , et que les couches d’argile qui le constituent sont séparées les unes sur les autres par les vestiges du gazon qui a cru sur chacune d’elles : « Ces couches m’ont semblé mar- » quer des années , ajoute-t-il : à chaque hiver , tems où la mer » est plus haute , par de plus fréquents vents du nord, et où » les rivières gonflées charrient plus de limon, ces atterrisse- » ments en reçoivent une nouvelle couche (1). »

Au reste, quoique le terme de ces accroissements ne puisse être fixé, et qu’il soit pour ainsi dire indéfini , il ne saurait être à une grande distance : la mer, semblable à Saturne qui dévorait ses enfants , détruit souvent son propre ouvrage ; après avoir jadis formé, dans le golfe du Zuiderzée ,un terrain qui fut longtems cultivé et habité, elle l’a abîmé en 1222 , et une mer a reparu dans le lieu où était l’ancien golfe. Tous les efforts, toute l’industrie du peuple le plus laborieux , luttant continuellement et avec obstination contre la nature, peuvent à peine maintenir contre elle une bordure de quelques lieues seulement. Qu’est

> (1) Deluc. Lettres, sur la théorie de la terre , à la reine d' Angleterre , lettre 128*.

cette faible largeur en comparaison du continent voisin P La différence, entre la nature et la composition des deux terrains, prouve en outre qu’il» ne sont pas un effet de la même cause, et que les plaines du continent ne sont pas une suite d’alluvions ouvrage de la mer actuelle.

Substances contenues dans les terrains de transport .

Les terrains de transport renferment quelques substances qui leur sont propres, et qui méritent une attention particulière.

Les unes appartiennent au règne minéral, telles sont

les tufs calcaires ; les minerais de fer limoneux ; les minerais en grains et en paillettes ( Seijfenwerke ) ; le sel commun.

Les autres , d’origine végétale, sont :

les bois enfouis ou submergés , et les tourbes.

Enfin le règne animal a aussi laissé , dans ces terrains , de nombreux ossements de quadrupèdes.

Examinons ces diverses substances et leur manière d'être dans les terrains qui les présentent.

a ) Produits du règne minéral.

§ 3 3q. Le tuf calcaire est en quelque sorte une production de tous les âges ; mais c'est dans les

Tuf

calcaire.

terrains de transport qu’il occupe seulement des espaces d’une étendue assez considérable. jNous aurons à en distinguer deux sortes , celui qui date de la première origine de ces terrains , et que peu têtre quelques géologues regarderaient comme appartenant aux terrains tertiaires ; et celui qui se forme encore continuellement sous nos yeux , à la surface des continents.

Les tufs de la première espèce paraissent s’être déposés dans des lacs d’eau douce qui existaient dans des terrains calcaires, et qui ont disparu depuis long-tems. La Thuringe nous offre , en un grand nombre de lieux , des exemples d’une pareille formation. Le tuf y repose tantôt sur des galets , tantôt sur des roches qui constituent les formations de ce pays : il y fait des assises qui ont , en quelques endroits , plus de cinquante pieds d’épaisseur, et qui sont composées de strates de tuf compacte et de tuf friable ou caverneux , alternant à un grand nombre de reprises : on y trouve aussi quelques minces couches d une terre bitumineuse brune. Lorsqu’il n’y avait point de plantes dans les lacs ou marais, les strates qui se déposaient étaient compactes, et elles ont été au contraire poreuses lorsqu’elles ont enveloppé les roseaux , les joncs , les conferves qui croissaient dans ces eaux stagnantes. On trouve, dans ces tufs de l’Allemagne, une grande quantité d’ossements fossiles d’éléphants , de rhinocéros, de megathé-

riums, de cerfs, etc. : on y a encore observé une quantité considérable de coquilles d’eau douce et d’hélices analogues aux espèces actuellement vivantes , ainsi que des empreintes de plantes indigènes. Mais ce qui est le plus remarquable, ce sont des crânes humains, que M. de Schlottheim assure en avoir été retirés, et qui y étaient bien réellement enveloppés par le tuf (i).

Les eaux qui coulent à la surface du globe , et qui sont chargées de calcaire , le déposent sur les terrains qu’elles traversent, et y forment ainsi des tufs tantôt poreux, tantôt solides ( § 52 ). J’ai été témoin d une pareille formation, sur les Alpes, au petit Saint-Bernard ; le chemin y traverse un torrent appelé les eaux rouges , qui , en se répandant sur le sol environnant , l’a recouvert d’un tuf ayant plusieurs mètres d’épaisseur, ainsi qu’on le voit, par ses nombreux blocs, dans le voisinage. Mais l’exemple le plus remarquable d’une pareille formation est celle du travertin de Rome , pierre qui couvre la plaine entre cette cité et Tivoli, et qui est un dépôt formé par l’Anio et par le lac de la Solfatare dans leurs débordements sur les terres voisines : l’Anio , sortant des Apennins, est très-chargé de calcaire , et les eaux de la Solfatare, qui sont chaudes et imprégnées d’hydrogène sulfuré , en contiennent encore davan-

(i) |Leonhard’s. Taschenbuch für die gesammte minéralogie .

tage. Le travertin est d un bknc jaunâlre , son grain est terreux et sa cassure inégale ; il se trouve en couches horizontales. Il présente fréquemment des cavités dont plusieurs ont été, postérieurement à leur formation, remplies par des stalactites plus blanches , d'un grain plus fin et plus dur , qui forment comme des taches sur la pierre : ces cavités proviennent, en grande partie, des plantes ou fragments de bois qui ont été enveloppés par les tufs , et qui se sont entièrement décomposés. On a établi de grandes carrières de pierre détaillé dans ce travertin, et la plupart des grands monuments de Rome , tant anciens que modernes, en sont bâtis. Cette pierre exposée à Tair , y prend une teinte rougeâtre qui ne contribue pas peu à donner aux monuments antiques ce caractère de majesté qui nous frappe en eux(i).

J’ai vu, dans les Alpes , au-dessus de Cogne, à trois mille mètres de hauteur, et sur une montagne de schiste calcarifère, une bande de tuf qui semblait l’affleurement d’une des courbes de la montagne. A 2600 mètres, sur le haut du col , qui sert de communication entre les vallées d’Aoste et de Lorana, j’ai observé une couche de tuf qui paraissait inlerralée dans la masse de la chaîne. J’ai regardé ces apparences comme trompeuses , et ces tufs ont été pour moi des formations Irèsrécentes analogues à celles du Saint-Bernard. Cependant le plus exact des observateurs, Saussure, a vu sur le Mont-Cervin, à 35oo mèt. , une couche de tuf de deux pieds d’epaisseur, comprise entre les strates d’un schiste-micacé ; il s’est assuré

(1) Bjeislak. Voyages dans la Campanie , tom. II.

qu’eile était intercalée ; et après avoir essayé diverses hypothèses pour expliquer ce fait, pour résoudre d’autres questions de géologie, il dit : « Mais qui pourrait, du moins par des con- » jeclures probables , pénétrer dans cette nuit des teins ? Placés » sur cette planète depuis hier , et seulement pour un jour ,

» nous ne pouvons que désirer des connaissances que vraisem- » blablement nous n’atteindrons jamais. » (Sauss., §§ 2261 et 2262 ).

5 34o. A-peu-près de la même manière que les Minerais de

3 ^ 1 * * * V j fer d’alltt-

eaux qui traversent les contrées calcaires don- vion. nent , par leurs depots , naissance aux bancs de tuf, celles qui coulent dans des régions abondantes en molécules ferrugineuses , produisent des lits de minerai de fer.

On sait que ce métal est une des substances les plus généralement répandues dans la nature ; la destruction des roches ferrifères , la décomposition des végétaux , etc. , et peut-être d’autres causes encore , en ont presque imprégné toute la surface du globe ; la couleur brune des terres, des argiles, des sables lui est due. Sa grande division , jointe à son affinité avec l’eau , fait qu’il y est presque toujours à l’état d’hydrate (1).

Les eaux qui coulent sur les terrains qui con-

(1) Vu l’affinité du fer oxide avec l’eau , il est assez singulier de voir des fleuves rouler des eaux rouges, c’est-à-dire chargées d’oxide

non combiné ; j’ai eu cependant occasion de m'assurer que de l’eau

dans laquelle ou délayait de la terre rouge, au bout de quelque

tems, finissait par déposer une vase entièrement jaune : l’oxide

s’était hydraté.

tiennent ces molécules s’en chargent ; elles les portent dans des lacs, des étangs, etc. , où elles les déposent et couvrent ainsi leur fond d’une vase ferrugineuse. Lorsque les terrains traversés renferment beaucoup de particules libres de fer, tels sont ceux qui gissent au pied des montagnes de la Suède, si abondantes en ce métal, cette vase est quelquefois assez riche pour être l’objet d’une exploitation : on en a vu qui rendaient près de 60 pour cent en métal, c’était du fer hydraté absolument pur. Quelques-uns des lacs ou marais d’ou on la relire sont récurés tous les dix , vingt ou trente ans ; au bout de ce tems , il s’est produit une nouvelle couche, dit Swedenborn.

Plusieurs lacs ou marais, dont le fond avait été couvert de pareils dépôts , se seront desséchés ; la vase se sera durcie , se sera recouverte d’une couche de gazon, et aura formé ainsi le minerai que les Allemands nomment raseneisenstein ( minerai de fer de gazon) ; c’est noire minerai de fer limoneux (ou fer hydraté limoneux). Werner, d’après les observalions qu'il a faites, principalement sur celui des plaines de la Lusace , sa patrie (1), en adistingué trois variétés principales, qu il i apporte à trois périodes de leur âge ; celui qu'on retire des marais ( morasterz) , qui est encore â

(ij Werner , né en i^5o , aux environs de Welirau eu Lusace , où son père y était propriétaire de forges, est mort en 1817.

l’état limoneux au moment de son extraction ; le sumpfertz (minerai des marécages), qui est déjà durci et recouvert de plantes marécageuses ; enfin le wiesenerz ( minerai des prairies ) ; celui qu’on retire des terres entièrement desséchées et qui gît déjà sous une mince couche de terre végétale. Les basses plaines de la Silésie , du Brandebourg , de la Livonie , etc. , donnent une quantité considérable de ce minerai.

S 3 ii . Les terrains de transport, notamment Minéraux

° . contenus.

ceux des montagnes , renferment encore des minerais d’un ordre tout différent : ce sont les débris des masses et filons qui existaient dans les montagnes primitives et secondaires ; ‘cédant , comme les roches qui les environnaient, à la destruction et à la décomposition , ils ont accompagné leurs détritus dans les terrains de transport, et ils y gisent entremêlés avec eux.

Si les minerais sont de nature à céder faci- ExPlo,tatlon

par lavage

lement à la décomposition et à la trituration, ils ou seiffenseront réduits en molécules indiscernables , et se confondront avec celles qui composent les terres , les limons et les argiles : c’est le cas de la majeure partie. Mais ceux qui , par leur dureté et leur ténacité, peuvent résister davantage, se trouveront en masses, grains ou paillettes dans les graviers et sables qui n’auront pas été transportés à une grande distance des montagnes , et qui occupent le fond des vallées ou qui gisent étendus

à leur pied : s'ils y sont en quantité considérable , et que leur prix puisse compenser les frais de leur exploitation , on 1 entreprend à 1’ aide de divers lavages auxquels les Allemands donnent le nom de seiffenwerk.

Les minerais qui se rencontrent le plus fréquemment dans les terrains de transport, de la manière que nous venons d indiquer , sont le fer sulfuré , le fer oxidulé, l or, l’étain et le platine : ces trois derniers sont les seuls dont la haute valeur porte à l’extraction.

Celle de l’or est la plus universellement pratiquée. Quoique ce métal n’existe qu’en fort petite quantité dans la nature , il y est cependant répandu sur un très-grand nombre de points : il est disséminé en petites parcelles, grains ou paillettes dans les roches , et lorsque celles-ci se brisent et se décomposent , les grains et paillettes d’or , par leur grande pesanteur spécifique et leur ténacité, restent dans le voisinage de leur gîte primordial, et s’y conservent entiers. Aussi, y a-t-il peu de grands terrains de transport , au pied des montagnes, qui n’en renferment une quantité plus ou moins considérable. Les deux que j'ai cités, au § 335, en contiennent notablement. — L’Ariège, ou Oriège ( Aurigera ), doit son nom à l’or qu’elle met à nu en traversant le premier de ces terrains. Lors des crues , cette rivière , ainsi que les ruisseaux qui coulent dans ce meme terrain, attaque

terrains de transport. 479

ses rives; elle les détrempe , emporte au loin les terres et les sables légers ; mais les parties pesantes , telles que les gros sables , les galets , et sur-tout les grains et parcelles d’or, restent dans le lit à peu de distance du point d’où ils ont été détachés. Dès que la rivière est rentrée dans son lit ordinaire , les orpailleurs vont sur le rivage qu’elle vient d’abandonner ; ils prennent les sables , les galets qu’elle y a laissés , et , par différents lavages , ils en retirent l’or : assez souvent ils en ont trouvé des parcelles pesant douze grains; on dit meme qu’une pépite ( gros grain ) , retirée de l’Ariège, pesait une demi - once (i). Autrefois, les plaines de Pamiers(et quelques autres du voisinage ) fournissaient annuellement , à la monnaie de Toulouse, environ deux cents marcs d’or (49 kilogrammes ) par an : quantité qui représente une somme de i3o mille francs. Vers la fin du dernier siècle , ce produit diminua ; et, aujourd’hui, les recherches sont totalement abandonnées. J’observerai ici quel’Ariège, elles autres rivières aurifères , n’amènent point l’or qu’on en retire des montagnes d’où leurs eaux descendent : presque jamais elles ne charrient de paillettes tant qu’elles sont dans les montagnes : elles ne font que déterrer et mettre à découvert celles déjà existantes dans les terrains de transport

(i) Mémoires de C Académie , année 1762.

48o TERRAINS DE TRANSPORT,

qu’elles traversent. — Parmi les autres rivières aurifères de la France, on cite encore la Cèse, le Gardon , et l'Ardèche au* pied des Cévennes , le Pvhône aux environs de Valence , le Pihin en Alsace , etc. ; mais aucune ne donne lieu à des exploitations. La Hongrie est, je crois, le seul pays de l’Europe où le lavage de l’or soit l'objet d’un travail suivi ; il y produit des sommes considérables : presque toutes les plaines de laTransilvanie et du Bannat contiennent des particules de ce métal. — Dans quelques endroits , et au moment oùles rivières charrient beaucoup d’or, l'on place, dans des positions convenables , des toisons ou peaux de mouton, qui arrêtent et retiennent dans leur laine les paillettes; de sorte qu’au bout d’un certain tems, on les retire comme couvertes de ce précieux métal : c’est vraisemblablement un pareil fait qui aura donné lieu a la fameuse toison d or de la fable.

Le platine , au moins celui qui est dans le commerce , vient en entier des terrains de transport de la province de Choco dans le Pérou ; il s’y trouve mêlé avec des fragments de basalte , avec des zircous , du titane , et beaucoup de ce sable ferrugineux qui abonde dans les terrains de transport volcaniques ; il y est aussi avec des molécules d’or : on l’y . trouve sous forme de paillettes ou de petits grains : la grosseur de ceux-ci augmente quelquefois au point de former des pépites d’un

volume assez considérable. J’en ai vu une , entre les mains de M. de ïïumboldt, de la grosseur d’un œuf de pigeon et qui pesait près de deux onces {1089 grains); mais la plus considérable que l’on ait, qui a été trouvée en 1 8 1 4 ? et qui est au cabinet de Madrid, a, dit-on, plus de quatre pouces de long, et pèse une livre et neuf onces.

C’est encore de ce meme sable qu’011 a retiré les métaux connus sous les noms de palladium , rhodium , osmium et iridium.

Le minerai d’étain (l’étain oxidé ) semble par sa nature devoir être plus particulièrement contenu dans les terrains de transport des montagnes ; il existe en grains disséminés dans des granités , il a une grande pesanteur spécifique ( 6,9), et il est très-dur. Aussi, dans les seuls endroits de l’Europe où il soit connu, la frontière de la Saxe et de la Bohême, et le pays de Cornouailles , (on pourrait ajouter les côtes de Bretagne ) , se trouve-t-il en abondance au milieu des terrains de transport, et y est-il l’objet d’exploitations considérables. A Steinbach, près Johangeorgensladt en Saxe , il existe en grains dans un granité trèsporté à la décomposition , et dont les débris forment tout le fond de la vallée : a l’aide d’un ruisseau qu’on conduitsurlcs parties qu’un essai préalable a fait juger assez riches, on opère un premier lavage ; son produit est ensuite porté aux laveries , où il est encore lavé et bocardé , et le 2. 3 1

minerai qu on retire de ces opérations est jeté dans les fourneaux. Dans les montagnes à étain du pays de Cornouailles , on a un très - grand nombre de semblables exploitations ; danslesunes, la couche chargée de ce métal esta la superficie du sol; dans les autres, elle est sous des assises de transport encore plus nouvelles. D’après M. de Bonnard , qui a suivi cette exploitation à Pentovan , on y a des couches d’environ deux mètres d’épaisseur, recouvertes par un massif de terrain de près de quinze mètres de hauteur, et composé de couches horizontales de gravier, tourbe , sable et vase de mer avec coquillages ; le tout repose sur un schiste-phyllade qui recouvre le granité ( voyez le plan de cette exploitation dans l’atlas de la Richesse minérale , planche 21 ).

Toutes les pierres qui, par leur nature et leur dureté , peuvent résister à la décomposition et se conserver dans les terrains de transport , en sont également extraites par des lavages, ou seiffen , lorsque toutefois elles sont d’un prix suffisant pour payer les frais de ce travail ; et tel est le cas de presque toutes les gemmes : la plupart de celles qui sont dans le commerce, les grenats venant de Bohême, les zircons , les rubis, la majeure partie des topazes , tous les diamants, etc., ont été retirés de la terre par un pareil procédé.

§ 342. Le sel commun (muriate de soude) et peut-être encore quelques autres sels , doivent

Sel.

être mis au nombre des minéraux qui se trouvent dans les terrains de transport : les plus étendus d’entre eux, les déserts de l’Afrique, les plaines de la Perse , et les steppes de la Sibérie, en présentent une quantité immense.

Tous les voyageurs qui ont traversé les déserts de l’Afrique et de l’Arabie , parlent de la salure du sol; presque par-tout elle y rend les eaux saumâtres. Dans les sables voisins de l’Egypte , le sel se trouve en boules et en masses : le grand désert de Barbarie est recouvert, en quelques endroits, d’une croûte de ce minéral , qui y est quelquefois d'une telle blancheur qu’elle ressemble à du beau marbre, et d’une telle épaisseur qu’on l’exploite et la coupe, comme en pierres de taille, pour bâtir des maisons (i). On s’en sert pour le même usage â Ormutz en Perse ; Pline avait déjà appris que dans quelques parties de l’Arabie on en faisait un pareil emploi, et qu’avant de mettre en place ces espèces de pierres , on en humectait un peu la surface , afin qu’elles se liassent de manière à ne faire qu’un seul tout.

Olivier rapporte , dans son voyage en Perse , que les grandes plaines ou déserts de ce pays, consistent en un sol argileux imprégné de sel. Cette substance, dit-il, est si abondante dans toute la Perse , qu’elle est charriée dans tous les

(i) MalU-Brun , Précis de la Géographie , tom, IV.

bas fonds par les eaux pluviales , ce qui fait que par-tout où elles séjournent , en hiver, le terrain devient salé : tous les lacs du pays le sont égaler ment, et tous les grands amas d’eau le deviennent au bout de quelques années.

Les grandes landes ou steppes de la Sibérie formées, ainsi que nous l’avons dit, de sable et d’argile, présentent des phénomènes analogues , notamment au nord de la mer Caspienne : on y voit une multitude de lacs dont les uns sont d’eau douce et les autres d’une eau salée tantôt par le muriate , tantôt par le sulfate de soude (sel de Glaubert). On peut voir des détails à ce sujet dans les voyages de Pallas : je me bornerai à citer le lac d’Indersck qui a vingt lieues de circuit. « Le » fond en est couvert d’une croûte de sel qui » a près de six pouces huit lignes d’épaisseur. » Ceci n’offre rien d’étonnant , vu l’abondance » continuelle ( des sources très-salées qui se jet- » tent dans le lac ) et les grandes évaporations. » On croirait , en voyant cette croûte , que le lac » est couvert d’un glaçon : elle est dure comme

» la pierre blanche et d’une grande netteté

» On trouve au-dessous un sel grumelé , gris, » formé de grains irréguliers ; il a si peu de soli- » dité qu’on y enfonce une pique de cosaque à » plus d’une brasse et demie de profondeur. »

Les terrains argileux qui constituent le grand plateau du Mexique ont encore présenté à M. de

Humboldt une grande quantité de sel ; ils en sont comme imprégnés. Plusieurs des lacs qu’on trouve sur ce plateau sont salés, celui de Penon-Blanco, qui se dessèche tous les ans , est la grande mine de sel du Mexique ; on en retire annuellement plus de trois cent mille quintaux.

D’où vient le sel que l’on trouve ainsi au milieu de ces plaines et dans ces lacs P Y est-il amené par des sources salées qui s’en seraient chargées dans des montagnes salifères P L’alternative des lacs salés et des lacs d’eau douce que l’on voit quelquefois dans la même contrée, en Sibérie comme au Mexique , pourrait porter à le croire : cela est même positif pour plusieurs de ceux qui avoisinent la mer Caspienne. Mais cette cause n’est plus applicable à la salure des grands déserts ; là on est loin de toute montagne, et il n’y a point de source : l’universalité de leur salure, et la remarque faite que presque tous les lacs situés au milieu des grandes plaines on steppes , qui ont des affluents , et dont l’eau ne sort que par évaporation, forcent en quelque sorte à admettre l’hypothèse d’une formation spontanée du sel à la surface de ces déserts et plaines , formation qui serait analogue à celle du salpêtre ( nitrate de potasse ) que nous voyons se faire journellement sous nos yeux dans certaines terres , et elle n’aurait rien de plus extraordinaire. Une observation rapportée par M. de Humboldt rendrait même le fait certain : au Mexique , on lessive les terres pour en retirer le sel ; la première couche du terrain seulement est salifère , dit-on , mais lorsqu’elle est enlevée , la suivante le devient à son tour, et au bout de quelques mois , on peut l’exploiter. L’opinion d’une formation spontanée paraît encore plus naturelle que celle dans laquelle on regarderait le sel comme un vestige de celui qui pourrait avoir été contenu dans les terrains de grès , dont les sables des déserts seraient aussi

Forets

nfoiiies.

des restes , et que celle où on le regarderait comme ayant été abandonné par la mer lors de la retraite.

b) Produits du règne végétal.

Le règne végétal a laissé et laisse encore journellement un grand nombre de ses produits dans ou sur les terrains de transport , et quelquefois ils y occupent des espaces assez considérables pour former une de leurs parties constituantes : ce sont des arbres et des forêts enfouis, et principalement des tourbières.

§ 343. Au-dessous des terrains de transport les plus récents et des atterrissements formés en dernier lieu par la mer et les fleuves , au-dessous des tourbières, on trouve assez fréquemment des bois, même des forêts abattues, qui ont éprouvé peu d’altération; les arbres y sont encore très-reconnaissables , et quelquefois assez bien conservés pour être employés à des constructions.

Nous en avons un exemple très - remarquable dans 1 immense amas d’arbres et de plantes que renferme la côte occidentale du comté de Lincoln , en Angleterre : il a été reconnu sur une longueur de trente lieues , et sur une largeur de quelques lieues ; il repose sur une glaise molle, et est recouvert par une couche de cette même substance. Des puits, creusés à Sutton, l’ont rencontré à seize pieds de profondeur ; mais ce qui a mis à même de le reconnaître plus exactement, c’est une multitude de petits îlots qu’il forme

toul le long de la côte , sur une longueur d’environ quinze lieues , et qui sont à découvert dans les basses marées. Ils consistent presque entièrement en racines, troncs , branches, feuilles d’arbres et d’arbrisseaux mêlés de quelques feuilles de plantes aquatiques. Parmi les troncs, quelquesuns sont encore debout sur leurs racines ; mais la très - grande partie est couchée par terre dans toutes sortes de directions ; l’écorce des troncs et des racines paraît en général aussi bien conservée que lorsque les arbres étaient en pleine végétation ; mais, dans l’intérieur , le bois proprement dit est le plus souvent tendre et décomposé. On peut encore reconnaître , dit M. Corréa , les espèces qui composent cet assemblage ; on y voit le bouleau , le pin , le chêne , et quelques autres, sur lesquels il est plus difficile de prononcer. En général , les troncs , les branches et les racines sont extrêmement aplatis. Le sol sur lequel ces arbres gissent, et sur lequel ils ont végété, est une glaise grasse et tendre , recouverte d’une couche ' entièrement composée de feuilles pouries , et ayant plusieurs pouces d’épaisseur. Parmi ces feuilles on a reconnu celles de salix œquifolia ; elles étaient mêlées à dès racines de Yarundo phragmitcs. M. Corréa observe que si les vestiges de plantes qu’on trouve dans les houillères sont exotiques et n’ont pu être charriées et déposées par les forces qui agissent dans la constitution

actuelle du globe, il n’en est pas de même de celle forêt souterraine , elle n’appartient plus à la classe des anciens débris. Cet habile naturaliste voyant ici des arbres encore debout sur leurs racines, et aujourd hui au-dessous du niveau de la mer , en conclut que le terrain sur lequel on les trouve s’est affaissé , et que ces affaissements ne sauraient avoir rien de bien extraordinaire dans un atterrissement formé de bancs de glaise. Si les arbres des îlots ne sent plus recouverts de terre comme à Sutton, c’est qu’un grand mouvement de la mer aura emporté l’assise terreuse (f).

En 1811 , sur la côte de Morlaix, la mer mit un instant à découvert une pareille forêt : le sol sur lequel elle gissait paraissait avoir été une prairie, on y voyait en place des joncs et des roseaux: les arbres étaient renversés dans toutes sortes de directions , et pour la plupart réduits à l’état d un lignite friable : cependant, quelques parties étaient bien conservées et mettaient à même de reconnaître les espèces, notamment des ifs, des chênes , et sur-tout des bouleaux qui y étaient en abondance , et qui avaient encore leur écorce argentée. Des chênes que l’on en retirait prenaient promptement une couleur d’un noir foncé, et acquéraient de la dureté ; ils brûlaient avec une

(i) Bibliothèque britannique , tom. IX.

odeur fétide. Cette foret qui s’enfonce sous le terrain de transport , a été reconnue sur une longueur de sept lieues (i).

Dans l’ile de Mann, entre l’Irlande et l’Angleterre , au rapport de Ray , on trouve dans un marais qui a deux lieues de long et une de large , à dix-huit pieds de profondeur , des sapins en place e t droits sur leurs racines.

M. Duhamel nousapprendqu’on trouve en Normandie , dans la haie Sainte-Anne, un banc noir entièrement composé d’arbres couchés et agglutinés, et dans un tel état de mollesse qu’on peut y enfoncer le doigt en plusieurs endroits : ce bois étant séché prend de la consistance et ressemble a du bois qui a été flotté pendant long-tems. L'intérieur des terres de cette province présente des faits semblables. « Dans presque tout le Co- » tentin , dit encore M. Duhamel , on trouve , au » fond des marais, des bois en partie minéralisés : » on est si sûr d’en rencontrer que, lorsque des » particuliers ont besoin d une poutre , il leur » suffit de sonder dans les marais pour obtenir » infailliblement ce qu'ils cherchent. »

Nous verrons des faits analogues , en traitant des tourbières.

Les environs de Paris , dans les terrains d’atterrissement, nous montrent fréquemment des

(i) Journal des Mines.

arbres enfouis à des profondeurs considérables 1 on en a rencontré à 90 pieds en creusant le puits de l’Ecole militaire.

En 1795, dans le courant de la Seine , à la hauteur de Yitry, on a trouvé une grande quantité d’arbres entiers (vraisemblablement des chênes) avec leurs branches et leurs racines. Le corps ligneux avait pris une couleur noirâtre, et acquis un grand degré de dureté ; il est susceptible d’un beau poli, et pourrait être substitué à l’ébène dans quelques ouvrages , dit l’auteur qui rapporte ce fait (1). Il est à remarquer, ajoute-t-il, que ce bois durci se trouve dans les parties sablonneuses et à peu de profondeur, tandis que celui qui séjourne dans l’argile se pourit et se délite aisément. L’île de Chatou , immédiatement audessous de Paris, ne doit peut-être son existence qu’à des amas de bois : on y découvre à une certaine profondeur des arbres tout entiers , couchés dans différents sens , dont quelques-uns paraissent être des chênes et des noisetiers : plusieurs surpassent, par leur grosseur, ceux que nous voyons dans nos plus belles forêts.

Bois § 344- Les terrains de transport renferment pétrifiés, très-fréquemment des fragments de bois passés à l’état de pierre ; ils sont pour la plupart isolés dans l’argile et dans le sable , mais quelquefois

(1) Journal des Mines , tom. II.

aussi on les trouve réunis en assez grande quantité.

Un suc chargé de silice aura pénétré dans leur intérieur, et aura laissé des molécules siliceuses entre les molécules végétales ; quelquefois même celles-ci auront été entièrement détruites, et il ne restera plus qu’une masse quartzeuse qui aura conservé la forme du bois et les indices de sa primitive structure.

Les bois qui ont éprouvé la transmutation dont nous venons de parler sont presque tous étrangers à nos climats , et un très-grand nombre, surtout de ceux qu’on voit en plaques polies, dans les cabinets de minéralogie , appartiennent à la famille des palmiers. Au reste, ainsi que nous l’avons remarqué , ils proviennent très-souvent de la destruction des terrains secondaires , et principalement des grès : c’est là qu’ils ont été minéralisés , et ils ont été ensuite transportés avec les sables qui les entourent dans leur gissement actuel. 11 est superflu de s’arrêter sur les fragments de bois convertis en minerai de fer, et en pyrites qui se trouvent aussi dans ces terrains et qui y sont presque toujours par suite d’un transport.

11 n’en est pas de même des végétaux que nous allons considérer , nous les voyons en quelque sorte croître et se minéraliser sous nos yeux ; je parle de ces plantes qui , par leur assemblage et leur décomposition, forment les sols marécageux connus sous le nom de tourbières .

DES

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