CHAPITRE VI
( Plus généralement des Terrains igne's ).
Vulcanische-gebirge (Terr. vole.) ) .
V de Werner.
Floetz-irapp ( trapp secondaire ) 3
Foie unie rocks des Anglais.
Nous avons fait connaître dans la première partie de cet ouvrage (§§54 — 86) les phénomènes généraux des volcans , les circonstances qui accompagnent leurs paroxysmes , les divers produits de leurs éruptions et déjections , et ce que nos connaissances nous apprennent sur la nature et les causes des agents volcaniques ; en un mot , nous avons traité des volcans sous le rapport qui pouvait intéresser le physicien et le naturaliste en général. Nous allons , dans ce chapitre , reprendre leurs produits , et les examiner sous les rapports minéralogique et géognos tique.
§ 352. En considérant les divers terrains volcaniques sous le rapport de leurs différentes époques , nous pourrons distinguer :
i° Les produits des volcans actuellement brûlants : ce qui a été dit dans la première partie , en donne déjà une idée.
2° Les produits des montagnes ou cratères
TERRAINS VOLCANIQUES. bl'J
volcaniques éteints ( § 54 ) : ils sont en tout semblables aux précédents , e t peut-être plus simples encore ; car , à juger par ceux qui existent en France, la plupart d’entre eux n’auraient brûlé que quelques instants , et sembleraient n’avoir eu qu’une éruption. Ils sont d’une époque bien récente, géologiquement parlant, puisqu’ils sont postérieurs à l’entier ou presque entier creusement des vallées.
3° Des masses ou assises pareilles à celles qui sont sorties des volcans précédents ; mais qui sont d’une époque bien plus ancienne , car elles sont antérieures au creusement des vallées ; elles gissent sur les cimes, tandis que les autres occupent les bas fonds ; mais encore on peut quelquefois rattacher leurs parties, sinon aux bouches qui les ont vomies , du moins à des courants reconnaissables : ce sont les terrains basaltiques.
4° Les mêmes contrées qui les présentent , nous montrent souvent, au-dessous ou au milieu d’eux , de grandes masses de montagnes qui , ayant beaucoup d’analogie de composition avec eux, qui étant en partie vitrifiées et entremêlées de produits scorifiés ou ponceux , portent des signes irrécusables de l’action du feu, et sont incontestablement d’origine ignée , quoiqu’elles ne présentent point l’image d’un courant de lave. Elles forment les montagnes , ou groupes de montagnes isolés , les plus élevées des régions où
Sl8 TERRAINS VOLCANIQUES.
on les trouve , et on ne voit nullement le gouffre d’où elles auraient pu sortir, ni la route qu’elles auraient pu suivre pour arriver dans la position où nous les trouvons : ce sont les terrains trachy tiques.
5° En remontant plus avant dans la suite des tems , nous trouvons , dans la seconde époque des terrains intermédiaires, dans les terrains de grès et de calcaire à encrines qui forment, en réalité, un tout indivisible ( §§ 25 9 et 278) , des couches qui ont beaucoup de rapport, par leur nature , avec les produits volcaniques , et qui tiennent , par leur position , aux couches calcaires et autres avec lesquelles elles sont entremêlées : telles sont lesamygdaloïdesdu Derbyshire, d’Oberstein, etc.; les trapps ou whins du Norlhumberland , de l’Irlande, etc. ( 255 ).
6° Enfin, dans la première époque de ces mêmes terrains intermédiaires , et peut-être à la fin de ceux qui précèdent, nous avons vu, principalement dans le Thimngerwald et dans le Fichtelberg (§§ 207 et 25 1 ) , des roches qui paraissent, il est vrai, de nature amphibolique, mais qui encore ont bien des rapports avec ces trapps présumés volcaniques. Ces roches amphiboliques et porphyriques tiennent déjà d’une part au granité , et de l’autre au grès houiller ( grès rouge de la Thuringe ) : et elles tiendraient encore aux terrains volcaniques? Cela ne saurait être; il y a bien positivement une limite entre les deux sortes
TERRAINS VOLCANIQUES. 5ig
de terrains , entre ceux qui ont été évidemment produits par le feu , comme les basaltes ou les trachytes de l’Auvergne , et ceux qui ont été formés tout aussi évidemment au sein des mers , comme les grès.
En attendant que cette limite ait été reconnue et signalée , nous laisserons ces terrains problématiques dans la classe où de premières observations les avaient placés. Nous remarquerons encore que , sous le rapport de leur nature , ceux des trois premières époques se ressemblent extrêmement ; ce sont toujours , ou presque toujours, des basaltes , ou des laves de nature analogue. Ainsi nous n’aurons en réalité qu’à traiter de deux espèces de terrains , les basaltiques z t les Irachytiques. Ce que nous allons dire sur la nature minéralogique des roches volcaniques , montrera encore l’exactitude ou la convenance de cette division.
§ 353. Les minéraux qui entrent en quantité notable dans la composition des masses volcaniques , sont :
• i° Le feldspath ; il forme seul ou presque seul, la matière de plusieurs de ces masses, et il domine encore dans la composition de presque toutes les autres ; habituellement il porte , dans la porosité de sa masse et la rudesse de son grain , une empreinte de son mode de formation. Il s’y trouve en outre en cristaux , comme dans
Des minéraux qui composent les terrain* volcaniques.
S20 Ï'ÈRIIAÏNS VOLCANIQUES,
les roches porphyriques ; mais ici il est le plus souvent avec un éclat vitreux, un aspect fendillé, et quelquefois fibreux ou cellulaire ;
2° Yiaugite (pyroxène de M. Hatiy), soit comme partie composante de certaines masses, soit en cristaux ou grains disséminés dans leur pâte;
3° L 'amphibole noir (hornblende basaltique des Allemands) se trouve de la même manière que le minéral précédent;
4° Le feroocidulé , en grains renfermant du titane comme dans la plupart des roches primitives : il est en parcelles souvent indiscernables;
5° L 'olwine (péridot de M. Hatiy): habituellement en grains , et exclusivement dans les basaltes ;
6° Le mica , en lames hexagones d’un noir ou brun foncé ;
7° La leucite ( amphygène de M. Hatiy) : elle abonde dans les laves des environs de Piome et de Naples, où elle semble remplacer le feldspath, et est très-rare ailleurs.
On trouve encore , dans les produits volcaniques, du fer oxidé, du fer sulfuré, du titane , des grenats, des spinelles , etc. , etc.
Mais ce qui est remarquable , c’est que le quartz qui est si commun dans les terrains non volcaniques, que nous voyons même se former sous nos yeux dans quelques terrains volcaniques, ne s’y trouve que très-rarement de formation origi-
naire. On en rencontre à peine quelques petits cristaux dans les laves : MM. Dolomieu, Fleuriau de Bellevue , Cordier, n’y en ont point reconnu; et, dans les produits volcaniques anciens, il est y généralement rare.
§ 354* Ces divers minéraux , en particules soit discernables Différentes soit indiscernables à nos yeux , constituent, par leur assemblage , c°n!ques° les diverses laves; mais ici, encore plus que dans les roches pri- sous le rapmitives, le nombre des combinaisons est limité. Pour nous faire P°* [ t*e *eur une idée des choses telles qu’elles sont réellement , prenons , d’une part le feldspath, et de l’autre l’augite, ayant pour accessoires l’amphibole et le fer oxidulé : au feldspath ajoutons graduellement des parties d’augite , et nous formerons la série des variétés que présentent les masses volcaniques. Certainement tous les termes de cette série se trouvent dans la nature , mais non point en même quantité. Nous avons très-fréquemment une masse entièrement ou presque entièrement feldspaihique, qui paraît blanche, c’est la domite de M. de Buch, et la leucostine de M. Cordier ; plus souvent encore elle est mélangée d’un peu d’augite, ou plutôt d’amphibole, prend une couleur habituellement grise, et forme le trachyte ordinaire: vers le milieu de la série , on a un terme contenant plus de matière noire encore , d’un gris cendré foncé ; c’est le téphrine de Lamétherie. Enfin, vers l’autre extrémité, se trouve un terme, formé d'une masse noire, compacte, etc., abondante en augite, et dont la proportion entre les principes composants est peut-être déterminée par une sorte d’affinité; c’est le basalte. Les trois premiers termes se trouvent ordinairement ensemble et mélangés dans la nature : on les a regardés comme de simples variétés de trachyte. Ainsi les deux principales roches volcaniques seront le basalte et le trachyte. Il en est encore une qui mérite une considération particulière , quoiqu’elle ne paraisse
Différences sous le rapport de l’aspect.
qu’une simple variété de trachyte , sous le rapport de la composition : cependant elle s’en distingue par les circonstances de la position, ainsi que nous le verrons, et par sa texture. Ce n’est plus une substance rude au toucher, aigre; mais une roche compacte, semblable à un eurite des terrains primitifs, se divisant en plaques , et prenant > par suite , et dans quelques cas, l’aspect schisteux : je parle du phonolite .
Les minéraux composant les roches volcaniques, peuvent se présenter en parties distinctes à nos yeux , et l’on a alors des masses granitoïdes , comme dans les terrains primitifs. Mais ce cas est fort rare; le plus souvent les grains sont indiscernables à la vue simple, et même au microscope ; et alors les masses paraissent compactes. Mais leur passage aux masses granitoïdes peut encore mettre à même de déterminer leur nature, comme nous le verrons par la suite ; et comme le passage du granité à l’eurite , ou base du porphyre ordinaire, par simple diminution dans le volume des grains, nous a appris que cette dernière substance n’était qu’un granité à grains infiniment petits.
Les masses volcaniques ont été des matières minérales en fusion , et , selon les diverses circonstances de leur refroidissement, elles se présenteront à nous à Tétât lithoide , vitreux ou émaillé , ponceux ou scorifié. On sait , d’après les belles expériences de Hall et de Watt: i° que les matières pierreuses en fusion et principalement celles qu’on trouve dans les terrains volcaniques , lorsqu’elles se refroidissent brusquement , se changent en verres ou émaux. 2° Que lorsque le refroidissement est gradué , mais fait avec une certaine rapidité , il se produit , à un certain moment , au milieu de la masse liquide ,
des sphéroïdes , tantôt d'aspect semi-vitreux et striés du centre à la circonférence, tantôt d’aspect entièrement pierreux ou lithoïde : ce sont des cî'istallites ou masses déUtr ific.es , analogues à celles qu’on voit souvent se former dans nos verreries, et qui ont été signalées par MM. Dartigues et Fleuriau de Bellevue : ces globules , augmentant en nombre , finissent quelquefois par constituer la masse entière. 3° Enfin , lorsque le refroidissement se fait très-lentement, il en résulte une masse entièrement pierreuse, et quelquefois à grain cristallin. De plus , on sait que lorsqu’un torrent de matière pierreuse en fusion, coule à l’air , il se fait un dégagement de fluides élastiques qui boursoufle et déchire sa surface , et qui remplit de petits pores les parties qui sont immédiatement au-dessous ; et , comme le refroidissement s’est ici opéré promptement , les fibres et les cloisons qui entourent les cavités ou pores, seront à l’état vitreux ou semi-vitreux, et la masse ressemblera à une scorie ou à une pierre-ponce. Ces divers cas ont dû se présenter dans la consolidation des masses volcaniques»: nous en verrons divers exemples. Nous nous bornerons à remarquer que le refroidissement de ces masses étant très-lent ( § 66) dans leur intérieur , elles doivent presque toujours y présenter l’aspect lithoïde. Mais souvent encore , elles y sont criblées de petits pores, qui, quoique invisibles à la
vue simple , n’en donnent pas moins à la masse urï grain rigide et rude au toucher. Au reste, la nature des masses exerce aussi une influence sur l’état auquel elles se présentent : c’est ainsi qu’on a remarqué que les laves feldspathiques prenaient plus souvent un aspect émaillé, vitreux et ponceux , que les laves basaltiques.
ARTICLE PREMIER
Les terrains trachytiques sont composés de trachyte, d’une moindre quantité de phonolite , et de brèches, tufs, et autres produits de la destruction et décomposition de ces roches.
a ) Des Trachytes ( i ) .
Le trachyte est une roche d’origine ignée, principalement composée de feldspath , et par conséquent fusible en émail blanc ou peu coloré. Dolomieu le désignait, d’après cela , sous le nom de lave pétro-siliceuse.
Nous aurons à distinguer, d’après ce que nous avons dit , le trachyte lithoïde ou trachyte proprement dit; le trachyte vitreux, qui nous présentera une variété émaillée ou semi -vitreuse très-remarquable , et le trachyte cellulaire ou ponceux.
(i) Du mot grec Tf>ct%vr 9 raboteux. Ce nom a été introduit par M. Haüy.
TERRAINS TRACHYTIQÜES. 525
§ 355. Le trachyte proprement dit est ordinairement d’un gris clair , passant très-souvent au blanc , et se rapprochant quelquefois du noir. On a en outre des variétés rougeâtres , brunes, vertes , et même jaunes.
Sa cassure est habituellement terreuse, à grains plus ou moins gros ; quelquefois , le grain diminuant , elle devient compacte , ressemble à celle de l’eurite des terrains primitifs. Cette cassure est mate , rarement prend-elle un peu de luisant, et alors la roche passe au trachyte émaillé.
Sa dureté, ou plutôt sa consistance, varie considérablement ; les parties compactes résistent souvent au couteau , et celles dont la cassure est à gros grains sont presque friables.
Ces dernières sont presque toujours âpres et rudes au toucher, et cette rudesse se remarque encore dans la plupart des variétés de trachyte.
Exposé au chalumeau, il fond assez facilement en émail grisâtre. Dans les variétés foncées en couleur , l’émail est souvent parsemé de points noirs ; quelquefois même-, lorsque des principes étrangers sont joints en abondance au trachyte , l’émail est noir ; mais ce cas est rare.
Le trachyte , comme toutes les masses feldspalhiques , étant exposé à l’action de l’atmosphère, s’y décompose ou se désagrège, et se réduit en une terre habituellement maigre au
Caractères du trachyte.
Cristaux
contenus.
526 TERRAINS TRACHYT1QÜES.
toucher, et ayant quelquefois un aspect cinéreux.
§ 356. Il se présente presque toujours avec une structure porphyrique , et les cristaux qui la lui donnent , sont :
i° Le feldspath. Il s’y trouve en grande quantité ; ses cristaux , de forme d’ailleurs ordinaire , mais mal terminés , se distinguent ordinairement par leur vif éclat vitreux et par leur translucidité; ils ont en général une teinte jaunâtre, et ils présentent souvent sur leurs lames, des fibres ou des stries qui les rendent rudes au toucher. On en voit au Mont-Dore de fibreux à tel point qu’ils ont presque l’aspect d’une ponce.
20 Des cristaux d’amphibole, le plus souvent aciculaires , à cassure ordinairement noire , lamelleuse et brillante.
3° Des lames hexagonales de mica , foncées en couleur.
4° Le titane et le titane siliceo-calcaire s’y trouvent encore fréquemment.
5° L’augite qui est très-commun dans les trachytes des Andes , d’après M. de Humboldt , est rare dans ceux de l’Europe.
6° Le quartz est plus rare encore : M. Weiss en a trouvé quelques grains dans le trachyte du Cantal, et M. de Humboldt dans celui qui constitue la cime du Chimboraço. En Hongrie, M. Beudant a observé des variétés qui en contenaient une assez
TERRAINS TRÀCHYTIQUES. 827
grande quantité , en doubles pyramides bien distinctes.
Ce minéralogiste a encore vu des grenats dans quelques trachytes du même pays (1).
Nous citerons, par la suite, divers exemples de veines et rognons de jaspe , de calcédoine , d’opale, etc., qui se sont formés dans les masses trachytiques.
Nous remarquerons encore que les parois de leurs fissures sont très-souvent tapissées de fer oxidé métalloïde ; quelquefois il est comme un simple enduit, d’autres fois il est en lames minces, ayant le brillant et le poli de l’acier , ce qui lui a fait donner le nom de fer spéculaire. Les trachytes du Puy-de-Dôme et du Mont-d’Or en offrent une grande quantité, mais elles n’ont que quelques lignes, tandis qu’à Stromboli on en trouve qui ont trois et quatre pouces de côté en carré. Il est superflu de dire que ce fer est incontestablement un produit de la sublimation de molécules ferrugineuses.
§357. On dirait que les variétés qui ne paraissent composées que de feldspath , qui sont par conséquent blanchâtres, sont celles dont le grain est le
( D V ojrage minéralogique en Hongrie. M. Beudant a bien voulu me communiquer le manuscrit de son voyage avant sa publication ; et toutes les fois que je citerai quelque exemple de la Hongrie, il sera pris dans cet important ouvrage, où l’auteur se montre, à chaque page, aussi bon orictognoste que géoguostev
Variétés de trachyte.
plus grossier et le plus rude. L’Auvergne en présente un exemple auPuy-de-Dôme, et mieuxencore sur une montagne voisine, le Puy-de Sarcoui, dont la roche est comme spongieuse , légère et tendre , douée d’une propriété absorbante , qui la faisait employer par les anciens pour des cercueils ou sarcophages ; ce qui a donné à la montagne le nom qu’elle porte. En quelques endroits , elle présente des bandes d'un beau jaune citrin, qui exhalent , lorsqu'on les frotte , une forte odeur d’acide muriatique , et que M. Yauquelin a reconnue être effectivement due à cet acide.
Au reste , il se présente du trachyte entièrement blanc , à l’état compacte et même à l’état cristallin. J'en ai vu de tel au Mont-Mezen, dans le Yelay; il paraît n’être qu’un assemblage de grains et de paillettes très-intimement serrés les uns contre les autres, et il ressemble ainsi à certains calcaires grenus et perlés , ou plutôt à des masses toutes composées d’un mica blanc et nacré. ASanta-Fiora en Toscane, aux îlesPonces, en Hongrie , on a de semblables roches ; et cette texture, jointe aux autres substances qu’elles contiennent, leur donne une structure presque granitique. Ce sont des trachytes granitoides.
On trouve assez souvent des trachytes qui prennent une couleur noirâtre , deviennent compactes et se rapprochent du basalte. Ils se divisent même comme lui en prismes, mais la pré-
TERRAIN TRACIiYTIQUE. 5 2 9
sence des cristaux de feldspath vitreux, et l'absence de l’olivine les rattachent au trachyte, indépendamment des considérations du gissemenfc. M. de Humboldt les nomme pseudo-basaltes : tout le Pichincha en est formé. Ces trachytes noirs renferment en général peu de feldspath et beaucoup d’amphibole. J’ai habituellement vu, en Auvergne , qu’à mesure que la couleur du trachyte se fonçait, les cristaux et les grains noirs allaient en augmentant : on se rappellera qu’en général il y a, dans les roches porphyroïdes , un rapport entre la nature de la pâte et celle des cristaux contenus. Malgré leur couleur noire , plusieurs trachytes fondent en émail blanc ; la matière colorante paraît être quelquefois un principe fugace, tel que le carbone qui est détruit par le feu; mais d'autres fois elle semble due aune matière minérale disséminée en parties très-fines.
M. Beudant a trouvé en Hongrie de trèsgrandes masses d’un trachyte tellement chargé de matières ferrugineuses, qu’il fond en émail noir , et ressemble à un porphyre primitif ; sa pâte est d’un brun vineux foncé , et les cristaux de feldspath y sont habituellement sous forme de taches blanches et mattes.
Dans cette même contrée , on voit souvent le trachyte renfermer de petits grains ronds , comme de la graine de chanvre , striés du centre à la circonférence , contenant quelques lames
TERRAIN TUACHYTIQUE.
de mica. Quelquefois toute la masse en est composée, et a pris ainsi une structure ooli tique ; ce sont les cristaUites dont nous avons parlé plus haut ; ils sont d’ailleurs fusibles comme le reste de la pâte.
Mais la plus remarquable des variétés observées par M. Beudant est un trachyte très-siliceux, formant des masses de montagnes aux environs de Schemnitz et de Tokai, contenant des cristaux de quartz, des cristaux de feldspath quelquefois vitreux , et quelques lamelles de mica noir. On y trouve fréquemment encore des parties et des veines de jaspe et de silex corné terne ( hornstein ), et on y voit de petites géodes d’améthiste. Sa pâte prend quelquefois la texture globuleuse dont nous avons parlé, et elle présente un grand nombre de cavités bulleuses , quelquefois grandes et irrégulières, d’autres fois allongées et toutes dans le même sens. Assez souvent cette pâte est infusible , et montre des parties blanches et compactes , extrêmement siliceuses , et passant au quartz grenu. Elles sont exploitées pour la confection de meules de moulin. Dans la majeure partie de la Hongrie , on n’emploie pas d’autre pierre à cet usage : aussi M. Beudant a-t-il donné le nom de porphyre-meulière à la masse des montagnes qui la fournissent. Une roche volcanique de nature quartzeuse !
§ 358. La Hongrie nous fournira encore le
plus bel exemple que nous ayons, sur l’ancien continent , de trachytes émaillés ( perlstein , ou obsidienne perlée de M. Brongniart). Ils couvrent, aux environs de Tokai , des espaces de trente ou quarante lieues carrées. Ces masses de montagnes sont formées d’une roche quelquefois terne , mais le plus souvent luisante et d’un éclat nacré ou perlé, et qui contient, quoique rarement, de petits cristaux de feldspath vitreux , de doubles pyramides hexaèdres de quartz, et de petites lames de mica. On y voit aussi divers produits siliceux, tels que des rognons et veines de jaspe et d’opale, ainsi que de petites géodes de calcédoine et de quartz. Les parties perlées montrent une grande tendance à se former en globules ; tantôt ce sont de simples pièces distinctes , grenues, à surface convexe ; tantôt ces pièces se sont toutà-fait arrondies, et se présentent comme des sphéroïdes irréguliers et composés de couches concentriques , gros comme des pois ou des noisettes , ayant l’éclat de l’émail , et une couleur ordinairement grise ; ce sont les vrais péri stem des minéralogistes. Quelquefois les parties émaillées et compactes se forment aussi en globules parfaits, à rayons convergents , d’aspect lithoïde et sans éclat ; ils sont comme des taches dans la roche , et lui donnent ainsi l’aspect tigré. Des masses considérables en sont fréquemment composées , mais les globules y sont si petits, qu’on
Tracliytes^
■vitreux.
ne peut les distinguer qu’au microscope. Le trachyte émaillé est très-souvent bulleux ; les bulles sont petites , en général aplaties dans le même sens , et il en résulte une ponce. Il n’est pas rare devoir des échantillons, formés de minces bandes ayant à peine une ligne d’épaisseur, de trachyte émaillé, et de trachyte ponceux, alternant à plusieurs reprises : cette même disposition se voit en grand dans les montagnes.
Quelquefois l’éclat devient plus fort, et comme résineux ; les pièces distinctes sont moins arrondies , et l’on a le pechstein des Allemands , ou la rétinite de M. Brongniart. Il s’en trouve peu dans les terrains trachytiques de la France ; mais il en existe de grandes masses en Hongrie. M. de Humboldta observé sur le Pic deTénériffc, des laves à base d’une rétinite contenant des cristaux de feldspath, et dont l’analogie avec celui de la vallée de Triebisch , en Saxe , est frappante ; seulement il ne contient point , comme ce dernier , de cristaux de quartz (voyez sur la rétinite de Saxe le § 196).
Les îlesLipari montrent de fréquents exemples de trachytes émaillés de diverses sortes.
§ 359. Elles nous montrent sur-tout les trachytes vitreux les mieux caractérisés : les deux tiers de Lipari et de Yulcano en sont composés ; iis y forment, dit Spallanzani, une masse de verre qui a six à sept lieues de circuit.
TERRAIN TEACHYTIQÜE.
Arrêtons-nous un instant , avec cet excellent observateur , sur la montagne délia Castagna , pour considérer ce singulier produit.
Cette montagne, qui a une lieue et demie de tour, est presque entièrement composée de courants de verre ou d’émail, dont l’épaisseur varie de un à douze pieds, et qui sont amoncelés les uns sur les autres. Entre eux se trouve souvent une légère couche terreuse rougeâtre ; ils sont gercés et fendus , et leur surface présente fréquemment de ces saillies , en forme de câbles et de cordes , qu’on voit quelquefois sur les laitiers sortant de nos fourneaux. La substance vitreuse, qui constitue la masse principale de la montagne, est olivâtre, opaque en masse, et transparente lorsqu’elle est en fragments minces , étincelante sous le briquet, à cassure concoïde ou vitreuse, et contenant des grains de feldspath ; son aspect est un peu gras ; c’est un milieu entre le verre et l’émail. La montagne présente des verres plus parfaits : il y en a des morceaux qui ne le cèdent en rien aux plus belles obsidiennes de l’Islande et du Pérou : leur masse paraît très - noire et entièrement opaque ; mais les écailles que l’on en enlève sont blanches , transparentes, et fondent en verre blanc : la cassure en grand est ondulée; les bords des fragments sont aigus et tranchants; ils donnent beaucoup d’étincelles par le choc du briquet : ces masses prennent aussi bien le poli que les plus beaux verres de nos fabriques; elles renferment des grains de feldspath qui ont une écorce émaillée, et dont le noyau est ce minéral demi- fondu. On trouve sur cette même montagne , et sous forme de courant , une variété de verre incolore, quoique les gros blocs présentent comme un nuage qui les fait paraître noirâtres ; sa cassure en est absolument semblable à celle du verre; elle renferme une multitude de globules opaques, d’un aspect cendré, quelquefois d’apparence presque terreuse, d’autres fois striés du centre à la circonférence ; ce sont, sur de grandes dimensions , les petits
534 TERRAIN TRACHYTIQÜE.
globules lithoïdes que nous avons vus dans les trachyte» ordinaires de la Hongrie. Outre les verres compactes , la montagne en présente quelques-uns qui sont boursouflés, poreux, et se rapprochent des pierres ponces; d’autres qui sont légers et semblent formés de réseaux de verre capillaire : quelques cavités, dans les masses compactes, montrent encore des filaments et des houppes d’un verre aussi délié que le cheveu.
Les masses volcaniques vitreuses, lorsqu'elles sont noires, prennent, ainsi que Ton sait, le nom d’obsidiennes ; les unes fondent en émail noir, ce sont des basaltes vitreux dont nous parlerons dans la suite ; les autres, fondant en émail blanc, sont des trachytes : leur couleur est- elle due à une simple fuliginosité qui se dissipe au feu , ou bien est-elle un simple effet de lumière provenant de la disposition des molécules ?
C’est principalement en rognons ou boules que se trouve l’obsidienne dans les terrains trachyliqucs. Dolomieu en a vu , à l’île Ponce , qui avaient jusqu à quatre pieds de diamètre ; elles renfermaient des grains blancs de feldspath vitreux demi-fondu , et étaient contenues dans un trachyte ponceux. Très-souvent le centre des globules de trachyte émaillé de la Hongrie est formé d’un grain d’obsidienne. En Amérique , M. de Humboldt a observé, près Zinapecuarodans le Mexique , des montagnes de trachyte émaillé, contenant des rognons de cette substance. Ailleurs il a vu des montagnes d’obsidienne, présentant
TERRAIN TRACHYTIQUK. 535
une alternative (le bandes de cette roche à l’état vitreux et à l’état émaillé. Une de ces masses d’obsidienne lui a présenté un fait remarquable ; elle contenait un grand nombre de globules de trachyte (cristallites) , ayant derrière eux un vide allongé, et offrant l’image de noyaux de comète, traînant une queue à leur suite. On a observé un fait semblable sur les trachytes de Yulcano.
Je renvoie au Traité de minéralogie de M. Brongniart , pour d’autres détails sur les obsidiennes et les perlstein. En y voyant six analyses de ces minéraux faites par nos plus habiles chimistes, j’ai été frappé de la ressemblance entre leurs résultats, principalement sur le rapport entre la silice et l’alumine, point essentiel pour la composition du feldspath. Dans ces six analyses , la quantité de silice , sur cent parties d’obsidienne , n’a varié que de 71 à 75, et celle de l’alumine, de 12 à i4> ainsi, le rapport est à-jpeu-près de 6 à 1 : pour le feldspath ordinaire, les analyses que nous avons donnent environ 4 à 1 , et, pour des laves phonolitiques, 5 à 2.
Presque tous les produits volcaniques vitreux , et peut-être tons, contiennent une quantité plus ou moins considérable de matières alcalines , potasse ou soude ; elle va quelquefois jusqu’à former le dixième de la masse. La plupart sont encore remarquables par une quantité notable d’eau , qui paraît être une de leurs parties constituantes: Klaproth et M. Vauquelin en ont retiré plus de quatre pour cent de certaines variétés; etSpallanzani, ayant soumis à la distillation 12 onces de beau verre de la montagne délia Castagna , en a obtenu i44 grains d’eau (c’està-dire 2 pourcent), contenant 2 grains d’acide muriatique. Cette eau, si extraordinaire au milieu de produits volcaniques, et d’un aspect vitreux, est vraisemblablement la cause de cet aspect, ainsi que du boursouflement de plusieurs obsidiennes lorsqu’on
Trachyte
ponceux.
536 terrains volcaniques.
les expose à l’action du feu. Les verres que l’on obtient en refondant ces masses boursouflées , perdent la propriété de se gonfler de nouveau.
M. Beudant a remarqué qu’en général, de tous les tracbytes, ceux d’aspect vitreux ou emaille étaient les plus aisément fusibles , et que, toutes choses égales d’ailleurs, la fusibilité diminuait à mesure que la roehe devenait moins luisante , moins compacte et moins translucide.
§ 36o. Les masses (le trachyle sont très-souvent criblées de cavités bulleuses et de pores , dont les parois , ainsi que les filels qui les traversent , étant habituellement à l’état vitreux r ou semi-vitreux, les constituent à l’état de ponces, ainsi que nous l avons dit. Par suite de la mémo cause , les trachytes émaillés et vitreux doivent se trouver plus fréquemment convertis en ponces, que les tracbytes lithoides : ceux-ci ne présenteront pas la même rigidité dans leurs parties, et seront simplement cellulaires.
Les îles Lipari et Ponces abondent en tracbytes ponceux. Dolomieu, qui a été à même de les observer dans la première de ces îles, dit qu ils y forment des courants qui ont coule a la manière des laves , et qui sont places les uns sur les autres ; leur partie supérieure est bien plus bulleuse et boursouflée ; les fibres y sont, dit-il, toujours dans la direction du courant , et sont dépendantes de la demi-fluidité (le cette lave qui file comme le verre.
Au reste , une grande partie des ponces qu’on
TERRAIN TRACKYTIQUE. 537
voit dans les terrains volcaniques, ont été lancées, sous forme de scories, par les volcans, et elles appartiennent souvent aux terrains basaltiques.
Les volcans de l’Islande , du Kamtschatka , de Quito, etc., en jettent de prodigieuses quantités ; elles sont, dans quelques endroits, leur seul produit.
§ 36 1 . Les grandes masses de trachyte ne Division présentent aucune division qui puisse éveiller l'idée d’une stratification, quoique, dans quelques endroits , on voie des parties formées de bandes différentes. La division prismatique n’y est point aussi fréquente et aussi régulière que dans la basalte ; cependant j’ai vu , au Mont- Dore, des prismes à quatre pans bien prononcés, et formant même des colonnades. Dolomieu a encore observé une variété des trachytes de File Ponce , tantôt compacte, tantôt criblée de petites cavités, qui était divisée en petits prismes pentagonaux très -réguliers , ayant environ un pied de longueur, et empilés horizontalement les uns sur les autres. En général, c’est principalement lorsque les trachytes approchent du basalte ou du phonolite qu’ils prennent la division prismatique.
b) Du phonolite.
§ 362. La propriété qu’a le phonolite de se diviser en plaques , lui donnant une texture fissile et quelquefois presque schisteuse , et son aspect
538 TERRAIN TRÀCIIYTIQUE.
le rapprochant beaucoup des roches compactes des terrains primitifs, les premiers minéralogistes qui en traitèrent, lui donnèrent le nom de schiste
corné ( Corneus Jissilis , hornschiefer).
Werner reconnut ses grands rapports avec le basalte , il le lui adjoignit et lui donna le nom de Klingstein ( pierre sonore), d'après la propriété qu’il a de rendre un son très-clair lorsqu’il est en plaques minces et qu’on vient à le frapper : le mot phonolite , dérivé du grec , a une semblable signification.
Cette roche, ainsi que nous l’avons dit, diffère du trachyte, dont elle n’est vraisemblablement qu’une variété, en ce qu’elle est d’une cassure plus compacte , qu’elle a un peu de translucidité sur le bord de ses fragments, et qu’elle se divise en plaques.
Deux analyses qui ont été faites, la première sur un échantillon de Bohême, par Klaproth, et l’autre sur un morceau venant de la roche Sanadoire en Auvergne , par M. Bergmann , offrent une assez grande analogie pour devoir être remarquées. Je les rapporte.
Silice. . . .
Alumine. . .
Chaux. . .
Oxide de fer, Soude. . . .
F.au
Perte. .